HISTOIRE DE LA GRÈCE

 

PREMIER ÂGE DE LA GRÈCE

 

 

LE premier âge de la Grèce nous montre cette contrée divisée en plusieurs petits royaumes qui furent tous fondés par des colonies d’Égypte et de Phénicie. Les habitants sauvages de la Grèce s’étaient soumis, les uns volontairement et les autres par nécessité, aux rois de Sicyone, d’Athènes, d’Argos, de Sparte et de Corinthe. Ces princes commencèrent à polir et à civiliser les peuples en leur procurant les premiers avantages de la réunion sociale, et en leur faisant goûter la sécurité que leur donnaient les murs de leurs villes naissantes contre les- attaques des animaux féroces et les invasions des brigands.

Une grande partie des Pelages, attachés aux habitudes et à l’oisiveté de la vie sauvage, repoussèrent longtemps les lumières qu’on leur présentait, et résistèrent au joug qu’on voulait leur imposer. Ces hordes errantes, guidées par des chefs braves et cruels, répandaient partout l’effroi, massacraient les voyageurs, enlevaient les troupeaux, et dévastaient comme un torrent tous les lieux qu’elles traversaient. Cet obstacle, opposé aux progrès delà civilisation, excitait l’indignation des fondateurs dei nouvelles colonies. Le but de leurs efforts et l’objet de leur gloire fut longtemps la destruction de ces brigands ; et les premiers héros que l’histoire immortalisa et que la reconnaissance divinisa, se signalèrent par des victoires remportées sur les monstres des forêts et sur les chefs des hordes sauvages. La fortune, la puissance et la célébrité, fruits de ces premiers exploits, entretinrent l’esprit militaire chez les Grecs.

Lorsqu’ils n’eurent plus de monstres à terrasser ni de sauvages à soumettre, ils combattirent entre eux, et firent des incursions dans les îles adjacentes et sur les côtes voisines pour accroître leur renommée, pour étendre leur puissance, et pour augmenter leurs richesses, qu’ils ne pouvaient devoir qu’au pillage, en attendant que le commerce vînt leur donner des moyens plus doux d’en acquérir.

C’est dans ces temps qu’on nomme héroïques et fabuleux que l’histoire place le voyage des Argonautes, les crimes des Danaïdes, les aventures de Thésée, les travaux d’Hercule, les malheurs d’Œdipe, le siége de Thèbes et celui de Troie. On y trouve tellement mêlées la mythologie et l’histoire, la vie des hommes et celle des dieux, les métamorphoses et les révolutions, qu’on peut appeler ces temps fabuleux aussi bien qu’héroïques.

Les premiers rois des Grecs commandaient à des, hommes braves et même féroces ; leur autorité n’avait quelque étendue que pendant la guerre : elle était très bornée pendant la paix. Ils adoucirent leurs mœurs par leurs lumières, s’ans pouvoir amollir assez les courages pour établir solidement leur domination. Toute autorité, contestée et mécontente de ses limites, cherche à obtenir par la crainte ce qu’elle ne peut obtenir par la loi ; aussi vit-on bientôt tous ces princes abuser de leurs victoires sur leurs ennemis et du dévouement de leurs soldats pour opprimer leurs concitoyens ; mais les Grecs, uniquement occupés de guerre et d’agriculture, étaient exempts des vices qu’entraîne la mollesse. Ils brisèrent les chaînes de la tyrannie, et presque partout le gouvernement républicain s’établit. Les Grecs avaient conservé entre tous les citoyens une parfaite égalité qui maintint la liberté durant les deux premiers âges ; le troisième y introduisit la richesse, l’ambition, l’inégalité, la corruption ; et le quatrième, la servitude.

 

SICYONE

PLUSIEURS historiens parlent de Sicyone comme d’une des lus anciennes villes du monde. Ils font remonter sa fondation jusqu’à l’an 1915. Égialée fut, dit-on, le premier de ses rois. On ne s’accorde pas sur le nombre de ses successeurs ; le souvenir de leurs actions ne s’est pas conservé. Les historiens prétendent que ce royaume dura mille ans.

