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LE colosse romain, usé parle temps, corrompu par le luxe,
amolli par la servitude, tomba en poudre dès que le génie de Théodose eût
cessé de le soutenir : Autrefois, lorsqu’on voulut faire sortir du Capitole
les statues des dieux, celle de Des présages plus certains rendaient ce grand désastre
évident aux yeux de la raison tandis que cet empire immense, gouverné par de
faibles despotes, par de lâches eunuques, par des patriciens corrompus,
dépeuplé par le luxe, opprimé par le fisc, déchiré par les discordes
religieuses, comptait plus de monastères que de forteresses, plus de
domestiques que de citoyens, plus d’ermites et de moines que de guerriers,
n’opposait à ses ennemis que des légions composées d’étrangers ; une foule
innombrable de barbares se rassemblant depuis les frontières de C’était un nouveau monde dans sa vigueur, se précipitant sur l’ancien monde dans sa décrépitude ; c’était l’ordre attaqué de toutes parts par le chaos, c’était le jour tombant menacé par les ombres croissantes et gigantesques de la nuit. Depuis longtemps la science militaire avait seule suppléé au courage, résisté au nombre, et retardé la décadence ; mais les empereurs, par une imprévoyante politique, formant à l’art de la guerre les hordes barbares, et confiant leur défense aux chefs les plus distingués de ces tribus, il ne fut plus possible à Rome de résister à ces héros sauvages, qu’elle-même venait d’instruire dans l’art de vaincre. Les deux fils de Théodose, incapables par leur faiblesse
de soutenir le fardeau qu’un grand homme déposait dans leurs débiles mains,
ne surent ni le porter ni le défendre. Ce fut sous leur règne honteux qu’on
vit La fortune prolongea quelque temps encore les débris de la
puissance romaine dans l’Orient, malgré l’inepte tyrannie des princes qui le
gouvernaient. La politiqué éclairée du monarque des Goths laissa aussi,
pendant plusieurs années, quelque ombre d’existence à Rome, mais Pour mieux, juger l’excès des malheurs qu’elle éprouva, il est utile de connaître le degré de civilisation et de prospérité auquel elle se trouvait élevée, lorsqu’un déluge de barbares détruisit en peu de jours l’ouvrage de quatre siècles. Du temps de César, on comptait dans Si les frontières du nord et de l’est éprouvaient de temps
en temps les maux de la guerre, l’ouest, le La philosophie, les arts, les talents qui depuis firent,
dans cet heureux pays, de si rapides progrès ; n’y semblaient pas même tout à
fait étrangers lorsque Rome, triomphante des Gaulois, les nommait encore
barbares. Gniphon, célèbre grammairien qui avait enseigné là rhétorique à
César, était né dans On citait avec honneur comme historiens, Trogue Pompée,
Sulpice Sévère, Salvien et Cassien, nés dans Les dieux des Romains occupèrent, peu de temps dans Dès le second siècle de l’ère chrétienne, le culte de l’évangile
s’était déjà répandu dans Au reste chaque cité attribuait cet honneur au Saint, qu’elle révérait le plus : Lyon le décernait à saint Pothin ; Arles à Trophime ; Clermont à Austrémonius ; Tour à Gatien ; Limoges à Martial. Comme dans ces premiers temps, le peuple choisissait ses évêques, et ne donnait ses suffrages qu’aux hommes dont le caractère répondait à la difficulté des circonstances ; tous ces pontifes firent respecter leur courage autant que leur sainteté, et ils s’assurèrent par leurs vertus un pouvoir plus durable et plus étendu que celui des druides, qui ne le devaient qu’à leur redoutable et sanguinaire superstition. Tous ces pontifes méritèrent, par la simplicité de leurs
