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Au moment où Apollonius accomplissait à Jérusalem l’horrible mission dont l’avait chargé Antiochus Épiphane (168 av. J.-C.), un homme de Jérusalem nommé Mattathias fils de kari ; fils de Siméon, fils d’Asamonée, prêtre de la descendance de Joarib, habitait Modiim, village de la Judée[1]. Mattathias avait cinq fils dont voici les noms : Jean surnommé Gaddis, Siméon Matthès, Judas Maccabée, Éléazar Aodren, et Jonathas Apphous. Mattathias ne cessait de déplorer devant ses fils le triste sort de sa race, le pillage de Jérusalem, et, la spoliation du temple ; et toujours il terminait ses tristes plaintes en disant qu’il valait mieux mourir pour les lois de sa patrie, que de vivre sous un joug aussi honteux. Il ne ‘devait pas tarder à prêcher d’exemple. Nous avons déjà dit qu’Antiochus Épiphane avait donné
l’ordre de poursuivre le culte judaïque, non seulement à Jérusalem, mais
encore dans l’étendue entière de Aussitôt que les officiers royaux, résidant à Jérusalem, furent informés de ce qui venait de se passer à Modiim, la garnison de la citadelle de Jérusalem fut mise en mouvement, et lancée à la poursuite de ceux qui s’étaient réfugiés dans le désert. Les Syriens essayèrent d’abord de la persuasion et s’efforcèrent d’obtenir des fuyards, qu’ils vinssent à résipiscence et ne les contraignissent pas à employer contre eux la force des armes. Ces ouvertures furent vaines et les offres des soldats d’Antiochus une fois rejetées avec dédain, la répression violente commença ! Malheureusement pour les Juifs, elle commença un jour de sabbat, évidemment choisi tout exprès par les Grecs ; et comme les prétendus coupables étaient enfermés dans des cavernes, ils y furent étouffés par les flammes, sans tenter la moindre résistance, sans même essayer dé barricader l’entrée de leur asile. Josèphe affirme que le nombre des victimes de ce premier acte de sauvagerie, s’éleva à un millier de personnes, y compris les femmes et les enfants[4]. Tous ceux qui s’échappèrent à ce danger, coururent rejoindre Mattathias et se mirent spontanément sous ses ordres. Celui-ci, instruit par le funeste exemple qui venait d’être donné, s’efforça tout d’abord de démontrer à ses soldats qu’ils ne devaient plus refuser le combat, même pendant le saint jour du sabbat : — Songez-y bien, leur dit-il, si vous prenez ce parti, si vous préférez respecter la loi, vous deviendrez les artisans de votre propre perte ; car, n’en doutez pas, vos rusés ennemis profiteront toujours du sabbat, pour vous attaquer, et vous serez ainsi facilement anéantis, sans avoir eu le loisir de vous défendre. — Ce sage conseil fut accueilli favorablement, et, de fait, à partir de ce moment, les Juifs n’hésitèrent jamais plus à combattre même le jour du sabbat, lorsque la nécessité de la lutte était urgente. En peu de temps, Mattathias se vit à la tête d’une petite armée, déjà respectable, et avec laquelle il y aurait bientôt à compter. Les autels des faux dieux furent renversés, et les apostats punis de mort, toutes les fois qu’il put s’en trouver. Il est vrai que la plupart d’entre eux cédant à la terreur, s’étaient enfuis et réfugiés au milieu des gentils. Les enfants qui n’avaient pas encore été circoncis, le furent par les ordres de Mattathias, et les officiers chargés de veiller à ce que la circoncision ne fût plus pratiquée, furent chassés ignominieusement[5]. Parmi les partisans qui s’étaient rangés sous l’étendard de Mattathias, se trouvaient tous les membres d’une association pieuse nommée les Assidééns, qui s’engageaient à verser leur sang pour la défense de la loi sacrée[6]. Une année à peine s’était écoulée depuis le début de
l’insurrection judaïque, lorsque Mattathias sentit sa fin approcher ; il
appela ses fils autour de lui et leur parla ainsi : Mes enfants, me voici arrivé au terme de ma vie ; écoutez
donc mes conseils ; je vous conjure de suivre fidèlement la voie que j’ai
suivie moi-même ; ayez sans cesse devant les yeux l’exemple que vous a donné
celui qui vous a engendrés et élevés. Observez pieusement les rites de vos
pères ; efforcez-vous de relever l’ancien état de votre république,
aujourd’hui compromise ; ne vous laissez pas détourner de la borine voie par
l’exemple de ceux qui trahissent la sainte cause de notre race, soit de leur
propre mouvement, soit sous l’aiguillon de la peur ; montrez-vous toujours
dignes de moi, c’est-à-dire, défenseurs ardents de la liberté, inébranlables
devant la violence et la misère ; soyez toujours prêts à mourir pour le
maintien de la loi, et soyez assurés que si Dieu volis voit tels que je vous
le dis ; il ne vous abandonnera, jamais ; bien plus il vous rendra au centuple
ce que vous avez perdu, et vous accordera la liberté entière de jouir en
toute sécurité des bienfaits que nos mœurs seules peuvent procurer à l’homme.
Certes le corps est périssable ; mais la mémoire des belles actions est
immortelle. Je veux que vous ayez l’émulation de cette noble immortalité, que
vous travailliez à conquérir la gloire ; dussiez-vous la payer de votre vie.
Ce que je vous recommande par-dessus tout, c’est la concorde et l’entière
subordination de chacun envers celui d’entre vous que Ce qui semble assez étrange, c’est la teneur du verset 68 du passage qui, dans les livres des Macchabées, rapporte le discours de Mattathias mourant à ses fils ; discours que nous venons de reproduire d’après Josèphe. Voici le texte de ce verset : Retribuite retributionem gentibus et intendite in præceptum legis. On s’explique difficilement en effet cette recommandation suprême de payer fidèlement le tribut aux gentils. Ayant ainsi parlé à ses fils, Mattathias les bénit ; puis il pria le Tout-Puissant de leur venir en aide, et de rendre à son peuple élu la liberté de vivre sous sa loi sainte ; peu après il rendit le dernier soupir. Ses fils déposèrent sa dépouillé mortelle à Modiim, dans leur sépulture de famille. Dès que les cérémonies du deuil public furent accomplies, Judas Macchabée prit la haute direction des affaires. (On était alors en l’an 146 de l’ère des Séleucides, 167 av. J.-C.) A partir de ce moment les frères de Judas et tous leurs partisans secondèrent de toutes, leurs forces leur jeune général, si bien que l’ennemi fut rejeté hors du pays, et que les Juifs apostats y furent partout mis à mort[8]. Voici comment. Judas et les siens s’y étaient pris pour se
créer une armée. Ils s’introduisaient furtivement dans les bourgades et les
forteresses de Avant d’aller plus loin, on nous permettra de dire quelques mots du surnom de Macchabée ou Macchabée que portait Judas, fils de Mattathias, et qui devint, concurremment avec la dénomination d’Asamonéens ou d’Asmonéens, le titre glorieux de la dynastie judaïque dont Judas fut la souche. L’origine de ce surnom a donné lieu à plusieurs interprétations, parmi lesquelles il est fort difficile de faire un choix. Nous nous contenterons donc de les enregistrer, sans prétendre, en aucune façon, imposer à autrui notre propre préférence. La plus naturelle de toutes ces interprétations est celle qui tirerait le surnom Macchabée du mot hébraïque בקם marteau, de telle sorte que Judas aurait reçu un surnom assez analogue à celui d’Attila qui fut, plusieurs siècles plus tard, appelé le fléau de Dieu, ou de Charles Martel, plus exactement nommé Karl le Martel, D’autres voient dans les lettres בקם les finales des trois noms des patriarches Abraham, Isaac et Jacob ; mais nous avouons qu’une pareille explication n’a rien qui nous séduise. La troisième enfin est la suivante : le verset 11 du chap. XV de l’Exode contient l’invocation suivante : תוחי
