HISTOIRE DES GAULES

 

CHAPITRE SIXIÈME

 

 

LE colosse romain, usé parle temps, corrompu par le luxe, amolli par la servitude, tomba en poudre dès que le génie de Théodose eût cessé de le soutenir : Autrefois, lorsqu’on voulut faire sortir du Capitole les statues des dieux, celle de la Jeunesse, dit-on, et le dieu Therme, résistèrent et demeurèrent immobiles. Mais lorsque Théodose, arrachant ces mêmes dieux du Panthéon, traîna dans Rome, à la suite de son char de triomphe, ces mêmes divinités, tous les derniers symboles de la vigueur et de la gloire de Rome disparurent. L’idolâtrie, rendant son dernier oracle, parut alors annoncer la chute de l’empire, au bruit de ces statues brisées, de Mars anéanti, du Therme démoli, de la Fortune en débris, et de l’autel de la Victoire renversé.

Des présages plus certains rendaient ce grand désastre évident aux yeux de la raison tandis que cet empire immense, gouverné par de faibles despotes, par de lâches eunuques, par des patriciens corrompus, dépeuplé par le luxe, opprimé par le fisc, déchiré par les discordes religieuses, comptait plus de monastères que de forteresses, plus de domestiques que de citoyens, plus d’ermites et de moines que de guerriers, n’opposait à ses ennemis que des légions composées d’étrangers ; une foule innombrable de barbares se rassemblant depuis les frontières de la Chine jusqu’aux rivages du Pont-Euxin, de la mer du Nord, du Danube et du Rhin, se préparaient à fondre en masse sur l’Occident, à détruire la civilisation du monde, et à plonger dans les ténèbres de la barbarie la Grèce, l’Italie, l’Afrique, l’Espagne et la Gaule.

C’était un nouveau monde dans sa vigueur, se précipitant sur l’ancien monde dans sa décrépitude ; c’était l’ordre attaqué de toutes parts par le chaos, c’était le jour tombant menacé par les ombres croissantes et gigantesques de la nuit.

Depuis longtemps la science militaire avait seule suppléé au courage, résisté au nombre, et retardé la décadence ; mais les empereurs, par une imprévoyante politique, formant à l’art de la guerre les hordes barbares, et confiant leur défense aux chefs les plus distingués de ces tribus, il ne fut plus possible à Rome de résister à ces héros sauvages, qu’elle-même venait d’instruire dans l’art de vaincre.

Les deux fils de Théodose, incapables par leur faiblesse de soutenir le fardeau qu’un grand homme déposait dans leurs débiles mains, ne surent ni le porter ni le défendre. Ce fut sous leur règne honteux qu’on vit la Grèce dévastée, l’Italie conquise, Rome saccagée et la Gaule en proie aux fureurs des Bourguignons, des Vandales, des Francs, des Alains et des Visigoths.

La fortune prolongea quelque temps encore les débris de la puissance romaine dans l’Orient, malgré l’inepte tyrannie des princes qui le gouvernaient. La politiqué éclairée du monarque des Goths laissa aussi, pendant plusieurs années, quelque ombre d’existence à Rome, mais la Gaule malheureuse fait livrée sans défense à la rage des barbares qui déchiraient son sein, et qui se disputaient ses débris.

Pour mieux, juger l’excès des malheurs qu’elle éprouva, il est utile de connaître le degré de civilisation et de prospérité auquel elle se trouvait élevée, lorsqu’un déluge de barbares détruisit en peu de jours l’ouvrage de quatre siècles.

Du temps de César, on comptait dans la Gaule trois millions de combattants ; ce qui doit faire supposer que la population entière montait à neuf ou dix millions d’individus. Cette population, depuis la conquête, dut probablement, doubler par les progrès de la civilisation, de la culture, de l’industrie et par la sécurité que lui donnait la protection de Rome.

Si les frontières du nord et de l’est éprouvaient de temps en temps les maux de la guerre, l’ouest, le midi et l’intérieur vivaient dans une paix profonde. Dans le temps de Vespasien nous avons vu, par la réponse des Trévirois aux Bructères, que des liens nombreux avaient déjà uni et confondu les familles romaines et gauloises.

La Gaule, couverte de cités, populeuses, était ornée de riches palais, de maisons opulentes, de temples magnifiques ; des routes superbes facilitaient, partout les communications, ou voyait dans toutes les provinces fleurir un grand nombre d’écoles et d’académies illustrées par des talents célèbres. Le luxe de Rome, répandu dans la Gaule, rassemblait dans dévastes cirques toutes les productions des arts ; on y représentait les chefs-d’œuvre de la Grèce et de l’Italie ; les patriciens gaulois remplissaient le sénat de Rome ; plusieurs princes, nés dans la Gaule, portèrent le sceptre impérial ; et l’un d’eux, Antonin, donna par ses vertus son nom a son siècle.

