HISTOIRE DES PERSES

 

 

 

ARTAXERXÈS LONGUE-MAIN.

Les fils d’Artabane, à la tête d’un grand parti, prirent les armes pour venger leur père, et livrèrent bataille à Artaxerxés ; mais ils furent vaincus et envoyés à la mort avec leurs complices. Mithridate, eunuque et grand officier, périt par le supplice des auges[1].

Artaxerxés marcha ensuite contre son frère Hydaspe ; et, après un premier combat indécis, le défit entièrement, et ruina son parti. Tandis que les rois d’Orient épouvantaient le monde par tant d’actes de cruauté, les républiques lui donnaient constamment la preuve de leur ingratitude. Thémistocle avait sauvé Athènes : il fut banni par ses compatriotes. Le roi de Perse mit sa tête à pria, et promit deux cent mille écus à celui qui. le livrerait. Ce grand homme, réfugié chez tin ami, sortit de sa retraite, se fit conduire à Suze dans un de ces chariots couverts destinés en Orient à porter les femmes, sur lesquels la jalousie nationale défendait de jeter dies regards indiscrets. Arrivé dans la capitale de l’empire, il se rendit au palais, s’adressa au capitaine des gardes, lui apprit qu’il était Grec, et qu’il voulait révéler au roi un secret important. Admis à l’audience de ce monarque, il lui dit avec fierté : Je suis Thémistocle l’Athénien : exilé par mes compatriotes, je viens vous demander asile. J’ai fait souvent beaucoup de mal aux Perses ; quelquefois aussi je leur ai donné de salutaires conseils. Aujourd’hui je suis en état de leur rendre de grands services. Mon sort est entre vos mains : vous pouvez signaler votre clémence ou votre colère. Par l’une, vous sauverez un guerrier suppliant ; par l’autre, vous perdrez un homme qui est devenu le plus grand ennemi de la Grèce. Le roi ne lui fit aucune réponse ; mais, après l’avoir congédié, il pria son dieu Arimane d’inspirer toujours à ses ennemis l’idée funeste de se défaire ainsi de leurs plus braves généraux ; et la nuit, dans les transports de sa joie, il s’écria plusieurs fois : Enfin, je tiens en ma puissance Thémistocle l’Athénien !

Celui-ci était loin d’être tranquille sur son sort : la garde l’avait insulté, les courtisans l’évitaient, et le sombre silence du roi lui présageait une triste destinée. Mais le lendemain Artaxerxés le fit appeler ; et, en présence de tous les grands de sa cour, lui dit : J’ai promis deux cent mille écus à celui qui vous livrerait à moi : vous les avez gagnés vous-même. Je vous les donne, et vous les toucherez chaque année.

Thémistocle, s’étant ainsi concilié les faveurs du roi, s’établit à Suze, s’y maria, et jouit longtemps d’un très grand crédit. On l’entendit souvent s’écrier au milieu de sa nouvelle famille : Ô mes enfants ! Sans notre infortune, combien nous aurions été malheureux !

Depuis l’exil de Thémistocle, Cimon avait été placé à la tête du gouvernement d’Athènes. Sous ses ordres les Athéniens poursuivirent le cours de leurs triomphes et multiplièrent leurs succès. Cimon attaqua les Perses, et leur reprit toutes les îles dont ils s’étaient emparés. Il les chassa de toutes les côtes de la Grèce et de l’Asie, enleva plus de deux cents vaisseaux à Artaxerxés, et détruisit toute sa flotte à l’embouchure du fleuve Eurymédon. Il prit dans le même temps quatre-vingts bâtiments phéniciens qui venaient au secours des Perses, et chassa les barbares de la Chersonèse de Thrace. Cependant, à son retour, on le mit en jugement pour avoir négligé de conquérir