םילאב חבמב ים Qui
est comme toi parmi les dieux, ô Jéhovah ? Les initiales de ces quatre mots, יבבם, avaient été brodées sur les étendards de Judas, fils de Mattathias, et de là serait venu son nom de Macchabée. Cela nous paraît plus ingénieux que probant. Et si cela était vrai, comment expliquer ce même nom de Macchabée porté par l’aîné des sept fils de la pieuse femme qui mourut avec ses enfants dans les plus horribles supplices, par l’ordre d’Antiochus Épiphane[10] ? Tout bien considéré nous donnons la préférence à la première explication que nous venons d’enregistrer. Maintenant reprenons le récit des événements. Apollonius, préfet de Philippe qui commandait pour Antiochus à Jérusalem, effrayé de ce nouveau succès de Judas, écrivit à Ptolémée, chef de l’armée de Cœlésyrie et de Phénicie, pour l’informer de l’état, des choses et lui demander de prompts secours[12]. Josèphe ne mentionne pas le Ptolémée cité dans le IIe 1ivre des Macchabées, mais donne la même qualification de chef de l’armée de Cœlésyrie à Séron. Nous n’hésitons pas à en conclure que Ptolémée et Séron sont un seul et même personnage. Quoi qu’il en soit, Séron jugeant, à son tour qu’il était grand temps d’écraser la révolte, se mit en marche à la tête d’une armée considérable, dans les rangs de laquelle on comptait un grand nombre de juifs apostats ; rien ne l’arrêta dans sa marche, et il vint camper, près de Béthoron, bourgade de la Judée[13]. Judas enhardi par son premier succès contre Apollonius, n’avait pas hésité à courir au-devant de son adversaire. Malheureusement ce jour-là était un jour de jeûne, et les soldats du héros affaiblis par la faim, et il faut le dire, intimidés par le nombre de leurs ennemis, se montrèrent hésitants : Judas les harangua et s’efforça dé réveiller leur courage. Ce n’est pas la supériorité du nombre qui donne la victoire, leur dit-il, mais c’est bien plutôt la piété envers le Dieu tout-puissant : n’avez-vous pas, dans l’histoire de vos pères, de nombreux exemples de la facilité avec laquelle ceux qui combattent, avec le bon droit pour eux, en défendant leurs lois et leurs enfants, peuvent vaincre des myriades d’ennemis ? La plus grande des forces, c’est la vertu ! Ces paroles ranimèrent les soldats de Judas. Ils ne tinrent plus compte de la multitude, des Syriens et fondant bravement sur eux, ils les mirent en fuite. Séron étant tombé l’un des premiers ; tous les siens se débandèrent aussitôt, comme si tout espoir de victoire eût reposé sur la tête de leur chef. Les Juifs victorieux, poursuivirent les fuyards l’épée dans les reins, jusqu’à la plaine, et dans cette poursuite tuèrent huit cents hommes. Tout le reste s’enfuit vers la côte, dans le pays des Philistins[14]. Le roi Antiochus, en apprenant les deux échecs subis coup
sur coup par ses troupes, fut enflammé de colère. Violent et emporté comme il
l’était, il ne songea plus, dès ce moment, qu’à venger sans miséricorde le
double outrage qu’il venait de recevoir. Il réunit en toute hâte tout ce
qu’il avait de troupes disponibles, leva parmi les populations des îles de Il fallait payer d’avance la solde, d’une année de tout ce monde de soldats ; et lorsque cette dépense indispensable fut faite Antiochus vit avec douleur que son trésor était épuisé. Les tributs rentraient mal, à cause des insurrections multipliées qui déchiraient son empire ; lui-même était tellement prodigue, que ses sujets avaient un beau jour changé son surnom d’Επιφανής, illustre, en celui d’Επιμανής, fou[15]. Les caisses de l’État étaient donc vides, et il ne restait
plus au Roi qu’un moyen de les remplir de nouveau, pour assurer sa vengeance.
C’était de suspendre l’expédition contre Antiochus n’était pas homme à perdre du temps, lorsqu’une
fois il avait pris une résolution. Il plaça donc à la tête des affaires dont
il avait abandonné la direction, avec des pleins pouvoirs pour exercer, en
son absence, les actes de l’autorité royale, un certain Lysias, auquel il
délégua le gouvernement de tous les pays compris entre l’Euphrate d’une part,
les frontières d’Égypte et l’Asie inférieure, de l’autre. Il laissait sous
ses ordres la moitié de l’armée et des éléphants. Ce Lysias était en outré
chargé de surveiller avec le plus grand soin, pendant l’absence d’Épiphane,
l’éducation de son jeune fils Antiochus. Mais ce que Lysias avait l’ordre de
faire avant toute autre chose, c’était de ravager Lysias aussitôt investi dé l’autorité souveraine ; n’eut
rien de plus pressé que d’exécuter le mandat d’extermination qu’il avait reçu.
Il fit choix de Ptolémée, fils de Dorymène[17],
de Nicanor et de Gorgias, tous les trois personnages de la plus haute
dignité, et amis dévoués du Roi, pour diriger la guerre contre les Juifs. Il
leur donna 40.000 hommes d’infanterie, 7.000 de cavalerie, et à la tête de
cette imposante armée, il les lança sur Les Syriens s’étant avancés jusqu’à la ville d’Emmaüs[18] s’y retranchèrent dans la plaine (έν τή πεδινή). Là ils furent renforcés par des auxiliaires arrivant de Syrie ou des pays voisins, et par des Juifs transfuges. On voyait de plus au camp des Grecs, bon nombre de trafiquants accourus pour acheter les esclaves qui allaient bientôt être mis en vente ; entraves pour les empêcher de fuir, or et argent pour les payer, tout était prêt. Judas Macchabée s’établit de son côté à proximité du camp des Syriens, et s’empressa de rassurer par ses paroles ses soldats qu’intimidaient les retranchements du camp ennemi, et la multitude des hommes armés appelés à le défendre. Il les exhorta à prendre courage, à demander à Dieu, comme le faisaient leurs pères, sa toute-puissante assistance, à se couvrir de sacs, au lieu de leurs vêtements habituels, à prendre, en un mot, l’attitude de suppliants placés devant un immense péril, et à conjurer Jéhovah de les fortifier dans la lutte terrible qu’ils allaient soutenir pour la gloire de son nom. Cela fait, il distribua sa petite armée en corps de 1.000 hommes, subdivisés en pelotons, suivant l’habitude antique de la nation. Les chiliarques et les chefs de peloton furent placés à la tête de leurs hommes ; les nouveaux mariés et ceux qui avaient récemment acquis des propriétés, pouvaient se montrer tièdes et craintifs dans l’action, par suite d’un sentiment naturel à la faiblesse humaine : Judas les fit sortir des rangs et les renvoya ; puis il annonça à sa petite armée que le lendemain, au point du jour, ils marcheraient à l’ennemi[19]. Le Ier livre des Macchabées nous fournit ici quelques
détails assez intéressants. Lorsqu’il s’agit de marcher au combat contre. les
Syriens, les Juifs placés sous les ordres de Judas s’assemblèrent à Maspha, contra Jerusalem, quia locus orationis erat in Maspha[20]
; Jérusalem était alors déserte et personne, parmi les Juifs, n’osait plus y
entrer, parce que la citadelle était occupée par une garnison syrienne ;
arrivés là les insurgés jeûnèrent pendant tout un jour, se couvrirent de
cilices, jetèrent de la cendre sur leurs têtes, et déchirèrent leurs
vêtements, en priant avec ferveur. Lorsqu’ils eurent invoqué la protection
divine, les trompettes éclatèrent, et Judas organisa sa petite armée, en
nommant des chefs de mille hommes, des centurions, des pentacontarques et des
décurions. Il se débarrassa de tous ceux qui lui paraissaient ne pouvoir être
des combattants résolus, puis tous se mirent en marche ; ils allèrent camper
