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PREMIÈRE PARTIE Imitant à cet égard l’exemple de son père et de son frère, Domitien fut un des empereurs qui bâtirent le plus à Rome[1]. Ce fut dans une certaine mesure par nécessité : l’incendie qui avait éclaté sous Titus en 80 et duré trois jours et trois nuits avait brûlé une partie de la ville : les temples de Sérapis et d’Isis, les Septa, le temple de Neptune, les thermes d’Agrippa, le Panthéon, le Diribitorium, les théâtres de Balbus et de Pompée, le portique d’Octavie avec la bibliothèque, le temple de Jupiter Capitolin avec les édifices voisins[2]. Titus s’était efforcé de réparer ces ruines[3], mais il restait encore beaucoup à faire. Peut-être voyait-on encore à Rome des traces de l’incendie de Néron[4]. — Des motifs personnels engagèrent aussi Domitien à entreprendre de grands travaux publics : maître absolu de l’empire, se regardant comme un dieu, il voulait des demeures dont l’éclat répondit à sa puissance et frappât l’esprit de ses sujets ; restaurateur de l’ancienne religion romaine, il devait élever aux dieux des temples magnifiques. Il lui fallait des monuments pour rappeler à la postérité ses prétendues victoires. Orgueilleux et jaloux[5], il désirait surpasser ses prédécesseurs par le luxe de ses constructions comme pour tout le reste[6]. Ses contemporains le considérèrent comme possédé de la maladie de bâtir, et Plutarque le comparait à Midas, dont les mains transformaient tout en or[7]. — Domitien pouvait du reste satisfaire cette passion sans peine : il disposait à son gré de toutes les ressources de l’empire[8] ; il vivait dans un temps où les arts étaient florissants à Rome. Le plus célèbre des monuments élevés par Domitien fut le temple
de Jupiter Capitolin[9], brûlé en 80, dix
ans à peine après l’incendie qui avait précédé l’entrée des Flaviens dans
Rome. Titus en avait déjà décidé la réédification[10]. Les énormes
soubassements qui dataient de Tarquin l’Ancien et dont des vestiges ont été
retrouvés récemment sur la partie méridionale de la colline, dans les jardins
du palais Caffarelli[11], furent
conservés comme dans les reconstructions précédentes[12], et le plan
primitif du temple ne fut pas changé. Mais Domitien fit décorer l’édifice avec
une grande magnificence : Tous les biens du plus riche particulier de Rome,
dit Plutarque[13],
ne suffiraient pas pour en payer la dorure : elle
a coûté plus de douze mille talents. Les portes et la toiture étaient
en effet en bronze doré[14]. Les colonnes
corinthiennes étaient faites en marbre pentélique. Plutarque raconte qu’il
vit ces colonnes à Athènes : leur hauteur et leur diamètre étaient alors dans
la plus exacte proportion ; mais à Rome, elles furent retaillées et repolies,
ce qui les fit paraître trop grêles. Le temple était hexastyle[15]. On a retrouvé
quelques fragments des colonnes[16]. Le fronton,
dont nous possédons plusieurs reproductions sommaires[17], représentait,
non pas une action, comme sur les temples grecs, mais une assemblée des
principales divinités de Rome disposées symétriquement[18] : au centre,
Jupiter (au-dessous duquel est un aigle),
Junon et Minerve assis[19] ; à droite (pour le spectateur),
Mercure, Esculape, Vesta, le Soleil sur un bige[20], trois figures
qu’il est difficile d’identifier (Vulcain et deux forgerons ?)[21], et le Tibre ; à
gauche, un enfant dont le nom n’est pas certain[22], Domitien dut aussi reconstruire les autres édifices qui se trouvaient dans l’enceinte du temple de Jupiter Capitolin et qui avaient été brillés en même temps que lui[27]. Il y éleva, dans l’enceinte même du temple, un vaste sanctuaire à Jupiter Custos. Déjà, du vivant de son père, il avait fait abattre le logement du garde où il s’était caché pendant la prise du Capitole, et bâtir un sanctuaire à Jupiter Conservateur, avec un autel dont les bas-reliefs représentaient son aventure[28]. Quand il fut devenu empereur, il remplaça le sanctuaire par un temple et consacra sa