HISTOIRE DE LA GRÈCE

 

QUATRIÈME ÂGE DE LA GRÈCE

 

 

SUCCESSEURS D’ALEXANDRE

LORSQUE Alexandre, après avoir traversé la Grèce, la Syrie, la Phénicie, l’Égypte, la Perse et la Médie, se précipitait sur les provinces de l’Inde avec la rapidité d’un torrent, et semblait regarder l’empire du monde comme le prix de la course aux jeux Olympiques, plusieurs Brachmanes qui se trouvaient sur son passage, frappèrent tour à tour la terre de leurs pieds. Alexandre leur ayant demandé la raison de ce mouvement, ils répondirent : Quelque ambitieux, quelque puissant que soit un homme pendant sa vie, il ne peut occuper sur la terre, après sa mort, qu’une place égale à la mesure de son corps. On dut se rappeler cette sage réponse, dès que le sort eut terminé les jours du conquérant de l’Asie : ce héros, qui remplit l’univers de sa gloire, qui laissait un si grand vide dans le monde, demeura quelques jours isolé sans pouvoir posséder le cercueil qu’il devait occuper ; à peine le son de sa voix eut-il cessé de se faire entendre, déjà ses dernières volontés étaient méconnues ; déjà sa famille, méprisée, passait sous la dépendance de quelques généraux ambitieux, prêts à dévorer ses dépouilles ; et le maître de l’Orient, naguère si terrible, ne présentait plus que la triste image d’un tison éteint au milieu du vaste embrasement qu’il avait causé.

Les dynasties renversées par lui n’existaient plus ; les républiques, ployées sous le joug militaire, avaient perdu l’habitude et le prestige de la liberté ; Alexandre en mourant laissait les parties de son immense empire sans maître légitime, sans lois certaines et sans union. Les anciens droits détruits, les nouvelles prétentions élevées, l’orgueil des vainqueurs, la faiblesse des vaincus, la vaillance même des troupes et leur dévouement à différents chefs égaux en talents, en ambition et en courage, ouvraient un champ sans limites à cette anarchie militaire, à ces discordes sanglantes qu’Alexandre avait prévues, et qu’il nommait si justement ses jeux funéraires.

On devait, suivant ses derniers ordres, porter son corps au temple de Jupiter Ammon ; mais Antipater le réclamait au nom de la Macédoine ; et comme un oracle promettait les plus hautes destinées à la ville qui posséderait ces restes d’un héros, chacun des généraux prétendant les placer dans la partie de l’empire soumise à son pouvoir. Sans cet oracle, qui excitait l’ambition, on se serait plus occupé du trône d’Alexandre que de son tombeau.

Après plusieurs jours d’incertitude et de débats, on se décida à suivre les intentions du monarque : on convint que son corps serait conduit en Libye. Les préparatifs de ces pompeuses funérailles durèrent deux années : le char qui le portait et le catafalque eurent une magnificence proportionnée à l’étendue de sa puissance et à l’éclat de sa gloire.

Ptolémée, qui commandait en Égypte, vint le recevoir à la tête d’une armée ; mais, au lieu de l’envoyer en Libye, il le garda dans la ville d’Alexandrie, pour profiter, ainsi que l’Égypte, des promesses de l’oracle.

Aucun des compagnons d’Alexandre n’avait assez de modération pour souffrir un maître, ni assez de prépondérance pour forcer les autres à lui obéir : dans cette position, en attendant que le sort des armes décidât de leurs prétentions, ils convinrent de reconnaître pour roi Aridée, frère naturel d’Alexandre. Ce rince était devenu imbécile par l’effet d’un breuvage que lui avait donné dans sa jeunesse la jalouse et cruelle Olympias, femme du roi Philippe. Perdiccas eut le titre de régent pour gouverner sous le rom de ce fantôme royal, et le régent lui-même n’obtint qu’une puissance fort limitée, et qui devint illusoire par le partage que les généraux se firent des provinces de l’empire, dont ils furent plutôt les maîtres que les gouverneurs.

Nous avons vu dans l’histoire de la Perse les dispositions de ce premier partage, les troubles qui en furent la suite : jamais l’histoire n’offrit de guerres plus cruelles, de traités plus fréquents, d’alliances plus souvent formées et rompues ; les peuples infortunés, combattant pour le choix des tyrans, changeaient à chaque instant de lois, de limites et de maîtres. Plusieurs généraux, compris dans le premier partage, disparurent de ce théâtre ensanglanté[1]. Perdiccas périt en faisant la guerre contre Ptolémée. Eumène tua dans une bataille Python et Néoptolème ; et en peu de temps toutes les prétentions diverses furent obligées de céder à la force de quelques chefs plus éminents en richesses, en fortune et en capacité. Ainsi les concurrents se trouvèrent réduits à un petit nombre de princes qui formèrent enfin quatre grandes monarchies. Les nouveaux maîtres de l’Orient étaient Ptolémée en Égypte, Séleucus, Eumène, Léonat, Antigone, Lysimaque et Cratère, qui se disputaient l’Asie.

Antipater gouvernait