HISTOIRE L’ÉLOQUENCE ROMAINE

 

CHAPITRE XIX — L’ÉLOQUENCE SOUS LES EMPEREURS FLAVIENS

 

 

L’Institution oratoire, malgré ses douze livres et le développement considérable de chacun d’eux, nous a fourni à peine quelques rares détails sur l’éloquence de Quintilien considéré comme avocat. Aussi ne faut-il pas nous étonner de la disette de renseignements où nous sommes réduits au sujet des autres orateurs du règne de Vespasien. Le peu que l’on sait sur leur compte et même sur leurs noms, on le doit à l’auteur du Dialogue sur les orateurs. Tacite, car pour plus de commodité, et pour nous conformer à l’usage, nous continuerons à lui attribuer là paternité de cette œuvre si remarquable, Tacite voulant, à l’imitation de Cicéron, composer un dialogue sur l’éloquence, a choisi les orateurs les plus illustres de l’époque où il plaçait son dialogue. Il en a pris quatre, et a fait soutenir à chacun la thèse la plus conforme à son caractère, à ses opinions, à la nature de son talent : De même, Cicéron introduisait dans le dialogue Sur l’orateur, outre des personnages secondaires, M. Licinius Crassus, Antoine et C. Julius César. Antoine traitait de l’invention, Crassus, de l’élocution, César, de la plaisanterie ; chacun, en un mot, dissertait de la partie de l’art oratoire où il passait pour exceller.

L’auteur du Dialogue sur les orateurs a voulu mettre aux prises les partisans de l’ancienne éloquence, qui se couvraient du grand nom de Cicéron et voyaient eu lui et dans ses contemporains, les maîtres de la parole romaine, et les partisans de l’école nouvelle, les romantiques si l’on veut, qui traitaient de vieilleries les méthodes et le style de l’illustre orateur. Loin de croire à la décadence de l’art oratoire, ils proclamaient avec assurance la supériorité des modernes sur les anciens. On a vu plus haut, lorsque nous avons examiné la révolution accomplie dans l’éloquence, après la mort d’Asinius Pollion et de Messala, et qui s’était personnifiée dans l’orateur Cassius Severus, ce qu’il faut penser de la nouvelle école et de ses prétentions[1]. On n’a plus ici à rentrer dans le débat. Il reste à recueillir les quelques renseignements biographiques que le Dialogue sur les orateurs fournit sur les interlocuteurs qui y prennent part.

Le partisan des modernes, le défenseur éloquent des romantiques, le personnage, pour lequel Tacite paraît avoir le plus de prédilection, est l’orateur MARCUS APER. Ce personnage était originaire de la province qui avait déjà donné à Rome des orateurs éminents, où l’instruction s’était développée avec tant de rapidité, et où les écoles devaient fleurir encore, longtemps après que leur enseignement ne trouvait plus d’écho en Italie. Il était Gaulois. C’est du moins ce que l’on peut conclure du passage, où il compare la faible renommée qu’obtiennent les poètes avec la vaste notoriété qui est le partage des orateurs. Quel voyageur, dit-il, arrivant d’Espagne, d’Italie, je ne parle pas de nos Gaulois, s’enquiert en arrivant à Rome du poète Saleius Bassus ?[2] Ces mots nos Gaulois, épigramme ou éloge, semblent indiquer qu’Aper parle ici de ses compatriotes. Il avait habité la Bretagne, il le reconnaît lui-même, dans les rangs de l’armée que les Romains étaient obligés d’entretenir au cœur de cette île à moitié soumise, et toujours prête à se révolter. Il y avait vu un vieillard qui prétendait avoir combattu contre César, lorsque, pour assurer la conquête de la Gaule, l’adversaire de Vercingétorix avait tenté, à deux reprises, une expédition en Bretagne[3]. Aper y avait conquis malgré la défaveur attachée à sa naissance et à son pays, dit-il, les titres de questeur de tribun, de préteur, qu’il rappelle non sans orgueil au début du dialogue[4].

Mais ces dignités militaires ou civiles ne l’empêchèrent pas de se livrer à l’étude de l’éloquence. C’est là qu’il obtint les plus grands succès et les triomphes les plus flatteurs. Il fut de bonne heure regardé avec Julius Secundus ; comme l’avocat le plus éloquent de son époque, et eut l’honneur de compter, parmi ses disciples, l’auteur du Dialogue sur les orateurs. M. Aper et Julius Secundus, dit celui-ci, étaient alors les deux plus célèbres talents de notre barreau. J’allais les entendre aveu empressement l’un ou l’autre au forum ; en outre, je les fréquentais chez eux et je les suivais en public, poussé par un merveilleux désir d’apprendre et une certaine ardeur de jeunesse. Je recueillais soigneusement leurs discussions, et même leurs confidences les plus intimes[5].

Aper devait’ son succès à sa passion pour l’art qu’il cultivait. Il ne se bornait pas aux causes qu’il plaidait en public. Il s’exerçait, et ne cessa jamais de le faire, aux causes fictives où se complaisait l’éloquence des partisans de la nouvelle école. Il prenait part aux controverses des rhéteurs et y assouplissait son génie[6]. Mais il dédaignait les études sévères, l’histoire, la politique, la philosophie, qui avaient fait la gloire de l’école de Cicéron et d’Asinius Pollion. Malgré l’expression adoucie et polie de Tacite, il dédaignait les lettres plutôt qu’il ne les ignorait, on peut croire que son instruction laissait à désirer[7]. Il trouvait plus facile de médire de la science que de combler le vide de son éducation première. En outre, comme l’avait fait jadis l’orateur Antoine, il espérait grandir dans l’opinion publique, en paraissant devoir son talent à son heureux naturel, plutôt qu’à un travail persévérant et à des connaissances profondes. Aussi son éloquence avait-elle les défauts et les qualités de son esprit. Si, parfois, elle manquait de fond et de solidité, elle était toujours ardente, animée, pleine de chaleur et de véhémence[8]. C’était une véritable éloquence de délateur. Malgré la nature de son talent, Aper resta honnête, mais il le doit aux circonstances politiques au milieu desquelles il vécut, et à, la sagesse de Vespasien. Son admiration pour les délateurs fameux, courtisés, adulés par la foule à cause de la terreur qu’ils inspirent, permet de croire que, sous un autre prince, il aurait aimé à jouer leur rôle.

 

L’interlocuteur principal d’Aper est l’orateur CURIATIUS MATERNUS. Maternus avait obtenu au barreau des succès éclatants. Aper fait de son éloquence, comme de celle de Secundus, un éloge enthousiaste. Et vous, Maternus et Secundus, dit-il, qui mêlez si bien à la force des pensées, l’éclat et la politesse des expressions ; qui apportez un tel choix dans l’invention, tant d’ordre dans la disposition, une telle abondance quand la cause le réclame, et une telle brièveté quand elle le permet ; vous qui savez si bien unir l’éclat du style à la netteté des idées, qui maniez les passions et tempérez la liberté avec tant de mesure que, si la malignité et l’envie ont retardé pour vous la justice de notre siècle, la vérité sera proclamée par nos descendants[9]. Sans doute, les paroles d’Aper sont dictées par la bienveillance et la politesse, peut-être même par le secret dédain d’un homme qui se croit supérieur. Mais, en réduisant de beaucoup ces éloges, on peut conclure que Maternus apportait au barreau des facultés supérieures. Malgré les succès éclatants qu’il y obtenait, il le quitta de bonne heure pour la poésie. Il gardait dans son âme le culte de l’ancien état de choses qui avait fait la gloire et la puissance de Rome, et, ne pouvant épancher au forum les secrets sentiments de son cœur, il les exprimait dans ses vers.

