HISTOIRE DE LA GRÈCE

 

QUATRIÈME ÂGE DE LA GRÈCE

 

 

GUERRE CONTRE LES ROMAINS

LES Étoliens, ennemis de toute puissance qui s’opposait à leurs brigandages haïssaient les Romains depuis qu’ils dominaient dans la Grèce, et, restant en apparence alliés de Rome, ils animaient secrètement Nabis contre elle,’ l’exhortait de se venger, entretenaient des intelligences avec Antiochus, roi de Syrie, et l’invitait à porter ses armes dans la Grèce.

Nabis suivit leurs conseils, souleva les villes maritimes, et assiégea Githium. Rome envoya sur les côtes de la Laconie le préteur Acilius avec une flotte ; et les Achéens, ayant donné le commandement de leurs armées à Philopœmen déclarèrent la guerre aux Lacédémoniens[1].

Philopœmen arma quelques vaisseaux qui furent battus par ceux de Nabis : il répara bientôt cet échec, défit le tyran en bataille rangée près de Sparte, et le força à se renfermer dans la ville.

La paix étant ainsi rompue, les Étoliens suivirent leurs projets plus ouvertement, contractèrent une alliance avec Antiochus, et forcèrent le dessein de s’emparer à la fois de Démétriade, de Chalcis et de Lacédémone. Trois généraux furent chargés de cette expédition : Dioclès surprit Démétriade ; Thos fut repoussé par les habitants de Chalcis ; Alexamène crut réussir par une trahison : feignant de vouloir secourir Sparte, il y introduisit mille hommes, que Nabis reçut avec joie comme un utile secours contre les Achéens. Alexamène, sous prétexte de conférer avec lui, l’éloigna de sa troupe, le saisit brusquement, le renversa de cheval, et le fit tuer par ses soldats. Ce triomphe dû à la perfidie, fut de courte durée : tandis que les Étoliens couraient au palais pour le piller, les Spartiates se précipitèrent sur eux, les taillèrent en pièces, et vengèrent la mort de Nabis par celle d’Alexamène.

Philopœmen, profitant de cette confusion, entra avec ses troupes dans la ville, rassembla le peuple, l’engagea à reprendre ses lois, sa liberté, et à se joindre à la confédération des Achéens. Il empêcha ses troupes de commettre les excès qui suivent presque toujours la victoire, refusa un présent de cent vingt talents que lui offraient les Lacédémoniens, et se couvrit d’une gloire brillante qu’il dut plutôt à ses vertus qu’à ses armes.

Le roi de Syrie, attiré par les promesses des Étoliens, entra en Grèce, et s’empara de quelques villes. Il pouvait, en poursuivant, ses succès avec rapidité, acquérir assez d’alliés et de forces pour se mettre en état de fermer ces belles contrées aux Romains ; mais il ne profita de ses premiers avantages que pour étaler aux yeux des Grecs son luxe asiatique : perdant un temps précieux, il passa ses jours en festins et en débauches. Le consul Manius Acilius, rassemblant ses forces-, l’attaqua près des Thermopyles, tourna sa position et le battit complètement. Antiochus, vaincu, se retira en Asie, laissant ses alliés exposés aux vengeances de Rome.

Le consul conseillait aux Étoliens de se livrer à la clémence du sénat ; ceux-ci refusèrent de se soumettre. On leur demandait de livrer aux vainqueurs les portes de leur capitale, Héraclée. Cette humiliation leur parut insupportable, d’ailleurs ils avaient trop offensé les Romains pour croire à leur indulgence. Toute négociation étant rompue, le consul forma le siège d’Héraclée. Les Étoliens combattirent avec le courage du désespoir : malgré leurs efforts, Acilius prit la ville d’assaut, la livra au pillage, et força la citadelle à capituler. Le reste de la nation se renferma dans Naupacte : le consul les y bloqua, et les réduisit bientôt à la dernière extrémité. Apprenant enfin qu’Antiochus, leur dernier espoir, plus malheureux encore en Asie qu’en Europe, venait d’être totalement vaincu à Magnésie par Scipion, ils se soumirent au peuple romain qui les contraignit à payer mille talents et à livrer leurs chevaux et leurs armes.