au Là, Judas leur adressa une dernière fois la parole : Ceignez-vous les reins, soyez forts, leur dit-il, et tenez-vous prêts pour demain matin ; car mieux vaut cent fois mourir les armes à la main, que de vivre dans l’opprobre ! Maintenant, que la volonté de Dieu soit faite ![21] Un chef d’armée, quelque peu expérimenté qu’il soit, a toujours des espions à son service. C’est l’a b c de l’art de la guerre. Il est indispensable, en effet, de savoir toujours de la manière la plus précise où se trouve l’ennemi, et quels mouvements il a opéré, on se prépare à opérer. Des déserteurs étaient venus, comme cela arrive presque toujours, informer les généraux grecs de la position où était établi le camp des Juifs. Surprendre ce camp pendant la nuit, était une idée qui devait naturellement venir à la pensée d’hommes de guerre, habitués de longue date à diriger des opérations militaires. Ils savaient à merveille le nombre des forces juives ; c’était une poignée d’hommes mal armés et inhabiles, à écraser. Rien ne devait être plus facile, parce que, sans doute, ils ne sauraient pas se garder convenablement. Gorgias fut chargé de cette expédition qui devait être plutôt une partie de plaisir qu’un engagement sérieux, pour de vrais soldats. Cinq mille hommes d’infanterie et mille de cavalerie étaient plus que suffisants pour mener l’affaire à bonne fin, et lorsque la nuit fut venue, tout le monde se mit en marche, guidé par les déserteurs mêmes dont les rapports avaient fait concevoir le projet d’attaque du camp de Judas. Heureusement celui-ci était aussi bien servi que ses adversaires. Le plan des Syriens une fois connu dans ses plus minces détails, le brave fils de Mattathias comprit qu’il y avait un grand profit à tirer des dispositions mêmes adoptées par l’ennemi. Celui-ci venait de diviser ses forces, et se croyait dans la plus profonde sécurité ; c’était bien le cas de lui jouer le même tour qu’il essayait de leur jouer à eux-mêmes. Judas fit donc prendre en hâte un repas à ses troupes ; puis de grands feux furent allumés dans toute l’étendue du camp qui fut aussitôt évacué en silence. Il fallait de toute nécessité éviter la rencontre du petit corps expéditionnaire de Gorgias ; aussi les Juifs se jetèrent-ils dans les gorges de la montagne, et se dirigèrent-ils par de longs détours, vers le camp syrien d’Emmaüs. Pendant ce temps-là Gorgias arrivait au camp des Juifs, et n’y trouvait personne, à son grand désappointement. Avec la présomption habituelle des Grecs, il en conclut que les Juifs frappés de terreur, en apprenant son approche, s’étaient enfuis et cachés dans les montagnes. Il prit donc immédiatement le parti de les y aller chercher. Au point du jour, Judas arrivait en vue du camp d’Emmaüs, à la tête de 3.000 hommes mal armés, à cause de leur pauvreté[22]. Du point où il s’était arrêté, on voyait les Syriens couverts de belles cuirasses, par-dessus les solides retranchements dont ils avaient entouré leur camp. — Fussiez-vous tout nus, cria Judas à ses compagnons, tombez vigoureusement sur ces infâmes, et Dieu fera certainement pour vous, cette fois encore, ce qu’il a fait jadis pour vos pères. — Il donna aux trompettes l’ordre de sonner la charge, et les Juifs se précipitèrent sur les Grecs que cette attaque imprévue glaça d’épouvante. Dans le camp le tumulte fut extrême ; d’où venaient ces ennemis qui tombaient du ciel, pendant que Gorgias exterminait l’armée de Judas ? Fatale question à laquelle on ne trouvait pas de réponse ? Tous ceux qui tentèrent de résister et de courir au devant des assaillants, tombèrent sous les épées des Juifs ; les survivants alors, ahuris par la peur, s’enfuirent dans toutes les directions. Ce fut un sauve-qui-peut général. On les poursuivit l’épée dans les reins jusqu’à Gezeron (Gadara, écrit Josèphe) du côté de l’Idumée, et jusqu’aux campagnes d’Azot et de Iamnia. 3.000 Grecs restèrent sur le carreau[23]. Après ce combat qui prit quelques heures, Judas se hâta de rallier ses soldats, et les empêcha de songer à dépouiller les vaincus. — Tout n’est pas fini, leur dit-il, vous allez avoir à combattre tout à l’heure Gorgias et son corps d’armée ; quand vous les aurez vaincus, il sera temps de songer au butin ; car alors nous n’aurons plus rien à craindre. — A peine Judas avait-il fini de parler, que Gorgias et les siens parurent sur la hauteur qui dominait le camp des Grecs, et là ils eurent un spectacle auquel ils étaient loin de s’attendre. Leur camp avait été livré aux flammes, la fumée qui en couvrait l’emplacement ne pouvait laisser de doute à cet égard, et l’armée puissante qu’ils y avaient laissée, avait disparu. Les soldats de Gorgias apercevant devant eux la petite armée de Judas qui les attendait de pied ferme, après avoir fait aux leurs tout le mal dont ils ne voyaient que trop bien l’étendue, furent à leur tour saisis d’une panique irrésistible, et prirent immédiatement la fuite. Dès qu’ils eurent disparu, le pillage commença et les Juifs s’emparèrent en toute sécurité d’un immense butin[24]. Lorsque la nouvelle de ce désastre parvint aux oreilles de
Lysias, il en fut humilié et irrité à la fois. Il n’était pas possible
d’accepter un semblable échec, sans essayer d’en tirer une revanche
éclatante. Il leva donc une armée de 60.000 fantassins d’élite et de 5.000
cavaliers, et, l’année suivante, il envahit Judas plein de confiance dans la bonté de la cause qu’il défendait, n’hésita pas à marcher au-devant de l’ennemi, à la tête d’une petite armée de 10.000 combattants. Avant d’en -venir aux mains, il implora, comme c’était son habitude, la protection du Très Haut ; puis il fondit sur les Grecs et les mit en déroute. Cette fois 5.000 hommes restèrent sur le carreau, et à la vue d’un pareil massacre, le reste de l’armée fut saisi d’une terreur folle et prit la fuite. Lysias lui-même voyant qu’il avait affaire à des hommes qui affrontaient gaiement la mort, et qui aimaient mieux périr, jusqu’au dernier, que de vivre sans la liberté, Lysias jugea qu’il était prudent de cesser de s’attaquer à de pareils désespérés, et que ce qu’il avait de mieux à faire, c’était de regagner Antioche. Une fois de retour dans la capitale du royaume, il se ravisa et ne songea plus qu’à lever une multitude de mercenaires, et à préparer de nouveau une expédition formidable contre la Judée[26]. Après tant de victoires éclatantes, remportées coup sur coup, Judas débarrassé de toute inquiétude prochaine, assembla le peuple et lui déclara que puisque Dieu lui avait accordé de si nombreux succès, il était temps de monter à Jérusalem, de purifier le temple et de rétablir les sacrifices accoutumés. Cette ouverture fut accueillie par des acclamations unanimes, et la multitude conduite par Judas pénétra dans Jérusalem. Elle trouva le temple désert ; toutes les portes étaient brûlées, et le hiéron encombré de broussailles qui, grâce à l’abandon des saints lieux, avaient spontanément poussé partout. A la vue de pareille désolation, Judas et tous ceux qui le suivaient éclatèrent en sanglots. Mais bientôt le héros eut retrouvé toute son énergie. Désignant parmi ses soldats un nombre suffisant d’hommes éprouvés, il leur ordonna d’aller combattre la garnison de la citadelle (τήν Άxραν)[27] pendant que, de son côté, il procéderait à la purification du temple. Lorsqu’il l’eut nettoyé avec un soin extrême, il fit apporter un nouveau mobilier, les candélabres, la table et l’autel, tout cela construit en or ; il fit suspendre aux portes de nouveaux voiles, et y plaça de nouveaux battants ; l’autel des holocaustes qui avait été souillé fut démoli, et on en construisit un nouveau, composé de pierres brutes que le fer n’avait pas touchées. Le 25 du mois de khaslew (que les Macédoniens nomment apellæus), le candélabre fut allumé, l’encens brûla sur l’autel, les pains furent placés sur la table, et les victimes furent immolées sur le nouvel autel des holocaustes. Ce jour de joie suprême pour les Juifs, était précisément le troisième anniversaire. de la profanation du temple de Jéhovah. Il était arrivé, en effet, que le temple était resté trois années entières dans la désolation que nous avons dite, depuis le jour où Antiochus l’avait profané. Ce fatal événement avait eu lieu en effet le 25 d’apellæus, en l’an 145 (168 av. J.-C.), dans la 153e olympiade ; et la restauration du culte judaïque fut célébrée le 25 d’apellæus, en l’an 148 (165 av. J.-C.), dans la 154e olympiade[28]. Il arriva de la sorte, ajoute Josèphe, que la désolation du temple s’accomplit ainsi que Daniel l’avait prédit ; 408 ans auparavant ; il annonça en effet qu’il serait ruiné par les Macédoniens[29]. Le Ier livre des Macchabées qui rapporte naturellement de son côté ces joyeux événements[30] s’exprime ainsi à propos de la sainte montagne du temple : 37. Et congregatus est omnis exercitus et ascenderunt in montem Sion. 38. Et viderunt sanctificationem desertam et altare profanatum, etc. De ce texte ressort un fait d’une extrême importance ; c’est que la montagne du temple portait le nom illustre de Sion, à tout le moins à l’époque où fut rédigé le livre des Macchabées. Au verset 38, il est dit encore que Judas, à son entrée dans le temple, trouva les Pastophories en ruinés. Qu’était-ce que ces Pastophories ? Josèphe ne nous en parle qu’une fois (Guerre, IV, IX, 12). Il nous raconte que Jean, maître du hiéron, et tenant tête à Simon qui occupait la ville, fit construire quatre grandes tours de défense, l’un à l’angle nord-est de l’enceinte sacrée ; un autre dominant le Xystus ; une troisième à l’angle placé en face de la ville basse ; et la quatrième enfin sur le sommet des Pastophories ; c’était de là, ajoute-t-il qu’un prêtre, suivant la coutume, annonçait à son de trompe le commencement de chaque septième jour, et la fin de ce jouir consacré au repos, au coucher du soleil suivant. Il semble résulter de là que les Pastophories devaient être placés à l’angle sud-est de l’enceinte sacrée. Aux versets 43 et 44, l’écrivain sacré dit que les pierres souillées furent jetées dans un lieu immonde, et que Judas tint conseil avec les plus illustres docteurs, pour savoir ce qu’il fallait faire de l’autel des holocaustes. Il fut décidé qu’il serait démoli, et que ses pierres seraient mises en dépôt dans un lieu propice, sur la montagne sainte, où elles resteraient jusqu’à ce qu’un prophète de Jéhovah vînt dire ce qu’il en fallait faire. Huit jours de suite furent consacrés au rétablissement des sacrifices dans le temple, et ce furent huit jours d’allégresse. Il fut décidé que chaque année, et à jamais, la nation juive célébrerait par une fête de huit jours, le souvenir glorieux de la purification du temple. Josèphe ajoute ici : Et depuis cette époque, jusqu’aujourd’hui, nous observons cette solennité commémorative que nous appelons les Lumières (Φώτα). Ce nom lui fut donné, à notre avis, parce que ce fut ce jour-là que brilla pour notre loi l’aurore d’une délivrance inespérée[31]. Mais il ne suffisait pas de songer au rétablissement du culte ; Judas prit donc toutes les mesures nécessaires pour la sécurité de Jérusalem. Les murailles d’enceinte furent réparées ; des tours élevées furent établies, pour résister aux invasions de l’ennemi, et des garnisons y furent installées. Enfin la ville de Bethsura fut fortifiée, pour qu’elle pût servir aux Juifs de place de refuge, au cas où des revers les mettraient dans la nécessité d’évacuer Jérusalem[32]. On pourrait croire que les tours élevées dont parle Josèphe étaient des ouvrages militaires placés hors de Jérusalem ; ce serait une erreur, car le texte du 1er livre des Macchabées est ainsi conçu : Et ædificaverunt in tempore illo montem Sion, et per circuitum muros altos et turres firmas, ne quando venirent gentes, conculcarent eum, sicut antea fecerunt ; et collocavit illic exercitum ut servarent eum, et muniuit eum ad custodiendam Bethsuram, ut haberet populus munitionem contra faciem Idumeæ[33]. Nous avons signalé tout à l’heure l’emploi du nom de Sion appliqué à la montagne de l’enceinte du temple, qui fut mise par Judas en état respectable de défense. Quant à Bethsura, il est dit que cette forteresse était destinée à faire face à l’Idumée ; cela convient parfaitement au Bordj-Sour moderne. Les nations voisines des Juifs, nations dont l’hostilité ne s’était jamais démentie, trouvèrent naturellement un nouvel élément de haine dans les succès de Judas, et dans la résurrection, s’il est permis de s’exprimer ainsi, d’une race abhorrée. Cette haine se manifesta bientôt par des actes de violence abominables. De tous les côtés on apprit à Jérusalem que beaucoup de Juifs, paisiblement établis au milieu des populations étrangères, avaient été massacrés ou réduits en servitude (165 av. J.-C.). Judas n’était pas homme à laisser impunis de pareils
attentats aux droits des gens. Il fit donc aux ennemis des Juifs une guerre
implacable, s’efforçant de les réprimer et de les habituer à respecter les
enfants d’Israël. Beaucoup d’Iduméens, descendants d’Ésaü, attaqués par lui
dans l’Acrabatène, furent taillés en pièces et dépouillés. Les fils de Baânas
qui avaient tendu des embûches aux Juifs, furent poursuivis, contraints de se
réfugier dans de petites forteresses que Judas assiégea et livra aux flammes,
en faisant périr leurs défenseurs. Macchabée envahit ensuite l’Ammonitide où
il se trouva en présence d’une forte armée commandée par Timothée. Elle fut
mise en fuite. La ville de Gazer[34]
fut prise d’assaut et brûlée ; puis Judas victorieux reprit le chemin de Dès que Judas eut reçu ces déplorables nouvelles, et que le peuple en fut instruit, convenit ecclesia magna, la grande synagogue s’assembla, pour aviser à ce qu’il était urgent de faire[37]. A ce moment donc la grande synagogue (חלודנח תםנב
ישנא) jouait déjà un rôle très
important dans Voici ce qui fut décidé par Judas et par le conseil de sa
nation : Siméon à la tête de 3.000 hommes d’élite fut envoyé au secours des
Galiléens. Judas, accompagné de son frère Jonathan, prit le commandement
d’une armée de 8.000 hommes, chargée d’opérer dans le pays de Galaad ; le
reste des troupes disponibles fut placé sous les ordres de Joseph fils de
Zacharias et d’Azarias, avec mission de protéger L’expédition de Siméon fut heureuse ; à peine en Galilée, il marcha droit à l’ennemi qu’il força d’évacuer le territoire ; après l’avoir mis en fuite, il le poursuivit jusqu’aux portes de Ptolémaïs, et lui tua environ 3.000 hommes. Il délivra les Juifs qui avaient été faits captifs, s’empara des bagages de l’ennemi, et rentra sans obstacle à Jérusalem, au milieu de l’allégresse générale[38]. De son côté Judas Macchabée et son frère Jonathan, après avoir franchi le Jourdain, s’avancèrent de trois journées de marche dans l’intérieur des terres, et rencontrèrent un corps de Nabatéens qui venait au-devant des Juifs, avec des intentions pacifiques. Les survenants leur racontèrent tout ce qui venait de se passer dans le pays de Galaad, c’est-à-dire les affreux malheurs qui avaient fondu sur leurs frères en ce pays. Ils prévinrent Judas qu’il n’avait pas de temps à perdre, s’il voulait sauver les victimes des gentils, mais que pour cela faire, il était urgent d’agir de ruse. Judas écouta ces avis, et continuant à s’avancer à travers le désert, put ainsi tomber inopinément sur la ville de Bosorra[39] qu’il enleva du premier coup. Tous les habitants mâles, en âge de porter les armes, furent,passés au fil de l’épée, et la ville elle-même fut livrée aux flammes. Le soir même Judas reprit sa marche, et profita des ténèbres de la nuit pour s’approcher de la forteresse dans laquelle les Juifs s’étaient enfermés, et dont Timothée avait commencé le siège. Au point du jour Judas arrivait devant la place menacée ; déjà l’ennemi était établi au pied des murailles ; les uns y appliquaient des échelles, les autres apportaient les machines nécessaires pour donner l’assaut. Le général juif avait,donc réussi à surprendre ses ennemis, au moment où ils s’y attendaient le moins. Exhorter ses soldats à jouer bravement leur vie pour le salut de leurs frères, partager sa troupe en trois colonnes d’attaque et faire sonner la charge, ce fut l’affaire d’un instant. Quand ils entendirent le son des trompettes et le cri dé guerre des Juifs, auxquels répondaient les clameurs des assiégés, les soldats de Timothée avaient déjà l’ennemi sur les épaules. — Voilà Macchabée, s’écrièrent-ils avec terreur, sauve qui peut ! et chacun de chercher son salut dans la fuite. Judas les poursuivit avec acharnement, l’épée dans les reins, et en tua 8.000 ; puis, faisant un détour, il fondit sur Mallès, ville des gentils, qu’il prit d’assaut et dont tous les habitants mâles furent égorgés. Cette fois encore la ville fut incendiée. De là Judas alla ruiner Chasphôma, Bosor et beaucoup d’autres places du pays de Galaad[40]. Timothée avait réussi à se tirer de ce mauvais pas ; avide de vengeance, il leva une nouvelle armée, enrôla des auxiliaires, et parvint à prix d’argent à entraîner à sa suite un certain nombre d’Arabes. Il vint prendre position au-delà du torrent qui coule en face de la ville de Raphôn. Il avertit ses soldats qu’il était urgent pour eux de bien défendre le passage de ce torrent, au cas où une bataille viendrait à s’engager avec les Juifs, parce qu’ils seraient infailliblement perdus, si l’ennemi parvenait à la franchir. Judas averti par ses espions des dispositions adoptées par Timothée, fit prendre les armes à tout son monde et marcha droit au torrent qu’il passa le premier. La résistance fut courte. Les plus braves des soldats de Timothée essayèrent de soutenir le choc ; ils furent tous tués ; excepté ceux qui, pris d’une terreur panique, jetèrent leurs armes et s’enfuirent. Ceux qui purent échapper ainsi au massacre coururent se réfugier dans le Téménos de Carnaïm[41], qu’ils regardaient comme un asile inviolable. Leur illusion fut bientôt dissipée ; Judas enleva la ville et le Téménos qui fut livré aux flammes, tous ceux qui s’y étaient réfugiés furent voués au supplice[42]. Après tant de hauts faits accomplis, Judas ramenant avec
lui tous les Juifs de Le Jourdain fut franchi par l’armée de Judas en face de
Bethsan[43],
que les Grecs nomment Scythopolis. De là la marche de Judas vers A la rentrée des troupes à Jérusalem, commencèrent les sacrifices d’actions de grâces, pour le succès des armes judaïques, et pour le bonheur incroyable des combattants ; car dans cette campagne pas un Juif n’avait perdu la vie[44]. Nous avons dit qu’en partant pour le pays de Galaad, Judas
avait confié la garde de Jérusalem à Josèphe, fils de Zacharias et à Azarias
; ceux-ci avaient l’ordre formel ne se tenir tranquillement sur la défensive.
Mais apprenant les succès de Siméon en Galilée, de Judas et de Jonathan dans Les fils de Mattathias ne cessaient de faire la guerre aux Iduméens, et de les serrer de près sur tous les points. Ils finirent par leur enlever la ville de Hébron, dont ils renversèrent les murailles et incendièrent les tours défensives. Ils étendirent ensuite leurs ravages jusqu’à Marissa, et de là ils revinrent sur Azot qu’ils prirent et mirent au pillage. Après cette heureuse expédition, ils rentrèrent en Judée, gorgés de butin[46]. Si nous en croyons le Ier livre des Macchabées (v. 66 et 67), Judas
parcourut également Pendant que tout ce que nous venons de dire se passait en Judée, et dans les contrées voisines, que devenait Antiochus Épiphane ? Nous allons le dire. Le roi de Syrie, en parcourant les provinces de par delà
l’Euphrate, entendit parler des richesses accumulées dans la ville de Persa
nommée Élymaïs. On vantait par-dessus
tout la splendeur de son temple de Diane, rempli dés plus riches offrandes.
On assurait aussi qu’on y voyait des armes magnifiques qu’y avait laissées
Alexandre, fils de Philippe, roi de Macédoine. Il n’en fallait pas tant pour
éveiller la convoitise d’Antiochus. Il courut à Élymaïs à la tête de son
armée, et commença le siège de la ville. Mais les défenseurs de la place
firent une telle résistance, qu’il ne put venir à bout de s’en emparer. Il se
vit obligé, non seulement de lever le siège, mais encore de fuir en toute
bâte devant l’armée des Perses, et de chercher un refuge à Babylone, où il
n’entra qu’après avoir perdu une grande partie de son armée. Il était tout entier
à la rage que lui causait ce cruel échec, lorsque pour surcroît de douleur,
il apprit les défaites multipliées des généraux qu’il avait chargés ale
réduire Telle est la version acceptée par Josèphe, et que nous retrouvons pour ainsi dire textuellement reproduite dans le premier livre des Macchabées. Nous lisons ensuite, dans les deux écrits, qu’avant de rendre le dernier soupir, Antiochus appela auprès de son lit de mort, Philippe, l’un de ses amis, et lui confia la régence de son vaste empire. Il lui donna le diadème, la robe et le sceau, et il le chargea de remettre ces insignes de la royauté à son fils Antiochus dont il surveillait l’éducation ; il lui recommanda par-dessus tout de s’efforcer de lui conserver la royauté. Antiochus Épiphane mourut de cette manière en l’an 149 de l’ère des Séleucides (164 avant J.-C.) près de Tabas, ville de Perse[48]. Nous ne savons trop en vérité comment concilier le récit que nous venons de reproduire, d’après le Ier livre des Macchabées et les Antiquités judaïques de Josèphe, avec ceux (car il y en a deux) que nous trouvons dans le IIe livre des Macchabées, et que nous ne pouvons évidemment passer sous silence ; d’autant plus que les deux semblent donner parfaitement raison à Polybe. Voici donc celle de ces deux versions qui n’est pas trop en désaccord avec celle que nous avons adoptée. Antiochus, battant honteusement en retraite, avait quitté Mais le Tout-Puissant qui voit tout, le frappa soudain d’un mal mystérieux et incurable. A peine avait-il fini de proférer ses menaces terribles contre Jérusalem, qu’il fut saisi de douleurs effroyables des viscères intérieurs. Loin d’abattre sa fureur, cet accident ne fit que l’exaspérer ; ivre de rage, il donna l’ordre d’accélérer encore l’allure de ses chevaux, et bientôt le char qui le portait ayant versé, il se brisa les membres dans une horrible chute, et cet homme qui se croyait l’égal des dieux, se vit réduit à faire transporter son corps mutilé dans une litière. Les vers s’emparèrent de ses chairs encore vivantes, et une si horrible puanteur s’en exhala, qu’il ne se trouva plus personne pour porter sa litière. De ce coup son orgueil fut abattu et il en vint à dire : Il est juste que l’homme soit soumis à Dieu, et que celui qui est mortel ne se croie pas l’égal de Dieu. Cet impie priait enfin et implorait une miséricorde qu’il ne devait pas obtenir, et cette cité sainte vers laquelle il courait pour la raser, et en faire le sépulcre d’une race entière anéantie, il voulait maintenant lui rendre la liberté ! Les Juifs qu’il ne jugeait pas dignes de la sépulture, dont il voulait laisser les cadavres en pâture aux oiseaux de proie et aux bêtes féroces, ces Juifs dont il voulait exterminer jusqu’aux petits enfants, voilà qu’il jurait de les faire les égaux des Athéniens ! et le temple qu’il avait pillé, il jurait de l’enrichir des dons les plus précieux ! Il l’ornerait de vases innombrables, et fournirait sur son trésor particulier tous les frais des sacrifices ! Bien plus encore, il se ferait juif lui-même, et il parcourrait l’univers entier pour proclamer la puissance du Dieu des Juifs ! Il était trop tard ; il était condamné sans appel ! Les douleurs qu’il endurait allaient sans cesse en s’aggravant, et dans son désespoir il écrivit aux Juifs la lettre suppliante que voici : Aux illustres citoyens
de Je vous prie donc de montrer publiquement, et chacun en particulier, que vous n’avez pas oublié nos bienfaits, et de vous comporter en fidèles sujets à mon égard et à celui de, mon fils. J’ai en effet la confiance qu’il se conduira avec modestie et humanité et que, suivant mes conseils, il vous témoignera toute bienveillance. Ainsi ce roi sanguinaire et blasphémateur, atteint d’un mal affreux, fut traité comme il avait traité les autres, et périt misérablement, loin de son pays, dans les montagnes. Philippe, l’ami d’enfance du Roi, rapporta à Antioche le corps de son maître ; mais craignant le fils d’Antiochus et Lysias, il s’enfuit en Égypte, auprès de Ptolémée Philométor[49]. Il n’est que trop manifeste que nous venons d’analyser une sorte de narration d’écolier ; mais que dire de ce que nous trouvons, touchant la mort d’Antiochus, au 1er chapitre du même livre ? Si un seul auteur avait écrit intégralement ce livre, y aurait-il l’ombre de possibilité de concilier deux récits aussi différents d’un seul et même fait ? Le lecteur en jugera. Voici donc ce que contient à ce sujet cet étrange 1er chapitre[50]. Délivrés de grands
périls par la protection de Dieu, nous lui rendons de magnifiques actions de
grâce, nous qui avons eu à combattre contré un pareil Roi ; car c’est lui qui
du fond de Nous le demandons à tout lecteur sans parti pris, ce récit, concordant avec celui de Polybe, peut-il concerner un autre Antiochus qu’Antiochus IV Épiphane ? N’est-il pas encadré entre des faits exclusivement relatifs au règne d’Antiochus Épiphane ? Frœlich[53] s’est vainement évertué à appliquer,ce récit bizarre à la mort d’Antiochus VII Sidètes-Évergète, arrivée vers l’an 427 avant J.-C. Nous verrons plus tard que cette explication n’est guère admissible. Ce qui du reste nous inspire une assez médiocre confiance dans les faits qu’énumère le 1er chapitre du livre des Macchabées, c’est-à-dire le début de la lettre des Juifs de Palestine aux Juifs d’Égypte, c’est le caractère si éminemment talmudique, c’est-à-dire si fortement imprégné de merveilleux, qui y règne d’un bout à l’autre. Ainsi, par exemple, je citerai le passage relatif au feu sacré que les prêtres, au moment de la translation des Juifs à Babylone, cachèrent au fond d’un puits à sec et très profond, qui se trouvait dans la vallée (le Bir-Eyoub, très probablement). Après de longues années et au retour de la captivité ; lorsque le temple et l’autel furent rétablis, et que Néhémie y célébra le premier sacrifice[54], les descendants des prêtres en question furent envoyés par Néhémie reprendre le feu sacré, à la place où leurs pères l’avaient mis, et ils ne trouvèrent que de l’eau trouble. Cette eau jetée sur le bois destiné à brûler la victime immolée, y mit le feu, dès que le soleil dégagé des nuages brilla sur l’autel. Ce n’est pas tout ; avec l’eau de reste, puisée par l’ordre de Néhémie, on lava les grosses pierres de l’autel qui prirent feu à leur tour ; mais la flamme qui brillait à leur surface s’éteignit et alla se concentrer avec celle du foyer sacré. Néhémie donna le nom de Nephthar, qui signifie purification, au lieu où cette eau miraculeuse avait été puisée, mais le plus grand nombre l’appelle Naphi[55]. — Ne semble-t-il pas qu’on vient de lire une page du Talmud ? Le chapitre II n’est pas moins entaché de cet étrange esprit de mysticisme ; ainsi, par exemple, il est longuement question du tabernacle et de l’arche d’alliance, que Jérémie ordonna de porter sur la montagne qu’avait gravie Moïse, pour voir de loin l’héritage promis par Dieu aux enfants d’Israël. Arrivé là, Jérémie trouva une caverne où il enferma le tabernacle, l’arche d’alliance et l’autel des encensements ; puis il obstrua l’entrée de la caverne. Quelques-uns de ceux qui avaient accompagné Néhémie voulurent retourner marquer l’endroit en question ; mais ils ne purent le reconnaître. Dès que Jérémie en fut instruit, il leur reprocha leur faute et leur dit : Ce lieu restera inconnu, jusqu’au moment où Dieu rassemblera de nouveau son peuple[56]. Mais en voilà assez sur ces légendes, qui sont du domaine exclusif du fantastique, et revenons à l’histoire. De quelque manière que soit mort Antiochus IV Épiphane (en 164 av. J.-C.), il avait régné onze années entières, et il laissait après lui deux fils : Antiochus Eupator et Alexandre Ier. Ce fut lui qui restaura la ville de Hamath sur l’Oronte, et lui donna le nom d’Épiphania. Dès que Lysias eut reçu la nouvelle de la mort d’Antiochus IV, il en informa le peuple et fit aussitôt proclamer Antiochus V, fils aîné du roi qui venait de périr, et auquel il donna le nom d’Eupator ; ce prince n’avait encore que neuf ans lorsqu’il reçut la couronne[57]. A cette époque, la citadelle de Jérusalem (c’est bien d’Akra qu’il s’agit ici ; Josèphe est fort explicite sur ce point) était encore occupée par une garnison de Syriens et de Juifs transfuges, qui faisaient subir des vexations continuelles à la population de la ville sainte. Ils allèrent jusqu’à tuer quelques hommes pieux qui montaient au Hiéron pour accomplir les devoirs du culte ; car Akra dominait le Hiéron (έπέxειτο γάρ τώ Ίερώ ή Άxρα). La mesure des méfaits de ces bandits était comble, et Judas se décida à en finir avec eux. Le peuple entier fut donc appelé aux armes ; et le siège d’Akfa fut poussé avec vigueur. Ceci se passait en l’an 150 de l’ère des Séleucides (163 ans av. J.-C.). Les machines de siège et les aggeres furent appliqués à la citadelle, qui devait bientôt succomber ; mais beaucoup des déserteurs juifs qui y étaient enfermés réussirent à s’évader de nuit et coururent invoquer la protection d’Antiochus, contre leurs compatriotes dont ils avaient tout à craindre, parce que, pour obéir aux ordres de son père, ils avaient abjuré le judaïsme et adopté la religion instituée par le Roi. Le danger était pressant ; Judas et ses partisans seraient bientôt maîtres de la citadelle que le Roi défunt avait fondée et de la garnison qu’il y avait établie. Un secours puissant et immédiat pouvait seul sauver l’une et l’autre. Ces paroles enflammèrent la colère du jeune enfant ; il ordonna à ses généraux de lever de suite des mercenaires, et d’enrôler tous ceux de ses sujets qui étaient en âge de porter les armes. Il eut bientôt ainsi une armée d’environ 100.000 fantassins, 20.000 cavaliers et 32 éléphants[58]. Au moment de son couronnement, Antiochus V avait confié la direction des affaires de l’État à Lysias, qui était le chef de l’armée de Syrie et de Phénicie. Ce fut ce personnage éminent qui fut nommé généralissime des troupes destinées à opérer contre les Juifs[59]. Il nous faut ici revenir un peu en arrière et raconter les événements qui précédèrent l’expédition de Lysias. Ptolémée Macer, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois,
était préfet de Il avait cependant fait tout. ce qui dépendait de lui pour amener la paix dans la province qu’il était chargé d’administrer. Ce fut de cette façon qu’il en fut récompensé. Une fois Ptolémée Macer mort, Gorgias qui était le
gouverneur militaire de De leur côté ceux des Juifs qui occupaient des places capables de résistance, s’empressaient d’accueillir dans leurs rangs leurs frères obligés de fuir de Jérusalem, et, avec leur aide, ils tentaient incessamment de petites expéditions contre les Syriens. Judas Macchabée opérait alors en Idumée, et ne tuait pas moins de 20.000 hommes à l’ennemi, en une foule de combats et d’assauts de ville[62]. Ce fut pendant cette campagne que se passa le fait suivant. Un parti d’ennemis s’était enfermé dans deux fortes tours faciles à défendre, et bien approvisionnées de vivres et de machines de guerre. Judas confia le siège de cette petite place à trois chefs nommés Joseph, Simon et Zachée. Pensant que les troupes que ceux-ci commandaient étaient bien suffisantes pour mener ce siège à bonne fin, Judas s’éloigna avec le reste de son armée, pour poursuivre l’ennemi. Les hommes placés sous les ordres de Simon se laissèrent alors corrompre à prix d’or, par les défenseurs des deux tours, et pour une somme de 7.000 didrachmes, ils leur permirent de se retirer sains et saufs. Dès que Judas eut vent de cette infamie, il revint en toute hâte sur ses pas, assembla un conseil de guerre, accusa les coupables d’avoir vendu leurs frères, en laissant échapper des ennemis, à l’aide d’un honteux marché. Les traîtres furent condamnés et exécutés sur l’heure, et incontinent Judas occupa les deux forteresses[63]. On se rappelle les graves échecs que Judas avait infligé,
dans Timothée prit la fuite et se réfugia à Gazara, place forte où commandait Chéréas. Il y fut poursuivi par les Juifs qui assiégèrent la ville pendant quatre jours. Ceux qui y étaient enfermés se croyant en sûreté, grâce à la solidité de leurs murailles, accablaient leurs adversaires d’injures et de malédictions. Mais lorsque le soleil se leva le cinquième jour, vingt des jeunes guerriers de Judas Macchabée parvinrent à escalader la muraille ; beaucoup d’autres les suivirent ; le feu fut mis aux tours et aux portes et leurs défenseurs furent ainsi brûlés vifs. Le sac de Gazara dura deux jours entiers. Timothée qui s’était caché fut découvert et mis à mort. Chéreas et Apollaphanes, chefs militaires de la ville, furent égorgés, et l’armée des Juifs célébra par des cantiques d’allégresse sa reconnaissance envers le Tout-Puissant[65]. Nous ne nous arrêterons pas à faire ressortir tout ce qu’il y a d’exagéré et de légendaire dans le 10e chapitre du IIe livre des Macchabées. Nous devons nous contenter de l’avoir fidèlement analysé. Revenons maintenant sûr le terrain un peu plus solide de l’histoire proprement dite, et voyons comment se termina l’expédition de Lysias et d’Antiochus V Eupator. L’armée syrienne gagna l’Idumée en suivant la côte, et, une fois arrivée là, elle aborda le pays montueux et vint mettre le siège devant Bethsoura. La garnison se montra pleine de résolution et de vaillance, et le siège traîna en longueur. Judas était occupé, en ce moment même, à activer le siège d’Akra ; dès qu’il apprit la venue de l’armée royale, il se retira de devant la citadelle de Jérusalem et courut à l’ennemi. Il vint camper aux défilés de Beth-Zacharia, situés à 70 stades seulement de l’ennemi[66]. Le roi Antiochus, ou mieux Lysias, averti de la présence de l’armée juive, jugea prudent de se retirer à son tour de devant Bethsoura, et d’aller attaquer le camp des Juifs. Nous avons dit qu’en avant de la position occupée par ceux-ci se trouvait un défilé. Au point du jour l’armée syrienne se développa en ligne de bataille ; mais le terrain ne permettant pas à cause de son étroitesse de déployer de front les éléphants royaux, l’ordre fut donné de les faire avancer en colonne par un. Chacun de ces puissants animaux était accompagné de mille fantassins et de 500 cavaliers, chargés de le protéger de tous les côtés. Sur le dos des éléphants étaient montées des tours élevées, du haut desquelles tiraient constamment des archers. Quant au reste de l’armée, le Roi lui fit gravir à droite et à gauche les hauteurs qui dominaient le défilé. Toutes ces dispositions prises, l’armée reçut l’ordre de jeter son cri de guerre, et de se mettre en mouvement. Les boucliers d’or et d’airain avaient été tirés de leurs étuis de peau, pour que leur surface jetât un éclat fulgurant. Voilà on en conviendra une pauvre précaution militaire ! Au cri de l’armée syrienne, les échos des montagnes voisines retentirent. Antiochus et Lysias avaient compté sur la terreur que leur seule présence jetterait parmi les Juifs : ils s’étaient trompés. Judas reçut bravement à la pointe de son épée, la tête de la colonne d’attaque, et 600 soldats d’Antiochus restèrent sur le carreau. Éléazar Aouran, frère de Judas, ayant aperçu, dans la mêlée, un éléphant plus haut que tous les autres, et couvert des harnais royaux, soupçonna que le roi était sur le dos de cet animal, et s’élança vers lui ; à grands coups d’épée, il se fraya un chemin à travers la foule des soldats qui entouraient l’éléphant, et se glissant sous son ventre, le perça de son glaive. Cette masse énorme s’affaissa et écrasa Éléazar. Voilà un acte d’héroïsme que l’on a grandement exalté, et qui en fin de compte n’était qu’une bravade inutile[67]. Il est évident qu’une perte de 600 hommes était insuffisante pour arrêter l’armée syrienne, et ce fut effectivement l’armée juive qui dut reculer. Judas avec ce qui lui restait de monde se retira dans la toparchie Gophnitique[68]. Le récit de cette bataille reparaît, mais singulièrement modifié, dans le IIe livre des Macchabées. Il est donc indispensable d’analyser cette nouvelle version ; la voici en substance. Peu après qu’eurent eu lieu les combats partiels dans lesquels furent dispersées les troupes de Timothée, de Chéreas et d’Apollophanès, Lysias, procurateur et parent du jeune Roi, irrité des échecs subis par les armés de son maître, rassembla une armée de 80.000 hommes, avec toute la cavalerie disponible, et marcha contre les Juifs. Il espérait s’emparer facilement de Jérusalem, que n’habiteraient plus que les Grecs, et trouver dans le temple une source de revenus, en le soumettant au régime de tous les sanctuaires du royaume, et en mettant chaque année le sacerdoce aux enchères. Pour obtenir ces beaux résultats, il comptait sur sa puissance armée et sur ses 80 éléphants[69]. Il pénétra sur le territoire juif, par Bethsoura, quæ erat in angusto loto, ab Jerosolima intervallo quinquestadiorum ; illud præsidium expugnabat. Il est manifeste que les faits sont ici outrageusement altérés. Bethsoura, le Bordj-Sour d’aujourd’hui, est sur une hauteur considérable ; et l’auteur confond évidemment ici Bethsoura, avec Beth-Zacharia. Les cinq stades de distance de Bethsoura à Jérusalem, fixés par ce texte, ne représentent pas un kilomètre ; et Bordj-Sour est à quatre ou cinq lieues de Jérusalem. Tout cela nous prouve que cette version du IIe livre des Macchabées n’a en réalité aucune valeur historique. Néanmoins reprenons ce livre et poursuivons : Dès que Macchabée et les siens connurent la prise de leur forteresse, ils implorèrent Dieu, en pleurant, et le supplièrent de leur envoyer un de ses anges pour sauver Israël. On le voit, ici la légende recommence à se faire jour. Judas Macchabée
exhorta ses soldats à le suivre au combat, et lorsqu’ils se mirent en marche,
en quittant Jérusalem, on vit distinctement à leur tête un cavalier vêtu de
blanc, couvert d’armes d’or et brandissant sa lance. C’était clairement
l’ange attendu ! A cette vue tous rendirent grâce à Dieu et reprirent
courage, tous se sentirent dès lors capables d’attaquer, non seulement des
hommes, mais encore les animaux les plus féroces, et de traverser des
murailles de fer. Pleins d’enthousiasme et de confiance, ils se ruèrent sur
l’armée ennemie à laquelle ils tuèrent 11.000 fantassins et 600 cavaliers.
Tous les survivants prirent la fuite, et beaucoup d’entre eux étaient
grièvement blessés. Lysias lui-même s’enfuit honteusement, et il comprit, à
partir de ce moment, que les Juifs étaient invincibles, puisqu’ils avaient
pour eux la protection du Tout-Puissant. Il leur envoya dire qu’il était
désormais prêt à leur accorder tout ce qui lui semblerait juste, et qu’il
ferait tous ses efforts pour leur concilier l’amitié du Roi. Judas Macchabée
s’empressa d’accepter ces offres inespérées et tout ce qu’il demanda à Lysias
fut immédiatement accordé par Antiochus. Voici la teneur de la réponse de
Lysias : Lysias au peuple Juif, salut ! Vos envoyés, Jean et Absalon, nous ont remis votre dépêche, nous priant de faire tout ce que vous nous demandiez. Tout ce qui pouvait être soumis au Roi, l’a été par moi, et il a gracieusement consenti à tout ce qui était admissible. — Si vous continuez à négocier avec bonne foi, je ne négligerai rien pour vous faire obtenir les avantages que vous désirez. Du reste j’ai chargé vos envoyés de vous transmettre de vive voix le résultat de notre entrevue. Portez-vous bien ! Le 24 du mois de Dioscorus, de l’an 148 (165 av. J.-C.). Si cette date est juste, ce qu’il y a tout lieu de croire, ces négociations ont suivi la première défaite de Lysias, rapportée au 1er livre des Macchabées (IV, v. 28 et suiv.), et qui précéda la purification du temple. Or en ce moment Antiochus IV Épiphane était encore vivant. On le voit tous les faits sont brouillés dans le 2e livre des Macchabées, et il est plus que difficile de les concilier avec les récits parallèles du 1er livre et de Josèphe. Il suffit de lire les chapitres III et IV de la 2e partie des Prolégomènes de Frœlich, à ses Annales des rois de Syrie, pour n’avoir pas la moindre envie d’essayer de débrouiller un pareil chaos. Nous nous bornerons donc à analyser les livres canoniques des Macchabées, sans tenter, pour les faire concorder, des efforts qui demeureraient sûrement stériles. Mais poursuivons. La lettre du Roi à Lysias était ainsi conçue : Le roi Antiochus à Lysias son frère, salut ! Maintenant que notre père est allé prendre rang parmi les dieux, nous voulons que nos sujets jouissent, de la tranquillité, et puissent s’occuper sans appréhension de leurs affaires. Nous avons appris que les Juifs n’avaient pas voulu adopter la religion des Grecs, ainsi que le désirait mon père, mais que, fidèles aux institutions de leurs aïeux, ils réclamaient de nous l’usage des droits qu’il était légitime de leur reconnaître. Voulant donc que cette nation fût tranquille aussi, nous avons décidé que le temple leur serait rendu, pour qu’ils y pussent célébrer en toute liberté le culte de leurs pères. Tu feras donc bien, si tu leur envoies des députés et si tu leur tends la main, afin que, sûrs de notre bienveillance royale, ils soient contents et s’occupent sans plus de crainte de leurs intérêts. De leur côté, les Juifs reçurent le rescrit royal suivant : Le roi Antiochus au Sénat des Juifs et à toute la nation juive, salut ! Si vous êtes bien, vous êtes comme nous voulons que vous soyez ; nous-même, nous sommes bien. Ménélas s’est présenté devant nous ; disant que vous vouliez venir trouver ceux de vos frères qui sont parmi nous. A tous ceux qui vivent avec nous, jusqu’au 30 du mois de Xanthicus, nous accordons sécurité entière. Qu’ils usent des mets juifs et de leurs lois, comme ils le faisaient autrefois, et que pas un d’eux ne soit inquiété pour des faits que l’ignorance seule a causés. Nous vous avons envoyé Ménélas pour vous faire connaître notre volonté. Portez-vous bien ! L’an 148, 1e 15 du mois de Xanthicus. La lettre de Lysias était du 24 Dioscorus 148 (Dioscorus est le premier mois de l’année macédonienne [octobre 165 av. J.-C.]). La lettre d’Antiochus V est du 15 Xanthicus de la même année macédonienne (mars 164 av. J.-C.). De leur côté, les représentants de l’autorité romaine en Syrie, écrivirent au peuple juif. Voici la teneur de leur lettre : Quintus Memmius et Titus Manilius, ambassadeurs des Romains, au peuple juif, salut ! Les concessions qui vous ont été faites par Lysias, parent du Roi, nous les ratifions. Quant à ce qui concerne les points sur lesquels il a dit au Roi qu’un rapport devait lui être fait, envoyez promptement un délégué, muni de pleins pouvoirs, après vous être concertés entre vous, afin que nous puissions discerner ce qui est dans votre intérêt. Nous sommes à Antioche ; hâtez-vous donc de nous écrire, pour nous faire connaître votre volonté. Portez-vous bien ! L’an 148, le 15 du mois de Xanthicus. La dépêche des envoyés romains est, on le voit, datée du même jour que celle du roi Antiochus. Maintenant revenons à Josèphe, qui vivait à une époque assez rapprochée des événements, pour que ses récits méritent une sérieuse attention. Aussitôt après la bataille dans laquelle périt Éléazar, frère de Macchabée, au défilé de Beth-Zacharia, Judas battit en retraite sur Jérusalem, et courut se préparer à défendre les murailles de la ville sainte. Antiochus, de sort côté, envoya une partie de son armée à Beth-Soura ; la garnison, intimidée par le nombre des assiégeants, et d’ailleurs privée de vivres qu’il n’était plus possible de faire arriver dans la place, capitula, et se rendit, sur la promesse formelle qu’elle aurait la vie sauve. Une fois maître de la ville, Antiochus se contenta d’en faire expulser les habitants nus et dépouillés de tous leurs biens, et il y établit une forte garnison. Cependant le siège du Hiéron de Jérusalem était commencé et poussé avec vigueur. Ceux qui s’y étaient enfermés faisaient la plus belle résistance, et opposaient sans cesse de nombreux moyens de défense aux moyens d’attaque imaginés par les ingénieurs d’Antiochus. Ce siège durait déjà depuis longtemps, lorsque les vivres commencèrent à faire défaut. Toutes les provisions accumulées dans le Hiéron, une fois consommées, il était pour ainsi dire impossible de les renouveler, parce que cette année-là était précisément une année sabbatique, c’est-à-dire pendant laquelle, suivant la loi juive, la terre se repose et n’a pas été ensemencée. Beaucoup des défenseurs du Hiéron s’enfuirent donc pour ne pas mourir de faim, et il n’y resta plus qu’une poignée de combattants[70]. Mais un fait imprévu vint les sauver. Le roi Antiochus et
Lysias apprirent inopinément que Philippe, auquel Antiochus Épiphane avait un
moment confié le gouvernement de ses États, pendant la minorité de son fils,
arrivait de Le Roi alors envoya des parlementaires à Judas et à ses fidèles soldats, pour leur offrir, avec la pais, la liberté de vivre sous l’empire exclusif des lois de leurs pères. Les Juifs accueillirent avec joie ces offres inespérées, et aussitôt que les serments eurent été échangés, ils évacuèrent le Hiéron[72]. Dès que, par suite de cette capitulation honorable, Antiochus eut mis le pied dans le Hiéron, la vue de cette admirable forteresse lui fit oublier le serment qu’il venait de prêter, et ce Roi parjure ordonna à ses soldats de démanteler l’enceinte dont une perfidie venait de le rendre maître. Lorsque cet ordre indigne fut exécuté, il retourna à Antioche, emmenant de force avec lui le pontife Onias qui n’était connu des Grecs que sous le nom de Ménélas. Voici pourquoi : Lysias avait donné au Roi le conseil de se débarrasser de ce misérable, s’il tenait à ce que les Juifs restassent tranquilles. Il ne devait concevoir aucun remords en commettant ce meurtre, puisque Ménélas avait été la cause de tous les malheurs arrivés en Judée, lorsqu’il avait poussé le Roi son père à forcer les Juifs à abjurer leur religion. Le Roi envoya donc Ménélas à Berœa[73] et le fit mettre à mort. Ce prêtre indigne avait exercé le souverain pontificat pendant dix ans. C’était un homme méchant et impie, qui, par ambition personnelle, avait résolu de contraindre la nation juive à se déshonorer par l’apostasie. Après le supplice de Ménélas, Alcime, dont le véritable nom était Iakim, fut élevé à la dignité de grand prêtre |