La philosophie, les arts, les talents qui depuis firent, dans cet heureux pays, de si rapides progrès ; n’y semblaient pas même tout à fait étrangers lorsque Rome, triomphante des Gaulois, les nommait encore barbares. Gniphon, célèbre grammairien qui avait enseigné là rhétorique à César, était né dans la Gaule : Cicéron raconte qu’il avait assisté à ses leçons. Le druide Divitiac mérita, par son instruction autant que par son caractère, l’amitié de ce même Cicéron. Caton disait que les Gaulois excellaient dans deux arts, la guerre et l’éloquence. Cette assertion paraît justifiée par les discours que César place dans la bouche de Vercingétorix et de plusieurs autres chefs gaulois. Quintilien appelait Julius Florus le prince de l’éloquence ; le philosophe gaulois, Favorin, obtint dans l’esprit Adrien une estime qui survécut à son crédit. Les poètes Pétrone, Ausone, Sidonius Apollinaris, illustrèrent leur patrie dans différents siècles.

On citait avec honneur comme historiens, Trogue Pompée, Sulpice Sévère, Salvien et Cassien, nés dans la Gaule, furent comptés parmi les plus savants, jurisconsultes ; on décora Toulouse, du nom de ville de Pallas. L’éloquence de la chaire et les fastes de l’église ont immortalisé les noms de saint Ambroise, de saint Hilaire, de saint Paulin, de saint Prosper, d’Alcime d’Avitus et de Grégoire de Tours.

Les dieux des Romains occupèrent, peu de temps dans la Gaule, la place qu’ils avaient usurpée sur les dieux gaulois, leur triomphe même ne fut qu’apparent et partiel. Vainement l’empereur Claude proscrivit le culte druidique : il régna longtemps dans les forêts et dans les campagnes ; les villes seules et, les riches qui les habitaient, se soumirent à la religion du vainqueur. Ceux des druides qui écoutaient plus la voix de l’ambition que celle de leur conscience, donnèrent à leurs divinités les noms, de celles qu’on adorait à Rome, et ils se décorèrent du sacerdoce romain, qui les maintint ainsi en dignité et en puissance ; les autres, se réfugiant dans leurs bois sacrés, conservèrent longtemps, sur le bas peuple, leur ancienne influence ; nous avons vu avec quelle ardeur leur fanatisme seconda les efforts de Civilis pour soulever la Gaule contre les Romains.

Dès le second siècle de l’ère chrétienne, le culte de l’évangile s’était déjà répandu dans la Gaule ; les chrétiens éprouvèrent l’an 177, une première persécution que la vertu de Marc-Aurèle fit cesser. Mais, si l’on en croit Grégoire de Tours, le christianisme ne fut véritablement établi dans ces contrées que vers l’an 250, à l’époque où Toulouse eut pour évêque saint Saturnin, que le même Grégoire de Tours regarde, comme l’apôtre de la Gaule. Cependant, selon l’opinion générale, saint Denys y porta le premier les lumières de la foi.

Au reste chaque cité attribuait cet honneur au Saint, qu’elle révérait le plus : Lyon le décernait à saint Pothin ; Arles à Trophime ; Clermont à Austrémonius ; Tour à Gatien ; Limoges à Martial.

Comme dans ces premiers temps, le peuple choisissait ses évêques, et ne donnait ses suffrages qu’aux hommes dont le caractère répondait à la difficulté des circonstances ; tous ces pontifes firent respecter leur courage autant que leur sainteté, et ils s’assurèrent par leurs vertus un pouvoir plus durable et plus étendu que celui des druides, qui ne le devaient qu’à leur redoutable et sanguinaire superstition.

Tous ces pontifes méritèrent, par la simplicité de leurs mœurs et par la sagesse de leur conduite, une juste vénération ; mais, dès, que cessant d’être persécutés, ils devinrent puissants et quelquefois persécuteurs, l’ambition corrompit les mœurs du plus grand nombre ; l’ignorance fit dégénérer le culte en superstition ; plusieurs s’écartèrent de la route de l’évangile pour suivre celle de la fortune, et la discorde, excitée par les passions des sectes, troubla la paix de l’Occident comme elle avait détruit celle de l’Orient : une partie même de la Gaule devint arienne.

Cependant plusieurs évêques célèbres, tel que saint Hilaire ; opposèrent un courage inébranlable aux erreurs, aux dissensions religieuses, et ne montrèrent pas moins de fermeté dans leur résistance aux farouches tyrans qui opprimaient la Gaule. Heureux ! si toujours leur zèle, contenu dans de justes bornes, ne fût pas tombé dans des excès de fanatisme que leurs successeurs n’imitèrent que trop souvent ; mais en parcourant nos annales nous aurons fréquemment à déplorer des fureurs qu’on ne peut nommer religieuses, puisque la religion, les désavoue, et qu’il faut bien appeler sacerdotales, puisque les prêtres s’en souillèrent et ne rougirent point d’imiter, dans leurs cruautés, les tyrans idolâtres qui s’étaient flétris en persécutant les chrétiens.