 

CRÈTE

LA plupart des anciens auteurs s’accordent à dire que le premier peuple grec civilisé fut celui d’Argos que fonda l’Égyptien Inachus[1]. Cependant d’autres assurent que l’île de Crète, éclairée et policée par Minos, avait reçu ses sages lois qui furent admirées par les philosophes, et qu’elle avait un gouvernement régulier dans le temps où toute la Grèce était encore sauvage. Ce qui est difficile à concevoir, c’est l’ignorance où l’histoire nous a laissés sur les noms et les actions des rois de cette île célèbre, dont tant de sages avaient étudié la législation. On ne sait pas même avec certitude si Minos était indigène ou étranger ; l’opinion la plus générale est qu’il était venu d’Égypte. Au reste sa justice et sa sévérité lui attirèrent tant de renom que la fable le plaça dans les enfers, et le chargea du soin de juger les ombres. On croit que Rhadamante, qui partagea cette triste gloire, était son frère.

 

ARGOS

LES rois les plus connus qui gouvernèrent cette contrée, furent Inachus, Phoronée, Apis, Argus, Criasus, Phorbas, Triopas, Crotopus, Sthénélus, Gélanor, Danaüs, Lyncée, Abas, Prætus et Acrisius ; de celui-ci provinrent Persée, Eurysthée, Hercule.

Inachus, victime d’une révolution en Égypte, fonda la première colonie en Grèce. Le règne de Phoronée, son successeur, marque l’époque la plus ancienne de la civilisation grecque. Ce prince établit dans la nouvelle ville d’Argos le culte des dieux et les lois égyptiennes. Il s’empara de toute la presqu’île du Péloponnèse. Apis donna son nom à la partie de cette presqu’île qui se nomma longtemps Apie. Argus fut le premier qui attela des bœufs à la charrue. La ville d’Argos, embellie par ses soins, prit et conserva son nom. Criasus y éleva un temple à Junon. Inachus fut le père de la fameuse Io. Un prince du pays, nommé Jupiter, enleva cette princesse, et la conduisit en Égypte, où elle fut, dit-on, adorée sous le nom d’Isis. Les poètes, ornant cette aventure des couleurs de la fable, dirent que le maître des dieux, étant devenu amoureux d’Io, la transforma en génisse pour la soustraire, au courroux de Junon.

Lorsque le roi Gélanor gouvernait l’Argolide, Égyptus régnait en Égypte. Égyptus avait cinquante fils ; il voulait les unir aux cinquante filles de son frère Danaüs. Celui-ci rejeta cette union et s’enfuit en Grèce. Ayant rassemblé ses amis et quelques aventuriers, il se mit à la tête des Argiens, mécontents de leur roi, et s’empara du trône de Gélanor. Le roi d’Égypte, opiniâtre dans ses desseins, troubla bientôt son frère dans son nouveau royaume. Il envoya en Grèce une armée sous les ordres de ses cinquante fils, fit le siège d’Argos, et força Danaüs à consentir au mariage projeté : mais le cruel roi d’Argos, dont la haine s’était accrue par cette violence, fit assassiner ses neveux par leurs femmes la nuit de leurs noces. Hypermnestre seule sauva son mari Lyncée qui s’échappa ainsi des embûches du tyran, vengea ses frères  et régna.

Acrisius et Prætus, fils jumeaux de Lyncée, se disputèrent le trône. Acrisius l’emporta, et donna la ville de Tirynthe en apanage à Prætus.

