LES AUGUSTALESLes historiens de la république romaine ne nous offrent
sur la constitution des municipes que des renseignements vagues et
incomplets. Les historiens de l’empire ne sont guère plus explicites à cet
égard ; et lorsqu’au quatrième siècle de notre ère, le Digeste et les Codes
nous présentent la curie comme un système régulier d’oppression financière,
sévèrement maintenu par le pouvoir au profit du pouvoir, on se demande par
quelles révolutions les libertés municipales sont ainsi venues s’anéantir
sous cette inflexible servitude[1]. On sent bien que
l’Italie, que La question des Augustales n’est pas agitée ici pour la première fois. Plusieurs savants l’ont examinée avant nous, entre autres le cardinal Noris, Morcelli, O. Marini, et tout récemment M. Orelli[2], qui, sans cloute, l’eussent résolue d’une manière définitive, s’ils eussent embrassé dans leurs recherches tous les documents nécessaires, et entrepris ces recherches avec un esprit libre de toute préoccupation. C’est ce que nous essayerons de faire, après avoir ainsi rendu brièvement mais sincèrement justice à des maîtres éminents qui nous ont ouvert le chemin, et dont nous venons à la fois étendre et rectifier les découvertes. Pour simplifier notre tâche et celle du lecteur, on nous permettra d’exposer, sans discussion, autant qu’il se pourra, les résultats d’une longue étude : l’évidence devra sortir de l’ordre seul et de la valeur de nos preuves. § 1. - Anciennes divisions municipales de Rome. - Ancien culte des dieux Lares.On sait que Rome était déjà divisée sous la république en
régions et en quartiers ; que des jeux accompagnés de sacrifices se célébraient
tous les ans dans les compita ou
carrefours, où s’élevaient des chapelles, des autels consacrés aux dieux
Lares, à la mère des dieux Lares, Stata
Mater, qu’on pourrait appeler ...
Cœsar, triplici invectus romana triumpho Mœnia,
Dis Italis votum immortale sacrabat, Maxima
ter centum totam delubra per Urbem. Laetitia ludisque viæ plausuque fremebant[5]. Des
lors la flatterie commence à mêler le nom du prince à celui des dieux honorés
dans ces fêtes populaires. L’an 726, Octave reçoit du sénat le nom d’Auguste[6], et l’on peut sans
invraisemblance rapporter à cette époque quelques-unes des dédicaces Laribus Augustis si fréquentes sur les marbres.
Mais, après la mort de Lepidus, en 741, et le passage du souverain pontificat
aux mains d’Octave, nous trouvons des renseignements précis sur cette espèce
de culte indirect qui associait aux vieilles divinités du Latium la divinité
de César, éludant ainsi la répugnance que ce prince montra toujours à se voir
adorer comme un immortel dans la capitale du monde[7] ; nous voyons naître
une réforme à la fois religieuse et municipale, qui, partant de Rome, doit
bientôt embrasser la moitié du monde soumis aux Romains. § 2. - Nouvelle division municipale de Rome.Dion Cassius écrit sous la date de 746 : Les quartiers de Rome furent confiés à des administrateurs (στενώπαρχοι) gens du peuple, qui pouvaient, en certains jours de l’année, prendre la robe de magistrat, et se faire accompagner de deux licteurs dans la circonscription de leurs quartiers respectifs. On mit aussi sous leurs ordres les esclaves attachés aux édiles pour la répression des incendies. Les quatorze régions de la ville furent partagées au sort entre ces magistrats, les tribuns et les préteurs, et ce régime dure encore. Suétone, plus précis, aux dates près : Auguste divisa la ville en régions et en quartiers (in regiones vicosque) ; et il établit que les régions seraient soumises à un magistrat désigné par le sort, les quartiers à des magistri, hommes du peuple, choisis dans le voisinage. Pour la répression des incendies, il imagina un service de nuit et un corps de vigiles[8]. Ces deux témoignages diffèrent sur deux points qu’il faut éclaircir. 1° Sur la manière dont les magistri vicorum étaient désignés. Dion semble dire[9] qu’ils l’étaient par le sort, comme les préteurs et les tribuns préposés aux régions. Suétone distingue nettement et avec raison, je crois. En effet, les préteurs et les tribuns, en général les magistrats de Rome, formaient une classe dans laquelle on pouvait, sans inconvénient, laisser au sort le choix des personnes. De tout temps, sous la république, les provinces étaient tirées au sort entre les consuls et les préteurs sortant de charge. Mais tirer au sort e plebe (έx τοΰ δήμον, Dion Cassius) les magistri vicorum, n’était-ce pas évidemment s’exposer aux choix les plus ridicules et les plus dangereux ? Les chefs de quartiers étaient donc nommés par une autorité supérieure, soit celle des chefs de régions, soit celle du préfet de la ville ou de l’empereur lui-même. 2°
Ces esclaves attachés aux édiles et commis à la diligence des chefs de
quartier, suivant Dion Cassius, pour la répression des incendies, sont-ils
les mêmes que ces vigiles chargés, selon Suétone, d’un service de nuit ? Dion
Cassius va nous aider à répondre, en nous fournissant une date que Suétone a
négligée, suivant son usage. Dion nous apprend qu’en 758 l’empereur, pour
remédier aux ravages souvent renouvelés des incendies, constitua, d’abord
