HISTOIRE DU BAS EMPIRE (période antique)

 

HONORIUS EN OCCIDENT ; ARCADIUS EN ORIENT ; STILICON, ALARIC, ATAULPHE

 

 

(An 395)

LORSQUE les fils de Théodose montèrent sur le trône de leur père, l’empire romain, relevé par ce grand prince, n’avait encore perdu aucune de ses possessions. Ses limites étaient les mêmes que du temps de Constantin. Ce colosse, imposant par sa grandeur, éblouissant par sa richesse, vivait encore sur son antique renommée, et les rois des peuples barbares qui devaient bientôt le renverser, contenus par les victoires de Théodose, semblaient s’humilier devant la majesté romaine. Ils en augmentaient même passagèrement l’éclat, en courbant leurs fronts belliqueux au pied du trône impérial, et en sollicitant l’honneur étrange d’ajouter à leur titre de prince ceux de consul, de patrice, de préfet ou de général romain.

Mais il fallait une main bien forte pour se servir de soutiens si dangereux : la splendeur de l’état était illusoire ; la corruption des mœurs avait miné sa force ; les barbares seuls le défendaient contre les barbares ; ils le dominaient avant de l’avoir conquis.

Rome, sans vertu, sans esprit public, sans courage, n’était plus qu’une ombre majestueuse. Le peuple n’offrait aux regards attristés qu’une foule d’étrangers, de pauvres, d’esclaves et d’affranchis. Les grands, qui peu à peu avaient concentré dans leurs mains avides les fortunes des citoyens et les richesses de l’univers, fuyaient les camps, s’éloignaient des affaires, redoutaient, également le poids du travail et celui des armes. Livrés avec fureur aux voluptés, ils semblaient se hâter de consumer en festins, en spectacles et en plaisirs, leurs immenses trésors qui devaient bientôt devenir la proie des barbares.

La décadence des mœurs entraîne toujours celle de l’esprit. En lisant les ouvrages des écrivains de cette époque, on ne voit que pauvreté dans les pensées, exagération dans les éloges, servilité dans les sentiments, enflure dans les expressions et luxe dans les images.

Un empire si vaste produisait cependant encore quelques hommes remarquables par leur caractère, par leurs talents, par leur amour pour la patrie ; mais les courtisans, les eunuques, les affranchis, les écartaient avec soin. Les vices de la cour paraissaient craindre la contagion de la vertu, et, comme le dit un auteur du temps, ce n’étaient point les hommes de mérite qui manquaient aux places, c’étaient les places qui leur manquaient.

La seule habileté que l’intrigue respectait encore, c’était l’habileté militaire ; car la tyrannie a toujours besoin des armes, puisque la force lui tient lieu de droit, et que sa main de justice n’est qu’une main de fer. Aussi l’empire, depuis Théodose, ne fut presque plus gouverné que par des généraux ; et, comme la bravoure se trouvait alors chez les barbares et non chez les Romains, nous verrons, jusqu’à la chute de Rome, des guerriers barbares régner sons le nom des successeurs de Théodose.

Ce prince lui-même avait élevé aux plus grands honneurs le Vandale Stilicon, et lui avait donné pour femme sa nièce Sérène. Effrayé des dangers qui menaçaient la faiblesse du jeune Honorius, il dit à Stilicon dans ses derniers moments : Je vous lègue mon pouvoir et je vous conjure d’hériter de mes sentiments ; chargez-vous de porter pour mon fils le fardeau de l’empire : en vous le confiant, je meurs sans inquiétude ; Honorius peut régner tant qu’il sera soutenu par le courage de Stilicon et guidé par sa prudence.

En déplorant cette triste nécessité, on doit convenir que le guerrier barbare justifia le choix de l’empereur. Malgré son humeur violenté, sa cupidité insatiable et son ambition, Stilicon, grand capitaine, politique habile, administrateur éclairé, défendit avec succès le dépôt qui lui était confié, contint les factieux, fit trembler les intrigants, vainquit les ennemis de l’empire et jeta sur Rome un dernier rayon de gloire.

La postérité reproche avec raison à Théodose un autre choix, celui de Rufin qui gouverna l’Orient sous Arcadius. Rufin n’eut d’autres qualités que l’adresse et l’audace : tous les vices infectaient son âme et n’y laissaient place à aucune vertu. Il persécuta les grands talents, proscrivit le courage favorisa le fanatisme, opprima le peuple, ouvrit les frontières aux barbares, fit haïr Théodose, mépriser Arcadius, et devint une des causes les plus immédiates de la chute de l’empire.