mœurs et par la sagesse de leur conduite, une juste vénération ; mais, dès,
que cessant d’être persécutés, ils devinrent puissants et quelquefois
persécuteurs, l’ambition corrompit les mœurs du plus grand nombre ;
l’ignorance fit dégénérer le culte en superstition ; plusieurs s’écartèrent
de la route de l’évangile pour suivre celle de la fortune, et la discorde,
excitée par les passions des sectes, troubla la paix de l’Occident comme elle
avait détruit celle de l’Orient : une partie même de Cependant plusieurs évêques célèbres, tel que saint
Hilaire ; opposèrent un courage inébranlable aux erreurs, aux dissensions
religieuses, et ne montrèrent pas moins de fermeté dans leur résistance aux
farouches tyrans qui opprimaient Malgré la sévérité des empereurs, la puissance des évêques
et la rigueur des lois, l’idolâtrie comptait encore au cinquième siècle, dans
A l’époque où les fils de Théodose montèrent sur le trône,
chaque évêque, dans Tel est enfin le tableau qu’on peut se faire de Les campagnes retentissaient du chant des laboureurs,
l’encens brûlait dans les temples au milieu de pompeux sacrifices, et partout
une jeunesse brillante et nombreuse, déshabituée des combats, se livrait avec
une molle incurie aux jeux du cirque, aux courses des chars, aux plaisirs du
théâtre et à toutes ces voluptés qui, du sein de Rome corrompue, avaient
répandu dans Ce fut à l’instant où cette riante contrée, semblable aux
jardins d’Armide, jouissait sans prévoyance du calme le plus doux, que tout à
coup le bruit effrayant des trompettes guerrières et les hurlements des
enfants du Nord se frirent entendre ; le fer et le feu dévorent les campagnes
; les moissons sont détruites, les fleuves sont teints de sang, l’incendie éclate
dans les villes, les palais sont livrés au pillage, les cirques démolis, les
temples profanés. Le courage n’a pas le temps de saisir ses armes ;
l’innocence est outragée ; la misère et l’opulence tombent confondues dans un
même esclavage ; les arts et les sciences disparaissent. Un voile de ténèbres
se répand partout, et ne laisse briller que la couleur du sang et l’éclat des
armes ; enfin, depuis les bords du Rhin jusqu’à l’Océan et aux Pyrénées, Jamais peut-être dans l’histoire du genre humain on ne vit une plus désastreuse époque, que celle dont nous allons retracer avec douleur le peu de faits échappés à cette longue nuit de ravages et de destructions. Arcadius, après la mort de Théodose, vit ses faibles mains chargées du sceptre de l’Orient. Il épousa Eudoxie, fille de Baudon, l’un de ses généraux, né parmi les Francs. Ce jeune prince livra les rênes du gouvernement à un Gaulois appelé Rufin, ministre ambitieux, injuste, sanguinaire, qui par ses talents avait surpris la confiance de Théodose. Sous le règne de son fils, ce ministre se trouvant sans frein, ne montra plus que les vices qui souillaient son caractère. Dans le même temps Honorius, héritier du trône d’Occident, y porta la même faiblesse ; il confia son pouvoir et ses armées à Stilicon, général vandale, dont le génie justifiait au moins l’élévation. Stilicon s’était rendu fameux, pendant la vie de Théodose, par plusieurs victoires remportées sur les ennemis de l’empire. Cependant rien ne prouvait mieux la décadence de cet empire, et les progrès de la puissance et de la renommée des barbares, que de voir l’Orient et l’Occident gouvernés par un Gauloi’s et par un Vandale, tandis que la fille d’un Franc partageait le lit et le trône d’un empereur. De tous les peuples barbares qui s’armaient alors pour