provisoirement, sept corps de troupes commandés par un chevalier, et entre
lesquels il partagea la surveillance des quatorze régions ; puis, qu’ayant
reconnu la nécessité de cette nouvelle milice, il la conserva[10]. En effet, les
monuments en attestent l’existence plusieurs siècles après. C’est donc à
cette seconde fondation que doit se rapporter le texte de Suétone. Le premier
essai[11] indiqué par le
premier texte de Dion Cassius n’ayant pas suffi à la répression des incendies
qui dévastaient Rome, Auguste y pourvut par une institution plus spéciale,
plus efficace, et qui a mérité de survivre à son fondateur. Quant au costume de magistrats (έσθής άρχιxή) que Dion accorde aux quarteniers, c’est évidemment la prœtexta qu’ils portaient déjà sous la république, pendant la célébration des Compitalia, comme le prouvent Cicéron et. Tite-Live, cités plus haut. Reste le privilège d’avoir deux licteurs en certaines occasions, privilège qui se rapporte sans cloute aux mêmes jours de l’année, et qu’on peut admettre comme très vraisemblable, sur le seul témoignage de l’historien grec. Maintenant, s’il y avait quatorze régions et autant de chefs à la tète de ces arrondissements de l’ancienne Rome, combien y avait-il de vici ? combien de magistri vicorum ? Pline va répondre à la première question ; les monuments répondront à la seconde. Selon Pline[12], Rome avait, du temps de Vespasien, 265 quartiers ; et ce nombre est assez bien confirmé par ce que nous apprennent les auteurs d’anciennes descriptions de Rome, connus sous le, nom de Régionnaires. A travers toutes les variantes que nous offrent Rufus (incomplet pour les cinq dernières régions), P. Victor et le Curiosus urbis Roma, on retrouve toujours un total qui dépasse deux cents. La même induction peut se tirer d’une longue dédicace adressée à l’empereur Hadrien[13] par les magistrats municipaux des quatorze régions, et vulgairement désignée par le nom de Base Capitoline. Cinq régions seulement figurent sur ce monument avec les noms de leurs quartiers, et ceux de leurs magistrats de premier ou de second ordre. La moyenne fournie par cette liste conduit également à un total de plus de deux cents quartiers pour les quatorze régions. Mais ces divers textes nous apprennent d’autres détails
importants : d’abord, en ce qui concerne les chefs de régions. Sur IMP. CÆSARI. — TRAIANO HADRIANO. — MAGISTRI VICORVM VRBIS REGIONVM XIIII. Ce qui prouve encore qu’ils appartenaient à la même classe du peuple, et que leur chef supérieur, tribun, préteur ou questeur, n’était pour rien dans cet humble hommage à César. Ces grands dignitaires de l’empire n’avaient donc, sur les régions de Rome, qu’une haute surveillance, sans titre spécial. Marc-Aurèle, le premier, régularisa cette surveillance, en y attachant d’ailleurs un droit de juridiction positive, qu’Alexandre Sévère confia plus tard à quatorze consulaires[15]. Il y aurait ainsi une grave confusion dans Rufus et P. Victor, si, en attribuant, comme ils le font, à chaque région deux curatores et deux denunciatores, ces auteurs avaient mis sur la même ligne le magistrat chargé de la haute surveillance, et le plébéien auquel était commise l’administration active des régions. Mais il est plus probable qu’à l’époque où ces auteurs rédigeaient leur manuel, véritable Indicateur des rues de Rome, comme nous avons des Indicateurs des rues de Paris ; le nombre des curateurs avait doublé comme celui de leurs officiers, et que le nom du magistrat supérieur était omis d’ordinaire, ce magistrat ayant d’ailleurs une dignité indépendante de la charge qui l’attachait à telle ou telle région. Quoi qu’il en soit de cette question accessoire, le
témoignage des Régionnaires et celui de Partout le nombre des magistri est quadruple de celui des quartiers. Il y avait donc quatre magistri par vicus, total, 1060 magistri pour les 265 vici. Leur condition est bien celle que nous ont indiquée plus haut nos deux historiens ; elle n’est pas cependant la plus humble parmi le peuple ; ce sont presque toujours des affranchis, très rarement des esclaves[16]. Mais comme les magistri fontium, dont on trouve également de fréquentes mentions sur les marbres[17], ils ont sous leurs ordres un nombre égal de ministri, toujours choisis dans la classe des esclaves, et compris néanmoins, malgré la bassesse de leur état, dans l’organisation officielle de cette hiérarchie municipale, puisqu’ils figurent après les magistri, et quelquefois seuls, sur un certain nombre de monuments[18] ; puisque, comme les magistri, ils ont le privilège d’être appelés deux et trois fois aux mêmes fonctions[19]. Les maîtres et les esclaves constituent un véritable collège qui a ses fastes et son album comme tant d’autres corporations[20]. Ils se désignent eux-mêmes sur les monuments par une date comptée à partir de la fondation de leur collège ; et toutes les fois qu’au chiffre se trouvent joints les noms des consuls, ces noms se rapportent naturellement à la date indiquée par Dion Cassius. Nous allons réunir ici tous les exemples que nous avons pu rencontrer de cette, notation particulière.