On peut sans injustice attribuer à ses funestes conseils quelques actes d’intolérance et de tyrannie qui souillèrent la gloire du beau règne de Théodose. Par un édit, il déclara les magistrats coupables des crimes qu’ils négligeraient de poursuivre, et rendit la justice cruelle en la rendant craintive.

L’idolâtrie, que la persuasion seule devait détruire, fut rangée par un édit au premier rang des crimes. Les pontifes païens et les vestales se virent dépouillés de leurs biens dont on dota les églises chrétiennes.

Méprisant les anciennes coutumes et un préjugé que tant de gloire rendait excusable, Théodose renversa la statue de la Victoire, qui, debout sur le globe du monde, revêtue d’une robe flottante, déployant de brillantes ailes et portant à la main une couronne de lauriers, semblait commander aux Romains le courage et leur promettre le triomphe.

Il arracha du Capitole les statues de Jupiter, de Mars, d’Hercule et des autres dieux, les attacha aux roues de son char, et parcourut avec orgueil les rues de Rome ; triomphant des divinités de l’Olympe vaincues, comme l’inexorable Achille avait triomphé d’Hector. Leur défenseur Symmaque fut exilé ; les patriciens tremblants abjurèrent l’idolâtrie. Ce fut alors que le poète Prudence, profanant son talent en louant un acte despotique, se félicita de voir les sénateurs romains, les flambeaux de l’univers, les membres d’une assemblée de Fabius et de Caton, quitter leurs habits pontificaux, abandonner avec horreur la peau du vieux serpent pour se revêtir de la robe blanche de l’innocence baptismale, et humilier l’orgueil des faisceaux consulaires sur la tombe des martyrs. A la voix de Théodose on ferma les temples, on détruisit le Capitole, on menaça de mort les partisans de l’ancien culte ; l’intolérance, encouragée par l’autorité ne connut plus de bornes ; les chrétiens dominant se permirent les excès qu’ils avaient reprochés à leurs persécuteurs : Saint Martin, évêque de Tours, marcha à la tête des moines, abattit les idoles, renversa les temples, arracha les arbres sacrés.

En détruisant les statues, on découvrit les fraudes pieuses des pontifes païens, qui, par des tuyaux cachés dans les idoles, faisaient entendre la voix prétendue des oracles. Par là le paganisme perdit beaucoup de partisans ; les sacrifices, même ceux où l’on n’immolait point de victimes furent interdits et punis comme crimes de haute trahison : les païens gémirent et cédèrent, ils n’avaient pas le courage des martyrs.

Quelques philosophes entreprirent de réfuter les ouvrages de saint Augustin, on ne permit point la publication de leurs livres. Enfin la révolution fut totale, et, trente ans après le règne de Théodose, on ne vit presque plus d’idolâtres dans l’empire : mais pendant longtemps les conversions furent plus apparentes que réelles ; un grand nombre de Romains déploraient la destruction de leur ancienne religion. Ce bouleversement, disent quelques auteurs de cette époque, changea les temples en sépulcres, couvrit la terre de ténèbres, rétablit le règne du chaos et de la nuit, et substitua aux images révérées des dieux celles de quelques malfaiteurs obscurs que la superstition décorait du nom de martyrs.

Tels furent les derniers accents de douleur des idolâtres, qui auraient en peu de temps cédé sans murmures à la raison, mais qui ne pouvaient supporter la plus injuste des violences, celle qui opprime la pensée.

Malgré cette violation des anciennes coutumes et de la liberté des opinions, le nom glorieux de Théodose était trop respecté pour que les droits de ses fils parussent douteux : les deux sénats de Rome et de Constantinople les proclamèrent Augustes ; ils reçurent le serment de fidélité du peuple et des soldats. On fit alors un partage définitif de l’empire : Arcadius eut la Thrace, la Grèce, l’Asie-Mineure, la Syrie, l’Égypte, la Dacie et la Macédoine ; Honorius régna sur l’Italie, l’Afrique, la Gaule, l’Espagne et la Grande-Bretagne. Arcadius, âgé de dix-huit ans, végéta plutôt qu’il ne régna dans son palais de Byzance.

