HISTOIRE DE LA GRÈCE

 

TROISIÈME ÂGE DE LA GRÈCE

 

 

NOUVEAUX TROUBLES DANS LA GRÈCE

LES passions qui avaient mis toute la Grèce en armes ne furent point éteintes, par ce honteux traité, ouvrage de la lassitude et non de la raison. Un court repos leur rendit leurs premières forces.

Thèbes et Corinthe étaient mécontentes de la paix d’Antalcide, qui avait affranchi les villes de leur dépendance, tandis que Sparte, après avoir diminué leur autorité, conservait la sienne sur la plus grande partie du Péloponnèse

L’ambition lacédémonienne donna bientôt à la haine de nouveaux aliments : sous un léger prétexte, les Spartiates firent la guerre aux Olinthiens, et s’emparèrent de Potidée, leur alliée. Une entreprise plus audacieuse porta l’exaspération au plus haut point.

La ville de Thèbes était agitée par deux partis que leurs intérêts opposés rendent en tout temps inconciliables, lorsqu’un troisième pouvoir ne les comprime pas ; ces deux partis étaient celui de la démocratie et celui de l’oligarchie.

Le premier veut l’égalité, et mène presque toujours à l’anarchie ; l’autre, sous prétexte de conserver l’ordre public en plaçant le gouvernement dans les mains des hommes les plus riches, les plus instruits et les plus distingués, conduit souvent à la tyrannie.

Ces deux factions étant alors fort animées l’une contre l’autre, le général spartiate Phébidas profita de leurs divisions, promit d’appuyer les oligarques, et s’introduisit dans la citadelle dont il s’empara.

Le parti populaire, abattu, se vit livré aux vengeances de ses ennemis qui en proscrivirent tous les chefs : quatre cents citoyens se bannirent eux-mêmes et cherchèrent un asile dans la ville d’Athènes, toujours favorable à la démocratie.

Au nombre de ces exilés on remarquait Pélopidas, déjà connu par des exploits guerriers, et dont le noble caractère promettait un libérateur et un héros à sa patrie. Épaminondas, digne de partager sa gloire, et qui devait même la surpasser, était lié avec lui d’une amitié qu’aucune rivalité ne put affaiblir ; elle se soutint également dans le malheur, et dans la prospérité : mais, quoique Epaminondas fut du même parti que son ami, il ne l’accompagna point dans sa fuite, et resta tranquille à Thèbes ; son amour pour la littérature et pour la philosophie, le faisant croire exempt d’ambition, le mit à l’abri de la haine d’un gouvernement soupçonneux et jaloux.

Il était évident que Phébidas, en s’emparant de Cadmée en pleine paix, avait fait une infraction au droit des gens, qui devait alarmer toutes les villes libres ; le sénat de Sparte prouva plus dans cette occasion, sa mauvais foi que sa justice ; il condamna Phébidas à l’amende, mais il conserva la citadelle de Cadmée, et fit mettre à mort Isménie, général thébain, et l’un des chefs du parti populaire.

Cet acte de violence rendit la haine de Thèbes irréconciliable : les proscriptions civiles ne sont que des malheurs ; celles qu’exerce l’influence étrangère sont des affronts.

Rien n’aveugle comme l’ambition. Agésilas lui-même défendit Phébidas, disant que, si son entreprise n’était pas juste, elle était du moins très utile. Son orgueil pour sa patrie lui faisait oublier cette maxime bien plus vraie, sortie de sa bouche. La justice est la première de toutes les vertus, puisque si tous les hommes étaient  justes, on n’aurait pas besoin de lois.

Au reste Sparte ne tarda pas à éprouver la vérité d’une autre maxime qu’on perd trop souvent de vue ; c’est que tout ce qui est injuste devient à la longue plus nuisible qu’utile. Tout parut dans les premiers moments justifier les fautes de Lacédémone, et favoriser son ambitieuse politique.

Les Olinthiens, qui s’étaient révoltés, et qui avaient tué le général Téleutius furent vaincus par Agésilas, et obligés de se rendre. Le gouvernement thébain, protégé par les Spartiates, se trouvait forcé de suivre leurs lois. Athènes et Corinthe redoutaient leurs armes. La domination de Sparte sur