Acrisius fut père de Danaé. Un oracle l’avertit que l’enfant qui naîtrait d’elle le tuerait. Pour éviter ce malheur il enferma sa fille dans une tour : mais un prince voisin, nommé Jupiter, séduisit les gardes, entra dans la prison, enleva Danaé, et l’épousa ; elle donna naissance à Persée. Ce héros combattit les monstres des forêts, tua une reine d’Afrique, nommée Méduse, dont l’aspect, dit la fable, pétrifiait ceux qui la regardaient. La princesse Andromède fut délivrée par lui d’un ravisseur, dont les poètes ont fait un monstre marin. Enfin Persée, disputant le prix aux jeux funèbres de Thessalie, accomplit involontairement l’oracle, et tua son grand-père Acrisius d’un coup de palet.

Dans le même temps Pélops, fils de Tantale, roi de Lydie, vint en Grèce pour éviter la vengeance de Tros, roi des Troyens, qui lui faisait la guerre parce que Tantale avait enlevé un de ses enfants, nommé Ganymède. Pélops, ayant remporté le prix des chars aux jeux de Pise ou d’Olympie, épousa Hippodamie, fille d’Œnomaüs, roi de cette contrée. Il succéda à son beau-père se rendit maître d’une partie du Péloponnèse, qui prit son nom, et fut le chef de la race des Pélopides.

Persée, ne pouvant plus supporter le séjour d’Argos depuis qu’il avait tué son grand-père, transporta le siège de ses états à Mycène, et régna cinquante-huit ans[2]. Ses enfants se partagèrent son royaume : Anaxagoras, l’un d’eux, s’établit à Argos, et eut des successeurs.

Sthénélus, qui avait épousé une fille de Pélops, resta à Mycène, et laissa son sceptre à son fils Eurysthée, dont les enfants furent tués par ceux d’Hercule. Persée avait eu deux autres enfants ; Alcée, père d’Amphitryon, et Électryon, père d’Alcmène. Le mariage d’Alcmène et d’Amphitryon devint la source des grandes querelles qui éclatèrent par la suite entre les Pélopides et les Héraclides.

Alcmène, que les poètes font aussi mère d’Eurysthée, cédant à l’amour d’un prince voisin, nommé Jupiter, donna naissance au fameux Hercule. Ce héros, doué du plus grand courage et d’une force merveilleuse signala sa jeunesse par des victoires remportées sur des monstres et des brigands. Le roi Eurysthée, jaloux de sa renommée, le chargea de plusieurs entreprises périlleuses, espérant qu’il y trouverait la mort.

Hercule, poursuivi par le courroux de Junon et par la haine d’Eurysthée, remplit la terre du bruit de son nom. On croit généralement qu’il a existé dans différentes contrées plusieurs Hercules ; on trouve dans presque tous les pays des traces de leurs exploits, qu’on attribua dans la suite au seul Hercule, fils d’Alcmène et d’Amphitryon. Hercule, le premier des demi-dieux, extermina, dit-on, le lion de Némée, le taureau de Crète, le sanglier d’Érymanthe et l’hydre de Lerne. Il tua Busiris, roi d’Égypte, qui faisait massacrer les étrangers, et terrassa le roi de Libye, Anthée, dont la vengeance s’exerçait sur ceux qu’il avait  vaincus à là lutte. Sa. Massue écrasa les géants de Sicile et les centaures de Thessalie. Après avoir purgé la terre de brigands, il en fixa les limites à Cadix, qu’on appela les colonnes d’Hercule. La fable dit qu’il ouvrit les montagnes pour rapprocher les nations, qu’il creusa des détroits pour confondre les mers, et que les dieux durent à son secours leurs triomphes sur les géants appelés Titans. Son histoire est un tissu de fables. Les poètes lui ont attribué toutes les grandes actions dont on ignorait les auteurs ; mais il a existé certainement un véritable Hercule, célèbre par sa force et sa valeur, puisque sa race a subsisté et régné longtemps dans la Grèce.

 

EXPÉDITION DES ARGONAUTES

(An du monde 2785. — Avant Jésus-Christ 1219)

LES courses et les travaux de ces illustres aventuriers n’avaient pas toujours pour objet la sûreté du pays, la destruction des monstres, la protection de l’innocence et la punition des brigands. Le but de cette espèce de chevalerie errante que n’éclairait point une religion pure et vraie, était souvent l’enlèvement de quelques belles princesses ou le pillage de quelques riches cités.