On
voit que la première année de cette ère, qui paraît être restée inconnue aux
chronologistes modernes, suit immédiatement celle où Dion place la création
de la nouvelle municipalité romaine. L’historien grec est donc ici en parfait
accord avec les monuments, car le système administratif fondé en Mais il est temps de considérer cette institution sous un autre point de vue. § 3. - Restauration du culte des dieux Lares à Rome.Les deux premiers monuments que nous rencontrons dans les fastes des magistri, et celui de l’an L, sont des dédicaces à Stata Mater, ou à la mère des dieux Lares ; celui de l’an CVII est une dédicace Laribus Augustis et geniis Cœsarum ; un autre monument, de l’an 754 de Rome, contient la consécration des statues des Lares Augusti par quatre magistri[23]. Plusieurs autres dédicaces du même genre, et sans date, portent également Laribus Augustis[24]. L’une de ces dernières est faite par quatre magistri reg. I, vico III ararum, sur l’ordre d’un préteur[25]. Ne reconnaît-on pas aussitôt l’ancien culte des dieux Lares, qui se confond avec celui de l’empereur dans les attributions à la fois municipales et religieuses des magistri vicorum ; sous la tutelle des magistrats tirés au sort pour l’administration des quatorze régions ? La réforme de l’an 746 avait donc un double caractère : elle restaurait le culte des dieux Lares, et l’associait, comme sous l’ancienne république, aux fonctions des chefs de quartiers. Le caractère religieux de cette réforme montre en même temps qu’elle se place très bien après la mort de Lépidus, époque où Auguste s’occupa plus directement des affaires de la religion. Les témoignages d’Ovide et de Suétone viennent à propos confirmer ici l’autorité déjà bien explicite des monuments. Parmi les fondations d’Auguste, souverain pontife, Suétone signale deux fêtes annuelles des dieux Lares, dont l’une avait lieu au printemps, l’autre en été : Compitales Lares ornari bis anno instituit, vernis floribus et œstivis. Ovide le commente en vers dans ses Fastes[26] : Les calendes de Mai ont vu élever un autel aux Lares protecteurs et consacrer leurs petites statues. Déjà Curius l'avait fait autrefois ; mais le temps n'épargne rien, et la pierre elle-même subit les atteintes de la vétusté. Le surnom qui fut donné à ces dieux quand on établit leur culte vient de ce qu'ils protègent du regard tout ce qui nous appartient. Ils veillent aussi pour nous, président à la sûreté des murs ; partout présents, partout prêts à porter secours. À leurs pieds se tenait un chien, taillé dans la même pierre; pourquoi ce chien avec le Lare? L'un et l'autre gardent la maison, l'un et l'autre sont fidèles au maître ; les carrefours plaisent au dieu, au chien plaisent les carrefours. Le Lare et la meute de Diane harcèlent et chassent les voleurs ; vigilants sont les chiens, et vigilants les Lares. Je cherchais les statues de ces dieux jumeaux, ruinées à la longue par les années ; la ville aujourd'hui possède mille Lares et le génie du chef qui nous les a donnés ; chaque quartier adore trois divinités. Mais je m'égare ; ce sujet, c'est le mois d'Auguste qui doit m'appeler à le traiter ; en attendant... Ainsi, le poète cherchait dans Rome les anciennes statues des dieux Lares, avec le chien fidèle ordinairement couché à leurs pieds ; et, au lieu de ces statues vénérables dans leur caducité, il trouve à Rome mille dieux Lares, dans chaque quartier trois divinités, les deux Lares et le génie du prince qui a donné à Rome ces divinités protectrices. Enfin il s’arrête au moment de louer Auguste ; le mois d’août (qu’il n’a jamais écrit) lui en réserve une occasion plus légitime. Pour commencer par la fin de ce curieux commentaire, la fête clés Lares avait donc deux fois place dans le calendrier romain, une fois au mois de mai, c’est-à-dire au printemps ; une autre fois au mois d’août, en été : c’est bien ce qu’indiquait Suétone : bis anno—vernis floribus et œstivis. Les trois divinités adorées dans chaque vicus sont d’abord deux Lares, et ensuite lé génie de César, qu’on trouve en effet associé à ces petits dieux dans une foule d’inscriptions contemporaines ou plus récentes ; et cela avec des variantes de flatteries dont nous négligeons le détail[27]. Les chapelles où sont réunies ces trois statues sont les œdiculœ que, dans les Régionnaires, on trouve précisément en nombre égal à celui des quartiers ; 265 chapelles, à trois statues par chapelle, font un total de 795, que le poète arrondit pour le faire entrer dans son vers[28]. Virgile avait déjà dit tercentum delubra, par une hyperbole aussi excusable. Enfin, le dux qui a doté Rome de tous ces monuments, c’est Auguste, souverain pontife, qui vient de donner son nom au mois Sextilis[29]. Ceci nous conduit