venger l’univers et pour démolir le colosse romain, les Goths furent
longtemps les plus fameux, les plus redoutables, et comme ils fondèrent les
premiers une nouvelle puissance en Italie et dans Leur berceau, enveloppé des brouillards glacés du
septentrion et couvert de la nuit des temps, fut toujours peu connu ;
plusieurs auteurs les confondaient avec les Scythes et les Sarmates. Tacite
les nomme Gothons, et les dit originaires du territoire de Dantzick, à
l’embouchure de L’île de Rugen fut leur première conquête. On a
généralement regardé les Ruges, les Vandales, les Lombards, les Hérules comme
des ramifications de la nation des Goths, comme des tribus détachées de ce
peuple belliqueux qui s’étendit rapidement des bords de S’avançant ensuite jusqu’au Danube, ils vainquirent les
Marcomans, les Quades, les Bourguignons, et refoulèrent tous ces peuples vers
l’Occident. Une de leurs tribus moins belliqueuse prit le noria de Gépides,
qui, dans leur langue exprimait la paresse et l’indolence. La partie de la
nation des Goths, qui s’établit près du Pont-Euxin, au nord de Longtemps avant l’époque dont nous parlons, le courage des Goths les avait rendus célèbres ; leurs armes humilièrent Caracalla, et l’assujettirent à un tribut. Decius périt en combattant contre eux ; Claude, Aurélien, Tacite, Probus remportèrent sur eux de sanglantes victoires, et les soumirent ; sous Dioclétien ils se relevèrent. On les vit tantôt ennemis, tantôt auxiliaires des successeurs de Constantin, et souvent quarante mille de leurs guerriers soutinrent par leurs exploits, les forces de l’empire qu’ils devaient un jour renverser. Si les Goths avaient cultivé les lettres et produit des historiens, ils auraient pu nous faire admirer les exploits héroïques, et les folies sanglantes d’un nouvel Alexandre. Le célèbre Hermanrick fut le leur ; ce conquérant sauvage réunit sous sa puissance toutes les tribus des Goths et domina sans rivaux, les vastes contrées qui s’étendent de la mer du Nord aux rives du Danube. Mais si son règne marqua l’époque de la plus grande puissance des Goths, il devint aussi celle de leur ruine, et la première cause de la chute de l’empire romain, sur lequel les débris du peuple des Goths se précipitèrent pour échapper à leur vainqueur. Une nation, jusque là inconnue, sortie des extrémités de
l’Asie, les Huns, s’étendant comme un torrent dévastateur depuis les
frontières de Les Goths demandèrent à l’empereur Valens son appui, un asile, des vivres et une patrie. Valens les trompa et fut puni de sa perfidie. La bataille d’Andrinople où périt ce prince, détruisit la fleur de l’armée romaine. Constantinople vit les Goths à ses portes, et l’empire d’Orient aurait succombé sous la masse guerrière de ce peuple fugitif, si le bras de Théodose n’eût encore soutenu et sauvé le trône de Constantin. Théodose vainquit les Goths ; il fit plus, il conquit leur amitié comme leur estime. Ces ennemis redoutables servirent sous ses drapeaux et malheureusement pour Rome, le génie de ce grand prince instruisit dans l’art de la guerre un jeune chef des Goths, cet Alaric qui depuis, profitant trop bien des leçons d’un si grand capitaine, entra le premier en triomphe, à la tête des Goths victorieux, dans la capitale du monde, et disposa à son gré du trône d’Honorius. La main ferme de Théodose avait seule contraint les sectes
religieuses au silence, les Romains à la discipline et les barbares au repos.