Malgré la sévérité des empereurs, la puissance des évêques et la rigueur des lois, l’idolâtrie comptait encore au cinquième siècle, dans la Gaule, un grand nombre de partisans. Au lieu de se borner à opposer la lumière à l’erreur, beaucoup de prêtres voulurent détruire une superstition par l’autre, et des fables anciennes par des fables nouvelles. Grégoire de Tours raconte que, de son temps, les prières de l’évêque d’Autun, Sulpicius, firent tomber de son char la statue de Bérécynthie qu’on promenait, et rendirent immobiles les bœufs qui la traînaient.

La Gaule devenue chrétienne contenait, sous le règne de Théodose, dix-sept métropoles, cent quinze évêques. Depuis Constantin, les empereurs avaient donné successivement un grand nombre de terres à ces églises ; les lois impériales, effaçant les limites salutaires qui devaient séparer le pouvoir spirituel de la puissance temporelle, accordèrent aux criminels un asile dans les temples, confièrent aux évêques la tutelle des veuves et des orphelins, et leur concédèrent enfin le droit dangereux de réformer les jugements des tribunaux. Par là, le clergé détournant ses yeux du ciel pour les fixer sur la terre, ne fut que trop entraîné à s’enrichir et à dominer. Quelques vénérables prélats, préférait la pauvreté au luxe, et l’humilité à la puissance, ne s’occupèrent, il est vrai, que du soin d’adoucir les mœurs barbares de leur siècle, et de conserver quelques rayons de lumières au milieu des ténèbres ; mais le plus grand nombre, marchant sur les traces des druides, ne songea qu’à faire du sacerdoce, le premier, le plus opulent et le plus puissant ordre de l’état.

A l’époque où les fils de Théodose montèrent sur le trône, chaque évêque, dans la Gaule, était déjà considéré comme le chef, comme le protecteur de sa cité ; et son pouvoir, supérieur à celui des magistrats romains, parce qu’il gouvernait la conscience des peuples, était encore comme on le verra bientôt, la seule digue que la fureur des barbares parût quelquefois respecter.

Tel est enfin le tableau qu’on peut se faire de la Gaule au moment qui précéda sa chute : dix-huit millions d’hommes industrieux et paisibles l’habitaient ; dix-sept capitales et plus trois cents villes y faisaient briller les lumières des sciences, tous les chefs-d’œuvre des arts, tout le luxe d’une noblesse opulente, d’un patriciat orgueilleux, d’un clergé puissant. Un commerce actif portait sur les grandes routes et sur les fleuves les nombreux tributs d’un sol fertile et d’une féconde industrie. Les navires de tous les peuples du monde faisaient flotter dans les ports leurs pavillons divers. Les revenus de l’empire, bornés à quelques fonds de terres réservés dans la conquête à un faible impôt sur les possessions privés, à une captation légère, à quelques droits de péages et de douanes, et à une dîme sur les tributaires ou tenanciers qui ne pesaient ni gravement sur l’agriculture ni sur le commerce. Le sénat de chaque cité veillait à sa tranquillité, et administrait les intérêts locaux. Une assemblée des députés de la Gaule, qui se tenait ordinairement à Trèves, et qu’Honorius transféra dans ville d’Arles, délibérait sur les intérêts généraux, et sur les demandes ou plaintes qu’elle croyait convenable d’adresser à l’empereur ; enfin, tandis que plusieurs légions et plus de soixante forteresses défendaient les frontières contre les invasions des barbares, la plus profonde paix régnait dans le reste de la Gaule.

Les campagnes retentissaient du chant des laboureurs, l’encens brûlait dans les temples au milieu de pompeux sacrifices, et partout une jeunesse brillante et nombreuse, déshabituée des combats, se livrait avec une molle incurie aux jeux du cirque, aux courses des chars, aux plaisirs du théâtre et à toutes ces voluptés qui, du sein de Rome corrompue, avaient répandu dans la Gaule leurs poisons contagieux.

Ce fut à l’instant où cette riante contrée, semblable aux jardins d’Armide, jouissait sans prévoyance du calme le plus doux, que tout à coup le bruit effrayant des trompettes guerrières et les hurlements des enfants du Nord se frirent entendre ; le fer et le feu dévorent les campagnes ; les moissons sont détruites, les fleuves sont teints de sang, l’incendie éclate dans les villes, les palais sont livrés au pillage, les cirques démolis, les temples profanés. Le courage n’a pas le temps de saisir ses armes ; l’innocence est outragée ; la misère et l’opulence tombent confondues dans un même esclavage ; les arts et les sciences disparaissent. Un voile de ténèbres se répand partout, et ne laisse briller que la couleur du sang et l’éclat des armes ; enfin, depuis les bords du Rhin jusqu’à l’Océan et aux Pyrénées, la Gaule naguère si florissante, n’est plus qu’un vaste théâtre de désolation et de carnage.