à expliquer une dernière formule qu’on trouve plusieurs fois dans les dédicaces aux dieux Lares, et dont jusqu’ici le sens était demeuré fort obscur. A la suite des noms de magistri, se lit sur quelques monuments : qui primi kalendis Augustis magisterium inierunt ; et à la suite des noies de ministri, qui primi kalendis Augustis ministerium inierunt, ou simplement, dans les deux cas, qui priori inierunt[30]. Or, aucun de ces monuments ne portant une date certaine, on peut admettre que des fonctionnaires qui y sont nommés sont en effet les premiers qui entrèrent en exercice l’an de Rome 747. Que si l’on découvrait un monument qui offrît la même particularité avec une date postérieure à 747, il serait facile d’en conclure qu’une partie des chefs de quartiers entraient en fonction au mois de janvier, et les autres au mois d’août ; mais que cette dernière manière étant la plus honorable à cause du nom d’Augustus attaché au mois d’août, les chefs de quartiers la mentionnaient par vanité sur leurs actes publics. En attendant, un fait reste probable : c’est que l’organisation municipale de 747 fut inaugurée au mois d’août, et mise ainsi sous l’autorité religieuse de l’empereur. Un autre fait reste certain, c’est que la principale fête des dieux Lares était célébrée au mois d’août ; car ces mots d’Ovide ne peuvent avoir d’autre sens : Augustus mensis mihi carminis hujus Jus habet. C’était au mois d’août qu’il convenait d’honorer les dieux et le héros protecteurs de Rome. Si maintenant on pouvait douter du double caractère civil et religieux des chefs de quartiers, une seule inscription romaine[31] lèverait à cet égard tous les doutes. Dans cette inscription, les magistri de l’an XI attestent qu’ils ont dédié à Hercule des poids étalons, à l’usage des habitants du quartier (viciniœ, ce qui rappelle l’expression, de Suétone e plebe cujusque viciniœ). Renommés huit ans plus tard, les mêmes fonctionnaires veillaient à la conservation des poids qu’ils avaient jadis consacrés, idem tuentur anno XIX. Les inscriptions nous ont gardé d’autres preuves de la sollicitude du gouvernement romain pour ces garanties de l’ordre et de la bonne foi dans les relations commerciales[32] ; et l’on voit par cet exemple que les attributions purement civiles des magistri se mêlent à leurs fonctions religieuses. Cela nous explique comment Suétone et Dion Cassius d’un côté, et de l’autre les deux scoliastes d’Horace[33], peuvent parler des mêmes fonctionnaires, les uns en leur attribuant un office tout municipal, les autres en les représentant, comme de véritables prêtres des dieux Lares. Ils étaient à la fois prêtres et magistrats. Lès deux historiens comme les deux interprètes d’Horace n’ont dit qu’une moitié de la vérité ; les monuments seuls pouvaient nous la révéler tout entière. Continuons donc de les interroger. La divinité à laquelle s’adresse la dernière dédicace dont
nous venons de parler, est Hercule ; ce qui semble nous éloigner du culte des
dieux Lares. Mais d’innombrables exemples nous prouvent que le génie de César
n’était pas seul associé aux Lares dans le culte public. Diane, Mars, Cérès, Pour nous résumer sur ce point, Rome est divisée, depuis l’organisation de l’an 746, en quatorze régions et deux cent soixante-cinq quartiers, et, à cette division, se rattachent les fonctions municipales et religieuses de :
Qui ne voit briller dans ce résultat la profonde politique d’Auguste, inventant, comme l’a remarqué Suétone, de nouveaux offices, pour faire participer le plus grand nombre possible de citoyens romains au maniement des affaires publiques[38] ? Qui ne s’étonne en même temps que le plus consciencieux et le plus exact des historiens d’Auguste ait oublié précisément de signaler parmi tant de fondations habiles, celle qui ouvrait le plus de voies à l’ambition des citoyens de toute classé et même des esclaves ? Ainsi, dans un chapitre de sa biographie d’Auguste, Suétone nous apprend en quelques mots la nouvelle division de Rome ; dans un autre, la restauration du culte des dieux Lares et des jeux qui s’y rattachaient. Plus loin enfin, il nous parle de la création d’un préfet de Rome qui, selon Dion Cassius, précéda de plusieurs années cette organisation. Étrange façon de mutiler et de morceler l’histoire, qui nous réduit à retrouves aujourd’hui, par de simples conjectures, la date et le caractère des plus graves événements ! § 4. - Extension de la réforme municipale et du culte des dieux Lares dans l’Italie et dans les provinces.Deux ans après l’époque mémorable que nous venons de signaler, sous le consulat de C. Calvisius Sabinus et de L. Passiénus Rufus, Auguste dédiait[39] aux Lares de l’État, Laribus publicis, un monument dont l’inscription est parvenue jusqu’à