Le Gaulois Rufin gouvernait l’empire et l’empereur ; le massacre de Thessalonique n’avait que trop prouvé son penchant à la cruauté. Ce caractère féroce perdit son frein en perdant Théodose. On trouvait en lui un ami perfide et un ennemi implacable ; son ambition était gênée par le mérite et par le crédit de Tatien, préfet de l’Orient, et par la prudence de Promotus, maître général de l’infanterie, dont le courage avait plus d’une fois contribué au salut de l’empire. Un jugement inique le délivra du premier ; il exila le second, et, peu de temps après, le fit assassiner par ses agents dans un combat qu’il livrait aux Bastarnes.

La vertu de Lucien, comte d’Orient, offrait un contraste trop dangereux avec les vices du ministre ; on le fit périr ; et Rufin, héritant, de la fortune de ses victimes, fut revêtu de toutes leurs charges. La terreur que son nom répandait dans tout l’empire lui soumettait le peuple et l’armée ; mais si le courage ne lui résistait nulle part, l’intrigue travaillait dans l’ombre à miner son crédit.

Pour resserrer plus étroitement la chaîne dont il liait le faible Arcadius, il voulut lui faire épouser sa fille. Le prince en avait même pris l’engagement ; mais, tandis que l’ambitieux ministre parcourait l’Asie, pour y jouir de la souveraine puissance qu’il exerçait seul dans l’Orient, Eutrope, grand chambellan, vanta en présence du jeune empereur les charmes d’Eudoxie, fille du comte Bauto, général des Francs auxiliaires. Arcadius voulut voir cette belle Française ; il en devint épris et résolut de l’épouser. Rufin, revenant à Constantinople, trouva la ville tout occupée des fêtes préparées pour le mariage il croyait que sa fille était l’objet de ces préparatifs pompeux, et sa fureur fut égale à sa surprise lorsqu’il vit l’empereur conduira Eudoxie au temple. Cette princesse, digne de son élévation par sa beauté, mais plus encore par ses talents et par son courage, soutint habilement la lutte périlleuse qui s’établit, dès ce moment, entre elle et ce ministre aussi vindicatif que puissant.

Tandis que ces intrigues de cour occupaient seules les premières années d’Arcadius dans l’orient, le tuteur du jeune Honorius, plus digne de la confiance de Théodose, se livrait à des soins plus importants, et gouvernait Rome en Romain. Stilicon, le héros du poète Claudien, et né parmi les Vandales, surpassait, dit-on, la taille qu’on attribuait aux demi-dieux. Dans sa jeunesse il se distingua parmi les plus belliqueux par sa bravoure et par son adresse. Les suffrages publics prévinrent à chaque grade son élévation. Comte des domestiques, maître général de la cavalerie et de l’infanterie d’Occident, époux de la princesse Sérène, il était seul maître de l’empire sous le nom d’Honorius qui n’avait point encore atteint sa douzième année.

Les Bastarnes, excités par Rufin, avaient battu un corps de Romains orientaux, et assassiné Promotus, Stilicon prit les armes pour venger son ami ; il vainquit ces barbares et en tua un grand nombre. Tournant ensuite ses armes contre les Germains, que la mort de Théodose avait enhardis, il les chassa de la Gaule et les poursuivit au-delà du Rhin.

Après avoir délivré l’empire de ses ennemis, il garantit les citoyens par une sévère discipline de la licence des soldats.

Sa gloire excitait l’envie de Rufin, et bientôt inimitié ces deux fiers rivaux devinrent ennemis.

Les dangers auxquels la discorde devait exposer les deux empires effrayaient l’esprit généreux de Stilicon, mais ne pouvaient faire impression sur l’âme basse de Rufin, qui aurait sacrifié sans scrupule aux barbares les trois quarts de l’empire, pour avoir la certitude de régner sur le reste.

On le vit exciter lui-même des tribus de Huns et de Scythes à piller l’Asie, pour effrayer Arcadius et pour conserver près de lui son pouvoir. Les Goths, reprenant les armes, venaient de franchir le Danube pour attaquer l’Orient ; Stilicon, qui s’occupait alors du partage des trésors et des armées de Théodose entre les deux empereurs, marcha contre les Goths, sous prétexte de conduire à Arcadius les troupes orientales qui étaient. restées en Italie ; il arriva près de Thessalonique, et, par des mouvements habiles, resserra les barbares dans une position désavantageuse qui devait rendre leur défaite certaine.