Jamais peut-être dans l’histoire du genre humain on ne vit une plus désastreuse époque, que celle dont nous allons retracer avec douleur le peu de faits échappés à cette longue nuit de ravages et de destructions.

Arcadius, après la mort de Théodose, vit ses faibles mains chargées du sceptre de l’Orient. Il épousa Eudoxie, fille de Baudon, l’un de ses généraux, né parmi les Francs. Ce jeune prince livra les rênes du gouvernement à un Gaulois appelé Rufin, ministre ambitieux, injuste, sanguinaire, qui par ses talents avait surpris la confiance de Théodose. Sous le règne de son fils, ce ministre se trouvant sans frein, ne montra plus que les vices qui souillaient son caractère.

Dans le même temps Honorius, héritier du trône d’Occident, y porta la même faiblesse ; il confia son pouvoir et ses armées à Stilicon, général vandale, dont le génie justifiait au moins l’élévation. Stilicon s’était rendu fameux, pendant la vie de Théodose, par plusieurs victoires remportées sur les ennemis de l’empire. Cependant rien ne prouvait mieux la décadence de cet empire, et les progrès de la puissance et de la renommée des barbares, que de voir l’Orient et l’Occident gouvernés par un Gauloi’s et par un Vandale, tandis que la fille d’un Franc partageait le lit et le trône d’un empereur.

De tous les peuples barbares qui s’armaient alors pour venger l’univers et pour démolir le colosse romain, les Goths furent longtemps les plus fameux, les plus redoutables, et comme ils fondèrent les premiers une nouvelle puissance en Italie et dans la Gaule, il est nécessaire de jeter un coup d’œil sur leur origine, et sur les événements qui les firent descendre des contrées du Nord dans celles du Midi et de l’Occident.

Leur berceau, enveloppé des brouillards glacés du septentrion et couvert de la nuit des temps, fut toujours peu connu ; plusieurs auteurs les confondaient avec les Scythes et les Sarmates. Tacite les nomme Gothons, et les dit originaires du territoire de Dantzick, à l’embouchure de la Vistule. D’autres, avec plus de fondement, prétendent qu’ils étaient sortis de la Scandinavie ; le nom actuel d’une province de Suède, la Gothie, justifie cette opinion.

L’île de Rugen fut leur première conquête. On a généralement regardé les Ruges, les Vandales, les Lombards, les Hérules comme des ramifications de la nation des Goths, comme des tribus détachées de ce peuple belliqueux qui s’étendit rapidement des bords de la Vistule jusqu’aux rivages des Palus Méotides.

S’avançant ensuite jusqu’au Danube, ils vainquirent les Marcomans, les Quades, les Bourguignons, et refoulèrent tous ces peuples vers l’Occident. Une de leurs tribus moins belliqueuse prit le noria de Gépides, qui, dans leur langue exprimait la paresse et l’indolence. La partie de la nation des Goths, qui s’établit près du Pont-Euxin, au nord de la Thrace, reçut le nom de Goths orientaux, ou Ostrogoths ; l’autre, qui portait les armes le long du Danube, forma le peuple des Visigoths ou Goths occidentaux. Cette division se perpétua, et elle subsistait encore, lorsque après la ruine de Rome, les Ostrogoths régnèrent en Italie et les Visigoths dans le midi de la Gaule.

Longtemps avant l’époque dont nous parlons, le courage des Goths les avait rendus célèbres ; leurs armes humilièrent Caracalla, et l’assujettirent à un tribut. Decius périt en combattant contre eux ; Claude, Aurélien, Tacite, Probus remportèrent sur eux de sanglantes victoires, et les soumirent ; sous Dioclétien ils se relevèrent. On les vit tantôt ennemis, tantôt auxiliaires des successeurs de Constantin, et souvent quarante mille de leurs guerriers soutinrent par leurs exploits, les forces de l’empire qu’ils devaient un jour renverser.

Si les Goths avaient cultivé les lettres et produit des historiens, ils auraient pu nous faire admirer les exploits héroïques, et les folies sanglantes d’un nouvel Alexandre. Le célèbre Hermanrick fut le leur ; ce conquérant sauvage réunit sous sa puissance toutes les tribus des Goths et domina sans rivaux, les vastes contrées qui s’étendent de la mer du Nord aux rives du Danube. Mais si son règne marqua l’époque de la plus grande puissance des Goths, il devint aussi celle de leur ruine, et la première cause de la chute de l’empire romain, sur lequel les débris du peuple des Goths se précipitèrent pour échapper à leur vainqueur.