propre image entre les bras du dieu auquel il rapportait son salut[29]. — La cabane de Romulus, située aussi dans l’enceinte du temple de Jupiter Capitolin, fut restaurée par Domitien[30]. Domitien, quand il vivait à Rome, habitait sur le Palatin[31]. L’architecte Rabirius[32] y éleva un palais à la construction duquel plusieurs années furent employées et qui fut terminé vers 92[33]. Les contemporains en firent des descriptions enthousiastes et ridiculement déclamatoires : Tu peux rire, César, dit Martial (VIII, 36), des royales merveilles des pyramides : la barbare Memphis a cessé désormais de vanter ces monuments orientaux. Que sont de tels édifices auprès de la demeure du Palatin ? Dans le monde entier, le jour ne voit rien de plus beau. On dirait les sept collines de Rome s’élevant les unes sur les autres ; Pélion, monté sur Ossa, fut moins haut. Ton palais perce le ciel ; il se perd au milieu des étoiles brillantes ; la foudre éclate au-dessous de son calme sommet. Phébus, encore caché à tous, l’éclaire de ses feux avant que Circé aperçoive le visage de son père. Cette demeure, César, dont le faîte atteint les astres, vaut le ciel, mais elle ne vaut pas son maître. — Stace écrit de son côté (Silves, IV, 2, 18-31) : C’est un palais auguste, immense, orné, non de cent colonnes, mais d’autant qu’il en faudrait pour soutenir les dieux et le ciel et pour laisser quelque répit à Atlas ; le temple voisin de Jupiter l’admire, et les dieux sont heureux de te voir dans un séjour qui vaut le leur, car ainsi tu te hâteras moins de monter au ciel : tant est imposante la masse de ce palais, tant est vaste l’espace que sa cour occupe, tant ses murs s’élèvent dans les airs ! Et cependant combien il est plus petit que son maître dont la présence le remplit et dont le puissant génie le protège. Là rivalisent les marbres de Libye, de Phrygie, de Chios, des îles de la mer Ægée, les granits de Syène ; le marbre de Luni ne sert qu’à supporter les colonnes. Au-dessus, les regards fatigués peuvent à peine atteindre le faîte de l’édifice et croient voir les lambris du ciel doré. — Plutarque disait (Poplicola, 15) qu’un seul des portiques, des salles, des bains ou des appartements réservés aux femmes dans le palais de Domitien suffirait à donner une idée de la manie de bâtir dont ce prince était possédé. Dans les ruines du Palatin, trois édifices, orientés de même et présentant les mêmes particularités de construction, semblent avoir été élevés ou restaurés à l’époque de Domitien : ce sont ceux qu’on appelle le palais d’Auguste, le palais des Flaviens et le stade. Le palais d’Auguste, représenté sur deux fragments de Le palais des Flaviens, exploré au seizième siècle[40], puis au dix-huitième (par Fr. Bianchini)[41] et déblayé de nos jours par P. Rosa[42], se trouve au nord-ouest du palais d’Auguste. Pour l’élever, on a comblé une petite vallée qui séparait le mont Cermalus (palais de Tibère) du Palatin proprement dit (villa Mills). Je n’ai pas à insister sur la description de cette ruine célèbre[43]. Je rappelle seulement que le devant du palais, dont la face est tournée vers l’arc de Titus[44], est occupé par trois grandes salles : dans l’une, avaient lieu les réceptions solennelles ; dans la deuxième, l’empereur rendait la justice ; la destination de la troisième n’est pas certaine. Par derrière s’étend une cour entourée de colonnes, d’une surface de plus de trois mille mètres carrés, à droite et à gauche de laquelle il y a des séries de petites salles. Au delà, est située une salle que l’on appelle en général le triclinium : elle est flanquée de deux nymphées, ornées autrefois de fontaines, de statues, de colonnades[45]. Toutes les salles sont décorées avec magnificence : on y voit les marbres les plus rares ; les fragments d’architecture qui existent encore sont d’une ornementation très riche, surchargée même[46] ; de belles statues y ont été découvertes[47]. — Ce palais, qui est plutôt un édifice d’apparat qu’une maison