Ce fut à peu près à cette époque que, le consul voulant s’emparer de Sparte, Philopœmen, ennemi de toute domination étrangère et haïssant autant l’ambition de Rome que celle de Philippe, se jeta, audacieusement dans cette ville, ranima le courage des citoyens, et força le consul à s’en éloigner. Mais quelque temps après, Lacédémone mit ce même Philopœmen dans la nécessité de marcher contre elle.

Les Achéens protégeaient l’indépendance des bourgs maritimes, que Sparte voulait toujours asservir. Les Spartiates croyant que les bannis rentrés, dans la ville depuis la paix, entretenaient des intelligences avec les Achéens, et favorisaient la cause des villes maritimes, proscrivirent ces émigrés, en firent mourir trente, rompirent toute alliance avec les Achéens ; et, aveuglés par leur ressentiment contre cette confédération, ils écrivirent au consul Fulvius, et lui offrirent de mettre la république dans la dépendance et sous la protection de Rome.

Les Achéens déclarèrent la guerre à Sparte, et les deux partis envoyèrent des députés à Rome pour rendre le sénat juge de ce différend. Sa décision fut ambiguë comme celle des oracles. Les Achéens l’interprétèrent en leur faveur. Philopœmen s’approcha de Sparte à la tête de son armée, et demanda le châtiment de ceux qui, au mépris du traité, venaient récemment de s’emparer du bourg maritime de Los. Les citoyens les plus distingués sortirent de la ville pour négocier ; mais, au milieu de la conférence, les bannis de Sparte, qui se trouvaient dans le camp des Achéens, se précipitèrent sur leurs concitoyens, et en massacrèrent quatre-vingt. Ce funeste événement répandit le trouble dans la ville : Philopœmen y entra presque sans résistance ; et ne regardant plus Sparte alors comme l’ornement de la Grèce mais comme un trophée de Rome, il fit démolir ses murs, licencia ses soldats mercenaires, et port a le dernier coup à cette fameuse cité en abolissant les lois de Lycurgue, qui firent si longtemps sa force.

Le sénat romain, jaloux des progrès de la confédération achéenne, prit parti pour Lacédémone, cassa le jugement des Achéens, et ordonna que Sparte entrerait dans la ligue achéenne sans payer de tribut, sans recevoir de garnison, et en conservant son indépendance.

Depuis ce moment, les Romains favorisèrent constamment tous les peuples ennemis des Achéens. A leur instigation, les Messéniens se séparèrent de la ligue, lui firent même la guerre, et s’emparèrent de Coron. Philopœmen, quoique malade et âgé de soixante-dix-huit ans, commandait encore l’armée ; il marcha vers Messène, et battit d’abord les ennemis : mais, ceux-ci ayant reçu un grand renfort, l’enveloppèrent. Les Achéens, accablé par le nombre, prirent la fuite. Philopœmen combattant à l’arrière-garde, faisait oublier sa vieillesse par des prodiges de valeur : mais son cheval tomba ; il fut blessé et pris[2]. Dinocrate, général des Messéniens, l’exposa, chargé de chaînes sur le théâtre aux yeux du peuple de Messène ; ensuite il le jeta dans une prison et le fit mourir. Lorsqu’on présenta au héros le poison qui devait terminer ses jours, il demanda au bourreau ce qu’étaient devenus les Achéens, et particulièrement un officier nommé Lycortas qu’il chérissait. On lui répondit que ses troupes, se faisant courageusement jour au travers des Messéniens, s’étaient retirées, et se trouvaient en sûreté : Eh bien ! dit-il, je meurs content, puisque l’armée achéenne est sauvée.