nous. Laribus publicis, c’est-à-dire que les dieux Pénates, dont le culte venait d’être solennellement rétabli, ne protégeraient plus seulement le foyer du citoyen de Rome, noir plus seulement la chapelle desservie par les chefs d’un quartier, non plus la ville entière, niais l’État, mais tout le monde romain. Il semble qu’en traçant cette simple et majestueuse dédicace, Auguste prévît, annonçât les développements de son institution récente. En effet, soit qu’un édit de l’empereur ait imposé aux villes d’Italie le culte des dieux Lares, soit qu’on mouvement spontané d’imitation y ait sollicité jusqu’aux moindres municipes, on voit, du vivant même d’Auguste, se multiplier hors de Rome la magistrature et le sacerdoce des augustales. Dès l’an 755 de Rome, nous les trouvons à Pompéi[40] ; vers la même date, dans une petite ville des Falisques[41], où quatre magistri attestent, par une inscription, qu’ils ont fait les frais du pavage d’une route en l’honneur d’Auguste, père de la patrie (par conséquent après l’an 750) ; en 752, à Vérone[42] ; enfin à Bologne et à Osimo, dans le Picenum, avant l’an 767[43]. Sous le règne de Tibère, les augustales de Pouzzoles, constitués en véritable corporation, élèvent une statue à l’empereur pont- perpétuer le souvenir de sa générosité envers quatorze villes d’Asie ruinées par un tremblement de terre[44]. On peut désormais suivre les progrès de l’institution jusqu’à la fin du troisième siècle -de notre ère, d’après des monuments datés : A Véies, l’an de Rome 778 (de J.-C., 26). Orelli, n° 4046 ; A Terni, en 784 (32). Orelli, n° 689 ; A Préneste, vers la même date. Orelli, nos 1167 et 4009 ; Dans un municipe dont le nom est resté inconnu, en 798 (46). Orelli, n° 1436 ; A Naples, en 808 (56). Gruter, 9, 4 ; A Uclès, en Espagne, sous Néron. Gruter, 237, 1 ; A Alétrium, en 836 (84). Reinesius, p. 221 ; A Herculanum, avant 831 (79). Orelli, n° 610. Volum. Hercul. Diss. Isagog., I, p. 59 ; A Cère, en 865 (113). Orelli, n° 3787 ; A Tibur, en 871 (119). Gruter, 249, 5. Orelli, n° 3933 ; A Narbonne, sous Trajan et sous Hadrien. Hist. du Languedoc, Preuves, n° 2, et Orelli, n° 1238 ; A. Canusium, du temps des Antonins. Orelli, n° 2630, 3913 ; A Hipponium ou Vibo Valentia, vers le même temps. Orelli, n° 3703 ; A Bovilles, en 909 (157). Orelli, n° 3701 ; A Lépirinium, en 914 (162). Orelli, n° 4086 ; A Gabies, en 920 (168). Orelli, no 1368 ; A Bovilles, en 921 (169). Orelli, & 265 A Suessa Pométia, en 941 (189). Orelli, n° 4047 ; A Gabies, en 972 (220). Orelli, n° 3741 ; A Gaëte, sous Septime Sévère. Reinesius, p. 235 ; A Sestinum, sous le même règne. Muratori, 697, 4 ; A Véies, vers 1008 (256). Orelli, n° 108 ; Cf. 3448, 3706, 3738 ; A Casulum, en 1022 (270). Orelli, n° 3948 ; A Ostie, en 1028 (276). Reinesius, p. 484[45]. Dès l’origine, le sacerdoce augustale se montre en relation, dans les provinces comme dans la métropole, avec les fonctions municipales des chefs de quartiers[46]. Il s’en détache plus tard ; mais, dans toute la durée de son existence, il se recrute parmi la classe moyenne de la société. Ainsi, pour choisir quelques exemples dans le nombre immense des inscriptions relatives à ce sujet, se trouvent mentionnés comme augustales : A Préneste et à Vérone, un grammairien. Orelli, n° 1167. Donius, V, 223 ; A Padoue et à Assise, un médecin ; Reinesius, p. 607 ; Orelli, n° 2983 ; Dans une ville d’Espagne, un négociant ; Reinesius, p. 620 A Canusium, un pantomime. Orelli, n° 2630 ; A Albe, un cuisinier (mais un excellent cuisinier, coquo optimo, dit positivement le texte authentique, ou du moins admis pour tel). Orelli, n° 4166 ; A Lyon, un marchand de vases d’argent. Menestrier, Histoire civile et consulaire de Lyon, p. 54. Cf. Nardini, Roma antica, I, p. 213, éd. Nibby ; A Pouzzoles et à Narbonne, un naviculaire. Orelli, nos 3241 et 4242 ; A Vérone, un calculator, c’est-à-dire un teneur de livres ou professeur d’arithmétique élémentaire ? Gruter, 376, 7 ; A Rothenburg, sur le Neckar, un marchand de craie. Gruter, 112, 12 ; Ailleurs, un membre de la corporation des dendrophores, un scribe, un licteur, un viator et un accensus[47], la plupart affranchis ou fils d’affranchis, quelquefois esclaves, souvent aussi gens libres de naissance[48]. Ainsi qu’à Rome, la plupart des dédicaces qui portent le
nom de ces fonctionnaires sont adressées soit aux dieux Lares, soit à quelque
grande divinité honorée du nom d’Augustus
ou Augusta[49]. Ainsi qu’à
Rome, on trouve des ministri mentionnés
à côté des magistri, mais plus
rarement[50]
; comme les quarteniers de Rome, ils peuvent être appelés deux fois à ces
fonctions[51]
; seulement ce que je n’apprends nulle part, pour les magistrats de Rome, les
augustales de province peuvent être nommés à perpétuité[52]. De même qu’à
Rome ils dépendent de fonctionnaires supérieurs, tels que le préfet de la
ville ou le tribun chargé de la surveillance d’une région, ainsi dans les
colonies et les municipes ils relèvent ordinairement des duumvirs et des
décurions[53]
; ils ont aussi leurs fastes, s’il est vrai qu’on trouve mentionnés, dans un
municipe resté inconnu, un magister et
un minister de l’année LII[54] ; enfin, ils
sont quelquefois au nombre de quatre, comme dans Mais ici s’arrêtent à peu prés toutes les ressemblances, et dans les provinces la magistrature augustale prend un caractère particulier, et une tout autre importance que dans Rome. D’abord le nom des magistrats a un peu changé, puis leur nombre : 1° Leur nom. Ce ne sont plus des magistri ou magistri vici, mais des magistri Larum augustorum, ou seviri magistri Larum augustalium, ou simplement matristri Larum augustalium ; ou magistri augustales, ou simplement augustales, comme les appelle le scoliaste d’Horace[56] ; ou enfin augustales œditui[57]. 2° Leur nombre. Ils sont d’abord six dans le plus grand nombre des villes, par exemple : A Véies. Nibby, Viaggio antiquario, I, p. 50 ; A Tibur. Gruter, 249, 5 ; A Assise (tous nommés sur le marbre). Gruter, 167, 9 ; A Arles (it.). Muratori, 1110, 1, 2 ; A Rieti (it.). Gruter, 96, 8 ; A Genève (it.). Orelli, n° 260 ; A Vilches (it.). Gruter, 1075, 6 ; A Uclés (it.). Gruter, 237, 1 ; Masdeu, Historia critica de Espana, t. IV, n° 792. Ce nombre est remarquable ; en effet, il distingue nettement les augustales de Rome et ceux de la province ; il prévient d’ailleurs toute confusion entre les augustales et les autres magistrats soit de Rome, soit même des municipes[58]. A Rome, où il n’y avait point d’autres quatuorvirs, le nombre quatre convenait très-bien aux chefs de quartiers[59]. Dans les petites villes d’Italie, au contraire, les magistrats supérieurs sont ou des duumvirs, ou des quatuorvirs, ou des triumvirs, quelquefois aussi des octovirs ou des duodecimvirs[60] ; de là le nombre six, ordinairement adopté pour les augustales en province. Mais si les augustales n’étaient jamais moins de six ni plus de six à la fois en fonction, il parait qu’à la sortie de leur charge ils en retenaient le titre honorifique, et formaient ainsi un corps désigné tour à tour sous le nom de : Ordo auqustalium, comme à Préneste. Orelli, n° 1197 ; Corpus augustalium, comme à Pétélia, en Lucanie. Orelli, n° 3678 ; et à Sénia, en Dalmatie. Gruter, 372, 7. Collegium augustalium, comme à Bude. Orelli, n° 3953 ; Cf. n° 2386, et Marini, Atti, p. 373. Seviri corporati ou seviri augustales corporati, comme à Nîmes. Hist. du Languedoc, Preuves, n° 57, 68 ; Ordo sevirum (ou sexvirum), comme à Antinum, dans le pays des Marses. Orelli, n° 3940 ; Ordo seviralis, comme à Suasa. Gruter, 320, 12 ; Muratori, 168, 6 ; Ordo seviralium, comme à Sentinum. Orelli, n° 3229[61] ; Seviri augustales socii ou seviri socii, comme à Brescia. Orelli, nos 3913, 3927. Cf. Fabretti, p. 409, n° 342 ; Donati, 90, 5 ; Seviri, comme à Alétrium. Gruter, 422, 3 ; Seviri augustales et ordo augustalium, comme à Ostie. O. Jahn, Specimen epigraphicum, p. 114 ; Augustules, comme à Pétélia et à Pouzzoles. Orelli, nos 687 et 3939 ; Augustalicii, comme à Cellémum, près de Viterbe. Muratori, 2026, 6. Ce corps se distingue nettement des nombreuses corporations d’ouvriers dendrophores, centonaires et autres, sur lesquels les inscriptions nous fournissent tant de détails précieux[62]. Les collèges autorisés par le gouvernement, licite coeuntia, comme on dit dans le latin de l’époque impériale, ont bien leur organisation propre et leurs magistrats électifs, avec des réunions officielles, des droits déterminés ; mais ils n’occupent pas, à beaucoup près, une place aussi considérable que les augustales dans le municipe et dans la colonie. Les augustales, comme l’indique le mot ordo, peu prodigué à cette époque, sont un ordre de l’État dans chacune de ces petites républiques, comme la curie, comme le peuple, mais entre les deux. Ils participent souvent aux actes collectifs du gouvernement municipal, et figurent à titre d’autorités reconnues sur les monuments où ces actes sont consignés. Comme les chevaliers à Rome, ils forment donc la transition entre le peuple et l’aristocratie des décurions. Chez les magistri vicorum de la métropole, c’est à peine si l’on aperçoit une sorte d’avancement par lequel le bourgeois obscur puisse s’élever de sa médiocrité aux grandes charges de l’État. Sans doute, comme tant d’autres affranchis, ils achètent la décurie, c’est-à-dire le grade de décurion, ce qui, par exception, pouvait les grandir jusqu’au titre de chevaliers[63]. Mais dans les municipes, l’augustalité est une chevalerie