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GÉLON Avant le règne de Xerxès en Asie, et de Gélon à Syracuse, les anciens auteurs ne nous ont rien Gélon., transmis de certain sur l’histoire de Sicile ; nous savons seulement par eux que Cléandre, tyran de Géla, ayant péri ; sous le poignard d’un’ assassin, laissa là couronne à son frère Hippocrate, qui confia le commandement de ses armées à un citoyen nommé Gélon, d’une famille sacerdotale, et plus considérable encore par son mérite personnel que par sa naissance. Gélon se concilia, par sa vaillance et par son habileté, la faveur du peuple et de l’armée. Il enleva Camarine aux Syracusains, et se distingua par beaucoup d’autres exploits. Hippocrate mourût et laissa deux fils. Un parti républicain, assez puissant dans Géla, refusait à ces princes le trône de leur père : Gélon parut s’armer pour eux ; mais, s’étant emparé de vive force de la ville, il se fit déclarer roi par le peuple. Dans ce temps, Syracuse était gouvernée républicainement et déchirée par des factions : l’une d’elles, s’emparant de l’autorité, bannit un grand nombre de citoyens. Ceux-ci implorèrent la protection de Gélon : il les ramena à Syracuse, et défit leurs ennemis. Tous les citoyens, fatigués de l’anarchie et prévenus en faveur de Gélon par sa haute renommée, se soumirent à lui, et lui donnèrent le trône avec un pouvoir absolu. Les Carthaginois l’attaquèrent : repoussé d’abord par eux,
il envoya demander des secours à Athènes et à Sparte ; mais, sans leur aide, il
parvint à triompher de ses ennemis ; et augmenta tellement ses forces et sa
puissance, que dix ans après, lorsque Xerxès attaqua Dans le même temps, le roi de Perse aussi peu sincère, sollicitait l’amitié de Gélon ; et, d’un autre côté, engageait les Carthaginois à l’attaquer. De nouveaux troubles survenus les y décidèrent.
Gélon leva une armée, de cinquante-cinq mille hommes pour soutenir son beau-père[1]. Le plus habile général de Carthage, Amilcar, à la tête de trois cent mille guerriers, forma le siége d’Hymère. Il y établit deux camps : l’un renfermait ses vaisseaux tirés sur le rivage, et gardés par des troupes de mer ; il avait placé dans l’autre son armée de terre. Ces deux camps étaient fortifiés. Gélon, informé que l’ennemi attendait de Sélinonte un corps de cavalerie auxiliaire, donna ordre à un détachement de troupes à cheval de se présenter à l’heure désignée à la porte du camp ennemi : cette ruse réussit ; les Carthaginois accueillirent cette troupe, croyant que c’était le corps allié qu’ils attendaient. Les Syracusains, entrés clans le camp, surprirent Amilcar faisant un sacrifice, le poignardèrent, et mirent le feu à sa flotte. Au même instant, Gélon, à là tête de son armée, attaqua et prit de vive force l’autre camp. Jamais victoire ne fut plus complète et ne fit autant de victimes ; des trois cent mille Carthaginois la moitié périt ; l’autre moitié tomba dans les fers. Vingt vaisseaux seuls retournèrent en Afrique. Tous les tyrans de Sicile recherchèrent l’amitié du vainqueur. Carthage, craignant de le voir arriver à ses portes, demanda la paix. Gélon l’accorda, et la principale condition du traité fut que les Carthaginois ne sacrifieraient plus à Saturne de victimes humaines ; trophée d’autant plus glorieux pour le roi de Syracuse, qu’il signalait, non le triomphe de l’ambition, mais celui de l’humanité. Après avoir terminé cette guerre avec tant d’éclat, Gélon voulait secourir les Grecs contre les Perses ; mais il apprit dans ce moment la victoire de Salamine : donnant alors un rare exemple de modération dans la prospérité, il cessa d’ambitionner la gloire des armes et ne rechercha que la gloire plus douce et plus solide que donne une administration juste, sage et pacifique. Il ne pressait plus l’activité des arsenaux, mais il encourageait celle des ateliers ; il cessa de se montrer à la tête des armées, mais on le vit à la tête des laboureurs. De retour à Syracuse, il convoque le peuple, l’invite à se rassembler avec ses armes : il arrive sur la place, seul, sans gardes, désarmé, rend compte aux citoyens de ses dépenses, de son administration civile et militaire, de la situation de l’état, rend la liberté à la nation et lui propose de délibérer sur la forme de gouvernement qu’elle veut choisir. L’admiration et la reconnaissance dictent des suffrages