La mort de ce grand homme rendit les Achéens furieux, tous prirent les armes : le désir de la vengeance doublait leurs forces ils ravagèrent la Messénie, s’emparèrent de la capitale, et la contraignirent à livrer les meurtriers de Philopœmen. Ils furent lapidés auprès de son tombeau. Dinocrate prévint son supplice en se tuant.

On porta les cendres du héros à Mégalopolis. Les peuples venaient au-devant du convoi, l’armée le suivait ; et toute la Grèce en larmes semblait porter le deuil de sa gloire et de sa liberté. Cette année vit mourir trois grands hommes, Annibal, Scipion et Philopœmen.

Les Romains, profitant de la division des peuples et du despotisme insensé des rois, suivaient avec leur habileté ordinaire le projet de subjuguer entièrement les Grecs.

Philippe ne régnait plus en Macédoine ; la. fin de ses jours, la discorde qu’il avait répandue dans la Grèce divisa sa maison. Persée l’aîné de ses enfants, conçut une haine violente contre Démétrius son frère. Celui-ci, élevé par les Romains, pouvait un jour se rendre redoutable avec leur appui Persée le crut, et résolut de le perdre. Il l’accusa d’abord faussement d’avoir voulu attenter à ses jours dans une joute, et d’être venu la nuit avec des gens armés pour l’assassiner. L’innocence de Démétrius triompha de la calomnie. Persée ne se découragea point, et persécuta tellement son frère, que ce jeune prince, voulant mettre sa vie en sûreté, profita d’une absence du roi pour tenter de s’échapper. Persée accompagnait alors Philippe ; il avait placé auprès de son frère un traître qui, sous l’apparence de l’amitié, épiait ses démarches, et méditait sa perte. Par ses perfides conseils, Démétrius, dans l’intention de rendre sa fuite plus facile, écrivit au gouverneur d’une province des lettres qu’on livra au roi. Cette correspondance fut regardée comme un crime. Philippe, accablé de chagrins, affaibli par l’âgé et par les revers, et continuellement aigri par Persée, condamna Démétrius. Il périt, et son frère monta sans rivaux sur un trône ensanglanté, qu’il déshonora par sa lâcheté, comme il l’avait souillé par ses crimes.

Le nouveau roi de Macédoine, que ses flatteurs enivraient d’orgueil, se crut capable de renverser la puissance du peuple romain : il grossit son armée, envoya des émissaires dans la Grèce pour la soulever, et chercha partout des alliés. Eumène, roi de Pergame, trahit sa confiance, et découvrit ses projets à Rome. Persée, pour se venger, fit attaquer ce prince par des pirates à son retour en Asie : Eumène, blessé par eux, fut laissé sur la place comme mort. Secouru par des pécheurs, il revint à la vie, et reprit son trône, dont Attale, son frère, s’était déjà emparé sur le bruit de son trépas.

Paul-Émile, à la tête d’une armée romaine, attaqua Persée ; cet habile général enfonça la phalange macédonienne ; il la détruisit totalement, remporta une victoire complète, et conquit toute la Macédoine. Persée, qui ne savait ni vaincre, ni mourir, fut chargé de chaînes, orna le triomphe de Paul-Émile, et termina ses jours dans la captivité.