régulièrement constituée, et recrutée parmi les classes inférieures ; on va le voir par de nombreux exemples, où les variétés locales laissent bien voir un fond d’organisation commune : les divers ordres de la cité sont énumérés comme il suit : Decteriones, sexviri et augustales, plebs, à Forum Sempronii. Gruter, 434, 1. Decuriones, augustales, populus, à Sutrium. Orelli, n° 3807 ; - A Pétélia. Orelli, n° 3677 ; - A Bocinum. Gruter, 446, 7 ; - A Hipponium ou Vibo Valentia. Orelli, n° 3703 ; - A Sutrium. Orelli, n° 3976 ; - A Népète. Orelli, n° 3991 ; - A Crotone. Mur., 1106, 6 ; Fabr., p. 485, n° 161 ; Decuriones, augustalicii, plebs, à Cellénium près de Viterbe. Muratori, 2026, 6 ; Decuriones, augustales, plebs universa, à Préneste. Orelli, n° 1167 ; Decuriones, augustales, plebs, à Pétélia. Orelli, n° 3939. Cf. 3678 ; - A Tifernum. Gruter, 494, 5 ; - A Sestinum. Orelli, n° 3902 ; - A Pésaro. Donius, IV, 1 ; Fabretti, p. 486, n° 165 ; Decuriones, seviri, plebs utriusque sexus, à Atina. Muratori, 1102, 4 ; Decuriones, seviri, plebs urbana, à Tifernum. Fabretti, p. 459, n° 81 ; Gruter, 344, 6 ; Decuriones, seviri augustales, plebs, à ...... près de Carpinéa (Romagne). Fabretti, p. 486, n° 164 ; Decuriones, seviri augustales, tabernarii intra murum negotiantes, à Gables. Orelli, n° 1368. (Monument qui se voit à Paris, au musée du Louvre.) Ordo decurionum, sexvirum, plebs, à Antinum, dans le pays des Marses. Orelli, n° 3940 ; Decuriones, sevirales, plebs utriusque sexus, incolœ, à Utraria. Donius, V, 200 ; Decuriones, augustales, coloni, à Osimo. Gruter, 68, 3 ; Donius, V, 80 ; Ordo municipii, augustales, vicani, à Leprinium. Orelli, nos 3690 et 4086 ; Ordo, seviri, populus, cives et incolœ, à Mongibar. Muratori, 1073, 6 ; Centumviri, augustales, municipes intramurani, à Véies. Orelli, n° 3706 ; Cf. 4046 ; Decuriones, seviri, juvenes[64], populus, à Rieti. Gruter, 414, 2 ; Decuriones, augustales, curiœ[65], curia mulierum, à Lavinium. Orelli, n° 3740 ; Decuriones, augustales, mercuriales[66], populus, à Rudies. Orelli, n° 134 ; Decuriones, seviri augustales, municipes, à Privernum. Donius, VI, 18 ; Decuriones, seviri, municipes et incolœ, à Aletrium. Gruter, 422, 3 ; Ordo adlectorum, decuriones, augustales, mulieres honoratœ, populus, à Bovilles. Orelli, n° 2625 ; Ordo decurionum, ordo augustalium, à Bovilles. Orelli, n° 3701 ; Decuriones, augustales, à Milan. Orelli, n° 2980 ; - à Ostie. O. Jahn, Specimen epigraphicum, p. 114 ; Decuriones, seviri augustales, à Privernum. Gruter, 494, 10 ; Seviri augustales, plebs urbana, à Sestinum. Orelli, n° 3902. Enfin, à Lyon, un riche citoyen, nommé Sex. Ligurius, dans les distributions faites à l’occasion d’une dédicace, range ainsi qu’il suit les notables de la colonie : 1° les décurions ; 2° les chevaliers (romains, car il était curator civiurn romanorum dans la province), les sévirs augustales et les négociants en vins ; 3° les corporations autorisées[67]. On ne saurait assimiler plus nettement la condition des chevaliers et celle des augustales, et m’arquer mieux l’infériorité des autres corporations. Il est vrai que Pline le Jeune, parlant d’actes tout semblables, ne mentionne que le sénat et le peuple, comme appelés au partage des libéralités du donateur[68]. Il est vrai que dans certaines villes, comme à Misène, à Atina, à Laurentum, à Anagni, on ne trouve mentionnés que deux ordres : le sénat ou les décurions, et le peuple[69]. Mais, à défaut d’autres preuves, cette omission n’impliquerait pas plus l’absence des augustales dans ces petites villes, que la formulé senatus populusque romanus, dans les actes de la métropole, ne permet de conclure à la disparition de l’ordre des chevaliers. Si dans une inscription de Canusium[70], datée de l’an 220 après J.-C., on ne trouve pas les augustales sur la liste détaillée du corps des décurions, cela prouve simplement (ce qui sera plus bas confirmé par des preuves nombreuses) que les augustales ne devinrent jamais l’ordo amplissimus, pas plus qu’à Rome les chevaliers ne devinrent le sénat, et qu’ils étaient compris dans le nom général de populus. D’ailleurs, à Tibur, par exemple, où nous rencontrons la formule senatus populusque[71], nous avons déjà constaté plus haut l’existence du corps augustale. Il en est de même à Préneste. A Tuderte, en Ombrie, un augustale même est l’auteur d’une inscription qui ne mentionne que l’ordre des décurions et le peuple[72]. Il serait facile, mais vraiment superflu, de démontrer par de nombreuses citations que, dans presque toutes les villes de l’occident romain, on trouve des augustales ; il vaut mieux étudier maintenant l’organisation duce corps, et les textes que nous aurons occasion d’invoquer suppléeront assez à une démonstration