Dès que ce grand homme eût cessé de régner, les troubles et les périls
reparurent. Rufin rendit Arcadius odieux à ses peuples et méprisable à ses
ennemis. Les Goths entrèrent dans Le lâche Rufin voulait monter au trôné du maître qu’il venait de trahir ; un coup de poignard punit son ambition et sa perfidie. Après sa mort, Arcadius, n’osant combattre les barbares, se laissa gouverner par eux, et leur prodigua les trésors de l’empire, ainsi que les grandes dignités de la couronne. Le ressentiment des Goths ne tarda pas à se tourner contre Stilicon ; ce guerrier, aussi ambitieux qu’habile, excita parmi les Romains autant de haine que d’admiration. Les légions le regardaient comme leur appui, comme le guide qui les conduisait toujours à la victoire ; les courtisans enviaient son crédit et détestaient son mérite ; enfin le clergé et les chrétiens le haïssaient, parce qu’il avait fait élever son fils dans les principes du paganisme, espérait, par là, s’attirer l’affection de la nombreuse partie du peuple encore attachée au culte des idoles. Stilicon, menacé à la fois par tant d’ennemis intérieurs et extérieurs, ne s’occupait qu’à fortifier contre eux sa puissance ; il épousa Sérène, nièce de Théodose, et fit promettre au jeune Honorius de prendre son fils pour gendre. Ainsi ce Vandale ambitieux se rapprochait peu à peu du trône et ne voyait plus entre ce trône et lui qu’un faible degré. Soit qu’il s’apprêtât à le franchir, soit que la lâcheté,
des Romains, l’épuisement de l’Italie et les menaces des Goths
l’effrayassent, il commit l’énorme faute de rappeler près de lui les troupes
aguerries qui défendaient La haine du clergé fit de cette faute, le texte des accusations les plus violentes contre Stilicon, et ce guerrier, qui seul alors, osait combattre et savait vaincre les ennemis de l’empire, fut accusé généralement d’avoir voulu le leur livrer. L’ambition de Stilicon suffit plus encore que ses triomphes pour justifier sa mémoire ; on ne peut croire qu’il méditât le renversement d’un trône sur lequel, il voulait monter. Alaric se précipita bientôt sur l’Italie. Honorius
tremblant, prit la fuite ; déjà il se montrait prêt à capituler honteusement
derrière les remparts qui lui servaient d’asile, lorsque Stilicon, paraissant
à la tête des troupes venues de La détresse de l’empire, l’attaque des Goths, l’évacuation
des forteresses du Rhin furent le signal de la ruine des Gaules et de
l’horrible invasion des barbares qui dévastèrent pendant quatre ans cette
malheureuse contrée. Les Suèves, les Bourguignons, les Vandales, les
Allemands, les Quades, les Marcomans, les Saxons, refoulés et resserrés vers
l’Occident par les Goths et par les Huns, tournaient depuis longtemps leurs
regards avides sur les vignes fécondes et sur les champs fertiles de A tous moments ils changeaient de lieu, de sort, de nom ; et il serait aussi inutile de vouloir suivre la marche, connaître la généalogie, et éclaircir l’histoire de cette foule de hordes sauvages, que de compter et de chercher à distinguer l’un de l’autre, les flots tumultueux et des vagues roulantes d’une mer en furie. Dans le temps de la puissance de Rome, ces peuples, souvent vaincus et jamais soumis, bravant tous les périls, franchissaient fréquemment le Rhin ; leurs incursions n’avaient d’autre objet que le pillage ; aucune idée d’établissement n’entrait dans leurs vues ; et, après avoir dévasté quelques cantons, ils se hâtaient de rentrer dans leurs forêts avec de nombreux esclaves, et chargés d’un riche butin. Quelques chants militaires rappelaient leurs exploits et