Une nation, jusque là inconnue, sortie des extrémités de l’Asie, les Huns, s’étendant comme un torrent dévastateur depuis les frontières de la Chine jusqu’aux bords de la Vistule, franchirent ce fleuve, attaquèrent Hermanrick, défirent son armée, effacèrent sa gloire, terminèrent son règne et sa vie, renversèrent son trône et poursuivirent les vaincus jusqu’au Danube.

Les Goths demandèrent à l’empereur Valens son appui, un asile, des vivres et une patrie. Valens les trompa et fut puni de sa perfidie. La bataille d’Andrinople où périt ce prince, détruisit la fleur de l’armée romaine. Constantinople vit les Goths à ses portes, et l’empire d’Orient aurait succombé sous la masse guerrière de ce peuple fugitif, si le bras de Théodose n’eût encore soutenu et sauvé le trône de Constantin.

Théodose vainquit les Goths ; il fit plus, il conquit leur amitié comme leur estime. Ces ennemis redoutables servirent sous ses drapeaux et malheureusement pour Rome, le génie de ce grand prince instruisit dans l’art de la guerre un jeune chef des Goths, cet Alaric qui depuis, profitant trop bien des leçons d’un si grand capitaine, entra le premier en triomphe, à la tête des Goths victorieux, dans la capitale du monde, et disposa à son gré du trône d’Honorius.

La main ferme de Théodose avait seule contraint les sectes religieuses au silence, les Romains à la discipline et les barbares au repos. Dès que ce grand homme eût cessé de régner, les troubles et les périls reparurent. Rufin rendit Arcadius odieux à ses peuples et méprisable à ses ennemis. Les Goths entrèrent dans la Grèce et la dévastèrent. Le vaillant Stilicon accourut au secours de l’Orient ; défit les Goths et les aurait totalement chassés si la jalousie de Rufin n’eût arrêté le cours de ses triomphes. Le faible Arcadius força son libérateur à se retirer, et Stilicon rentra dans l’Italie, dont il prévit que la vengeance des Goths allait bientôt troubler la sécurité.

Le lâche Rufin voulait monter au trôné du maître qu’il venait de trahir ; un coup de poignard punit son ambition et sa perfidie. Après sa mort, Arcadius, n’osant combattre les barbares, se laissa gouverner par eux, et leur prodigua les trésors de l’empire, ainsi que les grandes dignités de la couronne.

Le ressentiment des Goths ne tarda pas à se tourner contre Stilicon ; ce guerrier, aussi ambitieux qu’habile, excita parmi les Romains autant de haine que d’admiration. Les légions le regardaient comme leur appui, comme le guide qui les conduisait toujours à la victoire ; les courtisans enviaient son crédit et détestaient son mérite ; enfin le clergé et les chrétiens le haïssaient, parce qu’il avait fait élever son fils dans les principes du paganisme, espérait, par là, s’attirer l’affection de la nombreuse partie du peuple encore attachée au culte des idoles.

Stilicon, menacé à la fois par tant d’ennemis intérieurs et extérieurs, ne s’occupait qu’à fortifier contre eux sa puissance ; il épousa Sérène, nièce de Théodose, et fit promettre au jeune Honorius de prendre son fils pour gendre. Ainsi ce Vandale ambitieux se rapprochait peu à peu du trône et ne voyait plus entre ce trône et lui qu’un faible degré.        

Soit qu’il s’apprêtât à le franchir, soit que la lâcheté, des Romains, l’épuisement de l’Italie et les menaces des Goths l’effrayassent, il commit l’énorme faute de rappeler près de lui les troupes aguerries qui défendaient la Gaule. Par ses ordres les forteresses du Rhin furent évacuées, et le fleuve n’opposa plus aux barbares qu’une impuissante barrière.

La haine du clergé fit de cette faute, le texte des accusations les plus violentes contre Stilicon, et ce guerrier, qui seul alors, osait combattre et savait vaincre les ennemis de l’empire, fut accusé généralement d’avoir voulu le leur livrer. L’ambition de Stilicon suffit plus encore que ses triomphes pour justifier sa mémoire ; on ne peut croire qu’il méditât le renversement d’un trône sur lequel, il voulait monter.

Alaric se précipita bientôt sur l’Italie. Honorius tremblant, prit la fuite ; déjà il se montrait prêt à capituler honteusement derrière les remparts qui lui servaient d’asile, lorsque Stilicon, paraissant à la tête des troupes venues de la Gaule, fondit sur les Goths, les tailla en pièces, les poursuivit, remporta sur eux une autre victoire et contraignit le fier Alaric à chercher à son tour son salut dans la fuite. Cependant la haine n’en persista pas moins à accuser le vainqueur de trahison, et la bassesse romaine décerna les honneurs du triomphe à Honorius.