d’habitation, a été élevé d’un coup, comme le prouve la symétrie parfaite de toutes ses parties[48] ; il paraît, conformément à l’opinion courante, dater de l’époque flavienne. On y a trouvé des marques de briques de cette époque[49] ; le système de construction et de décoration semble aussi indiquer à peu près la fin du premier siècle[50]. Ce peut donc être spécialement à cet édifice que se rapportent les vers de Martial et de Stace. Devant ce palais se dressait peut-être une statue colossale de l’empereur : des vers de Martial semblent l’indiquer[51]. Le stade, qui n’est mentionné que par un seul teste ancien[52], a laissé de
belles ruines[53]
: il mesure En contrebas de la maison d’Auguste, au sud-ouest, se trouve la demeure des pages[59], qui pourrait bien avoir été construite ou restaurée à la fin de l’époque flavienne, à en juger d’après les marques de briques trouvées dans cet édifice[60]. Derrière la demeure appelée improprement maison de Livie, au nord-ouest du palais des Flaviens, ont été découverts des tuyaux de plomb avec les marques suivantes[61] : a) Imp(eratoris) Domitiani Caesar(is) Aug(usti) ; sub cura Eutychi l(iberti), proc(uratoris), fec(it) Hymnus, Caesar(is) n(ostri) serv(us). b) Iuliae Aug(ustae). Ils ont été posés à l’époque de Domitien, et prouvent qu’alors cette petite maison, célèbre par les belles peintures qu’on y a trouvées, appartenait à Julie, fille de Titus et maîtresse de l’empereur, son oncle. Du reste, construite en petit opus reticulatum de tuf, elle n’appartient pas à l’école flavienne, mais à peu près aux derniers temps de la république ; elle est, en tout cas, antérieure au comblement de la vallée centrale du Palatin, au-dessus de laquelle s’éleva le palais des Flaviens. Elle se trouve à un niveau inférieur de plusieurs mètres à celui de ce palais, dont les fondations ont intercepté une de ses issues[62]. Quant aux peintures, elles semblent dater de l’époque d’Auguste au plus tard[63]. Il est possible que Domitien ait restauré le temple d’Apollon Palatin. Martial dit en parlant des constructions ou des restaurations de cet empereur[64] : Quid loquar Alciden, Phœbumque piosque Laconas. L’emplacement de ce temple fameux doit peut-être être cherché sur la hauteur de S. Sebastiano, au sud de l’arc de Titus[65]. Philostrate[66] parle de jardins, appelés jardins d’Adonis[67], qui se trouvaient dans le palais de l’empereur Domitien. Leur emplacement est inconnu, et il est fort douteux qu’il faille les identifier avec le grand édifice appelé Adonaæ du plan de Rome[68]. Les tuyaux de plomb trouvés dans le palais d’Auguste et dans la maison de Julie rendent assez vraisemblable l’opinion que Domitien fut le premier empereur qui amena l’eau de l’Aqua Claudia au Palatin[69]. Peut-être des réservoirs dont l’existence a été constatée au nord-est du stade, sous le couvent de S. Bonaventura, ont-ils été construits à cette époque[70]. L’aspect du forum romain fut en partie modifié sous Domitien. Au pied du Palatin, il restaura le temple de Castor[71], sans doute endommagé par l’incendie de Néron ; cependant, les trois colonnes qui sont, avec le stybolate et une petite partie des escaliers, les seuls restes de ce temple, ne semblent pas, si l’on en juge par leur style, remonter à l’époque de Domitien, mais à celle de Tibère sous lequel cet édifice fut reconstruit[72]. Contre le temple de Castor, fut élevé un sanctuaire à Minerve, la déesse favorite du prince, sanctuaire qui était aussi voisin du temple d’Auguste, situé au bas du Palatin[73]. C’est, semble-t-il, l’édifice qui est souvent mentionné dans les diplômes militaires à partir de Domitien[74]. Au-dessous du Capitole fut construit, par ordre du Sénat, un temple à Vespasien divinisé[75], temple qui est mentionné dès l’année 87[76] ; on y adora aussi Titus[77]. Sur le fronton était gravée l’inscription suivante[78] : Divo Vespasiano Augusio S(enatus) P(opulus)q(ue Romanus). Les ruines en existent encore : trois belles colonnes corinthiennes