le nom de leurs plus braves guerriers, mais aucun burin n’écrivait leur
histoire ; ils méprisaient la culture de l’esprit encore plus que celle de la
terre, et ils attribuaient l’asservissement de A l’époque dont nous parlons, la terreur qu’inspirait le nom romain aux barbares s’était changée en profond mépris. L’un d’eux, le Lombard Luitprand, quelque temps après cette époque, peignait, avec énergie ce mépris en ces termes : Lorsque nous voulons, dit-il, insulter un ennemi, et lui donner des noms odieux, nous l’appelons Romain. Ce nom seul renferme tout ce qu’on peut imaginer de bassesse, de lâcheté, d’avarice, de débauches, de mensonges, enfin l’assemblage de tous les vices. Tel était le résultat de la politique odieuse du sénat dans les derniers temps de la république, et surtout de ce long despotisme qui avait avili les Romains et détruit leur liberté. Il est facile à présent de concevoir avec quelle furie les nations germaines, poussées sur le Rhin par les peuples belliqueux de l’Orient, franchirent ce fleuve pour livrer au pillage un empire que la guerre des Goths et la faiblesse des fils de Théodose livraient sans défense à leur avidité. Ce qu’il est nécessaire d’observer, c’est que, dans cette
première invasion, les barbares, suivant leurs anciennes mœurs, n’eurent
d’autre objet que le pillage ; ce flot dévastateur ne voulait que détruire ;
c’est ce qui rendit cette irruption si funeste. Ce ne fut que quelques années
après, lorsque les Goths se fixèrent en Aquitaine et les Bourguignons en
Alsace, que la politique des barbares changea de plan, et s’occupa enfin de
la conservation des contrées où ces peuples avaient résolu de se fixer ; et
ce fut alors aussi que les Francs s’efforcèrent de prendre dans le Nord leur
part au démembrement d’un empire qu’ils avaient défendu de tous leurs efforts
contre la première invasion des autres peuples de Les premiers qui se jetèrent sur Le dernier décembre 406 les barbares passèrent le Rhin. Le souvenir de leurs dévastations nous est seul resté ; les horribles détails de leurs brigandages rie sont point parvenus jusqu’à nous ; et l’on ne peut suivre les traces de leurs courses incendiaires, qu’au moyen de quelques fragments d’Orose, de Procope, de Frédégaire, et qu’en retrouvant quelques plaintes échappées à la douleur des victimes de cette époque fatale : il paraît seulement que ces hordes dévastatrices s’éloignèrent promptement des provinces septentrionales qu’elles trouvèrent trop défendue par le courage des Belges ; le voisinage des Francs surtout les empêcha d’y séjourner. Saint-Jérôme, qui vivait dans ce temps, atteste que les Francs prirent alors avec intrépidité la défense des Romains qu’ils avaient si longtemps combattus. Au reste, dit ce père de l’église, toute cette vaste contrée située entre les Alpes, les Pyrénées, l’Océan et le Rhin, est devenue la proie du Quade, du Vandale, du Sarmate, de l’Alain, du Gépide, de l’Hérule, du Saxon et du Bourguignon. Telle est, enfin, notre funeste destinée ; on a vu les Pannoniens mêmes, sujets de l’empire, se joindre à nos ennemis pour nous écraser. Les Les
légions romaines avaient fui de Tandis que la flamine et le fer ravageaient les champs, détruisaient les moissons, incendiaient les cités ouvertes, la jeunesse gauloise s’armait, se retranchait dans les montagnes, se renfermait dans les villes fortes, et vendait chèrement à leurs féroces ennemis leur vie et leur liberté. Une partie de Nous apprenons par saint Jérôme que Mayence, punie de sa
longue résistance fut détruite : Worms,
dit-il, après un long siège, a été saccagée.