Rufin redoutait plus Stilicon que les Goths. Un ordre d’Arcadius rappela près de lui ses troupes, et défendit à Stilicon d’avancer avec elles. Le général obéit, s’arrêta et retourna en Italie ; mais il était certain du dévouement des légions qu’il renvoyait à l’empereur d’Orient : ces légions et Gaînas le Goth, leur chef, détestaient Rufin et promirent sa mort à Stilicon. Le secret de leur dessein fut gardé avec prudence ; et pendant leur marche, depuis Thessalonique jusqu’à Constantinople, aucune parole inconsidérée ne trahit leur projet.

A leur arrivée même, ils cachèrent leur haine sous l’apparence de la flatterie ; et Rufin, trompé par leurs hommages, leur prodigua ses trésors ; espérant, avec leur appui, se délivrer d’Eudoxie et le faire élire empereur.

Arcadius était trop faible pour qu’on osât lui faire connaître son danger ; on le sauva en le trompant. Gaînas ayant sollicité pour ses légions l’honneur d’être passées en revue par l’empereur, ce prince se rendit avec son ministre dans la plaine que ces troupes occupaient ; il salua, suivant l’usage, avec respect, les aigles romaines, tandis que Rufin, qui avait déjà fait frapper des médailles où il était représenté avec la couronne sur la tête, contemplait orgueilleusement les soldats sur lesquels il fondait son espoir ; mais, lorsqu’il arrive avec le prince au milieu de la ligne, les deux ailes s’avancent rapidement et les entourent ; Gaînas donne le signal, et soudain un soldat se jette sur l’ambitieux ministre et lui plonge son épée dans le sein. Le malheureux gémit, tombe et meurt aux pieds de l’empereur.

La nouvelle de sa chute se répand ; la populace, aussi furieuse contre les tyrans morts qu’elle est basse pour eux lorsqu’ils vivent, se saisit du corps de Rufin, le déchire et le traîne dans les rues. On avait planté sa tête sur la pointe d’une pique, et sa main droite coupée qu’on montrait aux passants semblait encore demander au peuple des contributions.

Sa femme et sa fille ne purent échapper à la mort que par la fuite ; un couvent à Jérusalem fut leur asile ; on confisqua leurs biens au profit du trésor impérial. Par ce funeste exemple, l’autorité des empereurs devint moins sacrée, celle des généraux plus redoutable et le glaive apprit à braver le sceptre.

Si, en perdant l’odieux Rufin, le projet de Stilicon était de gouverner les deux empires, son espoir fut trompé. Arcadius, qui le craignait, donna sa confiance à l’eunuque Eutrope, son grand chambellan. Gaînas lui-même se déclara contre Stilicon ; tous les favoris ligués pour perdre ce héros tentèrent de l’assassiner. Un décret du sénat de Constantinople le déclara ennemi public et confisqua les biens qu’il possédait dans l’Orient. Ainsi les deux empires se divisèrent dans le temps où le danger commun devait leur faire sentir le plus vivement la nécessité de l’union, et, depuis cette époque, chacun d’eux regarda comme ses alliés les barbares qui attaquaient l’autre.

La discorde des deux cours fit renaître l’ancienne rivalité des deux peuples ; les Grecs avaient toujours haï la grossièreté romaine, et les Romains, méprisaient la mollesse et la finesse des Grecs.

Stilicon, plus grand que ses rivaux, ne voulut point, pour l’intérêt de son orgueil, exposer Ies deux empires aux malheurs d’une guerre civile. Il abandonna le faible Arcadius à ses nouveaux favoris. D’ailleurs une révolte formidable en Afrique semblait alors devoir occuper tous ses soins.

L’indulgence de Théodose avait laissé, dans cette contrée, de vastes possessions dans les mains de Gildo, frère du tyran Firmus. Cet ambitieux se servit de ses richesses pour soulever les Africains. Quelques troupes romaines, trahissant leur devoir, contribuèrent aux succès de son usurpation. Parvenu au pouvoir suprême, Gildo, qui se disait le libérateur de son pays, n’en fut que le tyran, il signalait ses jours par des assassinats, et ses nuits par des débauches qui déshonoraient les plus illustres familles ; les femmes les plus distinguées, victimes de sa lubricité, après avoir perdu l’honneur, étaient ensuite livrées par ce monstre aux nègres farouches du désert, qui composaient sa garde.