La Colchide passait pour un pays très opulent : sa capitale renfermait, dit-on, un trésor que la fable transforme en toison d’or, gardée par des dragons. Le bruit des richesses de la Colchide excita la cupidité des héros grecs.

Jason était un prince de Thessalie ; son oncle Pélias, qui s’était emparé du trône, détermina ce jeune guerrier à tenter cette expédition contre Colchos  espérant qu’il y périrait. Les hommes les plus vaillants de la Grèce, Hercule, Oïlée, Télamon, Castor, Pollux, Thésée, Philoctète, Argus et plusieurs autres furent ses compagnons. Argus se chargea de la construction du navire qui devait les porter. Leur navigation fut heureuse. Médée, fille d’Ætas, roi de Colchide, seconda leurs efforts. Séduite par Jason, elle lui livra les trésors de son père et s’enfuit avec lui. Au retour de cette expédition Hercule continua longtemps ses brillants exploits ; mais ce superbe vainqueur, lui-même vaincu par l’amour, fila pour la reine Omphale, et conçut une grande passion pour Déjanire, qu’il épousa. Cette princesse, dans un accès de jalousie, lui donna un breuvage qui le rendit furieux. Ne pouvant supporter ni calmer ses violentes douleurs, il fit dresser un bûcher au sommet du mont Œta, se précipita au milieu des flammes et y périt. La fable dit que ses entrailles, étaient brûlées par une robe empoisonnée que  Déjanire, avait reçue de son rival Nessus, prince de Thessalie, et qu’on appelait Centaure ; parce que les Thessaliens furent les premiers Grecs qui dressèrent et montèrent des chevaux.

La mort d’Hercule n’éteignit point la haine d’Eurysthée ; il chassa du Péloponnèse les enfants de ce héros ; mais ils y revinrent bientôt, le défirent dans un combat et le tuèrent. Trois ans après Hellène, leur aîné, fut vaincu par un roi de Tégée et périt. Ses frères se dispersèrent dans la Grèce ou ils furent connus sous le nom d’Héraclides.

Eurysthée étant mort, Atrée, son oncle maternel et fils de Pélops, prit possession du Péloponnèse, et fonda la dynastie des Pélopides, dont les passions, les crimes et les malheurs remplissent encore le monde d’affreux souvenirs. Atrée, fameux par ses cruautés, conçut la plus violente haine contre Thyeste son frère, qui avait séduit sa femme Europe ; il le chassa de Mycène : l’ayant ensuite rappelé dans sa patrie, et dissimulant son courroux pour mieux assurer sa vengeance, il feignit de se réconcilier avec lui, assassina secrètement son fils Pélops, et servit à ce malheureux père dans un festin, les membres de son fils.

Plisthène, fils et successeur d’Atrée, fut le père du célèbre Agamemnon. Ce monarque acquit une grande puissance, et tous les Grecs l’élurent pour leur chef lorsqu’ils entreprirent la guerre de Troie. On verra dans la suite de cette histoire la mort funeste d’Agamemnon, qui périt sous le poignard de sa femme, fut vengé par son fils Oreste, et laissa son palais rempli de crimes et son royaume de troubles. Tisamène et Penthile, fils d’Oreste, vaincus par les Héraclides, se virent chassés de leur patrie, où la race des Pélopides cessa de régner.

 

ROYAUME D’ATHÈNES

CÉCROPS

(An du monde 2448. — Avant Jésus-Christ 1556)

CÉCROPS, né dans la ville de Saïs, en Égypte, quitta les borda du Nil pour échapper au joug d’un vainqueur inexorable. Après de longues coursés sur la mer,  il débarqua avec ses compagnons sur les côtes de l’Attique, pays habité de temps immémorial par un peuple sauvage que les hordes errantes de