Spire, Strasbourg, Amiens Arras, sont tombées dans les mains des Allemands ;
la dévastation s’est étendue dans les deux Aquitaines, Les dernières lignes de ce passage, où saint Jérôme, après avoir parlé en citoyen, s’exprime en pontife irrité, prouvent que l’excès du malheur même ne peut adoucir celui de la haine, et que l’esprit de parti survit encore à la ruine de la patrie. Cette fureur d’invasions qui s’était emparée des peuples
du Nord, ne se laissait pas plus arrêter par l’Océan que par le Rhin. Les
flottes saxonnes et scandinaves menaçaient Il existait dans l’armée[1] un brave soldat
appelé Constantin ; ce nom lui valut la couronne, et il justifia ce choix,
sinon par son génie, du moins par son active intrépidité. A peine couronné,
le nouvel empereur repousse les Saxons, passe dans Son nom les y poursuivit, et l’Espagne se soumit aussi à
son sceptre : Constantin, sans perdre de temps, releva les forteresses du
Rhin et les garnit de troupes ; ainsi la bravoure d’un soldat délivra Honorius qui
n’avait osé combattre ni les Goths en Italie ni les barbares dans L’aveugle fortune abandonna Constantin ; Saurus le
combattit, le poursuivit et l’assiégea dans Valence[2]. Les Francs, sous
la conduite d’Édobinc et de Gérontius, volèrent au secours du libérateur de A cette époque, on voit, par le récit de Zozime, que les Romains irrités, affectant un injuste mépris pour les partisans de Constantin, donnaient le nom de Bagaudes aux milices gauloises. Le mot de Bagad, dans la langue celtique, signifiait attroupement séditieux : de tout temps le despotisme s’est efforcé de flétrir, par des noms injurieux, la résistance, le courage et la liberté. Le faible Honorius ne tarda pas à sentir l’étendue de la plaie qu’il avait faite à l’empire en le privant de son plus ferme appui. Alaric, autrefois ennemi de Stilicon, revint en Italie le venger. Il y entra en 409. L’empereur, effrayé de cette nouvelle invasion, conclut un traité avec Constantin, et lui abandonna le sceptre des Gaules. Ce fut à cette époque que, selon Isidore de Séville et Idace, les barbares découragés s’éloignèrent de cette contrée et portèrent leurs armes en Espagne. Rome ne pouvait attendre alors aucun secours de l’Orient ; Arcadius n’y régnait plus, et le jeune Théodose son successeur, gouverné par sa sœur Pulchérie, ne songeait qu’à s’affermir sur son trône chancelant, et sans cesse menacé par les armes redoutables des Goths et des Huns. Honorius, livré à lui-même et entouré de ministres aussi incapables que leur maître de régner n’opposa au terrible roi des Goths que les intrigues d’une cour corrompue et les perfidies de la faiblesse. Après avoir désarmé Alaric par une basse soumission, il le combla d’honneurs, lui prodigua les dignités de la couronne, lui confia la défense de l’empire, le flatta pour le tromper, et par des trahisons répétées ralluma sa redoutable colère. Alaric reparut aux portes de Rome en 410 ; il y entra, y parla en maître, la livra au pillage, et ordonna au sénat d’élire un fantôme d’empereur, nommé Attale, qui bientôt mérita le mépris et l’abandon de son superbe protecteur. La mort d’Alaric suivit de près son dernier triomphe. Aucun courage ne se présentait alors pour sauver Rome ; mais le sort qui voulait encore prolonger son existence, enflamma d’amour le cœur d’un barbare pour une Romaine[3]. Ataulphe, successeur d’Alaric, épris des charmes de Placidie, sœur d’Honorius, releva ce faible empereur. Le roi des Visigoths devint le plus ardent défenseur de l’empire conquis et le premier sujet de l’empereur vaincu. Orose nous a conservé les paroles ou plutôt le voile sous lequel ce guerrier, dompté par l’amour, croyait déguiser sa faiblesse. Autrefois, dit-il, le plus ardent de mes vœux était d’effacer nom des Romains, et de le remplacer par celui des Goths. Je voulais fonder l’empire gothique et j’espérais devenir, comme Auguste, la tige d’une longue suite d’empereurs ; mais l’expérience m’a prouvé que les Goths, trop indociles du joug des lois pouvaient fonder un état qui ne doit subsister que par elles : j’emploierai donc désormais leurs armes à défendre, à relever l’empire romain, et puisqu’il faut renoncer à la gloire de fondateur, je saurai mériter au moins celle de restaurateur. Ataulphe, devenu l’époux de Placidie, s’éloigna de
l’Italie, et reconquit pour Rome la plus grande partie de l’Espagne. Cette
révolution soudaine, retentit de l’Italie dans |