HISTOIRE DE LA GRÈCE

 

TROISIÈME ÂGE DE LA GRÈCE

 

 

PREMIÈRE GUERRE CONTRE LES PERSES

CYRUS avait fondé dans l’Orient un empire immense, que sa famille ne sut pas longtemps conserver : les folies et les vices de ses successeurs les renversèrent du trône élevé par le génie de ce grand homme.

Un mage imposteur l’occupa sous le nom de Smerdis ; mais il fut bientôt démasqué, et massacré par les grands de la Perse, qui élurent pour roi Darius, fils d’Hystaspe.

Son empire comprenait toute l’étendue de la Perse moderne et de la Turquie d’Asie. Il était maître de la Thrace, dominait en Phénicie et en Palestine, et possédait même quelques parties de la Macédoine.

Pour rendre sa puissance plus respectable aux yeux des peuples il avait épousé Atossa, fille de Cyrus. Cette femme ambitieuse et vaine fut trompée par un médecin grec, nommé Démocède, que le roi retenait malgré lui en Perse, et qui cherchait les moyens d’échapper à sa tyrannie.

Cette légère intrigue devint une des causes de la guerre qui éclata bientôt entre l’Asie et l’Europe. Darius voulait combattre les Scythes : la reine voyait avec peine une entreprise qui n’offrait que des dangers et ne promettait que des déserts : Démocède lui dit qu’elle devait engager son époux à tourner plutôt ses armes contre la Grèce dont la conquête serait facile, lucrative et glorieuse. Il flatta surtout sa vanité par l’espoir d’avoir à son service des femmes de Corinthe et d’Athènes, dont on vantait partout la beauté, l’esprit et les talents.

Darius aimait la gloire, et ne croyait pas qu’une si petite contrée, divisée en tant d’états faibles pût lui opposer une grande résistance. Il chargea Démocède de parcourir la Grèce et l’Italie, et de reconnaître la force des différentes républiques et les dispositions des esprits. Quinze officiers perses l’accompagnèrent dans cette expédition : ils furent arrêtés à Tarente comme espions. Démocède trouva le moyen de s’échapper et de se retirer à Crotone, sa patrie, qui refusa de le livrer à Darius.

Un événement plus important acheva bientôt d’aigrir les esprits, et alluma cette forte haine qui devait ensanglanter tout l’Orient.

L’île de Naxos, l’une des Cyclades, se voyait alors agitée par des troubles qu’excitait dans toutes les républiques grecques la querelle interminable de la pauvreté contre la richesse, de la démocratie contre l’aristocratie ; le peuple l’emporta, et bannit de Naxos les citoyens les plus opulents. Ils se réfugièrent à Milet, où commandait Aristagore, et implorèrent son secours pour rentrer dans leur patrie.

Aristagore courut à Sardes, où résidait le satrape Artapherne, frère du roi de Perse : il lui fit entrevoir que la conquête de Naxos serait facile ; que sa chute ferait tomber l’île d’Eubée (aujourd’hui Négrepont), et ouvrirait un libre passage en Grèce.

Darius, informé par son frère de cette proposition, l’accueillit avidement ; et chargea un de ses parents, nommé Mégabaze, de commander l’expédition sous la direction d’Aristagore. L’entreprise n’eut point de succès : Mégabaze souffrait avec impatience qu’on soumît un prince tel que lui aux ordres d’un Grec, d’un Ionien ; il avertit secrètement le gouvernement de Naxos de l’attaque qui allait être dirigée contre lui. Les Naxiens, qu’on croyait surprendre, se défendirent avec opiniâtreté : après quatre mois de siège les Perses firent obligés de se retirer.

Mégabaze, attribua son échec à une trahison d’Aristagore, et l’accusa devant Artapherne qui jura sa perte.

Aristagore, chercha son salut dans la révolte ; il parcourut l’Ionie pour la soulever : cette province était remplie de colonies fondées par les Grecs que les Héraclides avaient chassés du Péloponnèse. Aristagore sût réveiller leur amour pour leur ancienne patrie, et leur persuada facilement de faire cause commune avec les Grecs. Les Ioniens, convaincus que la servitude deviendrait leur partage s’ils laissaient asservir la Grèce, coururent aux armes, cessèrent de reconnaître l’autorité du roi de Perse, chassèrent ses troupes de leurs villes, et s’emparèrent des vaisseaux qui se trouvaient dans leurs ports.

Aristagore se rendit à Sparte. Cléomène y régnait : il lui représenta qu’il était digne d’un peuple libre d’affranchir les Ioniens d’un joug honteux et pesant, de faire échouer les projets de Darius en les prévenant et de porter la guerre au sein de