Gildo régnait despotiquement sans avoir cependant osé ceindre le diadème : il payait même un tribut à Rogne ; mais, comme il craignait la rigueur de Stilicon, il implora la protection d’Arcadius qui prit sa défense dans l’espoir de réunir l’Afrique à l’empire d’Orient.

Stilicon, pour résister avec plus de succès aux prétentions de la cour de Byzance, crut nécessaire de fortifier son pouvoir, en l’entourant de la majesté des anciennes lois. Faisant donc apparaître l’ombre de la république depuis longtemps oubliée, il décida l’empereur Honorius à soumettre au sénat le jugement de Gildo. La cause de ce rebelle y fut jugée suivant les formes antiques et les suffrages unanimes de tous les sénateurs le déclarèrent ennemi de la république. On chargea Stilicon de veiller à l’exécution du décret. Un seul sénateur, Symmaque, avait paru craindre que cette guerre, empêchant l’arrivée des grains d’Afrique, ne produisit la famine dans Rome et n’excitât un soulèvement. L’habile activité de Stilicon prévint le danger ; il fit venir des Gaules de grands approvisionnements de blés, et pendant toute cette guerre le Rhône nourrit le Tibre.

Gildo, qui ne respectait pas plus la nature que la justice, avait proscrit son frère Mascérel, qui s’était réfugié à Milan. Stilicon, certain qu’il ne pouvait choisir un chef plus ardent pour servir la vengeance publique, plaça Mascérel à la tête des vétérans gaulois, des joviens, des herculiens, et des deux légions nommées la Fortunée et l’Invincible. On peut juger de la décadence des forces romaines, en voyant que, tous ces corps d’élite, réunis, ne formaient que cinq mille hommes.

L’armée de Gildo était composée de soixante-dix mille combattants : fier de leur nombre, il se vantait de fouler aux pieds de ses chevaux et d’ensevelir, dans des tourbillons de sable, cette poignée de Gaulois et de Romains qui venaient attaquer le maître de l’Afrique.

Cependant peu de cohortes romaines composaient sa force réelle. Le reste des Africains ne portaient que des javelots pour armés et des manteaux pour boucliers.

Sans craindre cette multitude indisciplinée, Mascérel avec ses cinq mille braves s’avance intrépidement près des rangs ennemis, et offre aux rebelles le pardon s’ils se soumettent. Un porte-étendard africain menace de le frapper ; Mascérel, d’un coup de sabres lui abat le bras ; l’étendard qu’il portait tombe ; les autres enseignes des cohortes romaines, qui servaient dans l’armée de l’usurpateur voyant de loin la chute de cet étendard la prennent pour un acte de soumission, suivent cet exemple, jettent leurs armes, et proclament le nom d’Honorius.

Cette défection répand la crainte et le désordre parmi les Maures : après un léger combat, ils fuient dans le désert. Gildo, sans espoir et sans armée, s’embarqua pour chercher un asile dans l’Orient ; mais, rejeté sur la côte par les vents contraires, et cerné par les Romains, il échappa au supplice en se donnant là mort.

Le sénat de Rome jugea ses complices avec cette excessive rigueur qui accompagne toujours la crainte et la faiblesse. La crédulité du temps prétendait que saint Ambroise, mort un an auparavant, avait, dans ses derniers jours, prédit cette victoire.

Mascérel, conquérant de l’Afrique et reçu en triomphe à Milan, excita la jalousie de Stilicon : quelques jours après son arrivée, comme le prince maure se promenait avec le général de l’Occident, son cheval fit un écart et le jeta dans la rivière ; on s’empressait de voler à son secours, mais Stilicon, souriant, arrêta par un signe le zèle des courtisans, qui laissèrent le prince périr dans le fleuve.

La fortune de Stilicon s’accrut encore par le mariage de sa fille Marie avec le jeune empereur Honorius. La muse de Claudien chanta en beaux vers cet hyménée ; il n’était plus permis d’adorer les faux dieux dans les temples, mais on laissait les poètes les encenser dans leurs ouvrages. L’imagination ne pouvait renoncer aux ingénieuses fictions du paganisme, et les fables de