plus longue que le lecteur nous permettra de lui épargner. § 5. - Organisation, charges et devoirs du corps des augustales.Parmi les divers actes où nous avons vu les augustales figurer à leur rang entre les décurions et le peuple, il en est trois d’une étendue assez considérable, et que nous reproduirons ici presque en entier, selon leur ordre chronologique, parce qu’ils feront saisir d’un seul coup d’œil les principaux faits que nous devrons ensuite analyser. PREMIER MONUMENT : Arrêté des centumvirs de Véies, l’an de Rome 778, ap. J. C. 26 (Orelli, n 4046). Les centumvirs du municipe Auguste[73] de Véies, réunis à Rome dans le temple de Vénus Genetrix, décident provisoirement à l’unanimité, en attendant qu’un décret soit rédigé, que C. Julius Gélos, affranchi du divin Auguste, ayant de tout temps servi le municipe véien de ses conseils et de son crédit, ayant voulu contribuer à l’éclat dudit municipe par des dépenses personnelles et par des libéralités de son fils, ils lui décernent le plus juste honneur en l’admettant au rang des augustales, comme s’il avait exercé dans ce corps honorable ; qu’il lui sera permis en conséquence d’assister à tous les spectacles dans notre municipe, parmi les augustales, sur un bisellium particulier, et de prendre part avec les centumvirs à tous les repas publics ; de plus, qu’aucun impôt ne sera exigé de lui au nom dudit municipe véien. Présents à la rédaction de l’acte, etc. (Suivent les noms des duumvirs, de deux questeurs, et de neuf centumvirs). Fait sous le consulat de Gætulicus et de Calvisius Sabinus. Ainsi, dès l’an 26 de notre ère, l’admission au corps des augustales est un honneur qui a ses conditions et ses degrés. On peut être augustale après avoir été sévir ou sans l’avoir été. On peut être simplement augustale ou jouir en outre du droit de bisellium, quelquefois aussi nommé honor biselliatus, d’où vient le titre de biselliarius[74]. Les spectacles dont il est ici question sont : soit des jeux scéniques, soit des combats de gladiateurs, soit même des jeux du cirque, si souvent mentionnés dans les inscriptions municipales[75]. Les repas publics ne sont guère moins fréquents ; souvent donnés par les décurions, ils le sont aussi quelquefois par les sévirs ; d’où l’expression cena seviralis, qu’on trouve précisément à côté des jeux de gladiateurs dans une inscription d’Osimo[76] ; de là aussi la construction d’une salle de repas, cenatorium, aux frais d’un sévir de Bologne[77]. Alors, comme de nos jours, les repas avaient une place dans le règlement des corporations ; mais ce qu’on pratique moins, c’est l’usage d’étendre cette réjouissance au peuple entier d’une petite ville, usage qu’on retrouve partout sur les monuments grecs et romains. Pour dernière faveur, les centumvirs de Véies déclarent C. Julius Gélos exempt de tout impôt municipal, c’est-à-dire qu’ils le déclarent immunis où qu’ils lui accordent l’immunitas ; et cela à perpétuité sans doute, car le décret ne mentionne aucune restriction[78]. Nous verrons bientôt que l’impôt municipal n’était pas la plus lourde charge de l’augustalité ; mais auparavant demandons à un second monument quelques détails nouveaux sur le lieu des réunions de l’ordre augustale. DEUXIÈME MONUMENT : Pièces relatives à la construction d’une salle des séances pour les augustales à Cère. An de Rome 865, ap. J.-C. 113. (Orelli, n. 3787). Vesbinus, affranchi d’Auguste (c’est-à-dire de Trajan), a fait construire et meubler à ses frais, sur un terrain donné par l’État, une salle de séance pour les augustales[79]. Copié et collationné dans le vestibule du temple de Mars, d’après le registre que Cupérius Hostilianus a fait produire par T. Rustius Lysipon, greffier, et sur lequel il est écrit en ces termes : Étant consuls T. Publilius Celsus pour la deuxième fois, et C. Clodius Crispinus, aux ides d’avril ; M. Pontius Celsus étant dictateur[80] ; C. Suétonius Claudianus, édile avec juridiction et préfet du trésor public, Journal du municipe de Cère, page vingt-sept, chapitre six. M. Pontius Celsus, dictateur, et C. Suétonius Claudianus, tous deux décurions, ont fait la proposition dans le temple des divins (empereurs), où Vesbinus, affranchi d’Auguste, a demandé qu’un emplacement qu’un fût donné par l’État sous le portique de la basilique Sulpicienne, pour y construire aux augustales une salle de séances ; et les décurions ayant consenti à lui donner l’emplacement qu’il désirait, on est convenu, à l’unanimité, d’en écrire à Curiatius Cosanus, curateur[81]. Présents dans la curie : Pontius Celsus, etc. (Suivent plusieurs noms.) Page suivante, chapitre premier. Les magistrats et les décurions à Curiatius Cosanus, salut. Aux ides d’août, sur la requête d’Ulpius Vesbinus, nous avons réu |