Athènes soumise aux Romains, Sparte vaincue, les Étoliens détruits, l’Asie subjuguée, la Macédoine réduite en province romaine, n’offraient plus d’obstacles à l’ambition d’un sénat maître de tant de rois et de tant de peuples. Les Achéens seuls rappelaient encore, par leurs exploits et par leur indépendance, la puissance et la liberté de la Grèce ; Rome résolut, leur ruine : elle sema d’abord la division parmi les villes de la confédération, et y acheta des partisans. Lorsqu’elle les vit désunies, et sans espoir de secours de la Macédoine, ni de l’Asie ; elle envoya des commissaires qui parlèrent en maîtres, traitèrent les Achéens comme des sujets révoltés, et firent des informations juridiques contre ceux d’entre eux qui avaient favorisé Persée par leurs conseils ou par leurs secours. Callicrate, indigne par sa bassesse du nom d’Achéen, vendit sa patrie, et dénonça tous ceux de ses concitoyens qui s’étaient le plus distingués par, leur amour pour l’indépendance. On en arrêta mille, et on les envoya à Rome : le célèbre historien Polybe était de ce nombre. Le sénat, sans les entendre, sans les juger, les exila dans plusieurs villes d’Italie. Leurs compatriotes demandèrent longtemps leur liberté : enfin, au bout de dix-sept ans, le sénat permit leur retour. La plupart étaient morts de chagrin et de misère, et trois cents seulement revirent leur patrie.

Quelques années après, la Grèce tenta un dernier effort pour recouvrer son indépendance : la liberté, semblable à une lampe qui s’éteint, y jeta une dernière lueur avant d’expirer.

Démocrite, premier magistrat des Achéens, attaqua Sparte que protégeaient les Romains, et pilla la Laconie. Rome envoya des commissaires à Corinthe pour se plaindre de cette infraction des traités. Les Grecs, irrités, reçurent avec mépris leurs remontrances. Critolaüs, général des Corinthiens, parcourait toutes les villes de la Grèce, et les excitait à combattre pour la liberté.

Le consul Metellus se trouvait alors en Macédoine. Il fit partir quatre députés pour Corinthe, et les chargea d’exhorter la ligue achéenne à ne pas s’exposer aux vengeances des Romains. Ces députés furent insultés et chassés.

Critolaüs disait hautement que, pour résister à Rome, il suffisait de le vouloir ; que tous les peuples, indignés contre sa tyrannie, n’attendaient qu’un signal, et qu’en montrant une noble audace, on serait soutenu par les rois d’Orient. Les passions croient facilement ce qu’elles désirent, et le vif regret de la liberté perdue faisait saisir avidement le plus léger espoir de délivrance.

Thèbes, l’Arcadie, l’Eubée et la plupart des Achéens embrassèrent le parti de Corinthe. Metellus proposa de nouveau la paix, avec le sacrifice de quelques villes ; on refusa de l’écouter. A la tête de son armée, il marcha contre les Grecs, les mit en déroute, et fit plus de mille prisonniers.

Critolaüs, désespéré du mauvais succès d’une guerre dont il était l’auteur, prit la fuite et se noya. Diœus le remplaça et rassembla une armée de quatorze mille hommes. Metellus, poursuivant rapidement ses avantages, passa au fil de l’épée un corps de mille Arcadiens, enta dans la ville de Thèbes, qu’il trouva abandonnée par ses habitants, et s’avança sur Corinthe, où Diœus était renfermé.

Sur ces entrefaites, Mummius arriva avec de nouveaux renforts, et prit le commandement de l’armée romaine. Trois magistrats de la ligue achéenne, et dévoués à Rome, se trouvaient dans son camp. Il les fit entrer dans la ville pour engager les Achéens à se soumettre : mais la faction de Diœus les jeta dans un cachot. Les assiégés firent ensuite une sortie vigoureuse, et forcèrent les Romains de s’éloigner.

Enflé de ce succès, Diœus offrit la bataille au consul : celui-ci, retenant l’ardeur de ses troupes, affecta une contenance timide pour enhardir l’aveugle présomption des Achéens. Ils s’avancèrent avec une confiance téméraire ; le combat eut lieu dans la partie la plus étroite de l’isthme. Le consul avait placé en embuscade sa cavalerie ; elle prit les Grecs en flanc, les mit en pleine déroute, et leur coupa la retraite.

Diœus, perdant tout espoir de liberté, courut à Mégalopolis, sa patrie, tua sa femme, mit le feu dans sa maison, et s’empoisonna.

Les Achéens, sans chef, se dispersèrent. Une grande partie des habitants de Corinthe s’échappèrent pendant la nuit. Mummius entra dans la ville et la livra au pillage. On vendit les femmes et les enfants ; on mit à part les statues et les tableaux ; toutes les maisons furent brûlées, et les murailles détruites jusqu’aux fondements. Ainsi, périt Corinthe, dans la même année qui vit détruire Carthage        

On démolit les fortifications de toutes les villes qui avaient pris part à l’insurrection. La violation du droit des gens, dans la personne des ambassadeurs, fut le prétexte, et la position importante de Corinthe, le motif réel de cette vengeance atroce.

Le sénat envoya des commissaires dans la Grèce. Ils la déclarèrent réduite en province romaine, abolirent dans toutes les cités le gouvernement populaire, et y placèrent des magistrats chargés de les gouverner par leurs anciennes lois. Cette nouvelle province reçut le nom d’Achaïe ; titre de gloire pour les Achéens, puisqu’il rappelait que ce peuple courageux avait défendu le dernier la liberté de la Grèce.

Sous la domination romaine, les villes grecques jouirent longtemps d’un profond repos. Gouvernées par leurs magistrats, elles n’eurent plus de héros, mais elles brillèrent de l’éclat plus doux des sciences, des lettres et des arts.

Lorsque, dans la suite, Mithridate souleva l’Asie et une partie de l’Europe contre Rome Archélaüs, par ses ordres, s’empara d’Athènes, et la mit sous le gouvernement d’un Athénien nommé Aristion. Sylla, charge par le sénat de combattre Mithridate, entra dans la Grèce à la tête de cinq légions. Toutes les villes lui ouvrirent leurs portes : Athènes seule, fidèle au parti de Mithridate, résista aux Romains. Sylla en forma le siège ; la hauteur des murailles et le courage des habitants arrêtèrent longtemps ses guerriers. Sylla, pour construire ses machines, coupa les arbres du Lycée ; et, comme il manqua d’argent, il pilla les temples de Delphes et d’Épidaure. De part et d’autre on combattit avec acharnement. Les sorties étaient aussi fréquentes que les assauts ; les tours et les machines de Sylla furent souvent renversées ; on employait avec succès, des deux côtés, les mines. L’une d’elles ayant fait écrouler un grand pan de muraille, Sylla ordonna un assaut général. Les Romains firent vainement des prodiges de valeur ; ils furent repoussés ; et, pendant la nuit, les Athéniens fermèrent la brèche par un nouveau mur.

Sylla convertit le siège en blocus. Une horrible famine, plus meurtrière que les armes romaines, découragea les habitants qui forcèrent Aristion à capituler.

Les députés d’Athènes, arrivés dans le camp romain, adressèrent au général un discours éloquent dans lequel ils rappelaient avec fierté la gloire de leur patrie et les exploits de leurs ancêtres. Le farouche Sylla, les interrompant, leur dit : Je ne suis pas venu avec une armée pour  écouter des harangueurs et pour entendre les Athéniens vanter leurs anciennes prouesses ; mais pour châtier des rebelles. Soumettez-vous donc, ou périssez.

La conférence étant rompue, la nuit suivante, il donna un nouvel assaut, prit la ville par escalade, l’abandonna au pillage, égorgea la plupart des habitants, fit vendre les esclaves à l’encan, et assiégea la citadelle qui se rendit faute de vivres.

Aristion et ses partisans furent mis à mort ; Sylla s’empara du Pirée, le démolit et brûla l’arsenal. Après avoir vaincu Mithridate près de Chéronée et d’Orchomène, il rangea de nouveau toute la Grèce et la Macédoine, ainsi que les villes grecques de l’Asie, sous la domination romaine.

Les Grecs, subjugués, firent encore éclater à différentes époques leur ardent amour pour la liberté. Dans le temps des guerres civiles, ils prirent le parti de Pompée contre César. Après la mort de ce dernier, bravant le courroux d’Octave, les Athéniens élevèrent des statues à Cassius.

Rome était devenue la maîtresse du monde, Athènes fut la capitale des lettrés, des talents et des arts. On y venait de toutes parts étudier les sciences et prendre des leçons de goût et d’éloquence. Cicéron et son fils se formèrent dans ses écoles. Titus et Marc-Aurèle confièrent à des maîtres grecs l’éducation de leurs enfants. On méprisait à Rome celui qui ne savait pas la langue grecque. Dans la décadence de l’empire, Basile, Grégoire, Chrysostome, puisèrent dans Athènes les lumières qu’ils répandirent sur l’église chrétienne ; et le despotisme seul des Musulmans parvint à détruire cette domination de l’esprit qui avait remplacé celle des armes.

 

TABLEAU LITTÉRAIRE DE  LA GRÈCE PENDANT LE QUATRIÈME ÂGE

PANÆTIUS, philosophe stoïcien, était né Rhodes, et vint faire ses études à Athènes. La sévérité de sa morale, la force de ses raisonnements et son érudition lui acquirent une grande réputation ; elle s’étendit au-delà de sa patrie, et il fut appelé à Rome. Le peuple romain, que les Grecs nommaient encore barbare, dans le temps de l’expédition de Pyrrhus en Italie, n’aimait que la gloire des armes, et n’admirait que les vertus fortes qui maintenaient la liberté dans l’état et conservaient le respect des lois et des mœurs. On méprisait alors à Rome la philosophie épicurienne qui corrompt l’esprit public, et on vivait dans une telle ignorance des arts que, lorsque Mummius envoya en Italie les chefs-d’œuvre des plus grands peintres et des plus habiles sculpteurs de la Grèce, il ordonna que, dans le cas où le voyage détériorerait quelques tableaux ou quelques statues, l’homme chargé de les transporter en ferait faire d’autres  à ses frais.

Les ouvrages des stoïciens furent les premiers que Rome accueillit : leur doctrine austère y obtint un plein succès parce qu’elle était conforme aux mâles vertus de ces fiers républicains.

Le philosophe Panætius introduisit un des premiers les lettres grecques dans la capitale du monde. Il devint l’ami de Lélius et de Scipion, et accompagna ce dernier dans tous ses voyages. Il avait composé un Traité des Devoirs, dont Cicéron vantait le mérite, et dont il tira parti dans ses Offices.

Longtemps après, un autre stoïcien, Épictète, illustra sa secte en Italie. Grec de naissance, esclave à la cour de Néron, et ensuite affranchi, il partagea l’honorable exil des philosophes, lors que ce farouche tyran les chassa de Rome. Il résida à Nicopolis ; Adrien le rappela en Italie. L’esclavage lui avait appris à aimer la liberté, la tyrannie à chérir la vertu, et le malheur à souffrir avec patience. Il pratiquait avec exactitude ce que les autres se contentaient souvent d’enseigner. Ses principes sublimes paraissent au-dessus de la faiblesse humaine ; mais cette faiblesse même trouve un remède salutaire dans les maximes d’Épictète. C’est dans les temps d’abattement et d’adversité qu’on les lit avec plus de plaisir et de fruit. Elles aident à supporter les coups du sort ; on se sent plus ferme après les avoir lues.

La soumission à la Providence e la nécessité de se conformer, pour être heureux, à l’ordre quelle a établi, la résignation dans l’adversité e la modération dans le bonheur tel est le but et l’esprit de sa philosophie.

DÉMÉTRIUS DE PHALÈRE. Les événements que nous avons racontés, ont fait connaître la sagesse, de son administration et l’ingratitude des Athéniens. Comme orateur, il acquit une réputation brillante ; mais son éloquence se ressentait de l’état de décadence de