cannelées, en marbre, d’une hauteur de 15m,20[79], soutiennent les restes d’un entablement richement orné[80]. Ces restes sont, d’après leur style, de l’époque de Domitien. Une restauration faite sous Septime Sévère semble avoir été peu importante ; la partie de l’inscription qui le concerne fut gravée sur l’ancienne architrave, martelée à cet effet pour former une surface. Derrière s’étend la cella, au fond de laquelle on voit les vestiges d’un grand piédestal, destiné à porter les statues des deux empereurs. Du côté nord, la curie fut restaurée ou reconstruite[81] : elle est représentée sur un des deux bas-reliefs du temps de Trajan, retrouvés sur le forum romain[82]. C’est un monument très élevé au-dessus du forum avec lequel il communique par un escalier ; il est figuré avec cinq colonnes, ce qui est nécessairement inexact : il devait en avoir six. — Le chalcidicum, annexe de la curie[83], semble avoir été aussi restauré et avoir pris depuis lors le nom de Chalcidicum ou Atrium Minervæ[84]. Il devait se trouver sur l’emplacement actuel de l’église de S. Martina[85]. Enfin, au milieu de la place, le Sénat fit élever à la fin
de 89, après le double triomphe sur les Daces et les Cattes[86], une statue
colossale en bronze de l’empereur. Martial la mentionne[87] et Stace a
consacré la première de ses Silves à la décrire. Domitien , vêtu d’un
paludamentum et ceint d’une épée, était représenté à cheval, foulant le Rhin.
Son regard était tourné vers,-le temple de Jules César et la demeure des
Vestales ; à sa gauche, il avait la basilique Emilienne ; à sa droite, la
basilique Julienne ; derrière lui, le temple de Les deux célèbres bas-reliefs trouvés sur le forum romain en 1872 ne peuvent représenter (comme l’ont cru MM. Visconti et Cantarelli)[89] deux actes publics de Domitien. Ainsi que l’a fait remarquer M. Hülsen[90], il est impossible d’admettre qu’on ait laissé subsister en cet endroit des monuments d’un empereur dont la mémoire a été si rigoureusement condamnée. Au nord du forum romain, Vespasien avait élevé le temple
de Sur L’immense amphithéâtre Flavien, dont Auguste déjà projeta
la construction, avait été commencé par Vespasien et continué par Titus, ce
fut Domitien qui le termina[110] : il avait pourtant
été inauguré dès 80[111]. — Près de là
furent construites de nouvelles écoles de gladiateurs[112], et peut-être
un magasin destiné à recevoir les décors et les accessoires qui servaient aux
spectacles publics[113]. Domitien
acheva aussi ou restaura la Meta Sudans[114], château d’eau
dont la ruine informe se voit encore entre le Colisée et l’arc de Constantin
: ce monument figure déjà sur une monnaie de Titus de l’année 80[115]. On a retrouvé
des tuyaux de plomb qui conduisaient l’eau de l’Aqua Claudia à Les thermes de Titus, voisins aussi de l’amphithéâtre, avaient été construits rapidement par le fils aîné de Vespasien et inaugurés en 80[117] : Domitien les acheva[118]. Ils prirent plus tard le nom de Trajan, qui les fit rebâtir[119] ; mais l’expression thermæ Domitianæ se trouve encore au moyen âge[120]. De grandes constructions furent faites sur le champ de Mars, qui avait beaucoup souffert de l’incendie de 80. Domitien y réédifia, au début de son règne, le double temple d’Isis et de Sérapis[122], que de nombreuses trouvailles faites depuis plusieurs siècles près de l’église Santa Maria sopra Minerva permettent de reconstituer à peu près[123]. L’architecture en était à la fois gréco-romaine et égyptienne. On y entrait par des propylées, constructions pyramidales ornées d’obélisques, on suivait ensuite une avenue bordée de sphinx, de lions, etc., au bout de laquelle s’élevait le double temple, de style égyptien, avec des colonnes de granit, des figures colossales, des obélisques. A l’intérieur, les parois étaient couvertes de bas-reliefs et d’hiéroglyphes. L’enceinte du lieu sacré était formée par un portique gréco-romain[124]. Auprès du temple d’Isis fut élevé le temple de Minerva Chalcidica[125], dont