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SUITE DE LA GUERRE
CONTRE LES PERSES.
LES Athéniens, délivrés des Perses, rebâtirent leur ville,
relevèrent leurs temples, travaillèrent avec activité à fortifier la
citadelle et à entourer Athènes de fortes murailles. Mais les Lacédémoniens
virent avec peine ces travaux. Leur vaillance et leur vertu avaient porté
tous les peuples de la Grèce à reconnaître leur supériorité et à leur
céder le commandement de la confédération ; toujours on avait nommé pour
généralissime un Spartiate
C’était assez pour l’honneur, mais non pour l’orgueil : il
est insatiable ; il, ne se contente pas d’être au-dessus ; il veut être seul.
L’éclat d’Athènes blessait Sparte, et cette fière république
espérait que sa rivale ne relèverait jamais ses murs abattus par Xerxès. Elle
envoya donc des ambassadeurs à Athènes ; ils représentèrent au sénat et au
peuple le danger de construire, hors du Péloponnèse, une forteresse qui
pourrait servir de place d’armes aux Perses, s’ils renouvelaient leur
invasion. Ils annoncèrent avec fierté l’intention de s’opposer à l’achèvement
des travaux commencés.
Thémistocle occupait alors une des premières charges de l’état
: cet adroit politique sentit que, dans la position des Athéniens, ils ne
pouvaient pas encore opposer la force à l’insolence ; il répondit avec
adresse, obtint des délais, représenta la nécessité de délibérer mûrement sur
une affaire d’une si grande importance pour Athènes et pour toute la Grèce. Il
proposa modestement de décider cette grande question à Lacédémone. Les Athéniens
nommèrent des députés. Thémistocle, nommé le premier, précéda ses collègues et
partit pour Sparte avec les ambassadeurs de cette république. Lorsqu’il y fut
arrivé, il différa de jour en jour la discussion, sous prétexte qu’il ne
pouvait rien prendre sur lui dans l’absence de ses collègues qu’il attendait,
et dont il avait secrètement fait retarder le départ.
Pendant ce temps tout le peuple d’Athènes jusqu’aux
femmes, et jusqu’aux enfants, travaillait sans relâche aux fortifications. La
nouvelle en vint à Sparte : les éphores se plaignirent de la lenteur affectée
de Thémistocle, et de l’activité des Athéniens.
Thémistocle soutint qu’ils étaient mal informés qu’ils
prenaient mal à propos l’alarme sur un faux bruit. Il leur proposa d’envoyer
des députés pour s’assurer de la vérité de ces nouvelles.
Enfin ses collègues arrivèrent ; mais les travaux étaient
achevés : alors, levant le masque, il déclara en plein sénat, qu’Athènes
avait résolu de veiller à sa sûreté ; qu’aucun des alliés ne pouvait, avec
justice, la priver de son indépendance ; que les Lacédémoniens voulaient à
tort fonder leur force sur la faiblesse des autres peuples de la Grèce ; qu’au reste
les ouvrages étaient finis, et que les Athéniens sauraient les défendre
contre tous ceux qui voudraient les attaquer.
Sparte, étonnée, se tût et n’eut d’autre résultat de ses
mauvais desseins que d’avoir dévoilé sa jalousie et son ambition.
Athènes, ayant fortifié ses ports, les remplit avec
activité, et ordonna de construire tous les ans vingt vaisseaux.
Thémistocle, qui combattait avec tant de raison les l’ambition
de Sparte, n’en avait pas une moindre pour sa patrie : il déclara au
peuple qu’il avait conçu un projet d’une haute importance, mais qu’il ne
pouvait expliquer publiquement, puisque son succès exigeait le plus profond
secret. Les Athéniens lui dirent de le confier à Aristide seul : alors
Thémistocle, le prenant à part, lui avoua que son dessein était de rendre
Athènes maîtresse de la
Grèce, en brûlant toute la flotte grecque, qui se trouvait
alors dans un port voisin. Aristide revint à l’assemblée, et dit : Rien n’est plus
utile pour Athènes que le projet de Thémistocle ; mais rien n’est plus
injuste.
Cet arrêt d’un homme vertueux suffit pour décider les
Athéniens à rejeter la proposition : Athènes alors méritait sa gloire et sa
puissance. Cependant on pourrait dire que la distinction d’Aristide n’était pas
exacte, parce que ce qui est injuste ne peut jamais être utile.
Quelque temps après Lacédémone proposa au conseil des amphictyons
d’exclure de l’alliance générale les villes qui n’avaient point contribué par
leurs secours aux victoires remportées sur les Perses. Par ce moyen la
confédération aurait été réduite à trente villes d’une médiocre puissance, et
l’exclusion d’Argos et de Thèbes aurait assuré la domination des
Lacédémoniens. Thémistocle rompit ce projet en prouvant que cette rigueur
exciterait la discorde, donnerait des alliés aux ennemis, et qu’il fallait
fortifier la confédération au lieu de l’affaiblir.
Le peuple d’Athènes inclinant toujours vers la démocratie,
voyait avec peine les privilèges que les lois assuraient à l’opulence : il
fallait avoir un revenu de cinq cents médimnes pour être éligible aux places
d’archontes. La ville était au moment de se voir la proie des dissensions
civiles ; Aristide, plus vertueux que politique, fit rendre un décret
qui accordait à tous les citoyens le droit d’être élu : cette loi, trop
populaire, préparait de longs troubles pour obtenir un calme passager.
Après avoir repoussé si glorieusement l’invasion des
Perses, les Grecs voulurent se venger des maux qu’ils avaient soufferts : leur
flotte, commandée par Pausanias de Sparte, par Aristide et par Cimon d’Athènes,
partit dans le dessein de rendre la liberté aux villes grecques de l’Asie-Mineure
; elle rencontra, près de l’île de Chypre, l’armée navale des Perses, la
battit complètement, en détruisit une partie, prit toutes les villes de la
côte d’Asie, et s’empara même de Byzance.
Dans cette dernière ville on trouva un butin immense, et
on fit beaucoup de riches satrapes prisonniers ; mais, gagné par leurs présents,
le généralissime Pausanias les laissa échapper.
Le héros de Platée ne put défendre sa vertu contre les
piéges de la fortune et de l’ambition ; et la rigide Sparte donna le
premier exemple aux Grecs de la trahison et de la cupidité.
La hauteur et les injustices de ce général excitaient les
plaintes des alliés ; ils le dépouillèrent du commandement, pour le donner à
Aristide. Ainsi la vertu d’un Athénien et la corruption d’un Spartiate firent
passer dans les mains d’Athènes l’autorité dont Lacédémone avait joui jusqu’alors
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