HISTOIRE DES GAULES

 

CHAPITRE SIXIÈME

 

 

LE colosse romain, usé parle temps, corrompu par le luxe, amolli par la servitude, tomba en poudre dès que le génie de Théodose eût cessé de le soutenir : Autrefois, lorsqu’on voulut faire sortir du Capitole les statues des dieux, celle de la Jeunesse, dit-on, et le dieu Therme, résistèrent et demeurèrent immobiles. Mais lorsque Théodose, arrachant ces mêmes dieux du Panthéon, traîna dans Rome, à la suite de son char de triomphe, ces mêmes divinités, tous les derniers symboles de la vigueur et de la gloire de Rome disparurent. L’idolâtrie, rendant son dernier oracle, parut alors annoncer la chute de l’empire, au bruit de ces statues brisées, de Mars anéanti, du Therme démoli, de la Fortune en débris, et de l’autel de la Victoire renversé.

Des présages plus certains rendaient ce grand désastre évident aux yeux de la raison tandis que cet empire immense, gouverné par de faibles despotes, par de lâches eunuques, par des patriciens corrompus, dépeuplé par le luxe, opprimé par le fisc, déchiré par les discordes religieuses, comptait plus de monastères que de forteresses, plus de domestiques que de citoyens, plus d’ermites et de moines que de guerriers, n’opposait à ses ennemis que des légions composées d’étrangers ; une foule innombrable de barbares se rassemblant depuis les frontières de la Chine jusqu’aux rivages du Pont-Euxin, de la mer du Nord, du Danube et du Rhin, se préparaient à fondre en masse sur l’Occident, à détruire la civilisation du monde, et à plonger dans les ténèbres de la barbarie