La détresse de l’empire, l’attaque des Goths, l’évacuation des forteresses du Rhin furent le signal de la ruine des Gaules et de l’horrible invasion des barbares qui dévastèrent pendant quatre ans cette malheureuse contrée. Les Suèves, les Bourguignons, les Vandales, les Allemands, les Quades, les Marcomans, les Saxons, refoulés et resserrés vers l’Occident par les Goths et par les Huns, tournaient depuis longtemps leurs regards avides sur les vignes fécondes et sur les champs fertiles de la Gaule. Ces peuples, méprisant l’agriculture, ne trouvaient de charmes que dans la vie errante ; le repos et la paix étaient pour eux des tourments aussi, toujours on les vit, pour échapper à l’ennui et à la disette, s’attaquer, s’envahir, s’exterminer in mutuellement et ensanglanter par leurs perpétuels combats tous les pays situés entre le Danube, le Rhin, la Vistule et la mer du Nord.

A tous moments ils changeaient de lieu, de sort, de nom ; et il serait aussi inutile de vouloir suivre la marche, connaître la généalogie, et éclaircir l’histoire de cette foule de hordes sauvages, que de compter et de chercher à distinguer l’un de l’autre, les flots tumultueux et des vagues roulantes d’une mer en furie.

Dans le temps de la puissance de Rome, ces peuples, souvent vaincus et jamais soumis, bravant tous les périls, franchissaient fréquemment le Rhin ; leurs incursions n’avaient d’autre objet que le pillage ; aucune idée d’établissement n’entrait dans leurs vues ; et, après avoir dévasté quelques cantons, ils se hâtaient de rentrer dans leurs forêts avec de nombreux esclaves, et chargés d’un riche butin.

Quelques chants militaires rappelaient leurs exploits et le nom de leurs plus braves guerriers, mais aucun burin n’écrivait leur histoire ; ils méprisaient la culture de l’esprit encore plus que celle de la terre, et ils attribuaient l’asservissement de la Grèce, l’assujettissement de la Gaule, la mollesse de l’Italie et la corruption de Rome, à l’amour des sciences et des lettres.

A l’époque dont nous parlons, la terreur qu’inspirait le nom romain aux barbares s’était changée en profond mépris. L’un d’eux, le Lombard Luitprand, quelque temps après cette époque, peignait, avec énergie ce mépris en ces termes : Lorsque nous voulons, dit-il, insulter un ennemi, et lui donner des noms odieux, nous l’appelons Romain. Ce nom seul renferme tout ce qu’on peut imaginer de bassesse, de lâcheté, d’avarice, de débauches, de mensonges, enfin l’assemblage de tous les vices.

Tel était le résultat de la politique odieuse du sénat dans les derniers temps de la république, et surtout de ce long despotisme qui avait avili les Romains et détruit leur liberté. Il est facile à présent de concevoir avec quelle furie les nations germaines, poussées sur le Rhin par les peuples belliqueux de l’Orient, franchirent ce fleuve pour livrer au pillage un empire que la guerre des Goths et la faiblesse des fils de Théodose livraient sans défense à leur avidité.

Ce qu’il est nécessaire d’observer, c’est que, dans cette première invasion, les barbares, suivant leurs anciennes mœurs, n’eurent d’autre objet que le pillage ; ce flot dévastateur ne voulait que détruire ; c’est ce qui rendit cette irruption si funeste. Ce ne fut que quelques années après, lorsque les Goths se fixèrent en Aquitaine et les Bourguignons en Alsace, que la politique des barbares changea de plan, et s’occupa enfin de la conservation des contrées où ces peuples avaient résolu de se fixer ; et ce fut alors aussi que les Francs s’efforcèrent de prendre dans le Nord leur part au démembrement d’un empire qu’ils avaient défendu de tous leurs efforts contre la première invasion des autres peuples de la Germanie.

Les premiers qui se jetèrent sur la Gaule furent les Vandales mais ils rencontrèrent, dès leurs premiers pas, un obstacle qui faillit causer leur ruine. Les Francs ne voyaient pas sans effroi le Nord et l’Orient se précipiter sur l’Occident ; paraissant alors pressentir leur destinée, ils s’armèrent pour défendre le pays sur lequel ils devaient un jour régner, marchèrent contre les Vandales, les attaquèrent et en tuèrent vingt mille. Cette défaite arrêta dans sa marche le roi des Allemands qui se préparait à rejoindre les Vandales. Si l’on en croit Grégoire de Tours et Frédégaire, le roi des Vandales Godésigile avait été tué dans cette bataille ainsi que ses plus braves guerriers, tout son peuple en déroute aurait été exterminé si tout à coup une foule innombrable d’Alains ne fût venue les secourir. Ce renfort ranima les vaincus ; ils se relevèrent, et leur ligue, qui grossissait tous les jours, contraignit enfin les Francs à se retirer dans leurs marais. Ce fut alors que cet affreux débordement, ne rencontrant plus de barrière qui pu l’arrêter, se répandit dans les Gaules.

Le dernier décembre 406 les barbares passèrent le Rhin. Le souvenir de leurs dévastations nous est seul resté ; les horribles détails de leurs brigandages rie sont point parvenus jusqu’à nous ; et l’on ne peut suivre les traces de leurs courses incendiaires, qu’au moyen de quelques fragments d’Orose, de Procope, de Frédégaire, et qu’en retrouvant quelques plaintes échappées à la douleur des victimes de cette époque fatale : il paraît seulement que ces hordes dévastatrices s’éloignèrent promptement des provinces septentrionales qu’elles trouvèrent trop défendue par le courage des Belges ; le voisinage des Francs surtout les empêcha d’y séjourner.

Saint-Jérôme, qui vivait dans ce temps, atteste que les Francs prirent alors avec intrépidité la défense des Romains qu’ils avaient si longtemps combattus. Au reste, dit ce père de l’église, toute cette vaste contrée située entre les Alpes, les Pyrénées, l’Océan et le Rhin, est devenue la proie du Quade, du Vandale, du Sarmate, de l’Alain, du Gépide, de l’Hérule, du Saxon et du Bourguignon. Telle est, enfin, notre funeste destinée ; on a vu les Pannoniens mêmes, sujets de l’empire, se joindre à nos ennemis pour nous écraser.

Les        Les légions romaines avaient fui de la Gaule, mais cette Gaule abandonnée n’était point encore aussi corrompue que Rome : livrée sans défense et sans chef à la fureur des barbares, elle retrouva quelques ressources dans son courage, et si elle fut forcée de céder au nombre ; on peut dire du moins qu’elle ne succomba point sans gloire.

Tandis que la flamine et le fer ravageaient les champs, détruisaient les moissons, incendiaient les cités ouvertes, la jeunesse gauloise s’armait, se retranchait dans les montagnes, se renfermait dans les villes fortes, et vendait chèrement à leurs féroces ennemis leur vie et leur liberté.

Une partie de la Belgique se fit respecter ; l’Armorique sauva son indépendance, et la résistance de plusieurs villes est prouvée par le saccagement de quelques-unes et par la conservation des autres. Enfin ce qui, dans ce désastre, achève de prouver que la Gaule se montra encore, en expirant, digne de son antique renommée, c’est qu’en 409, après trois ans de ravages et de combats, la plus grande partie des barbares, lasse de payer son butin par tant de sang, abandonna cette contrée belliqueuse et porta ses armes en Espagne.

Nous apprenons par saint Jérôme que Mayence, punie de sa longue résistance fut détruite : Worms, dit-il, après un long siège, a été saccagée. Spire, Strasbourg, Amiens Arras, sont tombées dans les mains des Allemands ; la dévastation s’est étendue dans les deux Aquitaines, la Novempopulanie, les Lyonnaises et la Narbonnaise. Peu de villes ont pu se soustraire au malheur général et celles dont les armes ont repoussé les assauts des barbares, sont affamées par les hordes nombreuses qui les assiègent. Je ne puis surtout retenir mes larmes en parlant de Toulouse, qui ne dut enfin son salut qu’au courage et aux vertus de son saint évêque Exupère. L’Espagne elle-même, à la veille de sa ruine, est consternée. Que de malheurs éprouvés ! que de maux encore à prévoir ! Ne les reprochons point à nos princes ; leur piété les justifie : n’accusons qu’un barbare travesti en romain ; Stilicon est le seul auteur de notre ruine.

Les dernières lignes de ce passage, où saint Jérôme, après avoir parlé en citoyen, s’exprime en pontife irrité, prouvent que l’excès du malheur même ne peut adoucir celui de la haine, et que l’esprit de parti survit encore à la ruine de la patrie.

Cette fureur d’invasions qui s’était emparée des peuples du Nord, ne se laissait pas plus arrêter par l’Océan que par le Rhin. Les flottes saxonnes et scandinaves menaçaient la Bretagne ; à leur approche les légions gauloises et bretonnes qui défendaient cette île se révoltent contre le gouvernement du lâche Honorius ; elles élisent un chef nommé Marcus et le proclament Auguste : mais bientôt, le trouvant indigne du rang où la sédition l’avait fait monter, elles l’assassinent. Tous voulaient sauver la Bretagne et délivrer la Gaule ; mais pour exécuter un si vaste dessein, il fallait un grand talent, un grand caractère, un grand homme ; on le chercha vainement, et dans cette détresse, la multitude crut devoir se fier au sort et s’attacher à un grand nom.

Il existait dans l’armée[1] un brave soldat appelé Constantin ; ce nom lui valut la couronne, et il justifia ce choix, sinon par son génie, du moins par son active intrépidité. A peine couronné, le nouvel empereur repousse les Saxons, passe dans la Gaule, s’y fait reconnaître, s’allie avec les Francs, ranime partout l’espérance, remporte plusieurs victoires sur les barbares et ramène la fortune dans les rangs gaulois ; enfin il force une partie des dévastateurs de la Gaule à repasser le Rhin, et l’autre à fuir au-delà des Pyrénées.