unanimes ; l’amour d’un peuple libre lui rend la couronne, l’affermit, et ordonne qu’on lui érige une statue qui le représente en habit de citoyen. Longtemps après, Timoléon, voulant détruire tous les emblèmes de la tyrannie, renouvela l’usage, antique de l’Égypte, et fit faire le procès aux rois, dont les statues devaient être brisées. Le peuple les renversa toutes ; mais il défendit et conserva celle de Gélon. Ce prince ne survécut que deux ans à cette action, plus célèbre que tous ses triomphes. Son convoi fut sans pompe comme il l’avait ordonné ; mais la reconnaissance publique lui bâtit un tombeau magnifique environné de neuf tours, dans le lieu où sa femme Démarète fut inhumée. Depuis, les Carthaginois, par une basse vengeance détruisirent ce monument ; mais, tant qu’on honora la vertu, la mémoire de Gélon sera respectée. Le père de Gélon était grand sacrificateur ; il avait quatre fils. Un oracle ayant prédit que trois d’entre eux parviendraient à la tyrannie, le pontife désolé s’écria : Puissent plutôt mes fils être accablés des plus grands malheurs que d’acquérir une telle fortune aux dépens de la liberté ! L’oracle, de nouveaux consulté par lui, répondit qu’il ne devait pas désirer d’autres châtiments pour ses enfants que le trône, et qu’ils seraient assez punis par les traverses et les inquiétudes inséparables de la royauté. La vertu de Gélon démentit cette prédiction ; mais le sort de ses deux frères la vérifia. Ce prince fut peut-être le seul que la fortune rendit meilleur au lieu de le corrompre. Il s’empara d’abord injustement du trône de Géla ; mais il expia cette violence par sa sagesse ; et rendit la liberté à Syracuse. Administrateur habile, il augmenta la population de cette ville, en y transportant les habitants de Mégare et de Camarine. Par ses ordres et par son exemple, les Syracusains sortirent de l’oisiveté ; et leur territoire devint si fertile, qu’ils furent en état d’envoyer une immense quantité de blés aux Romains, que désolait une affreuse disette. Les Carthaginois captifs augmentèrent l’activité des travaux publics. Gélon, pour faire la guerre à Carthage, avait levé sur ses peuples un impôt considérable. On murmurait ; le roi, toujours accessible aux plaintes, convertit l’impôt en’ emprunt, et le rendit fidèlement. On lui reprochait de ne point aimer les arts. Peut-être négligea-t-il la musique et la poésie dans un temps où il trouvait Syracuse trop disposée à la mollesse ; mais il encouragea l’architecture, employa les dépouilles des Carthaginois à bâtir deux temples en l’honneur de Proserpine et de Cérès. Avide de tout génie de gloire il remporta le prix de la course des chars aux jeux Olympiques. Son règne fut doux et juste ; et les républicains ne purent lui reprocher que d’avoir fait trop longtemps aimer la monarchie. HIÉRON ET THRASYBULE (An du monde 3552. — Avant Jésus-Christ 452.) Hiéron, qui occupait le trône de Géla, succéda à son frère Gélon. Son amour pour les lettres faisait espérer un règne sage et doux ; mais les courtisans, qui opposent presque toujours leurs intérêts privés à l’intérêt public et qui corrompent les rois afin de les dominer ; l’enivrèrent du poison de la flatterie, le rendirent avide pour enrichir sa cour, injuste en lui faisant préférer la faveur au mérite, et violent parce qu’ils lui firent envisager comme factieux ceux qui se plaignaient avec justice, ou qui disaient courageusement la vérité. Les voluptés dérangèrent la santé d’Hiéron : forcé d’écarter les plaisirs, ils laissèrent place à la réflexion. Ses entretiens avec Simonide, Pindare, Bacchylide et Épicharme éclairèrent son esprit et adoucirent ses mœurs. Simonide eut principalement la gloire de le ramener à la vertu ; fait honorable qui nous est rappelé par un traité de Xénophon sur la manière de gouverner. Cet ouvrage portait le titre d’Hiéron ; et c’est un dialogue entre ce prince et Simonide. Le roi déplore le malheur pour un monarque d’être privé d’amis ; le poète trace tous les devoirs des rois. On y trouve cette belle maxime : La gloire d’un souverain est, non qu’on le craigne, mais qu’on craigne pour lui. Il doit disputer avec les autres rois, non à qui courra le plus vite aux jeux Olympiques, mais à qui rendra ses peuples plus heureux. Hiéron fit la guerre avec succès ; il prit Catane et Naxe ; et mourut après avoir régné onze