le souvenir s’est conservé dans le nom de la vieille église de Santa Maria sopra Minerva[126]. La statue de la déesse se voit encore au musée du Vatican : c’est la célèbre Minerve Giustiniani[127]. Dans le Champ de Mars, Domitien restaura le Panthéon[128], endommagé dans l’incendie de 80 ; les autres monuments touchés par cet incendie furent réparés dès la fin du règne de Titus, qui montra une grande activité à relever les ruines, ou au début du règne de Domitien : le théâtre de Pompée est mentionné par Martial dès 84-85 (XIV, 29 et 166), les Septa dès 85-86 (II, 14, 5 ; II, 57, 2), les thermes d’Agrippa dès 87-88 (III, 20, 15 ; III, 36, 6). Le vieux portique de Minucius fut aussi restauré[129]. — Domitien fit encore construire un portique en l’honneur des empereurs divinisés[130], monument dont l’emplacement est inconnu. Enfin, il éleva un Odéon et un Stade pour les concours musicaux et athlétiques des jeux capitolins qu’il fonda. L’Odéon, qui contenait plus de dix mille places[131], semble avoir été terminé ou restauré sous Trajan, par le célèbre architecte Apollodore de Damas[132]. C’était un des plus beaux monuments du champ de Mars : l’empereur Constance II l’admira à son entrée dans Rome[133] ; au cinquième siècle, Polemius Silvius le mettait parmi les sept merveilles de la ville[134]. On ignore son emplacement exact[135]. Le Stade correspond à la grande place Navone, qui on a conservé la forme et le nom (in agone)[136]. Restauré plus tard par Alexandre Sévère, il pouvait contenir plus de trente mille spectateurs[137]. Prés de la porte triomphale, dans le voisinage du Circus Flaminius, Domitien Il peut-être construire, au retour d’une de ses expéditions, un temple à la Fortuna Redux[138]. Après l’expédition suévo-sarmate, en 93, il éleva, auprès de ce temple, un arc de triomphe sur le faîte duquel on voyait deux quadriges d’éléphants conduits par deux figures dopes représentant l’empereur[139]. Sur d’autres points de Rome, des monuments importants furent
encore élevés. Au lieu où il était né, dans la sixième région, l’empereur
édifia un magnifique mausolée, destiné à servir de lieu de sépulture aux
membres de sa famille, le templum gentis Flaviæ[140]. Vespasien[141], Julie et
Domitien[142]
y furent certainement ensevelis ; sans doute aussi Titus, ainsi que le César,
fils de Domitien. Ce temple fut achevé peu avant l’année 94, date de la
publication du livre IX de Martial, dans lequel il est fréquemment mentionné[143]. Peut-être le
lieu où il devait s’élever fut-il consacré dès l’année 89, comme semblerait
l’indiquer un vers de Stace[144]. Cet édifice
est aujourd’hui complètement détruit : cependant on peut dire où il s’élevait.
Dans Sur l’Esquilin (place Victor-Emmanuel) existent encore les ruines d’un château d’eau antique, ruines qualifiées sans raison de trophées de Marius[148]. La maçonnerie de cet édifice semble d’une époque assez basse ; mais il était orné de deux trophées que Sixte-Quint fit transporter sur la balustrade du Capitole, au sommet de l’escalier qui mène à la place : on les y voit aujourd’hui[149]. Sous l’un des deux fut trouvée l’inscription suivante : Imp(eratoris) Dom(itiani) Aug(usti) Ger(manici) per Cre[scentem ?] lib(erium)[150]. Ces sculptures faisaient-elles partie de la décoration d’un château d’eau construit par Domitien et restauré dans la suite[151] ? Ou furent-elles transportées là, d’un édifice construit par cet empereur en souvenir de ses prétendues victoires ? A est difficile de le dire. A en juger d’après leur style, elles semblent d’une époque postérieure à Domitien[152]. Le grand cirque qui, sous Vespasien, avait déjà deux cent cinquante mille places[153], semble avoir été en partie modifié à la suite d’un incendie[154]. Comme Domitien ajouta deux factions aux quatre qui existaient auparavant (voir plus loin), il fut nécessaire d’établir douze portes pour les chars, au lieu de huit. Ce prince semble avoir fait aussi construire une loge impériale ; Pline loue