Son nom les y poursuivit, et l’Espagne se soumit aussi à son sceptre : Constantin, sans perdre de temps, releva les forteresses du Rhin et les garnit de troupes ; ainsi la bravoure d’un soldat délivra la Gaule, que l’empereur de Rome avait lâchement abandonnée.

Honorius           qui n’avait osé combattre ni les Goths en Italie ni les barbares dans la Gaule, ne sortit de son sommeil que pour tourner ses armés contre les libérateurs de ces deux contrées. Un lâche assassinat l’avait débarrassé d’un grand capitaine, de Stilicon, vainqueur d’Alaric ;, il envoya ensuite des troupes commandées par le goth Saurus, pour punir Constantin de ses triomphes et pour lui enlever une couronne généreusement conquise.

L’aveugle fortune abandonna Constantin ; Saurus le combattit, le poursuivit et l’assiégea dans Valence[2]. Les Francs, sous la conduite d’Édobinc et de Gérontius, volèrent au secours du libérateur de la Gaule ; Saurus, repoussé à son tour, rencontra dans sa retraite un grand nombre de Gaulois armés qui ne le laissèrent rentrer dans les Alpes qu’après lui avoir enlevé son butin ; car les Romains n’avaient pas rougi d’imiter les barbares et de s’enrichir des dépouilles de la Gaule dévastée.

A cette époque, on voit, par le récit de Zozime, que les Romains irrités, affectant un injuste mépris pour les partisans de Constantin, donnaient le nom de Bagaudes aux milices gauloises. Le mot de Bagad, dans la langue celtique, signifiait attroupement séditieux : de tout temps le despotisme s’est efforcé de flétrir, par des noms injurieux, la résistance, le courage et la liberté.

Le faible Honorius ne tarda pas à sentir l’étendue de la plaie qu’il avait faite à l’empire en le privant de son plus ferme appui. Alaric, autrefois ennemi de Stilicon, revint en Italie le venger. Il y entra en 409. L’empereur, effrayé de cette nouvelle invasion, conclut un traité avec Constantin, et lui abandonna le sceptre des Gaules.

Ce fut à cette époque que, selon Isidore de Séville et Idace, les barbares découragés s’éloignèrent de cette contrée et portèrent leurs armes en Espagne. Rome ne pouvait attendre alors aucun secours de l’Orient ; Arcadius n’y régnait plus, et le jeune Théodose son successeur, gouverné par sa sœur Pulchérie, ne songeait qu’à s’affermir sur son trône chancelant, et sans cesse menacé par les armes redoutables des Goths et des Huns.

Honorius, livré à lui-même et entouré de ministres aussi incapables que leur maître de régner n’opposa au terrible roi des Goths que les intrigues d’une cour corrompue et les perfidies de la faiblesse. Après avoir désarmé Alaric par une basse soumission, il le combla d’honneurs, lui prodigua les dignités de la couronne, lui confia la défense de l’empire, le flatta pour le tromper, et par des trahisons répétées ralluma sa redoutable colère.

Alaric reparut aux portes de Rome en 410 ; il y entra, y parla en maître, la livra au pillage, et ordonna au sénat d’élire un fantôme d’empereur, nommé Attale, qui bientôt mérita le mépris et l’abandon de son superbe protecteur.

La mort d’Alaric suivit de près son dernier triomphe. Aucun courage ne se présentait alors pour sauver Rome ; mais le sort qui voulait encore prolonger son existence, enflamma d’amour le cœur d’un barbare pour une Romaine[3]. Ataulphe, successeur d’Alaric, épris des charmes de Placidie, sœur d’Honorius, releva ce faible empereur. Le roi des Visigoths devint le plus ardent défenseur de l’empire conquis et le premier sujet de l’empereur vaincu.

Orose nous a conservé les paroles ou plutôt le voile sous lequel ce guerrier, dompté par l’amour, croyait déguiser sa faiblesse. Autrefois, dit-il, le plus ardent de mes vœux était d’effacer nom des Romains, et de le remplacer par celui des Goths. Je voulais fonder l’empire gothique et j’espérais devenir, comme Auguste, la tige d’une longue suite d’empereurs ; mais l’expérience m’a prouvé que les Goths, trop indociles du joug des lois pouvaient fonder un état qui ne doit subsister que par elles : j’emploierai donc désormais leurs armes à défendre, à relever l’empire romain, et puisqu’il faut renoncer à la gloire de fondateur, je saurai mériter au moins celle de restaurateur.

Ataulphe, devenu l’époux de Placidie, s’éloigna de l’Italie, et reconquit pour Rome la plus grande partie de l’Espagne. Cette révolution soudaine, retentit de l’Italie dans