ans. Thrasybule, son frère, le remplaça, et parut n’hériter que de ses défauts : ses vices firent regretter plus vivement les vertus qu’avaient fait éclater ses deux frères. Esclave de ses favoris et de ses passions, il fût le bourreau de ses sujets, bannit les uns, dépouilla les autres, punit la vérité par l’exil et la plainte par des supplices. Les Syracusains, excédés, appelèrent à leur secours les habitants des villes voisines. Thrasybule se vit assiégé dans Syracuse : presque tous les princes cruels sont lâches ; il résista faiblement, capitula, quitta la ville où il n’avait régné qu’un an, et se retira à Locres. On ne dit rien de la durée ni de la fin sa vie ; Syracuse l’oublia, reprit sa liberté, et prospéra sous le gouvernement populaire jusqu’au temps où Denys y rétablit la tyrannie. Cet intervalle dura soixante ans. Pour consacrer le souvenir de la délivrance des Syracusains, le peuple érigea une statue colossale à Jupiter libérateur, et ordonna de célébrer tous les ans une fête solennelle, dans laquelle on devait immoler aux dieux quatre cent cinquante taureaux qui servaient ensuite à nourrir les pauvres dans un festin public. Quelques partisans, de la tyrannie excitèrent depuis des troubles ; ils furent vaincus ; et pour réprimer l’ambition des ennemis de la démocratie, on fit une loi semblable à l’ostracisme d’Athènes ; on la nommait pétalisme, parce que les citoyens donnaient leurs suffrages sur une feuille d’olivier. Deucétius, chef des peuples qu’on appelait proprement Siciliens, les rassembla en corps de nation, et bâtit la ville de Polissa, près du temple des dieux nommés Palici. Il servait d’asile aux esclaves maltraités par leurs maîtres. Ce temple jouissait d’une grande renommée ; on croyait que les serments qu’on y prêtait étaient plus sacrés qu’ailleurs, et que leur violation attirait un châtiment certain. Deucétius soumit quelques villes voisines, et étendit sa puissance par plusieurs victoires ; mais enfin, dans une bataille contre les Syracusains, il se vit abandonné par toute son armée qui prit la fuite. Ne consultant alors que son désespoir, il entra seul de nuit à Syracuse. Le lendemain matin, les habitants furent surpris en arrivant sur la place, de voir prosterné, au pied des autels ce prince, leur ennemi jusque là si redoutable et si souvent vainqueur, et de l’entendre déclarer qu’il leur abandonnait sa vie et ses états. Les magistrats convoquent l’assemblée ; les citoyens accourent en foule ; quelques orateurs véhéments excitent les passions du peuple, retracent les maux passés, et demandent, pour expier tant de sang répandu, la mort d’un ennemi publie que le ciel lui-même semblait livrer à la vengeance. Cette proposition glaça d’horreur les anciens sénateurs : l’un de ces sages vieillards dit qu’il ne voyait plus dans Deucétius un ennemi, mais un suppliant dont la personne devenait inviolable ; qu’écraser ainsi le malheur, ce serait à la fois une bassesse et une impiété. Il ajouta qu’en croyant plaire à Némésis, on s’attirerait son juste courroux, et qu’il fallait au contraire profiter de cet événement pour prouver la clémence et la générosité des Syracusains. Tout le peuple se rangea à cet avis : on désigna à Deucétius pour lieu de son exil Corinthe, métropole de Syracuse ; et on lui assura dans cette ville une subsistance honorable. Depuis que Syracuse eut recouvré sa liberté jusqu’au moment où Denys la lui enleva, l’histoire ne nous à conservé le souvenir que d’un grand événement, celui de l’invasion des Athéniens, sous la conduite de Nicias, avec une armée nombreuse ils formèrent le siège de Syracuse. Les habitants, secourus par plusieurs villes alliées, et commandés, par le brave Hermocrate, résistèrent vaillamment ; mais, malgré leur courage, ils se voyaient enfin réduits à capituler, lorsqu’une armée lacédémonienne, sous les ordres de Gylippe, défit la flotté des Athéniens ; tua où prit tous leurs soldats, et fit périr leur chef. Cette guerre désastreuse, conseillée par Alcibiade, justifia son exil et fut la cause de la ruine de sa patrie. DENYS LE TYRAN (An du monde 3598. — Avant Jésus-Christ 406.) Les revers ralentissent, mais n’éteignent point l’ambition :
Carthage avait réparé ses pertes et accru sa puissance ; pour les états
comme pour les hommes la soif des richesses s’irrite en se satisfaisant, et
la fertilité de |