Trajan de l’avoir supprimée[155]. Enfin, le nombre des places fut peut-être augmenté. Ces travaux furent achevés sous Trajan[156]. Sur la rive droite du Tibre, Domitien creusa un vaste bassin pour les naumachies, bassin qui fut détruit peu de temps après[157]. Nous ignorons le lieu où furent élevés d’autres édifices de Domitien, les deux temples de Junon[158], les Semptem Atria[159]. Un si grand nombre de Jani, d’arcs de triomphe, commémorant les guerres de Domitien, furent construits dans Rome, qu’un jour une main inconnue écrivit sur l’un d’eux : άρxεξ (c’est assez)[160]. Une médaille de l’année 85 nous montre une porte triomphale à deux arches, richement décorée de reliefs et surmontée de deux quadriges d’éléphants, conduits chacun par une figure de l’empereur[161]. Nous avons déjà vu que Martial décrit un monument semblable élevé près la porte triomphale à la suite de l’expédition suévo-sarmate, en 93. Après le meurtre de Domitien, la plupart de ces arcs furent renversés[162]. Domitien s’occupa aussi du bien-être de la population de
Rome. De nouveaux greniers publics furent bâtis[163]. Les aqueducs
furent entretenus avec soin. On a conservé une inscription de 88[164] dans laquelle
un entrepreneur de constructions remercie En 92, un édit ordonna l’enlèvement de toutes les Boutiques et échoppes en bois qui, placées devant les maisons, rétrécissaient les rues et causaient des incendies[170]. A côté des édifices construits par Domitien à Rome, nous devons mentionner le palais d’Albano[171], où il aimait à séjourner[172]. On en a retrouvé des restes dans la villa Barberini, entre la voie Appienne et le lac d’Albano, le village d’Albano et celui de Castel Gandolfo. Le palais de l’empereur, dont quelques substructions se voient encore, s’élevait dans un site splendide, au-dessus de quatre terrasses disposées en étages[173], et sur la cime du cratère qui enferme le lac[174]. On découvre de là toute la campagne romaine, les lacs d’Albano, de Nemi, les montagnes albaines, celles de la Sabine[175]. Aux alentours se voient les ruines d’un théâtre[176], d’un amphithéâtre[177], d’un temple antique[178]. Le lac tout entier était entouré de tillais, de portiques, de loges, de nymphées[179]. Entre Rome et la villa d’Albano, au huitième mille de la voie Appienne, fut construit un temple d’Hercule : le dieu était représenté sous les traits de l’empereur[180]. Domitien avait aussi à Tusculum une villa somptueuse sur les ruines de laquelle la plus grande partie de la ville actuelle de Frascati est construite[181]. Nous connaissons d’autres villas habitées par cet empereur à Antium[182], à Gaëte[183], à Circéi[184], à Anxur[185], à Baies[186]. Domitien fut, après Auguste, le prince qui modifia le plus l’aspect de Rome. Mais ces constructions contribuèrent à épuiser ses ressources[187] et causèrent les confiscations iniques qui marquèrent la fin de son règne. DEUXIÈME PARTIE. Afin de se concilier la faveur du peuple, qui considérait les jeux comme une dette du prince envers lui et montrait pour ces divertissements une passion violente[188], Domitien donna à Rome un grand nombre de fêtes[189]. Il suivit à cet égard l’exemple de son père et de son frère[190] : il fallait faire oublier Néron à la foule, qui regratta longtemps cet empereur prodigue. Lui-même semble avoir eu beaucoup de goût pour les jeux : ce fut pour son plaisir personnel qu’il en institua à Albe et qu’il fit probablement construire un stade sur le Palatin. Sous ce prince, qui acheva le Colisée et construisit les écoles de gladiateurs, les jeux de l’amphithéâtre furent nombreux et brillants. Nous avons vu qu’il décida que des combats de gladiateurs seraient célébrés régulièrement tous les ans, au mois de décembre, par les questeurs désignés. Pour rehausser l’éclat de ces tètes, il y assistait toujours et y faisait paraître, sur la demande du peuple deux couples de gladiateurs, instruits dans ses écoles : ils combattaient les derniers, revécus de la livrée impériale |