C’était pour Maternus un moyen de parler politique sous l’empire. Au moment où s’ouvre le Dialogue sur les orateurs, il venait de lire en public sa tragédie de Caton, ouvrage, dit Tacite, où, s’oubliant lui-même pour ne songer qu’à son principal personnage, il avait, à ce qu’on répétait, offensé les puissants[10]. Ce sont même les bruits circulant dans Rome au sujet de sa hardiesse, qui attirent chez lui Aper et Julius Secundus, et sont l’occasion du dialogue. Caton, se donnant la mort pour ne pas survivre à la liberté, n’était pas un spectacle qu’on put offrir impunément à la Rome impériale. Il fallait la candeur d’un poète pour l’oublier. Il fallait aussi toute la jalousie soupçonneuse de l’empire pour voir un danger dans une lecture si inoffensive. Qui pouvait, un siècle non seulement après la mort de Caton, mais après la bataille d’Actium, songer à la liberté ancienne et à la République ? Tout cela était mort et bien mort ; et les accents de Maternus, si éloquents qu’ils fussent, ne pouvaient rien ressusciter. C’était une exhumation .sans péril, si ce n’est pour le poète.

Avant de lire son Caton, Maternus avait composé encore une autre tragédie. Il avait écrit une Médée. C’était un des sujets favoris traités par les Romains sur le modèle de la Médée d’Euripide, une œuvre analogue, imitation ou traduction, à la Médée d’Ovide, dont le succès même n’avait pas ralenti le zèle des poètes. Il préparait encore une autre tragédie, Thyeste, où il se proposait d’ajouter aux hardiesses de son Caton[11]. Aper lui reproche d’y consacrer son temps, tandis que la défense des colonies et des municipes réclament sa présence au barreau. Maternus vante le charme de la poésie non sans mélancolie. Il y cherche l’oubli de l’éloquence sanglante qu’il a vue si puissante à Rome, sous le règne de Néron. Il a horreur de cette gloire, de cette notoriété mal acquise qu’Aper ne cesse d’envier. Il n’aurait certainement pas reparu sur le forum sous un prince cruel ; il se décida peut-être, mais nous n’en savons rien, à y reparaître sous Vespasien. Finit-il son Thyeste ? Fit-il encore parler la liberté, dans une pièce semblable à son Caton ? On l’ignore. Mais il avait prononcé les noms de liberté et clé tyrannie. Si Vespasien eut le bon goût de ne pas s’en apercevoir, un autre était là qui grava ce crime dans sa mémoire, et se promit de ne pas le laisser impuni. Derrière Vespasien, il y avait son second fils Domitien. Le jour où l’émule de Néron voulut détruire tout ce qu’il y avait de sentiments nobles et généreux, il songea à l’auteur de Caton ; et il mit à mort l’interlocuteur d’Aper, le noble et généreux Curiatius Maternus[12].

 

VIPSTANUS MESSALA, que Tacite introduit dans son Dialogue comme le partisan éloquent et convaincu des anciens, est un peu plus connu que ses deux interlocuteurs. On n’a pas, il est vrai, sur son habileté oratoire, d’autres renseignements que quelques mots du Dialogue. Mais il s’était signalé à la guerre, pendant la lutte des Flaviens et des Vitelliens, et, malgré son rang un peu secondaire, Tacite ne néglige jamais l’occasion de le citer. Il descendait de l’illustre famille des Messala. Il était, dit Tacite, aussi distingué par son mérite que par sa naissance, et c’était le seul qui eût, apporté à cette guerre des intentions droites[13]. Il prit part, en qualité de tribun et de chef de la VIIe légion Claudiane, aux différentes luttes qui précédèrent la bataille de Crémone et le sac de cette malheureuse ville par les soldats de Vespasien.

Tacite rappelle complaisamment son intervention, même dans des faits de médiocre importance. Ainsi il le montre, tantôt venant rejoindre l’armée d’Antonius Primus, lieutenant de Vespasien, tantôt concourant à sauver Aponius Saturninus, général de l’armée de Mésie, que ses légions révoltées voulaient massacrer[14]. Enfin il mentionne, et avec raison, la part considérable de Messala au succès de la bataille de Crémone, qui commença à ruiner le prestige des Vitelliens. Déjà deux légions, l’Italique et la Rapax, du côté de Vitellius, s’avançaient pleines de confiance, et se croyaient victorieuses, quand la cavalerie flavienne fondit sur elles et les arrêta. La lutte s’engagea, mais le succès fut aussitôt décidé par l’arrivée inattendue de Messala, à la tête des auxiliaires de Mésie. Ceux-ci, aussi estimés que des légionnaires, enfoncèrent les deux légions malgré la marche forcée qu’ils venaient de faire, et contraignirent les Vitelliens à se réfugier dans Crémone[15].

Vipstanus Messala ne se contenta pas de prendre une part active à cette guerre ; il voulut en raconter à d’autres les sanglantes péripéties. Acteur dans la tragédie, il rapporta ce qu’il avait vu, ce qu’il savait de première main. Est-ce une histoire qu’il composa ? Se borna-t-il à publier des Mémoires ? On ne sait ; mais Tacite lui emprunte, sans aucune précaution oratoire, comme à un auteur connu du public, deux épisodes caractéristiques de cette guerre civile, ou plutôt, suivant. le mot de Lucain, plus que civile. Un Espagnol, Julius Mansuetus, incorporé dans la légion Rapax, combattit contre son fils qui servait dans la VIIe légion, recrutée par Galba en Espagne, et fut mortellement blessé par lui. Le père tombe mourant, le fils s’élance pour le dépouiller, le reconnaît à sa voix et à ses traits, et en est reconnu. Il le serre alors glacé dans ses bras et, d’une voix lamentable, il prie les mânes paternels de lui pardonner, de ne pas le maudire comme un parricide. C’était le crime de tous, qu’était la part d’un seul homme dans les guerres civiles ?[16]

Tacite ne s’est pas borné à emprunter ce fait douloureux à Vipstanus ; il lui doit encore la peinture de la scène et les réflexions suivantes : En même temps, le fils relève le cadavre, creuse la terre, et rend à son père les derniers devoirs. Ceux qui étaient près de lui le remarquent, puis un plus grand nombre, enfin toute l’armée s’étonne, gémit et maudit cette guerre cruelle. Que valaient l’étonnement et les imprécations de l’armée tout entière, rapportés par l’honnête Vipstanus ? Tacite répond lui-même à la question en continuant froidement : Cependant, les soldats n’en continuent pas avec moins d’ardeur à dépouiller leurs proches, leurs parents, leurs frères égorgés. Ils parlent du crime commis, et ne cessent d’en commettre de pareils !

L’autre fait, emprunté par Tacite à Messala, est plus odieux encore. Les Flaviens, vainqueurs à la bataille de Crémone, assiégeaient la ville où s’étaient réfugiés les Vitelliens. Enrichie par un commerce actif, Crémone était, en ce moment même, le rendez-vous de nombreux négociants, magna pars Italiæ, qu’y avait attirés une foire considérable ; et la population secondait l’effort des soldats. Les chefs des Flaviens, voyant leurs troupes fatiguées près d’abandonner la lutte, leur promirent le pillage. Crémone fut emportée de vive force : 40.000 soldats et un nombre plus élevé de vivandiers et de goujats d’armée, plus corrompus et plus cruels, se ruèrent sur cette malheureuse ville. Tout fut mis à sac pendant quatre jours, les habitants furent égorgés, les femmes violées, les maisons pillées, les temples dévastés. Pour couronner cette œuvre de destruction, le feu consuma ce que les hommes n’avaient pu détruire. Le seul temple de Méphitis[17] dut à sa situation hors des murailles d’échapper à l’incendie. A cette nouvelle, un immense cri d’horreur s’éleva dans toute l’Italie et domina le bruit de la guerre civile. On refusa partout d’acheter Tes Crémonais captifs, et l’on mit en liberté ceux que les soldats, honteux de leur conduite, ne parvinrent pas à tuer secrètement. Qui avait promis le pillage aux soldats ? Qui avait la responsabilité de cet odieux attentat ? Personne ne voulut s’en reconnaître l’auteur. Vipstanus Messala, qui était au siège, en accusait Hormus, Pline l’Ancien l’impute à Antonius Primus. Tacite n’ose pas décider entre leurs témoignages.

Quelques mois après, Vipstanus Messala entrait dans Rome, abandonnée par Vitellius. Il y trouvait la plus grande partie du sénat qui avait déjà passé du côté des vainqueurs, livrée à des dissensions intestines. C’était l’heure des représailles contre les délateurs, instruments de Néron et de Vitellius. Le plus farouche d’entre eux celui qui provoquait les ressentiments les plus violents, était le célèbre délateur Aquilius Régulus, l’assassin de Pison. On l’accusait même d’avoir déchiré avec ses dents la tête de sa victime. Mais Regulus était le frère utérin de Vipstanus Messala. Celui-ci qui n’avait point encore l’âge sénatorial, dit Tacite, se fit une grande réputation de piété fraternelle et d’éloquence en osant intercéder pour son frère.... Il n’essaya pas de défendre ni la cause ni l’accusé ; il se jeta au devant du danger d’Aquilins et réussit à fléchir quelques-uns des sénateurs[18]. Heureusement pour Aquilius, en ces époques tourmentées où la force seule était respectée, la position éminente que Messala occupait dans le parti victorieux était la meilleure des protections, et valait le plus brillant discours. Le crédit de Messala et quelques paroles de Mucien arrêtèrent les velléités. de rigueur que le sénat manifestait. Regulus échappa au sort qu’il méritait. Le délateur attitré de Néron devait s’illustrer encore, sous Domitien, par de nouvelles infamies.

L’intervention généreuse de Messala en faveur de son frère fut peut-être la première occasion où il révéla ses aptitudes à l’éloquence. Était-il aussi grand orateur que le choix fait de lui par Tacite, comme interlocuteur dans son Dialogue, permet de le supposer ? Ou doit-il seulement cet honneur à l’amitié que Tacite semble éprouver pour lui ? On ne saurait, faute de documents, trancher cette question. Il se montre, dans le Dialogue, partisan dés anciens, de leurs méthodes et de leur plan d’éducation ; il n’a que des railleries spirituelles et fort justes pour les exercices de l’école, les déclamations et les sujets traités par les rhéteurs. Il prétend, au grand scandale d’Aper, qu’il n’existe plus de son temps un seul grand orateur. Mais il se borne à la partie la plus facile de son rôle, à la critique de ce qu’il voit autour de lui.

Il reconnaît, cependant, que les conditions l’éloquence sont changées, que la grande éloquence de Cicéron et de ses contemporains, alimentée par l’importance des débats politiques, serait déplacée et de nul emploi sous les empereurs, dans ces humbles prétoires qui -subsistent seuls -encore. Il fait preuve de goût : ses remarques et ses regrets sur la disparition de l’antique éloquence révèlent un esprit judicieux. Mais il appartient aussi à son époque. Si, comme le prétend Aper, Messala se voyait décerner partout le monde le titre de grand orateur, qu’il refuse à tous ses contemporains, c’est qu’il avait aussi quelques-uns des défauts que le public d’alors aimait et admirait[19]. On peut le conclure des paroles d’Aper : Pour ta part, Messala, je ne te vois imiter des anciens que leurs traits les plus brillants[20]. Messala était donc de son siècle par son goût pour les traits et pour les expressions brillantes et recherchées, marque fatale des âges de décadence.

 

Il arrive très souvent, raconte Quintilien, que les jeunes gens, même les mieux doués, se consument en efforts stériles, et aboutissent au silence par la passion de trop bien dire. A ce propos, je me souviens que JULIUS SECONDUS, mon contemporain, et comme chacun sait, mon intime ami, homme d’une admirable éloquence, ce qui ne l’empêchait pas de travailler sans relâche, me rapportait un mot qui lui avait été dit par son oncle. Celui-ci était Julius Florus, l’homme le plus éloquent de la Gaule, car c’est là seulement qu’il a fait briller son talent, orateur qui comptait peu d’égaux et était vraiment digne d’une telle parenté. Il vit un jour Secundus, qui était encore sur les bancs de l’école, sombre et abattu. Il lui demanda pourquoi il avait une mine si désolée. Le jeune homme répondit qu’ayant un sujet à traiter, il en cherchait l’exorde sans succès depuis trois jours. Il s’affligeait de son mécompte présent, et même désespérait de l’avenir. Alors Florus, souriant de son chagrin : Pourquoi, lui dit-il, veux-tu mieux parler que tu ne le peux ? Sans doute, conclut Quintilien, il faut s’efforcer de parler le mieux possible, mais, quel que soit le degré où l’on arrive, avant tout, il faut parler[21].

Cet enfant studieux, d’origine gauloise sans doute comme son oncle Julius Florus et comme Aper, cet élève opiniâtre qui voulait parler mieux qu’il ne pouvait, finit par devenir un avocat illustre. Tacite, qui l’introduit comme quatrième interlocuteur dans son Dialogue, avait été son disciple et son commensal. Il reconnaît à son éloquence les mêmes qualités qu’à celle de Maternus, c’est-à-dire la force des idées, l’éclat et la politesse des expressions, la sagacité dans l’invention, l’ordre dans la disposition[22] ; il ne fait qu’une réserve et l’indique en termes adoucis : La malignité, dit-il, refusait généralement à Secundus une élocution facile. Si l’on rapproche la critique de Tacite des indications données par Quintilien, où celui-ci parle de la pureté et de l’élégance de Julius Secundus, sans mentionner l’abondance et la facilité, on peut conclure que, sous les qualités de l’avocat distingué, on retrouvait encore les défauts qui arrêtaient le jeune homme dans ses exercices d’école. Par l’énergie de sa volonté et de son travail, il arrivait à triompher des obstacles que la nature lui opposait. Mais les connaisseurs trouvaient que son éloquence sentait l’huile, comme on l’avait dit à Athènes des débuts de Démosthène, et ils attribuaient ses succès oratoires, surtout au soin minutieux qu’il apportait à composer ses plaidoyers et à polir ses expressions.

Tandis qu’Aper se reposait des fatigues du barreau par la composition de déclamations d’école, Julius Secundus consacrait à des œuvres plus sérieuses et plus littéraires les loisirs que les plaidoyers lui laissaient. Il avait écrit la Biographie de Julius Asiaticus, chef gaulois, qui avait pris parti pour Vindex et avait été mis à mort par Vitellius. C’était peut-être son parent. Vipstanus Messala en parle avec éloge dans le Dialogue sur les orateurs, et engage Secundus à continuer, et à faire suivre cette Biographie d’études du même genre, en lui promettant autant de succès dans cette sorte d’ouvrages qu’il en obtient au barreau par son éloquence[23].

Malheureusement Secundus fut enlevé par une mort prématurée, avant d’avoir pu justifier les espérances qu’il faisait concevoir. D’un caractère aimable, d’un commerce sûr et facile, il parait avoir excité de vives amitiés. Tacite parle de son maître avec une visible sympathie. En outre, Saleius Bassus, homme excellent, et qui passait pour le meilleur poète de son temps, avait voulu habiter avec lui la même demeure pour ne pas s’en séparer[24]. Quant à Quintilien, qui se vante de l’avoir eu pour intime ami, c’est avec un accent de regret ému qu’il termine par son nom l’énumération des orateurs romains dont il conseille la lecture. Si Julius Secundus, dit-il, eût vécu plus longtemps, il eût certainement légué à la postérité le nom d’un orateur célèbre. Il eût ajouté, il ajoutait déjà ce qui semblait manquer à toutes ses autres qualités éminentes, je veux dire plus d’ardeur au combat, plus de méditation sur le fond des choses, quitte à s’occuper un peu moins du style. Néanmoins, quoique arrêté au milieu de sa course, il à conquis un rang honorable, tant il a d’abondance et de grâce d’ans les développements ; tant son style est pur, doux et brillant ; tant sa diction a de propriété, même dans les métaphores ; tant il a dans ses témérités les plus audacieuses, de lumineuse clarté ![25]

Après avoir fait de Julius Secundus un éloge peut-être exagéré, mais inspiré par l’amitié, Quintilien ajoute ces quelques mots en manière de conclusion : Ceux qui écriront après moi sur les orateurs, dit-il, auront une ample matière à louer justement ceux qui fleurissent aujourd’hui ; des talents de premier ordre honorent en ce, moment notre barreau. Les uns, orateurs consommés, rivalisent avec les anciens ; les autres, jeunes et pleins de zèle, les imitent et marchent sur leurs pas à la perfection. Si la première partie de ce jugement flatteur désigne, comme on peut le croire, Marcus Aper et les autres interlocuteurs du Dialogue sur les orateurs ; c’est à Tacite, à Pline le Jeune que Quintilien pense en parlant de ces talents plus jeunes et qui sont en train de se former. Mais parmi eut, ou plutôt à leur tête, il place un nom auquel les modernes sont loin de songer, celui de l’empereur DOMITIEN.

 

On a vu plus haut tout ce que Quintilien devait à la famille des Flaviens. Vespasien lui avait assuré, ce qui était sans exemple, un traitement considérable sur le Trésor public. Domitien le choisit comme précepteur de ses neveux, et l’éleva au consulat. Ces deux distinctions qui suscitèrent tant de jalousies, n’en étaient que plus flatteuses. Aussi n’en faut-il pas trop vouloir à Quintilien des éloges exagérés par lesquels il témoigne sa reconnaissance à son bienfaiteur. On a pardonné depuis longtemps à Horace et à Virgile les adulations qu’ils prodiguaient à Auguste, et dont, les premiers, ils donnèrent l’exemple aux écrivains romains. A l’époque de Quintilien, après tant d’apothéoses que les empereurs se décernent tour à tour, et que le sénat et le peuple s’empressent de ratifier, il faut excuser le professeur consul d’avoir accordé à Domitien la palme de l’éloquence et de la poésie. Auguste avait ordonné les proscriptions quand Virgile et Horace le mettaient au rang des dieux et le proclamaient fils de Vénus. Domitien ne s’était pas encore fait connaître tout entier, au moment ois Quintilien insinuait qu’il devait la perfection de ses œuvres littéraires aux enseignements de Minerve sa mère[26].

Titus, plus âgé que son frère de treize ans, avait été élevé à Rome et avait eu les mêmes maîtres que le jeune Britannicus. On ne sait quels furent ceux de Domitien. Il passa une partie de sa jeunesse d’abord en Afrique, lorsque son père en était gouverneur, puis il le suivit dans cette petite ville écartée où Vespasien dû s’exiler pour s’être, endormi au théâtre, pendant que Néron faisait entendre aux Grecs les accents de sa voix divine[27]. L’éducation première de Domitien fut donc assez négligée par suite îles vicissitudes qu’éprouva la fortune de son père, mais il eut- le temps de la refaire ou de la compléter après l’avènement de Vespasien. En effet, irrité des mesures imprudentes que son fils prenait à Rome selon son caprice, tandis qu’il était lui-même retenu en Orient par la guerre contre les Juifs, Vespasien lui interdit de se mêler des affaires publiques. Alors Domitien, dit Tacite, voyant sa jeunesse méprisée par les hommes d’un âge mûr, renonça à s’occuper du gouvernement, et même à remplir les moins importantes des charges qu’il avait exercées d’abord. Sous les dehors de la simplicité et de la modestie, il se renferma dans une profonde dissimulation, il affecta le goût des lettres et l’amour de la poésie, afin de voiler son âme, et d’échapper à la rivalité d’un frère dont il jugeait mal le naturel plus tendre et si différent du sien[28].

Si c’était un rôle que jouait Domitien, il le remplit avec conscience. Il s’exerça à la poésie, il composa des petits poèmes et les lut en public suivant l’usage[29]. Qui aurait pu voir un ambitieux dans ce jeune homme, vivant loin des affaires, uniquement occupé de travaux poétiques, et n’ayant d’autre souci que d’obtenir les applaudissements d’un auditoire complaisant ? Qui aurait pu l’accuser de nourrir contre son frère de noirs desseins, lorsqu’il demandait l’inspiration à la Muse fraternelle, et prenait pour sujet de ses vers les exploits de Titus ? Sois-moi propice, dit l’auteur des Argonautiques, Valerius Flaccus, en s’adressant à Vespasien, sois-moi propice, favorise en moi le chantre des antiques héros. Pour l’Idumée vaincue, c’est ton propre fils — lui seul en est capable —, qui célébrera son frère, tout noir de la poussière de Solyme, portant de remparts en remparts ses torches et sa fureur victorieuse[30]. C’est donc à l’auteur de poésies connues, appréciées du public, au prince dont on attendait un nouveau poème épique, que Quintilien adresse ses éloges. Ainsi expliqués et justifiés, ils perdent un peu de leur exagération.

Je me borne à ces noms, dit-il (il vient de nommer entre autres poètes Valerius Flaccus et Lucain), parce qu’Auguste le Germanique a été détourné de lei culture des lettres par le gouvernement du monde, les dieux n’étant pas satisfaits pour lui qu’il fût le plus grand des poètes. Et pourtant, voyez les œuvres de sa jeunesse, lorsque après avoir fait présent de l’empire[31], il se confina dans l’étude, quoi de plus sublime, de plus artistement travaillé, de plus parfait à tous les titres ? Qui pouvait en effet chanter les batailles mieux que celui qui sut si bien les gagner ? A qui les déesses, protectrices des lettres, pourraient-elles prêter une oreille plus complaisante ? Qui a plus de droits que lui aux enseignements directs de Minerve sa mère ? Justice lui sera plus pleinement rendue par les siècles futurs. Cette gloire est aujourd’hui effacée par la splendeur de ses autres vertus. Mais nous desservons le sanctuaire des lettres, et tu nous pardonneras, César, si nous n’avons point passé ton nom sous silence, si nous empruntons le vers de Virile, pour attester que, sur ton front,

Le lierre s’entrelace aux lauriers victorieux[32].

Si Quintilien s’étend longuement sur les mérites poétiques de Domitien, il est plus sobre d’éloges sur son talent oratoire. Il n’en dit qu’un mot : Il me faut, dit-il, justifier le choix d’un prince éminemment supérieur en éloquence comme dans tout le reste, ita in eloquentia quoque eminentissimum[33]. L’éloge est maigre, par comparaison, et semble justifié. En effet, les historiens ne citent guère de Domitien que des édits et de brefs discours adressés au sénat. Dans l’un d’eux, prononcé vers les premières années de son règne, il faisait allusion à la beauté de ses traits que relevait une pudeur modeste ; et, pour appuyer une mesure qu’il proposait, il débutait ainsi : Vous avez jusqu’ici assurément approuvé mon caractère et ma physionomie[34]. Ce passage insignifiant ne peut donner aucune idée de son éloquence. Il est peut-être extrait d’un discours de Domitien, prononcé dans le sénat pour lui-même, à ce que Priscien rapporte, sans indiquer dans quelle circonstance, ni à quelle époque il fut débité. Il s’y trouvait une phrase qui a. au moins le mérite d’exprimer une idée juste en termes simples et nets : L’heureux succès de ma harangue a montré que la seule bienveillance de ceux qui écoutent ajoute à l’éloquence de ceux qui parlent[35].

Dans une autre occasion, Domitien fit amener au sénat plusieurs citoyens accusés du crime de lèse-majesté, et dit aux sénateurs : Qu’il éprouverait en cette circonstance l’attachement que le sénat lui portait. C’en était assez pour entraîner leur condamnation. Les sénateurs décrétèrent aussitôt que ces malheureux subiraient le supplice usité chez les ancêtres. Domitien reprit alors la parole en faveur des condamnés. Il avait obtenu leur châtiment, il voulut en laisser l’odieux au sénat, et faire preuve de clémence. Permettez-moi, dit-il, Pères Conscrits, d’arracher une grâce à votre dévouement. Il vous en coûtera, je le sais, de me l’accorder. Laissez aux condamnés le libre choix de leur mort. Vous épargnerez ainsi à vos regards un spectacle pénible, et tout le monde comprendra que je suis intervenu dans votre délibération[36]. La clémence du magnanime empereur consistait non à faire grâce de la vie à ceux qu’il haïssait, car il ne pardonnait jamais, mais à leur laisser le choix de leur mort. L’ironie froide et l’hypocrisie sont le caractère distinctif de sa parole.

Il ne manquait pas non plus d’esprit. Sans parler de l’histoire du fameux turbot, la raillerie la plus cruelle que jamais empereur ait faite du sénat romain, il avait dès mots heureux. Il disait d’un homme vain et amoureux clé sa personne : Je voudrais être aussi beau que Metius croit l’être. On parlait d’un homme dont la chevelure était blanche et rousse : C’est, disait-il, du miel mêlé de neige. Comme on vantait devant lui le bonheur des princes : Leur condition, répondit-il, est la plus malheureuse de toutes : on ne croit aux conjurations dont ils se plaignent que lorsqu’ils sont tués. Le dernier mot est profond, et l’empereur Hadrien en louait la justesse et le répétait souvent[37]. Enfin, quoiqu’il regrettât d’être chauve, et qu’il prît pour lui les plaisanteries adressées à d’autres sur ce sujet, il ne craignit pas parfois de se railler lui-même. Un de ses familiers se plaignait de perdre ses cheveux ; il composa à son usage un petit traité sur la Conservation des cheveux, où il lui disait, en citant les paroles que, dans Homère, Achille adresse à Lycaon, le fils de Priam : Ne vois-tu pas que je suis moi aussi et beau et grand ? Eh bien, ajoutait-il, la même destinée attend ma chevelure que la tienne. Je supporte avec résignation que mes cheveux vieillissent sur ma tête encore jeune. Apprends qu’il n’est point de parure plus gracieuse et moins durable[38].

La composition de ce badinage sans importance n’infirme pas l’assertion de Suétone, d’après lequel, depuis son arrivée à l’empire, Domitien ne s’appliqua jamais ni à l’histoire, ni à la poésie, il n’écrivit jamais, même pour les choses nécessaires. Il ne lisait que les Mémoires et les Actes de Tibère ; ses lettres, ses discours, ses édits étaient l’œuvre d’autrui[39]. Certains faits prouvent, cependant, que, dans la première moitié de son règne, Domitien conserva quelque souci des lettres qu’il avait si longtemps cultivées. Ainsi, comme plusieurs bibliothèques avaient été détruites par l’incendie, il les rétablit à grands frais. Il acheta de nouveaux exemplaires des livres brillés, et quand il ne pouvait pas s’en procurer, il envoyait à Alexandrie des hommes spéciaux, chargés d’en faire des copies exactes[40]. S’il supprime des écrits, ce sont des libelles diffamatoires dirigés contre les principaux citoyens et les femmes les plus respectables, et il se borne à noter d’infamie les auteurs des pamphlets.   

Vers la même époque, l’an 86 d’après Censorinus[41], il établit en l’honneur de Jupiter Capitolin un concours quinquennal de musique, d’équitation et de lutte, où l’on distribuait des couronnes plus nombreuses que d’habitude. Il y avait des prix de prose grecque et de prose latine, sans parler des concours de cithare avec ou sans accompagnement de chant. On y voyait encore des jeunes filles lutter ensemble à la course. Domitien présidait lui-même ces fêtes un peu bizarres, chaussé de sandales, revêtu d’une toge de pourpre à la grecque, portant sur la tête une couronne d’or, avec les effigies de Jupiter, de Junon et de Minerve. Il avait établi encore des fêtes annuelles en l’honneur de Minerve, et il y assistait avec un collège de prêtres spécial. Le sort désignait les membres de la confrérie qui devaient donner des combats de bêtes somptueux, des représentations théâtrales, et en outre, des concours d’orateurs et de poètes.

Ces dernières solennités avaient lieu sur le mont Albain, que Domitien rivait choisi, en souvenir de l’Acropole d’Athènes, et comme le lieu le plus cher à Minerve, sa mère[42]. Malgré le mélange de ces exercices physiques et de ces combats de bêtes fauves avec les fêtes de l’intelligence, mélange qui trahit le Romain, il faut tenir compte à Domitien de ces institutions : Les concours de poésie excitaient la verve et les talents de ceux qui avaient le goût des lettres ; ils attiraient même des concurrents qui ne manquaient pas de mérite, puisqu’à la première de ces Quinquennales, le poète Stace ne put emporter la palme et la vit adjuger à un rival mieux inspiré. Celui qui obtint la couronne décernée au meilleur orateur, fut un ancien membre du sénat, Palfurius Sura, exilé de cette assemblée depuis longtemps. Tous les assistants, aussitôt, applaudirent à son triomphe, et crurent trouver l’occasion favorable d’obtenir de Domitien la grâce de Palfurius et sa réintégration dans ses anciens honneurs. Domitien resta insensible ; et, sans daigner répondre à ceux qui le priaient, les invita, par la voix du héraut, à garder le silence[43].

Ses bonnes dispositions pour les orateurs et les écrivains en prose et en vers, ne devaient pas durer longtemps. Aussitôt que Domitien fut saisi de cet esprit de vertige, de cette folie impériale, que l’on voit s’emparer de presque tous les empereurs romains, au bout de quelques années de pouvoir, il sévit sans pitié contre ceux qu’il avait protégés ou encouragés jusque-là. La liste de ses proscriptions est longue. Parmi eux, Hermogène de Tarse est tué pour avoir introduit quelques allusions dans son Histoire, et les copistes qui l’avaient écrite sont mis en croix. Metius Pomposianus est égorgé sous divers prétextes futiles, parmi lesquels se trouve l’accusation d’avoir extrait de Tite-Live les harangues des rois et des généraux. Ainsi l’amour de l’éloquence coûta la vie au premier éditeur du livre connu des écoliers modernes sous le nom de Conciones ! Junius Rusticus Arulenus et Herennius Senecio expient par leur mort le crime d’avoir fait l’éloge l’un de Pætus Thrasea, l’autre, d’Helvidius Priscus, et de les avoir appelés les hommes les Plus vertueux de Rome. Leurs ouvrages furent bridés de la main du bourreau sur la place publique. A la suite de cette mesure, tous les philosophes, parmi lesquels se trouvait Épictète, jeune encore, furent chassés de Rome et de l’Italie[44].

Cette proscription n’était pas une simple menace. Elle fut exécutée avec la plus extrême rigueur. Il y avait danger à visiter ou à secourir les malheureux philosophes, privés, de tous moyens d’existence, et qu’un exil inattendu venait frapper dans leur situation et leurs intérêts les plus chers. A l’époque, écrit Pline le Jeune longtemps après, où les philosophes furent chassés de Rome, j’allai voir Artémidore dans sa villa de la banlieue ; et, ce qui rendait ma démarche plus notoire et plus périlleuse, j’étais alors préteur. Autre point : il avait besoin d’une somme assez ronde, pour acquitter des dettes contractées par les motifs les plus honorables. Comme les plus puissants et les plus riches de ses amis rie s’empressaient pas de la lui offrir, je l’empruntai pour lui en faire présent. Enfin, j’agissais ainsi, lorsque sept de mes amis venaient d’être ou tués ou exilés. Les morts étaient Senecio, Rusticus, Helvidius ; les exilés, Mauricus, Gratilla, Arria, Fannia. Je sentais comme la chaleur de la foudre qui avait si souvent frappé autour de moi, et je jugeais à des signes certains que le même sort m’était réservé[45].

Pendant ce temps-là, l’encens fumait sur les autels en l’honneur æ Domitien, et les poètes lui tressaient des couronnes, comme au disciple fidèle des Muses, et au protecteur des lettres. Oui, ô César, s’écrie Martial, quand la foule t’accable de ses suppliques, nous aussi qui offrons au maître de petits vers, nous savons qu’un dieu peut à la fois gouverner le monde et écouter les Muses, et qu’il ne dédaigne pas nos modestes guirlandes. Sois indulgent, Auguste, pour tes poètes : nous sommes la première et ta douce gloire, nous sommes tes premiers plaisirs et ta première étude. Ni le chêne, ni le laurier de Phœbus ne sont seuls dignes de toi : permets à notre peuple de tresser en lierre ta couronne civique[46]. A son tour, Silius Italicus, imitant les flatteries de Virgile en l’honneur d’Auguste, fait prédire par Jupiter, dès la seconde guerre Punique, la gloire et les triomphes de Domitien. Cet éloge outré, trop long pour être cité, se termine ainsi : ... C’est encore lui qui forcera l’Ister indigné à souffrir le passage des étendards romains, et qui saura le dompter entre ses rives sarmates. Le voilà qui surpasse tous les descendants de Romulus qu’a illustrés l’éloquence. Les Muses lui rendront un culte, et, plus habile que celui dont la lyre arrêta l’Hèbre et fit marcher le Rhodope, il excitera par ses chants l’admiration de Phœbus.... Alors, ô fils des dieux, qui donneras naissance à des dieux, règne après ton père pour le bonheur du monde. Ta longue vieillesse viendra se reposer dans la demeure des cieux où Quirinus te cédera son trône : là tu siègeras entre ton père et ton frère, et ton divin fils montrera près de toi sa tète rayonnante[47].

On est saisi de dégoût en voyant jusqu’où l’adulation peut aller ; et l’on songe au passage où Tacite parle des misères du règne de Domitien, qui, après l’extrême liberté, fit connaître à Rome l’extrême servitude. Niais, sans invoquer ici le témoignage de l’éloquent auteur de la Vie d’Agricola, il suffira d’opposer à l’indignité de ces flatteries, une anecdote rapportée par Philostrate, et la réponse ingénieuse et profonde de son héros, Apollonius de Tyane. Un autre prisonnier dit qu’il était mis en jugement parce que, offrant un sacrifice à Tarente, où il était investi du commandement, il avait oublié d’ajouter aux prières publiques que Domitien était fils de Minerve. Apparemment, lui dit Apollonius, tu pensais que Minerve, étant, vierge, n’avait jamais enfanté. Tu ne savais donc pas, à ce qu’il paraît, que cette déesse enfanta autrefois aux Athéniens un dragon, c’est-à-dire un monstre ![48]

Sous le règne de Domitien, l’an 90, mourut chargé d’années et de richesses le délateur VIBIUS CRISPUS, qui, après avoir servi d’utile instrument à plusieurs empereurs, dut à sa modération relative, de parvenir impunément à une longue vieillesse. Il était né l’an 10 de notre ère à Plaisance, ou, selon d’autres, dans la Gaule Transpadane, à Verceil, la petite ville rendue célèbre par la défaite des Cimbres[49]. Son origine était basse et abjecte, et ses mœurs répondaient à son origine. Il fut, en effet, un des compagnons assidus des débauches de Vitellius[50]. A en croire certains témoignages, et, s’il n’y a pas confusion sur les noms, il était aussi bon soldat que bon orateur. Il obtint le consulat sous l’empereur Claude, et fut ensuite proconsul en Afrique[51]. Sa vie est connue d’une façon plus précise à partir de Néron. Sous le règne de ce prince, l’an 60, Vibius Serenus, chevalier romain, son frère, avait exercé une telle tyrannie sur la province de Mauritanie, et pratiqué de telles concussions, que ses jours étaient en danger. Vibius Crispus intervint en sa faveur avec efficacité, et, grâce à son crédit, obtint que son frère fût seulement relégué hors de l’Italie[52]. La rigueur de la peine, même adoucie, indique à quelles extrémités Serenus s’était porté.

Vibius Crispus ne put pardonner cette accusation ni au sénat, ni surtout à l’accusateur de son frère, le chevalier Annius Faustus. Il attendit patiemment qu’une occasion favorable se présentât d’en tirer vengeance. Elle s’offrit neuf ans après, en 69, sous le règne d’Othon, au début de la guerre contre Vitellius. Un jour Vibius, qui, au talent et à la richesse, joignait l’appui plus précieux encore de l’empereur, vint demander aux sénateurs qu’Annius Faustus fût tinvité à se justifier devant le sénat. Les expressions dont il se servit étaient empruntées à un décret rendu sous le règne éphémère de Galba, sur la proposition même du sénat, pour autoriser les poursuites contre les délateurs aux gages de Néron.

Cette requête inattendue excita la stupeur de l’assemblée. Crispus, un de ceux contre lesquels le sénatus-consulte avait été dirigé, en demandait l’application ! Mais le décret n’avait pas été rapporté. Respecté ou méconnu, selon que l’accusé était faible ou puissant, il n’en subsistait pas moins. Vibius Crispus put donc prendre la parole contre le délateur de son frère, et l’accabler du poids de son éloquence et de son crédit : Il réussit à entraîner une partie du sénat. On alla jusqu’à proposer que, sans être défendu ni même entendu, Faustus fût livré à la mort. Les ennemis de Vibius s’opposèrent à l’adoption de cette mesure inique. Ils demandèrent que l’accusé, tout odieux qu’il fût, fut admis à se défendre, que l’on observât même pour lui la procédure ordinaire, qu’on entendît, après les griefs allégués, la réponse qu’il y ferait., Leur avis l’emporta, mais ne put sauver Faustus, qui fut condamné. L’opinion publique, tout en applaudissant au châtiment d’un délateur odieux, ne pouvait s’empêcher de comparer à son sort l’impunité de Vibius Crispus, qui avait commis les mêmes crimes[53].

L’année suivante, après la mort d’Othon et de Vitellius, dans cette séance du sénat, où nous avons déjà vu figurer Eprius Marcellus[54], et où les ressentiments, longtemps accumulés contre les délateurs, éclatèrent avec tant de force, Vibius Crispus se trouva à son tour compromis. Déjà Publius Celer, Sariolenus Vocula, Nonius Accianus, Cestius Severus avaient été punis. On attaqua ensuite le délateur Pactius Africanus qui avait désigné à la cruauté de Néron les deux frères Scribonius, célèbres par leur union et leurs richesses. Vibius eut l’impudence de se joindre aux accusateurs et de harceler Pactius Africanus. Mais celui-ci fit tête à l’orage, et, se tournant vers Vibius, l’impliqua dans des actes que Vibius ne put justifier, et en se donnant un complice tout-puissant, détourna les haines soulevées contre lui. Dans le cours de la même séance, un autre délateur fameux, Aquilins Regulus était attaqué par divers adversaires. Il fut défendu, comme nous l’avons vu plus haut, par son demi-frère Vipstanus Messala. En même temps Helvidius Priscus cherchait à perdre Eprius Marcellus.

Vibius Crispus n’était pas encore directement attaqué, mais son nom se trouvait mêlé aux accusations dirigées contre Regulus et Eprius Marcellus, et revenait sans cesse dans la bouche de Montanus et d’Helvidius Priscus. La situation devenait dangereuse pour Eprius et Vibius qui, seuls des délateurs incriminés, étaient présents. Ils l’envisageaient tous deux d’un air différent, Eprius la rage dans le cœur et la menace dans les yeux, tandis que Vibius aussi irrité affectait de sourire. Tout à coup, Eprius Marcellus n’osant affronter plus longtemps l’orage qui grondait, se leva pour se retirer en faisant signe à Vibius : Nous partons, dit-il, ô Helvidius Priscus, et nous te laissons ton sénat. Règne à la face de César ! Vibius se leva et le suivit tous deux sortirent de la salle. Qu’allait-il se passer ? Un peu de vigueur de plus, et le sénat rendait un décret contre ce triumvirat odieux d’Eprius Marcellus, d’Aquilius Regulus et de Vibius Crispus. Le courage manqua au sénat. On eut peur que Vespasien désapprouvât la condamnation de trois personnages aussi puissants et aussi fameux. On courut après Vibius et Eprius, on les ramena dans la salle, et, à la séance suivante, Domitien, intervenant en qualité de lieutenant de son père, recommanda à tous l’oubli des injures et des ressentiments. Il fut facilement obéi[55].

Quelque temps après, Vespasien arrivait à Rome. Sans accepter les honteux services des délateurs, ce prince n’eut pas le courage de les éloigner complètement de sa personne. Il se laissa prendre aux flatteries de Vibius Crispus et d’Eprius Marcellus, qui redevinrent, sous son règne, aussi puissants que jamais. Ils eurent tout, honneurs, distinctions, crédit, et, à en croire Aper, dans le Dialogue sur les orateurs, ils surent même inspirer au prince des sentiments mêlés de tendresse et de respect ![56] En vain l’interlocuteur d’Aper, Maternus, proteste généreusement contre ce bonheur fondé sur les larmes et le sang de tant de victimes : le vulgaire, qui juge d’après les apparences, était de l’avis d’Aper. Que manquait-il à Vibius Crispus ? Favori de Vespasien, proconsul d’Afrique, il avait une fortune de 300 millions de sesterces. Plus riche que Crispus, était un proverbe courant dans Rome, et le souhait qu’exprimait le spirituel et toujours besogneux Martial[57]. Aussi le poète cherchait-il à flatter cet avocat tout-puissant et si riche. Mais Vibius Crispus n’était pas généreux, s’il est réellement le Crispus à qui Martial adresse l’humble requête suivante : Tu prétends ne le céder à aucun de mes amis : mais, Crispus, que fais-tu pour m’en donner la preuve ? J’ai voulu t’emprunter 5.000 sesterces (4.000 fr.) : tu m’as refusé, quoique ton coffre regorgeât d’argent. M’as-tu jamais envoyé une petite mesure de fèves ou de farine, toi qui as des terres jusque sur les bords du Nil ? M’as-tu jamais donné la moindre toge à l’approche des frimas ? M’est-il venu de toi la moitié d’une livre d’argent ? La seule chose qui puisse me faire croire que je suis ton ami, c’est que tu ne te gênes pas pour péter devant moi[58].

La source principale de la fortune de Vibius Crispus avait été son intervention active et incessante dans les causes du forum. Vibius était, selon Quintilien, un orateur méthodique, agréable, né pour plaire, plus fait néanmoins pour les causes privées que pour les causes publiques : sa qualité maîtresse était l’agrément[59]. Un tel mérite trouvait assurément mieux sa place dans les affaires civiles ; or, comme au temps de Vibius Crispus, les causes publiques ne sont que des délations, il vaut mieux pour Crispus avoir possédé cet agrément que des qualités plus fortes et plus éclatantes. Quintilien cite un trait qui fait connaître le sens de son mot l’agrément de Crispus. Certains avocats, dit-il, ne se contentent pas de réfuter leur adversaire, ils développent eux-mêmes sa thèse et d’avance. Ils savent, disent-ils, que l’on doit articuler ceci, présenter cela. Cette méthode, de mon temps, fut raillée un jour spirituellement par Vibius Crispus, homme d’un esprit agréable et peu commun. Moi, dit-il, de tout cela, je ne dirai pas un mot : à quoi bon le répéter deux fois ?[60] C’est assurément une raillerie ingénieuse, mais elle n’est peut-être pas improvisée : elle fait partie de ces traits que les avocats romains préparaient à l’avance, et tenaient en réserve jusqu’à ce qu’ils trouvassent l’occasion de les placer.

Ce souvenir, si incomplet qu’il soit, est à peu près le seul qui reste de l’éloquence judiciaire de Vibius Crispus. Il en est un autre, cependant, qu’il suffit de rappeler ici. Il en a été déjà question à propos de l’orateur Trachalus[61]. Il s’agit de l’héritage qu’un jeune homme de dix-huit ans avait laissé à la courtisane Spatale, et que Trachalus contestait à celle-ci, au nom des héritiers naturels. Trachalus avait pour lui l’équité, Vibius Crispus le texte de la loi Voconia. Vibius Crispus s’en servit comme d’une réfutation solide et péremptoire, et l’emporta sur son adversaire. Mais, orateur à la mode, il parlait aussi pour lui-même et pour l’auditoire. Il tenait à ce qu’on l’admirât, et ne se refusait aucun de ces traits qu’on appelait de son temps clausulae. Ce mot n’avait plus le sens de conclusion. Il s’appliquait à ces petites pensées, à ces faux brillants que les avocats en renom aimaient à placer à la fin de chaque période ou plutôt de chaque développement, et qui étaient destinés à la galerie. Quintilien, tout en gémissant de cet usage, contraire au bon goût, en cite plusieurs exemples, et les divise en plusieurs espèces.

Parmi les clausuae qui consistent dans une pensée étrangère, c’est-à-dire transportée d’un lieu dans un autre ; il cite le mot suivant de Crispus. Il prétendit que le jeune homme, devinant sa mort prochaine, avait tenu à mener joyeuse vie, et il termina son développement par cette clausula de mauvais goût, intraduisible en français : Ô homme véritablement divin, qui s’est satisfait lui-même ! Qui sibi indulsit ![62] Il aimait ces saillies qui paraissent froides sur le papier, et auxquelles l’intonation, le geste et l’inattendu donnent seuls un peu de saveur. Dans une autre circonstance, voyant un homme se promener en pleine audience avec une cuirasse sur le dos, sous prétexte qu’il avait peur, il lui demanda brusquement : Qui t’a autorisé à craindre de cette manière ?[63] Ce sont là de ces boutades qu’un avocat se refuse difficilement, à l’occasion. Elles ne peuvent nous donner une idée suffisante du talent de Crispus.

Le mot le plus spirituel de Vibius Crispus est celui qu’il fit sur Domitien empereur. Ce prince, comme l’on sait, s’enfermait plusieurs heures, chaque jour, au début de son règne, pour percer des mouches avec un stylet. Un jour, quelqu’un attendait une audience de l’empereur : las de faire antichambre, il demanda : Y a-t-il quelqu’un avec César, dans son cabinet ?Non, répondit Crispus, pas même une mouche ! Ce mot fut dit, sans doute, à voix basse, et de façon à n’être recueilli ni par Domitien ni par ses flatteurs[64]. Il eût coûté cher à Crispus. Du reste, vieux et riche, celui-ci s’éloignait de plus en plus de la cour, et quoique l’ère des délations se fût rouverte avec le nouvel empereur, il cessa d’accuser, et finit mieux sa vie qu’on n’aurait pu l’attendre.

Le satirique Juvénal se montre même indulgent pour lui. Est-il reconnaissant de quelque secours d’argent que Crispus, mieux inspiré pour lui que pour Martial, lui a accordé ? On ne sait, toujours est-il que, dans la satire au Turbot, s’il nous présente Crispus répondant à l’appel de Domitien, il s’exprime sur lui en termes plutôt bienveillants. Venait aussi, dit-il, Crispus, charmant vieillard, dont les mœurs et l’éloquence étaient aussi douces que son caractère. Quel ami pouvait rendre de plus grands services au maître de la terre, des mers, et de tous les peuples, s’il eût été permis, sous ce fléau exterminateur, de désapprouver la cruauté, et de proposer un avis salutaire ? Mais quoi de plus intraitable que l’oreille d’un tyran, avec qui l’on ne causait de la pluie, de la chaleur, ou des orages du printemps, qu’au péril de sa tête ? Aussi jamais Crispus ne raidit ses bras contre le torrent ; il n’était pas assez citoyen pour dire tout ce qu’il avait dans l’âme, et sacrifier sa vie à la vérité. C’est ainsi qu’il put compter de nombreux hivers, et voir son quatre-vingtième printemps ![65] Il y a, sans doute, beaucoup d’ironie dans les paroles de Juvénal. Mais Vibius Crispus ne méritait pas une oraison funèbre aussi indulgente. A défaut de la satire, l’histoire a le devoir de protester.

 

 

 



[1] Voyer le chapitre VII, intitulé : La nouvelle éloquence. Cassius Severus.

[2] Dialogue sur les orateurs, 10.

[3] Dialogue sur les orateurs, 17.

[4] Dialogue sur les orateurs, 7.

[5] Dialogue sur les orateurs, 4.

[6] Dialogue sur les orateurs, 14.

[7] Dialogue sur les orateurs, 2.

[8] Dialogue sur les orateurs, 11, 24.

[9] Dialogue sur les orateurs, 23.

[10] Dialogue sur les orateurs, 2.

[11] Dialogue sur les orateurs, 3.

[12] Dion Cassius, LXVII, 12.

[13] Histoires, III, 9.

[14] Histoires, III, 12.

[15] Histoires, III, 18.

[16] Histoires, III, 25.

[17] Histoires, III, 33. Méphitis était la déesse des exhalaisons pestilentielles ; on lui élevait des temples pour se garantir de la peste.

[18] Histoires, IV, 42.

[19] Dialogue sur les orateurs, 15.

[20] Dialogue sur les orateurs, 23.

[21] Institution oratoire, X, 3, 12. Voir encore XII, 10, 11.

[22] Dialogue sur les orateurs, 2. Voir ci-dessus la citation relative à Maternus : Tacite caractérise à la fois les deux orateurs.

[23] Dialogue sur les orateurs, 14.

[24] Dialogue sur les orateurs, 8.

[25] Institution oratoire, X, 1, 120.

[26] L’Institution oratoire est composée de l’an 90 à l’an 92, et Domitien meurt en 96.

[27] Suétone, Vespasien, 4.

[28] Histoires, IV, 86.

[29] Suétone, Domitien, 2.

[30] