QUATRIÈME PARTIE. — LA RÉORGANISATION MILITAIRE DE L’EMPIRE. L’ENCEINTE DE ROME.
Texte numérisé par Marc Szwajcer
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PREMIÈRE PARTIE. — CARACTÈRE GÉNÉRAL DE L’ENCEINTE D’AURÉLIEN[1]. Dans la construction des diverses enceintes de Rome, les considérations topographiques et stratégiques l’ont toujours emporté sur les considérations administratives et politiques. Si l’on excepte la ville palatine, la Roma Quadrata, où les limites pomériales, en raison même du terrain, se confondaient avec le tracé de l’enceinte fortifiée, il n’y a jamais eu à Rome coïncidence parfaite entre les confins de l’Urbs proprement dite et la ligne des murs. Le fait, nous le verrons plus loin, se vérifie pour l’enceinte d’Aurélien : c’était déjà le cas pour la ville de Servius Tullius. La tradition attribuait à Servius une double mesure[2] : la création de l’Urbs aux quatre régions et la construction de l’enceinte. Les quatre régions comprenaient : le domaine de l’ancien Pomerium, le Palatin ; la Velia et la partie occidentale des diverses collines (Caelius, Oppius, Cispius, Viminal, Quirinal), qui convergent vers un même centre, le Forum : la limite se trouvait à l’endroit même où ces collines se détachent du plateau qui leur sert de base commune, vers l’Est. — La ville forte, limitée par le mur d’enceinte, était bien plus étendue : elle comprenait, au Sud, toute la partie septentrionale de l’Aventin ; à l’Est, de la porte Esquilina, à la porte Salutaris, sur une longueur de 1.500 mètres, elle débordait l’Urbs, de 300 à 500 mètres en moyenne ; au Nord, enfin, elle englobait le Capitole, resté en dehors des quatre régions. Les raisons de cette divergence entre la ville administrative proprement dite et l’Oppidum limité par le mur d’enceinte, étaient essentiellement stratégiques et militaires ; partout où la ville aux quatre régions présentait des points faibles, — et ces points étaient nombreux, — Servius avait reculé les limites jusqu’aux crêtes extérieures les plus voisines. Au Sud, la vallée du Circus Maximus, dont l’altitude varie de 17 mètres (Viale di Porta San Paolo) à 23 mètres (Vicolo degli Ebrei) et qui est dominée par l’Aventin (altitude maxima : 46 mètres à San Alessio), n’était pas défendable ; la limite fut reportée plus au Sud, de manière à englober une grande partie de l’Aventin : de ce côté, la ville atteignait sa limite naturelle. — Au Nord, le Forum Boarium, la vallée du Forum et le Capitole restaient en dehors des quatre régions : Servius rattacha le Capitole à la défense de la ville. — Vers l’Est, le problème était plus difficile à résoudre ; il n’y avait de ce côté aucune limite qui s’imposât. Le vaste plateau, qui projette au Sud-Ouest, le Quirinal, le Viminal, les deux crêtes de l’Esquilin et le Caelius, s’étend, au Nord et à l’Est, jusqu’à l’Anio et son affluent de gauche, la Marranella, désignée sous les noms de Fosso della Pedica di Ponte di Norio et de Fosso di Pie-tralatella. Le mur de la ville devant, par la conformation même du terrain, couper ce plateau dans sa partie médiane, il fallait qu’il le fit dans les conditions les plus favorables. Or la limite orientale des régions Esquilina et Collina se maintenait à une hauteur moyenne de 41 à 54 mètres (altitudes actuelles : 48 mètres sur le Quirinal, Via Firenze ; 44, dans la vallée entre le Quirinal et le Viminal, Via délie Quattro Fontane ; 45, sur le Viminal, Via Agost. Depretis ; 41,60, dans la vallée entre Viminal et Cispius, Via d’Azeglio ; 48 à 54, sur le Cispius). Il y avait un double avantage à reporter l’enceinte en avant : d’une part, vers le Nord, on profitait sur 600 mètres de plus, de l’escarpement du Quirinal (52 mètres à la porte Salutaris, 61 à la porte Collina) ; d’autre part, de la porte Collina à la porte Esquilina. on rencontrait une crête qui so maintient à une hauteur moyenne de 50 à 61 mètres (altitudes actuelles : 50 mètres à la porte Esquilina ; 54 mètres via Napoleone III ; 56, via Principe-Umberto ; 58, porte Viminalis, et 61, porte Collina]. De tous les côtés, la ville fortifiée par Servais atteignait donc, autant que la chose était possible, ses limites naturelles ; à l’Ouest, la limite était formée par le Tibre. Le Janicule était fortifié, mais non rattaché directement à la défense de la ville. L’enceinte de Servais englobait toute la ville pomériale et la débordait sur trois points, au Nord, à l’Est et au Sud ; il y avait au Nord vers le Forum Hoarium et le Capitole, a l’Est sur le Quirinal et l’Esquilin, et surtout au Sud, sur l’Aventin, trois régions à la fois extrapomériales et intramurales, qui permettaient à la ville de s’étendre sans dépasser le cercle de ses limites naturelles. A la suite de l’invasion gauloise, le mur de Servius fut restauré[3] ; cent soixante-dix ans plus tard, au cours de la seconde guerre punique[4], ce fut encore lui qui arrêta Hannibal. Après la chute de Carthage, l’ancienne enceinte devint de moins en moins indispensable. Rome, cité isolée, combattue parles cités voisines, menacée jusque sur son propre territoire par les Samnites et les Etrusques, devait être fortifiée contre une attaque toujours possible. Dès qu’elle eut constitué la grande confédération Italienne, rendue définitive par la défaite d’Hannibal et la chute de Carthage, le système défensif subit une transformation complète. La ville conserva ses vieilles murailles, mais la défense fut portée aux frontières géographiques de l’Italie, le Pô et les Alpes. La conquête de l’Italie fut le signal d’une évolution décisive dont Strabon (V, 3, 7) a bien saisi toute la portée : Dans le principe, dit-il, alors que les Romains voyaient aux mains d’autrui, les spacieuses et fertiles campagnes qui entourent leur ville (d’ailleurs si exposée et si difficilement défendable), ils purent croire que l’emplacement qui leur était échu serait un obstacle éternel à leur prospérité. Mais quand leurs conquêtes et leurs travaux les eurent rendus maîtres de tout le pays avoisinant, ils virent affluer chez eux et avec une abondance inconnue à la ville la plus heureusement située, tout ce qui fait le bien-être et la richesse d’une cité. A mesure que Rome étendait son empire en Italie, ses fortifications devinrent de moins en moins utiles ; mais cette conquête fut lente et les limites de l’Italie vers le Nord, le Pô d’abord, les Alpes ensuite, ne furent atteintes qu’assez tard. A la fin du IIIe siècle avant Jésus-Christ, le territoire soumis à Rome, ne dépassait pas, au Nord, l’Arno et l’Apennin. La vallée du Pô fut une première fois conquise entre la première et la seconde guerres puniques : le Sénat avait compris que, pour mettre Rome à l’abri de toute attaque, il fallait lui assurer le rempart, sinon des montagnes, du moins d’un grand fleuve. L’invasion d’Hannibal, jointe à l’insurrection générale des Gaulois Cisalpins, vint tout remettre en question. Après Zama, Rome reconquit le terrain perdu ; de 200 à 163, la Cisalpine fut définitivement soumise. Les frontières de la République furent portées aux Alpes ; toutefois, les vallées alpestres ne devaient être réduites que sous Auguste. Rome n’ayant plus d’ennemis en Italie, il lui suffisait de faire bonne garde sur sa frontière septentrionale et de fermer l’accès de l’Italie aux barbares du Nord. L’ancienne enceinte ne fut cependant pas abattue ; officiellement, Rome resta une ville forte. Après la campagne d’Hannibal, le mur de Servius fut une fois encore réparé. En 672/82, au moment de la rivalité entre Marius et Sylla, quand les Samnites marchèrent sur Rome, l’Agger fut mis en état de défense[5] ; en 193 après Jésus-Christ, à l’approche de Septime Sévère, l’empereur Didius Julianus en fera réparer les tours[6]. Mais la ville, poursuivant son développement normal, avait fini par franchir le cercle étroit que formaient autour d’elle ses fortifications. Au temps d’Auguste, l’enceinte était en grande partie démantelée, et, sur bien des points, on ne pouvait plus en suivre la trace[7] ; des maisons avaient été construites sur le chemin de ronde intérieur primitivement laissé libre pour la commodité de la défense. Mécène combla une partie du fossé qui précédait l’Agger, et, sur cet emplacement, établit ses jardins. La nouvelle ville, officiellement créée par Auguste, l’Urbs XIV Regionum débordait, comme nous le verrons plus loin, les anciennes murailles sur tout leur périmètre. La discordance déjà notée, à l’époque royale entre l’Urbs proprement dite et la ville fortifiée, se retrouve à l’époque d’Auguste, mais cette fois la proportion est renversée. La ville fortifiée passe au second plan et la nouvelle Rome, qui n’a plus à tenir compte des nécessités de la défense, s’étend librement au dehors. Au moment même où se constituait la ville aux XIV régions, les vallées alpestres étaient conquises et bientôt, par l’annexion de la Rhétie et du Norique, la défense de l’Italie, sur la frontière du Nord, allait être portée au Danube. L’Italie soumise et en grande partie romanisée, Rome n’avait plus à redouter que les invasions des peuplades germaniques. Elle savait que contre elles, le véritable rempart était, non l’enceinte de la ville, mais la double barrière du Danube et îles Alpes. Aussi s’explique-t-on l’affolement, qui se manifesta, à plusieurs reprises, lorsque les barbares réussirent à franchir cette frontière. Il y eut des paniques comme on n’en avait point connues, même au temps d’Hannibal. C’est qu’alors Rome était entourée d’un réseau de colonies fortement défendues et que, ces colonies enlevées, il lui restait l’enceinte encore intacte de ses murailles. Désormais il n’en était plus ainsi ; les frontières naturelles de l’Italie une fois débordées, la péninsule et Rome étaient à la merci d’un coup de main. En 101, ce sont les Cimbres qui franchissent les Alpes par le Tyrol, mais ils sont écrasés à Verceil avant d’avoir pu traverser le Pô. Sous Auguste, en 6 après Jésus-Christ, nouvelle alerte ; au moment où Tibère va marcher contre Marbod et les Marcomans, les Pannoniens et les Dalmates se soulèvent sur ses derrières[8]. L’alarme est vive à Rome ; l’empereur prescrit des levées, enrôle jusqu’aux esclaves et déclare au Sénat que l’ennemi peut être dans dix jours en vue de la ville[9]. Heureusement, les places de Nauporte et de Sirmium résistèrent, et Tibère put réprimer la révolte avant qu’elle n’eût menacé directement la capitale. Le péril se renouvela pour la troisième fois en 165, sous Marc-Aurèle ; les Marcomans et les Quades franchirent le Danube et envahirent la Pannonie[10]. Aquilée, le boulevard de l’Italie vers le Nord-Est, fut assiégée. A Rome, Marc-Aurèle dut enrôler les gladiateurs. Il fallut dix années de luttes, pour que l’invasion fût définitivement repoussée. Ces alertes successives apprirent a Rome que la frontière de l’Italie n’était pas invulnérable. On peut croire — nous ne possédons sur ce point aucun texte — qu’il fut question, à plusieurs reprises, de construire une nouvelle enceinte. Mais, le péril passé, on n’y pensa plus. Tout devait changer au IIP siècle. Les invasions, qui dévastèrent les provinces et déterminèrent, comme nous l’avons vu plus haut, la construction des enceintes de villes, n’épargnèrent pas l’Italie. En 259-260, sous Gallien, les Alamans ravagèrent toute la Cisalpine et arrivèrent jusqu’à Ravenne. Gallien était absent. L’alarme fut grande à Rome. Le Sénat prescrivit des levées À la hâte et mit Rome en état de défense. L’empereur eut le temps de revenir ; il écrasa les envahisseurs près de Milan[11]. En 268, les Alamans pénétrèrent jusque dans la vallée du Pô. Claude les écrasa au lac de Garde[12]. En 270-271, les Juthunges envahirent deux fois l’Italie ; nous avons parlé plus haut[13] de ces invasions dont la seconde mit un moment Rome en danger. Cette fois la leçon ne fut pas perdue : Aurélien, à la suite des alertes répétées de 259-260, 268 et 270, songea à protéger Rome par la construction d’une nouvelle enceinte. Il était pénible d’avouer que la capitale de l’Empire n’était pas à l’abri d’un coup de main, mais la nécessité était pressante, et, quoi qu’il pût en coûter à l’orgueil romain, Aurélien dut suivre les conseils de la prudence : Cum videret posse fieri, dit la Vita Aureliani (21, 9), ut aliqid tale quale sub Gallieno evenerat, proveniret, adhibito consilio Senatus, muros Urbis Romæ dilatavit ; cf. AUREL. VICTOR (35, 7) : Ne unquam quæ per Gallienum evenerant acciderent, muris urbem quam validissimis laxiore ambitu cirumsepsit. C’est à son retour à Rome, après les victoires de Fanum Fortunée et de Pavie, au début de 271, qu’Aurélien entreprit la construction de la nouvelle enceinte[14]. Avant de marcher contre Zénobie et Tetricus, pour rétablir l’unité impériale, il voulait mettre Rome en état de résister à une invasion. L’enceinte ne devait être terminée que sous Probus (276-282)[15], mais il est vraisemblable qu’à la fin de 271, au moment ou Aurélien partit pour la première campagne d’Orient, les travaux étaient déjà assez avancés pour que Rome n’eût plus rien à craindre des barbares. Sur les conditions dans lesquelles fut entreprise et poursuivie la construction de l’enceinte, les textes anciens nous apprennent fort peu de chose. Le biographe d’Aurélien dit que l’empereur prit conseil du Sénat : Adhibito consilio Senatus[16]. L’intervention du Sénat se justifie par divers motifs. Aurélien qui allait quitter Rome pour longtemps (il ne devait y revenir qu’au début de 274), allait nécessairement abandonner l’Italie à la garde du Sénat. Il était donc intéressé à ménager le Sénat, pour que celui-ci ne lui créât pas de difficultés pendant la durée de la campagne d’Orient. D’ailleurs en 259-260, lors de l’invasion des Alamans sous Gallien, c’est le Sénat qui, en l’absence de l’empereur, avait levé une armée et pourvu à la défense de l’Italie[17]. Le Sénat exerçait, à Rome, d’importantes prérogatives municipales : la construction du nouveau mur d’enceinte l’intéressait à un double point de vue : 1° Au point de vue financier. — Le Sénat disposait de l’ancien Ærarium Saturni. Ce trésor, depuis le début du IIIe siècle, n’était plus guère qu’une caisse municipale centralisant les revenus de la ville de Rome[18]. La gestion des finances municipales relevant du Sénat, une entreprise à laquelle la ville de Rome était appelée à contribuer pécuniairement, ne pouvait être décidée sans son intervention. 2° Le Sénat possédait un Droit de surveillance sur le domaine public à Rome et sur les édifices urbains[19] : l’entretien de ces édifices était à la charge de la caisse municipale. C’est sous la surveillance du Sénat et de ses délégués qu’avaient lieu, au IVe siècle, les prestations destinées à l’entretien des murs, des portes et des constructions urbaines en général. Au temps du royaume ostrogoth, le Sénat était encore chargé d’entretenir le mur d’enceinte, les bâtiments publics, les égouts[20], etc. Or certaines parties de la nouvelle enceinte devaient être construites sur des terrains appartenant au domaine public (Horti Cæsaris, quais du Tibre) et un grand nombre d’édifices publics (Castra PraHoria, aqueducs de la Marcia, Tepula, Julia et de la Claudia[21], Amphithéâtre Castrense, etc.) devaient être encastrés dans la nouvelle fortification. Il était donc indispensable qu’Aurélien soumit son projet au Sénat. Sur l’exécution même du travail, les textes ne donnent aucun renseignement[22]. Les seules indications que nous possédions sont fournies par l’étude du tracé et de la construction. DEUXIÈME PARTIE. — LE TRACÉ. Le tracé[23] du mur d’Aurélien résulte de la combinaison de trois éléments : 1° L’étendue de la ville à couvrir. —L’enceinte devait assurer à la ville, telle qu’elle existait en 271, le maximum de protection et enclore la plus grande partie possible du territoire urbain ; 2° Les considérations stratégiques fondées sur l’étude du terrain. — Il fallait déterminer le tracé conformément aux nécessiteuses de la défense ; 3° Vue raison d’opportunité. — Il y avait intérêt à se hâter et il pousser rapidement les travaux. Pour gagner du temps, Aurélien utilisa un certain nombre d’édifices antérieurs ; pour diminuer les frais d’expropriation, il construisit, dans la plus large mesure possible, la nouvelle enceinte, sur des terrains, appartenant soit au domaine public, soit au patrimoine impérial. Il importe d’analyser, en détail, chacun de ces éléments et d’évaluer dans quelle mesure chacun d’eux a influé sur le choix du tracé final. I — LA VILLE A COUVRIR.Depuis longtemps, Rome avait débordé le cercle étroit du mur de Servius. Hors des portes s’étaient formés, notamment au Champ de Mars et dans la région transtibérine, des faubourgs considérables qui furent annexés à la ville par Auguste. La ville, au sens administratif du mot, cessa d’être la ville de Servius : ce fut dès lors l’Urbs XIV Regionum, dont nous aurons plus loin à déterminer l’extension. — Mais l’ancienne Urbs de l’époque républicaine, la ville pomériale au sens religieux du mot, continua à subsister, et, malgré les agrandissements dont elle fut l’objet à diverses époques, jamais ses limites ne coïncidèrent avec celles de la ville aux XIV régions. En 271, au moment où il entreprit la construction de la nouvelle enceinte, Aurélien se trouvait en présence de deux limites : 1° La limite pomériale ; 2° La limite administrative, qui était en même temps celle de l’octroi : finis vectigali foriculari et ansari promercalium exigundo, — limite entre la ville et les faubourgs (continentia) qui s’étendent au dehors. Il importe, avant tout, de déterminer le périmètre du Pomerium et des XIV régions. 1° La ville pomériale. — Selon Valerius Messala, qui écrivait au temps de César, les limites du Pomerium[24] au dernier siècle de la République, étaient les suivantes[25] : On a demandé et on demande même encore pourquoi, tandis que, de nos sept collines, six font partie du Pomerium, l’Aventin si voisin et si peuplé reste en dehors ? Pourquoi, ni le roi Servius Tullius, ni Sylla qui ambitionna la gloire d’étendre le Pomerium, ni César, lorsqu’il l’étendit, n’ont enfermé cette colline dans la ville proprement dite. Messala explique ce fait par diverses raisons, etc. Les indications données sur l’extension du Pomerium se rapportent évidemment à l’époque de Valerius Messala et non à celle d’Aulu-Gelle, qui écrivait au IIe siècle après Jésus-Christ, sous Hadrien et Antonin. La liste des sept collines[26], à la fin de la République, comprenait le Palatin, le Caelius, l’Esquilin, le Viminal, le Quirinal, le Capitole et l’Aventin. A ce moment, sauf l’Aventin, tout le territoire urbain était pomérial. Survint la création de l’Urbs XIV Regionum par Auguste. Le Pomerium ne fut pas modifié jusqu’au règne de Claude[27]. Claude, durant sa censure en 47, procéda à une nouvelle délimitation du Pomerium[28]. Il y fit entrer l’Aventin[29] et, en outre, la plaine riveraine du Tibre, où se trouvaient l’Emporium et les principaux Horrea. Un cippe relatif à la nouvelle délimitation du Pomerium par Claude, a été découvert en 1885 au Sud du Testaccio, à 80 mètres au Nord de l’enceinte d’Aurélien. Ce cippe, trouvé en place (l’inscription était tournée vers la ville) était le VIIP de la série des cippes de Claude[30]. Un autre cippe de Claude a été trouvé au voisinage de la porte Metrovia ; mais il avait été déplacé[31]. Il portait le chiffre XXXV ou XV (cette dernière version, étant donnée la numérotation du cippe précédent et la faible distance, environ 2 kilomètres en ligne droite, qui sépare les deux lieux de trouvaille, parait préférable). La présence de ces deux cippes prouve que Claude étendit le Pomerium, au Sud de la ville : a) Dans la région du Testaccio, jusqu’au voisinage de l’enceinte actuelle ; b) Sur le Caelius, jusqu’au voisinage de la porte Metrovia. L’extension porta aussi sur la partie septentrionale de la ville, vers le Champ de Mars et la Collis Hortorum (Pincio). Deux cippes de Claude ont été retrouvés dans cette région : 1° L’un en 1509, prope ædem Divæ Luciæ, sur la rive gauche du Tibre, non loin du fleuve[32]. La présence de ce cippe montre que toute la partie du Champ de Mars, comprise entre le lieu de trouvaille et le Capitole, a été annexée au Pomerium sous Claude ; 2° L’autre, en 1738, in Vinea Nari fuori Porta Salaria[33]. Probablement, il n’était pas en place. En tout cas, cette trouvaille indique que le Pomerium a été étendu par Claude, au nord de l’enceinte de Servais, jusque dans la région de la porte Salaria. Il est question ensuite d’un agrandissement du Pomerium, sous Néron[34]. Mais on ne possède sur ce point aucun renseignement précis, et l’on n’a trouvé aucun cippe relatif à cette délimitation. Une nouvelle extension eut lieu en 73, pendant la censure de Vespasien. Trois cippes s’y rapportent : 1° L’un, le XLVIIe de la série, a été découvert une première fois en 1856 et une seconde fois en 1880, au Sud-Ouest du Testaccio[35], immédiatement au Nord du mur d’Aurélien. 2° Le second a été trouvé au XVIe siècle à 50 mètres environ fuori porta Pinciana. Il portait le chiffre XXXI[36]. Il est donc démontré qu’à l’époque de Vespasien, soit que cet agrandissement fût son œuvre, soit qu’il remontât au règne de Claude, la ligne du Pomerium débordait considérablement de ce coté le mur de Servius, et s’avançait jusqu’au revers septentrional du Pincio. 3° Le troisième a été découvert, en 1899, dans la région transtibérine, au cours des travaux de l’église Sainte-Cécile[37]. Il n’était pas en place, mais devait être fort peu éloigné de son emplacement primitif. Enfin, une autre extension, la dernière qui soit mentionnée avant la construction du mur d’Aurélien, eut lieu sous Trajan[38]. Aucun cippe de Trajan n’a été retrouvé ; mais on possède trois cippes d’Hadrien qui a fait procéder, sans modifications, à une nouvelle délimitation du Pomerium de Trajan. Deux d’entre eux ont été trouvés au Champ de Mars, l’un, le V de la série[39], au Sud-Est du cippe de Claude précédemment cité, l’autre, au Sud-Est du Panthéon, près de l’église San Stefano del Cacco[40]. Le lieu de trouvaille du troisième est inconnu[41]. La délimitation du Pomerium de Trajan et Hadrien étant la dernière en date, et aucun agrandissement n’ayant eu lieu d’Hadrien à Aurélien, on peut, grâce aux données précédentes, fixer quelques points de repère, qui jalonnent, pour ainsi dire, le périmètre minimum du Pomerium, à la date de 271. I. Au SUD. — Du Tibre à la porte Metrovia d’Aurélien, la limite de la zone pomériale est déterminée par les cippes n° VIII de Claude, n° XLVII de Vespasien et n° XV (XXXV ?) de Claude. Il est certain que du fleuve à l’angle Nord-Ouest des Thermes de Caracalla, la ligne du Pomerium se confondait à peu près avec la ligne actuelle de l’enceinte. — Sur le tracé entre les Thermes de Caracalla et la porte Metrovia, on ne possède aucune donnée précise. — Enfin, a l’Est de ce point, le Pomerium s’étendait jusqu’au voisinage de la porte Metrovia. II. Au NORD. —1° De la Porte Salaria d’Aurélien aux Horti Aciliorum (extrémité Nord-Ouest du Pincio). — La présence des deux cippes de Claude (in Vinea Nari) et de Vespasien n° XXXI, prouve que le Pomerium suivait une ligne peut-être extérieure à l’enceinte, mais qui, en tout cas, n’était pas intérieure. 2° Au Champ de Mars, grâce aux deux cippes d’Hadrien, on peut tracer avec certitude la limite pomériale, telle qu’elle existait encore en 271. — Cette ligne quittait le fleuve, vraisemblablement au voisinage du Pont Neronianus, s’infléchissait vers le Sud (cippe n° V de Claude) et décrivait ensuite une grande courbe (les deux cippes d’Hadrien), dont la concavité était tournée vers le Nord, laissant en dehors le Stade de Domitien, les Thermes d’Agrippa et le Panthéon. Elle rejoignait la section délimitée précédemment au voisinage de la porte Pinciana (cippe de Vespasien n° XXXI). Au IIIe siècle, la plus grande partie du Champ de Mars était encore territoire extra pomérial. III. A L’OUEST. — La partie centrale de la région transtibérine faisait partie du Pomerium (cippe de Vespasien trouvé à Sainte-Cécile). Il existe dans ce tracé bien des lacunes : la ligne pomériale n’est déterminée ni au Sud entre les Thermes de Caracalla et la porte Metrovia, ni à l’Est entre les portes Metrovia et Salaria. L’étude de la répartition des sépultures permet, dans une large mesure, de compléter les données précédentes. Il était interdit d’inhumer à l’intérieur du Pomerium. Cette stipulation se trouve déjà dans la Loi des XII Tables : Hominem mortuum in urbe sepelito neve urito[42]. — In urbe sepeliri lex vetat[43], dit Cicéron. Cf. deux inscriptions découvertes le long de l’Agger, l’une en 1875, sur l’Esquilin[44], au voisinage de l’Arc de Gallien, interdisant l’établissement d’Ustrina dans une certaine zone limitrophe de la ville ; l’autre[45], en 1882, Via Magenta, près du Camp Prétorien. Ces deux inscriptions appartiennent au dernier siècle de la République. Les prescriptions relatives aux sépultures se retrouvent dans les luis coloniales du dernier siècle de la République : Ne quis fines oppidi coloniære qua aeatro circumductum erit, hominem mortuum inferto, neve ubi humato, neve urito, neve hominis mortui monumentum ædificato. (Les coloniæ Genetiræ Juliæ, de 710 44, § LXXIII — cf. § LXXIV : défense d’élever des Ustrina à l’intérieur de la cité.) Les quelques dérogations à la loi sur les sépultures, que l’on peut relever à Rome, sont de pures exceptions. Cicéron[46] est très net sur ce point : Quid, qui post XII in urbe sepulti sunt clari viri. Credo, Tite, fuisse, aut eos quibus hoc ante hanc legem virtutis causa tributum est, ut Publicolae, ut Tuberto, quod eorum posteri iure tenuerunt ; aut eos, si qui hoc, ut C. Fabricius, virtutis causa, soluti legibus, consecuti sunt... Sed ut in urbe sepeliri lex vetat ; cf. Dion Cassius (XLIV, 7), à propos de César : Ses flatteurs, ce qui mit le mieux en lumière leurs intentions, permirent qu’on lui élevât un tombeau dans l’enceinte du Pomerium. La loi sur les sépultures resta en vigueur sous l’Empire. Hadrien la fit sévèrement appliquer[47], et Antonin la renouvela[48]. Cette prescription se retrouve au temps de Caracalla et de Sévère Alexandre[49], encore sous Dioclétien et Maximien, en 290[50]. Eutrope (VIII, 5), qui écrivait en 369 après Jésus-Christ, remarque que Trajan est le seul de tous les empereurs qui ait été enterré dans l’intérieur de la ville. Il est donc prouvé que la loi interdisant d’ensevelir les morts à l’intérieur de la ville était encore en vigueur postérieurement à la construction de l’enceinte. Le Pomerium n’ayant subi aucune modification de Trajan à Aurélien, les parties de la ville où l’on a trouvé, des sépultures postérieures à 117 et antérieures à 271, doivent être considérées, à la date de 271, comme extrapomériales[51]. En résumé, les limites de la zone pomériale, dans la mesure où l’on peut les déterminer, d’après la répartition des cippes et des sépultures, étaient en 271 : Au Champ de Mars, la ligne déterminée plus haut, d’après l’étude des cippes ; De la porte Pinciana à la porte Salaria, une ligne sinon identique à celle de l’enceinte actuelle, du moins très voisine ; De la porte Salaria à la porte Ostiensis, très vraisemblablement, le mur de Servius Tullius ; De la porte Ostiensis au Tibre, et probablement aussi au Transtevere, d’une manière générale, la ligne occupée plus tard par l’enceinte d’Aurélien. 2° Les XIV régions. — La ville, au sens administratif du mot, était, depuis Auguste, la ville aux XIV régions. En dehors du périmètre pomérial, Aurélien se trouvait en présence d’une ligne plus étendue, celle des XIV régions[52]. On ne connaît pas l’étendue des régions au temps d’Auguste : sur ce point, on ne possède que des documents d’époque postérieure[53] : 1° Une base de l’année 136, où sont nommés les Vici des régions I, X, XII, XIII, XIV. 2° Les deux Régionnaires, Notitia et Curiosum, rédigés au temps de Constantin et de Constance, — et quelques autres indications fragmentaires[54]. En ce qui concerne le tracé des régions périphériques, les seules qui aient été intéressées par la construction du mur d’Aurélien, les faits certains sont les suivants. REGION IX : Circus Flaminius. — Le monument le plus septentrional qui soit nommé par les Régionnaires, est la Colonne de Marc Aurèle. Le Mausolée d’Auguste n’est pas mentionné. REGION VII : Via Lala. —Cette région débordait certainement, au Nord, la ligne du mur d’Aurélien : un autel, mentionnant le Vicus Minervii Reg(ionis) VII[55], a été trouvé dans la Vigna Pelucchi à quelque distance au Nord de l’enceinte, entre les voies Pinciana et Salaria. REGION VI : Alta Semita. — Aucun monument extérieur au mur d’Aurélien n’est indiqué par les Régionnaires. REGION V : Esquiliæ. — Au Sud-Est, la Ve région débordait le mur d’Aurélien : ici, la limite régionale est certaine. Il existait au XVe siècle hors de la porte Prænestina (Porta Maggiore), à 300 mètres environ de l’enceinte, un obélisque, aujourd’hui érigé sur la promenade du Pincio. Cet obélisque, qui était en place, s’élevait autrefois à l’entrée d’un édifice consacré au célèbre Antinoüs[56]. Les hiéroglyphes disent expressément qu’il se trouvait à la limite de la ville[57]. REGION I : Porta Capota. — Cette région dépassait considérablement, vers le Sud, la ligne du mur d’Aurélien. Selon les Régionnaires, l’Ædes Martis, l’Arcus Veri, situés en dehors de l’enceinte, faisaient partie de la région, qui s’étendait, au moins, jusqu’au cours de l’Almo. REGION XII : Piscina Publica, et REGION XIII : Aventinus. — Les Régionnaires ne mentionnent aucun monument qui ait été situé en dehors de l’enceinte actuelle. REGION XIV : Transtiberim. — D’après les Régionnaires, la XIVe région débordait, et de beaucoup, la ligne d’enceinte : les Horti Domitiæ, le Gaianum (Cirque de Caligula) et le Frigianum (Temple de la Magna Mater), dans la région du Vatican, le Templum Fortis Fortunæ situé à 900 pas (1.330 mètres) au Sud de la porte Portuensis, en faisaient partie. Le périmètre régional se trouve ainsi déterminé sur quatre points : a. Au Nord de la porte Pinciana, région VII ; b. Au Sud-Est du Caelius, région V ; c. Au Sud de l’Aventin, région I ; d. Au Transtevere, région XIV. D’autres indications sont fournies parles inscriptions relatives à l’octroi. L’existence d’une ligne d’octroi, à l’entrée de Rome, résulte de cinq inscriptions[58] : quatre d’entre elles, de rédaction semblable, sont de l’époque de Marc-Aurèle et de Commode ; la cinquième n’est pas datée. Les lieux de trouvaille sont les suivants : a. Devant la porte Flaminia[59] ; b. Sur la Via Salaria, vraisemblablement devant la porte[60] ; e. Lieu de trouvaille inconnu[61] ; d. Près de la porte Asinaria[62] ; e. Au pied de l’Aventin, près du Tibre[63]. Ces inscriptions, relatives à l’octroi, étaient placées au point même ou commençait le territoire urbain. Or, au temps de Marc-Aurèle et de Commode, la ville, au point de vue administratif, était l’Urbs XIV Regionum ; le Pomerium, division essentiellement religieuse, n’avait rien à faire avec une question d’ordre purement administratif, comme l’était celle de l’octroi. D’ailleurs, il est certain qu’au temps de Marc-Aurèle et de Commode, le Pomerium était loin d’atteindre, vers le Nord, l’emplacement de la porte Flaminia. L’inscription delà porte Flaminia montre que les régions VII et IX s’avançaient jusqu’en cet endroit. L’inscription de la Via Salaria donne la même certitude pour la VI" région. L’inscription de la porte Asinaria prouve que les régions II et III s’avançaient jusqu’à la ligne d’enceinte actuelle. Quant à l’inscription c, dont le lieu de provenance est inconnu, elle ne fournit aucune indication précise. En combinant les données précédentes, on arrive à déterminer, dans ses grandes lignes, le périmètre des régions. Du Tibre à l’extrémité occidentale des Horti Aciliorum (Pincio), la limite se confondait avec la ligne actuelle du mur d’Aurélien. — Du Pincio à la porte Salaria, elle débordait l’enceinte, vers le Nord, probablement sur une largeur peu considérable. — De la porte Salaria à la porte Prænestina, le tracé n’est pas connu, mais il devait coïncider à peu près avec celui du mur actuel. De la porte Prænestina à la porte Asinaria, il se tenait à environ 300 mètres en dehors du mur, et, au delà de la porte Asinaria, se confondait de nouveau avec la ligne d’enceinte. De la porte Metrovia à la porte Ardeatina, la première région se prolongeait jusqu’à l’Almo qu’elle suivait probablement sur une partie de son cours avant de remonter au Nord. — De la porte Ardeatina au Tibre, la limite des XIIe et XIIIe régions coïncidait à peu près avec le tracé de l’enceinte. — Au Transtevere, le territoire régional dépassait considérablement la ligne de l’enceinte, de 1.800 mètres environ vers le Nord, de 1.130 mètres, jusqu’au Temple de Fors Fortuna, vers le Sud.
II — LE TERRAIN.Le principe qui avait déterminé le tracé du mur de Servius, était l’utilisation comme ligne de défense : 1° Du Tibre ; 2° Des collines (Capitole, Quirinal, Viminal, Esquilin, Cœlius, Aventin), qui forment autour d’un point central, le Palatin, un demi-cercle de hauteurs. La ville aux XIV régions ayant débordé, de tous les côtés, l’ancien mur d’enceinte, il fallait à cette ancienne ligue de défense en substituer une autre plus large, qui englobât l’ensemble des régions, y compris la région Transtibérine. Géographiquement, les limites naturelles du territoire urbain, sur la rive gauche, étaient : à l’Ouest, le Tibre ; au Nord,l’Anio ; à l’Est, la profonde coupure, creusée par un affluent de gauche de l’Anio, venu des environs des Capannelle, qui traverse successivement les voies Latina, Labicana, Praenestina, Tiburtina, sous des noms divers : Fosso della Marranella, au Sud de la via Prænestina, Fosso della Pedica di Ponte di Norio, de la via Praenestina à la via Tiburtina, fosso di Pietralatella, de la via Tiburtina àl’Anio. Cette dépression est suivie actuellement dans sa partie septentrionale par le chemin de fer de Rome à Florence, dans sa partie méridionale par la ligne de Naples ; c’est, vers l’Est, la limite d’octroi de la ville (altitudes : de la vallée, 15 à 20 mètres ; du plateau, qui la domine à l’Ouest, 50 à 53 mètres). Au Sud, la limite naturelle du territoire urbain proprement dit est formée par la vallée de l’ancien Almo (altitude de la vallée : 16 mètres, au croisement de la via Appia ; 12 mètres, au confluent avec le Tibre, au Nord de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs). Les crêtes, qui dominent l’Almo vers le Nord, sont hautes de 36 à 44 mètres (36 mètres, vis-à-vis de la porte Ardeatina, 44, en bordure de la via Appia). Mais cette ligne naturelle de défense était beaucoup trop excentrique, par rapport au périmètre des régions. Aurélien dut adopter un tracé plus restreint et plus voisin des limites régionales. 1° Tibre à la porte Pinciana. — Sur la rive gauche du Tibre, la plaine riveraine se trouve resserrée entre le fleuve et l’extrémité occidentale du Pincio. Au Nord et au Sud, elle s’élargit : au Nord, entre les monts Parioli et le fleuve, au Sud, dans le Champ de Mars (altitudes : berge du Tibre, 15 mètres ; Champ de Mars, 15-18 mètres). La plaine se relève légèrement, du fleuve à la base du Pincio : la différence de niveau maxima est de 3 mètres. Au Nord, entre le Tibre et les monts Parioli, cette plaine atteint sa largeur maxima, 1.600 mètres, sur la ligne marquée par le Viale dei Casali et le Viale dei Parioli. Au contraire, à la hauteur de la porte Flaminia, elle est réduite à 400 mètres, formant ainsi un étranglement facile à défendre et dominé par l’escarpement du Pincio. C’est l’emplacement le plus favorable pour fermer l’entrée du Champ de Mars à un ennemi venu du Nord. Le Pincio. — Dès que l’on renonce à la ligne du Tibre et de l’Anio, appuyée en arrière par la crête des monts Parioli, on rencontre une ligne, moins forte, mais capable néanmoins d’arrêter l’envahisseur : c’est celle du Pincio, qui forme un angle aigu, dont le sommet est tourné vers le Sud et dont les deux côtés atteignent, l’un, la porte Flaminia, l’autre, la porte Salaria. Altitudes. — Pincio, côté Sud : esplanade, 51m,51 ; villa Médicis, 59 ; via Sicilia, 59m,G3 ; côté Nord : partie occidentale des substructions, 49m,21 ; sommet de l’angle (au Nord-Est de la Trinité des Monts), 53m,10 ; porte Pinciana, 60). Le revers septentrional du Pincio domine les dernières pentes des monts Parioli de 20 il 30 métros ; l’escarpement est à pic. La position ne vaut pas celle des monts Parioli (68 à 71 mètres d’altitude), qui la domino à faible distance ; niais cet inconvénient était beaucoup moins grave autrefois qu’il ne l’est aujourd’hui, étant donnée la faible portée des armes de jet. 2° Porte Pinciana à la porte Prænestina. — Tout ce secteur, long de i.190 mètres, se développe sur le sommet du plateau qui projette vers l’Ouest, comme autant d’éperons, le Quirinal, le Viminal, l’Esquilin et dont la ligne de défense naturelle, à l’Est, est formée par la longue coupure de la Marranella, affluent de l’Anio. De la porte Pinciana à la porte Salaria, le revers méridional du Pincio domine la vallée comprise entre le Pincio et le Quirinal, et autrefois occupée par les Horti Sallustiani. Altitudes. — Vallée entre Pincio et Quirinal : piazza Barberini, 22 mètres ; via Sallustiana (angle de via San Basilio), 28 ; via Sallustiana (angle de via Pinciana), 40 ; Pincio : via Sistina (angle de via Toscani), 59 ; via Boncompagni (angle de via Basilicata), 59m,63. De ce côté, la pente est fort raide et la colline domine la vallée d’une hauteur moyenne de 10 à 20 mètres. Vers le Nord, au contraire, le plateau s’abaisse lentement vers l’Anio : l’altitude moyenne est de 50 à 64 mètres. La ligne de faîte légèrement marquée, se maintient continue entre la porte Pinciana et la porte Salaria, à une altitude de 63 mètres ; au Sud, l’altitude tombe graduellement à 50 mètres. De la porte Salaria à la porte Tiburtina, les points culminants du plateau se trouvent sur une ligne qui passe par les portes Salaria, Nomentana et les Castra Prætoria (Altitudes. — Porte Salaria, 63mètres ; porte Nomentana, 61m,25 ; Castra Prætoria, 60m,25 ; porte Chiusa[64], 55m,15) et s’abaisse régulièrement de la cote 55m,15 à la cote 50, de la porte Chiusa à la porte Tiburtina. Des deux côtés de cette ligne, l’altitude décroît graduellement vers l’intérieur, brusquement du côté de la campagne. Altitudes. — Ministère des Finances, 60 mètres ; via Venti Settembre (angle de la via délie Quattro Fontane), 52 ; Palais Royal, 47 ; au Nord de l’enceinte : villa Patrizi, 56m,35 ; Castra Praetoria (angle Nord-Est), 53m, 10 ; Policlinico, 49m,84 ; berge de la Marranella, 37 à 31. En suivant l’enceinte, l’altitude diminue légèrement de la porte Tiburtina (50 mètres) à la porte Prœnestina (47 mètres). 3° Porte Prænestina à la porte Metrovia. — Le plateau se termine à l’église Sainte-Croix de Jérusalem. Le revers du Caelius forme rebord vers le Sud, dominant la vallée de la Marrana di San Giovanni di Laterano. Altitudes. — Basilique Saint-Jean-de-Latran, 46 mètres ; place Saint-Jean-de-Latran, 42 ; Sainte-Croix de Jérusalem, 43 ; porte Metrovia, 27 ; berge de la Marrana, 27. L’escarpement du Caelius domine la vallée de la Marrana de 17 à 19 mètres en moyenne. 4° Porte Metrovia au Tibre. — La crête méridionale de l’Aventin domine la vallée de l’ancien Almo de 19 à 32 mètres en moyenne. Altitudes. — Porte Appia, 31 mètres ; porte Ardeatina, 44 ; Almo : a) au croisement de la Via Appia, 14 ; au confluent, 12. De la porte Ostiensis au Tibre, il n’y a plus de crête, mais simplement une plaine, large de 1.100 mètres, dont l’altitude varie de 14 (porte Ostiensis) à 14 mètres (berge du Tibre. — La configuration du terrain est la même qu’au Nord, entre le Tibre et le Pincio ; la plaine, en raison de sa largeur, est beaucoup plus accessible que la plaine riveraine du Nord. 5° La région Transtibérine. — Le rempart naturel de la région Transtibérine est formé par le longue crête du Janicule, orientée du Nord au Syd. L’escarpement est tourné vers la ville. Altitudes. — Janicule : villa Lante, 51 mètres ; porte Aurelia (San Pancrazio), 87 mètres ; point où la colline est coupée par le mur d’Urbain VIII, 82 mètres ; plaine transtibérine : église San Cosimato, 16 ; berge du Tibre, 15. L’escarpement du Janicule domine la plaine de 60 à 72 mètres en moyenne. Il importait de ne pas laisser cette colline en dehors de la nouvelle enceinte, car la possession du Janicule entraîne celle de la région transtibérine et permet à l’ennemi de déboucher sur le centre de la ville, le Forum Boarium et le Champ de Mars. Le Tibre forme en cet endroit une courbe dont la convexité est tournée vers la ville ; la partie centrale du Transtevere constitue un saillant offensif dirigé contre la rive gauche. Du côté de la campagne, l’escarpement du Janicule est beaucoup moins sensible. La colline se rattache à toute une série de hauteurs. — Altitudes : monti del Casaletto, 76 mètres ; monti della Creta, 76 ; monti della Cave della Creta, 82. Plus à l’Ouest, on trouve des altitudes de 88, 90 et 94 mètres. De ce côté, il était impossible d’utiliser une position dominant l’ensemble de la campagne. Aussi Aurélien ne songea-t-il pas à fortifier tout le Janicule : il se contenta d’occuper le point culminant (porte Aurélia : 87 mètres). Maître de cette position, il rendait le Janicule intenable pour l’ennemi et assurait la protection de la ville. Enfin, au Nord-Ouest, du Janicule au Champ de Mars, la défense naturelle est constituée par le lit du Tibre. Les hauteurs du Vatican (point culminant : monte Mario, 146 mètres), s’écartent pour former autour de la plaine des Prati di Castello (altitudes : pont Ælius (auj. Sant’Angelo), 15 mètres ; piazza del Risorgimento, 18 mètres ; piazza Cavour, 18 mètres), un demi-cercle de hauteurs. Le Tibre relie ainsi la défense du Janicule, d’une part, à celle du Pincio de l’autre ; le Champ de Mars, en arrière, s’avance comme un coin, dans la région du Vatican. III — TRACÉ DÉFINITIF[65]. — UTILISATION DES ÉDIFICES ANTÉRIEURS.I. Porte Flaminia aux Castra Pretoria. — La direction de l’enceinte, dans la partie qui s’étend du Tibre aux premières pentes du Pincio, a été déterminée à la fois par la conformation du terrain et par le tracé de la limite régionale qui passait à l’emplacement même de la porte Flaminia. Il y avait à fermer, en son point de largeur minima, la plaine riveraine du Tibre, qui s’étend, au Sud, jusqu’au Capitole. De la porte Flaminia au Pincio, sur 163 mètres, l’enceinte d’Aurélien fut construite de toutes pièces. Le long du Pincio, depuis l’emplacement actuel de l’église Santa-Maria del Popolo jusqu’à l’angle rentrant situé au Nord-Est de la Trinité des Monts, la fortification suit le revers extérieur de la colline. Le terrain intérieur domine partout, comme nous l’avons vu plus haut, le terrain extérieur ; il y avait déjà sur ce point, avant la construction du mur d’Aurélien, une ligne de défense partielle, constituée par le mur de soutènement de la colline elle-même. Substructions des Horti Aciliorum[66]. — Le mur de soutènement du Pincio se composait d’une série de hautes arcades, couronnées par un parapet massif. A l’angle Nord-Est, se trouvait un ancien mur construit en blocage et revêtu d’opus reticulatum. Au temps de Procope[67], cet ancien mur menaçait déjà ruine, et portait dès cette époque le nom qu’il a conservé : Munis Tortus (Muro Torto) ou Ruptus. Les ingénieurs d’Aurélien se contentèrent d’enfermer cette partie dans la nouvelle enceinte, sans rien changer à la disposition antérieure. Les Propriétés Impériales du Pincio : Horti Lucullani et Horti Sallustiani. — Le cimetière de la porte Salaria. — Au-delà de ces substructions, le long de la villa Médicis, le mur fut construit de toutes pièces. Il forme d’abord un rentrant vers le Sud, puis se redresse jusqu’à la porte Pinciana. Diverses raisons ont entraîné le choix de ce tracé : le Pomerium se terminait non loin de la future porte Pinciana (cippe de Vespasien n° XXXI) ; le terrain, quoique le Pincio s’abaisse graduellement, continue à dominer la campagne ; enfin, Aurélien s’est laissé guider par une raison d’opportunité toute locale. Dans la partie centrale du Pincio, au Nord de la Trinité des Monts, se trouvait une propriété du domaine impérial, les Horti Lucullani[68]. Les finances de l’Etat se trouvaient, à la fin du IIIe siècle, dans une situation déplorable[69] ; il y avait donc intérêt à faire passer, autant que possible, l’enceinte sur des terrains, appartenant soit à l’Etat (domaine public), soit à l’empereur (domaine impérial). Nous verrons que, pour le tracé de la nouvelle muraille, on eut souvent recours à ce procédé qui permettait de réduire les frais d’expropriation. De la porte Pinciana à la porte Salaria, le tracé a été déterminé surtout par la configuration du terrain : on a suivi la ligne de crête qui se maintient à une altitude de 63 mètres. Ici encore, le mur a été élevé, en grande partie, dans une vaste propriété impériale, les Horti Sallustiani. Ces jardins, qui avaient été annexes au patrimoine impérial sous Tibère, étaient une des résidences favorites d’Aurélien, qui y fit bâtir le Porticus Miliarensis en bordure de l’Alta Semita (via XX Settembre actuelle). Ils s’étendaient jusqu’au voisinage de la via Piemonte. De l’autre côté se trouvait le grand cimetière dont il a déjà été question plus haut à propos du Pomerium. Entre la via Piemonte et la porte Salaria, l’enceinte n’a pas été construite sur l’emplacement d’une limite préexistante : il a fallu, pour l’édifier, abattre de nombreuses constructions. Les fouilles, effectuées en 1891-1892, lors du nivellement du Corso d’Italia, ont permis de reconstituer, dans son ensemble, la physionomie de quartier avant 271[70]. On a trouvé notamment : a) Entre la via Dogali et la via Puglia, devant la 16e tour à l’Est de la porte Pinciana, les restes d’un édifice, formés de deux murs parallèles. C’était peut-être un Ustrinum, hypothèse assez vraisemblable, étant donnée la proximité du cimetière. b) Vis-à-vis de la via Puglia, devant la 17e tour, une chambre rectangulaire, terminée, au Sud, par une abside. c) A la tour suivante, deux murs perpendiculaires aux fronts Nord et Est. a) Entre la 18e et la 19e tours, la courtine est coupée par une ancienne rue dont le pavé a été retrouvé en 1891. Cette rue, qui faisait communiquer la via Salaria vêtus et la porte Collina, était bordée de maisons, qui ont été en partie abattues lors de la construction de l’enceinte. e) Enfin, au-delà de la 20e tour, on a retrouvé, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’enceinte, une série de murs tous parallèles entre eux et parallèles à la rue dont nous venons de parler. Les tronçons, situés à l’extérieur, correspondent exactement à ceux qui ont été découverts à l’intérieur. Ce parallélisme des murs et des édifices montre que la topographie de toute la région située entre la via Piemonte et la via Salaria était déterminée parla direction de la rue en question, et que le mur d’Aurélien est venu entièrement la bouleverser, en formant, avec l’orientation générale du quartier, un angle de 40° environ. Les Tombeaux de la Porte Salaria. — La via Salaria, comme toutes les grandes voies romaines, était bordée par une double ligne de tombeaux, les uns de l’époque républicaine, les autres de l’époque impériale. Au point précis où le tracé de l’enceinte coupait la via Salaria, il y avait trois de ces tombeaux : ces tombeaux furent, non pas détruits, mais encastrés dans la nouvelle construction. 1° Le premier de ces tombeaux, enfermé dans la tour occidentale de la porte Salaria[71], a été retrouvé lorsque cette tour fut détruite, en 1871. L’orientation était parallèle à la direction de la via Salaria. Un fragment de la partie antérieure porte l’inscription : (Corn)elia L. Scipion. Vatien. — Il s’agit d’une Cornelia, fille d’un L. Scipion et femme d’un certain Vatienus. On ne sait quelle est cette Cornelia. En tout cas, le monument appartient au dernier siècle de la République. 2° et 3° Les deux autres tombeaux[72] ont été retrouvés sous la tour orientale de la porte Salaria, également démolie en 1871. — L’un est carré, construit en blocs de pépérin et orienté sur la via Salaria. La façade était ornée de quatre pilastres dont trois subsistent encore ; les flancs étaient également ornés de pilastres. Le monument, qui ne porte aucune inscription, remonte au dernier siècle de la République. L’autre tombeau, situé au Sud du précédent, était formé d’une base quadrangulaire autrefois surmontée d’un cippe qui a été retrouvé renversé dans le voisinage[73]. Une inscription latine, gravée sur le cippe, nous apprend que le monument a été élevé à la mémoire de Q. Sulpicius Maximus, enfant poète, qui vivait sous Domitien, mort à l’âge de onze ans ; dans une niche se trouvait le buste du personnage. Le tombeau fut érigé vers 94 ; en 271, il était encore intact. Il fut encastré dans la nouvelle enceinte, mais on démolit la partie antérieure, tournée vers la via Salaria, qui eût dépassé l’alignement général du mur. Ce fait montre bien comment Aurélien a agi vis-à-vis des tombeaux qui se trouvaient sur le parcours de l’enceinte ; au lieu de les détruire, ce qui eût été contraire à la loi religieuse, il les conserva, noyés dans la maçonnerie, mais en supprimant toutes les parties qui eussent pu faire saillie au dehors. Le Tombeau de Q. Haterius[74]. — De la porte Salaria aux Castra Prætoria, le mur d’Aurélien, sur une longueur de 580 mètres, se maintient au sommet du plateau dont l’altitude s’abaisse graduellement du Nord-Ouest au Sud-Est (63m,05 à la porte Pia, 61,25 à la porte Nomentana, 60m,95 à la via Montebello, 60m,25, aux Castra Prætoria). — Le long de la via Nomentana, coupée par l’enceinte entre la porte Salaria et les Castra Prætoria, se trouvaient de nombreux tombeaux ; l’un d’eux a été encastré dans la tour orientale de la porte Nomentana et découvert en 1827, lorsque la porte fut démolie. C’était un monument quadrangulaire, construit en blocage, avec quelques restes du revêtement en travertin. Il était surmonté d’un fronton orné de deux volutes dont quelques fragments ont été retrouvés. L’inscription funéraire en partie retrouvée portait : Q. Haterius... o... sortit. Tr(ib.) Pl(eb.) Prætor. VII Vir (Epulonum), etc. Le monument, à en juger par le style et la décoration, remontait au Ier siècle après Jésus-Christ ; il s’agit probablement de Q. Haterius, célèbre orateur, mort en 26 sous Tibère. Maison du Ier siècle après Jésus-Christ[75]. — Plus à l’Est, à l’endroit où la via Montebello actuelle traverse le mur d’Aurélien, on a retrouvé en démolissant une partie de l’enceinte (février 1892) les restes d’une maison antique engagée dans la muraille. Ce fait est à retenir : il montre que le mur, de la porte Nomentana aux Castra Prætoria, ne suivait pas une limite administrative préexistante et, de plus, il atteste avec quelle rapidité a été construite la fortification. Cette maison avait été bâtie au Ier siècle et restaurée au IIe. Quelques briques portaient les noms de Julius Eutactus et de Trebicia Tertulla[76]. Au lieu de raser la maison, qui se trouvait sur le parcours du mur, on se contenta de remplir avec du blocage les espaces vides, en laissant intacts les parois dos chambres, les pavages et les colonnes. Ensuite on retrancha tout ce qui dépassait l’alignement général et l’édifice ainsi mutilé reçut un revêtement de briques, si bien que de l’extérieur, on ne pouvait plus rien apercevoir de la construction interne Les Castra Prætoria. — Au-delà de la porte Nomentana, le mur se relie à l’angle Nord-Ouest des Castra Prætoria. Nous n’avons pas ici à décrire cet édifice, construit sous Tibère (23 ap. J.-C), pour servir de caserne aux Cohortes Prétoriennes. Nous verrons plus loin, les motifs qui décidèrent Aurélien à rattacher les Castra Prætoria à l’enceinte et les modifications qui furent alors apportées à la construction du camp. II. Castra Prætoria au saillant Sud-Est. — Dans la plus grande partie de ce secteur (de la porte Tiburtina) (San Lorenzo) au saillant Sud-Est, sur 1.275 mètres, le mur suit la ligne préexistante des aqueducs. De la porte Tiburtina à la porte Prænestina (Porta Maggiore), c’est le triple aqueduc des Aquæ Marcia, Tepula, Julia ; de la porte Prænestina au saillant Sud-Est, l’Aqua Claudia et l’Anio Novus. Tous ces aqueducs sont aériens et portés sur de hautes arcades, construites en blocs de pépérin ; ils constituent un solide rempart, que les ingénieurs d’Aurélien se sont empressés d’utiliser, lors de la construction du mur d’enceinte. Au point de vue administratif, il est vraisemblable qu’avant 271, ces aqueducs formaient déjà la limite extérieure de la Ve région (Esquiliæ) ; les régionnaires du IVe siècle ne mentionnent aucun monument qui se soit trouvé en dehors. Les Aqueducs de la Marcia, de la Tepula, de la Julia[77]. — Le triple aqueduc des Aqure Marcia, Tepula et Julia, captées la première en 144 avant Jésus-Christ par le prêteur Q. Marcius Rex, la seconde en 125 par les censeurs Cn. Servilius Cæpio et L. Cassius Longinus, la troisième en 33 avant Jésus-Christ par Agrippa, qui restaura en même temps l’ensemble de l’ouvrage, atteignait le tracé actuel du mur à 27 mètres au Nord de la porte Prænestina et le suivait jusqu’à la porte Tiburtina. Aujourd’hui encore, au point ou l’aqueduc rejoint le mur, on aperçoit les trois conduites superposées. — Portés sur de hautes arches en blocs de pépérin avec insertion de travertin à la base et aux voûtes (dimensions des piliers : 2m,25 x 1m,80 ; ouverture des arcades à la base, 5m,80), ce triple aqueduc constituait une solide barrière qu’il suffisait de renforcer pour en faire une excellente ligne de défense. De nombreux vestiges de cet aqueduc ont été retrouvés à diverses reprises, notamment en 1884[78], lorsque fut percé le passage pour le Viale del Campo Santo, au Sud de la porte San Lorenzo. Les Jardins Impériaux de l’Esquilin[79]. — Une autre considération est entrée en ligne de compte pour la détermination de ce tracé. Entre les aqueducs et la via Labicana, du côté de la ville, se trouvait une série de propriétés impériales, à travers lesquelles on pouvait tracer le chemin de ronde interne, sans avoir à payer de frais d’expropriation. — Nous connaissons trois de ces propriétés impériales : a) Au Nord, les Horti Pallantiani[80], qui avaient appartenu au célèbre affranchi Pallas et étaient devenus propriété impériale sous Néron ; b) Au centre, les Horti Epaphroditiani[81], annexés au domaine impérial sous Domitien : c) Au Sud, les Horti Liciniani[82], entre la via Labicana et la porte Prænestina. devenus propriété impériale sous Valérien. Le nouveau chemin de ronde fut donc tracé, sur 800 mètres environ, en terrain impérial. Tombeau de la porte Tiburtina. — Au point où le nouveau mur franchissait la via Tiburtina se trouvait, sur le flanc méridional de la route, un tombeau[83] analogue aux tombeaux des portes Salaria et Nomentana. Comme ces derniers, il a été conservé et encastré dans la tour méridionale de la porte Tiburtina ; un bloc de travertin, long de 2m,68, haut de 0m,80, porte, gravées on lettres d’un beau travail, l’inscription : L. Ofilius C. f. Anl. — Ce monument remontait à la fin de la République ou au début de l’Empire. Nymphée au Sud de la porte Tiburtina. — Lorsqu’on a abattu une partie du mur d’enceinte (1882-1884), pour la percée du Viale del Campo Santo, on a découvert, à l’intérieur de la muraille, une ancienne construction. C’était un mur de jardin ou de nymphée[84], orienté dans le sens même de l’enceinte, long de 28 mètres. La paroi était recouverte de coquillages marins et ornée de niches rectangulaires. Au dessus, courait une corniche en saillie, autrefois recouverte de lames de plomb : une partie du revêtement était encore en place. Les niches étaient ornées de statues dont quelques-unes ont été retrouvées intactes sur leurs piédestaux. Lorsque Aurélien éleva son nouveau mur d’enceinte, le nymphée fut encastré dans la construction, et, pour une raison qu’il est difficile de s’expliquer, un certain nombre des statues furent laissées en place. La partie conservée du nymphée fut noyée dans la maçonnerie et reçut, de part et d’autre, un revêtement de briques. Mais on eut soin de ne pas appliquer directement le blocage sur la paroi ancienne. On laissa vide un espace qu’on remplit ensuite de terre battue[85], de manière à protéger les coquillages du mur et les statues. — Les statues sont petites et d’un art médiocre (statue de Mercure enfant, statue virile sans tête, statue de femme et surtout un fragment de groupe, représentant une scène de gigantomachie : deux satyres attaqués par un géant, dont les deux jambes sont terminées par des têtes de serpents, etc.). La paroi rectiligne du nymphée a seule été engagée dans la fortification ; les parties en retour ont été tronquées et le tout a été revêtu de briques. Castellum Aquæ Marciæ. — A l’intérieur de la troisième tour, située au Sud de la porte Tiburtina, se trouve un Castellum de l’Aqua Marcia[86], construit au point où le Rivus Herculaneus, qui desservait l’Aventin, se détachait de l’aqueduc principal. Construction du Ier ou du IIe siècle. — Plus loin, entre la cinquième et la sixième tours, au Sud de la porte Tiburtina, se voit, encastrée dans l’enceinte, une paroi de briques d’un bon travail. La partie inférieure présente une ligne de 15 corbeaux de travertin ; au dessus se trouvent deux rangées de fenêtres, surmontées d’arcs de briques, aujourd’hui murées. — Entre les septième et huitième tours, est une poterne également murée. La double Porte Prænestina-Labicana. — La double porte du mur d’Aurélien, désignée aujourd’hui sous le nom de Porta Maggiore[87], n’est autre que le monument, construit par Claude, sur lequel l’Aqua Claudia et l’Anio Novus franchissaient les deux voies Prænestina et Labicana. Large de 32m,50, haute de 24m,60, entièrement construite en blocs de travertin, cette porte se compose de deux grandes arches, l’une au Nord sur la via Prænestina, large de 6m,35 et haute de 14, l’autre au Sud, sur la via Labicana, de dimensions analogues ; entre les deux est un passage plus petit, en partie enterré. Les trois grands piliers qui la supportent sont ornés de pilastres corinthiens que surmontent un entablement et un fronton triangulaire : les pilastres et l’entablement du pilier central sont plus élevés et la partie supérieure du fronton atteint presque l’attique. L’attique (hauteur 9m,05) porte trois inscriptions : l’une de Claude[88], le constructeur de l’aqueduc, les deux autres, de Vespasien[89] et de Titus qui le restaurèrent[90]. L’édifice était trop solide, il barrait avec trop d’efficacité les deux voies Prænestina et Labicana, sur un point très vulnérable, pour qu’Aurélien ne le fît pas entrer dans sa ligne d’enceinte. Le Tombeau de M. Vergilius Eurysaces. — En avant de la porte Prænestina, Aurélien conserva un ancien tombeau[91], comme il l’avait fait aux portes Salaria, Nomentana et Tiburtina. Le procédé est d’autant plus remarquable qu’ici le tombeau ne se trouvait pas sur la ligne du mur, mais qu’il était en dehors et contigu. Au temps d’Honorius, une des portes, celle du Nord fut fermée, l’autre, la porte sur la via Labicana, fut flanquée de deux tours qui ont été rasées en 1838. C’est alors que l’on retrouva, sous la tour septentrionale, le tombeau en question. Ce monument a la l’orme d’un quadrilatère, déterminée par la disposition des deux routes qui bifurquaient sur ce point (dimensions des côtés : 8m,75 au Nord, 6m,85 à l’Est, 5m,80 au Sud, 4m,05 à l’Ouest ; le flanc oriental est presque entièrement détruit). Il est construit en blocage à base de travertin ; les angles sont ornés de pilastres à chapiteaux unis. Sur la base sont creusées deux rangées de cylindres en travertin et, au-dessus, se déroule un relief représentant les différentes phases de la fabrication du pain. L’inscription funéraire est ainsi conçue : Est hoc monimentum Marcei Vergilei Eurysacis Pistoris ac Redemtoris apparet (orum)[92]. Le monument a été érigé antérieurement à la construction de la porte Prænestina-Labicana sous Claude, probablement au début de l’Empire. Au-delà de la porte Prænestina, le mur d’Aurélien suit une direction sinueuse, déterminée surtout par la présence d’édifices antérieurs, notamment du double aqueduc de l’Aqua Claudia et de l’Anio Novus. En 271, Aurélien a utilisé, dans la plus large mesure possible, la ligne des aqueducs existants ; outre l’économie du travail, il s’assurait un avantage précieux, c’était de ménager dans l’enceinte un saillant analogue à celui que formaient au Nord le Pincio et les Castra Prætoria, au Sud la porte Appia et, dans la région transtibérine, la porte Aurélia. Les Aqueducs de la Claudia et de l’Anio Novus. —Le double aqueduc de l’Aqua Claudia et de l’Anio Novus[93], commencé par Caligula en 38, achevé par Claude en 53, était porté sur de hautes arcades construites en blocs de pépérin (largeur des piliers : 3m,57 à 3m,91 ; ouverture des arcs : 5m,60 à 5m,95). Cet aqueduc a été utilisé par Aurélien sur une longueur de 440 mètres, au Sud de la porte Prænestina. Dans cette partie de son parcours, presque tous les piliers existent encore ; ils sont visibles de l’intérieur de la ville, au Nord-Est de l’église Sainte-Croix de Jérusalem. Entre le vingt-huitième et le vingt-neuvième piliers, au Sud de la porte Prænestina, se voient encore les restes d’un beau castellum, remontant à l’époque de Claude, niais ils sont aujourd’hui très mutilés. III. Saillant Sud-Est à la porte Metrovia. — Du saillant Sud-Est à la porte Metrovia, le mur ne suit pas partout la limite administrative des régions. Nous avons vu plus haut, que la Ve région s’étendait, au-delà des murs, sur une largeur de 200 à 300 mètres et que la limite méridionale en était indiquée par l’obélisque d’Antinoüs[94]. Il était inutile et même dangereux d’augmenter le périmètre de l’enceinte en suivant sur ce point le contour des régions. Au point de vue de la défense, il n’y avait aucun intérêt à le faire, car le plateau du Cælius se maintient dans toute cette partie de la ville à une altitude uniforme de 43 mètres. Le plus simple et le plus sur était de relier, en ligne droite, deux constructions préexistantes, l’aqueduc de la Claudia et l’Amphithéâtre Castrense. Les frais d’expropriation n’existaient pas pour cette fraction de l’enceinte, car là s’étendait une propriété impériale, les Horti Spei Veteris. Les Horti Spei Veteris et les édifices du IIe siècle. — Les Horti Spei Veteris[95] sont mentionnés pour la première fois sous Elagabal qui y donna des courses de chevaux et y fit construire un temple de son dieu. Ces jardins s’étendaient au Nord jusqu’il l’ancien temple de Spes Vetus, voisin de la porte Prænestina, au Sud jusqu’aux contins de la Ve région et peut-être au delà. An temps de Constantin, ils faisaient encore partie du domaine impérial ; à l’intérieur, se trouvaient un palais, où résidait la mère de Constantin, Hélène, des thermes, qui. détruits par un incendie, furent reconstruits à cette époque et enfin un cirque, situé hors du mur d’Aurélien et souvent désigné au XVIe siècle, sous le nom d’Hippodromus ou de Circus Aureliani[96]. Ce cirque, en réalité, était antérieur à la construction de l’enceinte. Il remontait probablement à Elagabal. En 271, les Horti Spei Veteris furent coupés en deux : la partie septentrionale fut comprise à l’intérieur de l’enceinte, la partie méridionale resta en dehors. Le fait est prouvé parles restes d’édifices découverts en 1889, lors du nivellement de la via délie Mura, et par les débris, qui existent actuellement encore, encastrés dans le mur. La quatrième tour au-delà de la tour d’angle (en ne comptant pas cette dernière) et la courtine suivante sont bâties sur d’anciens murs de pépérin qui ont été tronqués en 271 ; ces restes se retrouvent au-delà de la cinquième tour. Les travaux de 1888-1889 ont dégagé les fondations de murs, dont la partie supérieure avait été détruite[97]. Comme construction, il y a analogie avec les fragments engagés dans la fortification ; comme direction, ces murs se raccordent exactement aux anciennes murailles qui existent encore perpendiculairement à l’enceinte d’Aurélien, au Sud de l’église Sainte-Croix de Jérusalem. Ces murs, qui appartiennent à un grand édifice des Horti Spei Veteris, ont été morcelés en 271 ; la partie extra-urbaine a été détruite, la partie urbaine, mieux conservée, est encore visible aujourd’hui. On peut donc pour cette fraction de l’enceinte, reconstituer la topographie locale, antérieure aux travaux de271. Les considérations stratégiques ont déterminé le choix du tracé ; les ingénieurs d’Aurélien n’ont pas hésité à morceler une propriété impériale et il détruire un édifice antérieur. L’Amphitheatrum Castrense. — Au-delà des Horti Spei Veteris, le mur d’Aurélien s’appuie à l’Amphithéâtre Castrense[98]. Cet amphithéâtre date probablement de l’époque des Sévères. Il s’ouvrait vers l’extérieur par une série d’arches on briques, d’un bon travail, ornées de colonnes corinthiennes engagées. L’étage supérieur, dont une petite partie existe encore vers la porte San Giovanni di Laterano, porte également une rangée d’arcades, garnies de pilastres. La partie méridionale, engagée dans l’enceinte d’Aurélien, a subsisté : la partie septentrionale, située dans l’intérieur de la ville, a presque entièrement disparu. De l’Amphithéâtre Castrense à la porte Metrovia, l’enceinte utilise l’escarpement méridional du Cælius (altitude du Cælius : 47 mètres, de la Marrana di San Giovanni, qui coule au pied, 25 à 30 mètres). Autant que nous pouvons le savoir, ce tracé coïncide avec la limite régionale — pierre d’octroi : Ephem. Epig., IV, n° 787, trouvée à la porte Asinaria : — cippe du Pomerium, C. I. L., VI, 1231 b, découvert au voisinage de la porte Metrovia. — De plus, Aurélien a tiré parti de plusieurs constructions antérieures. |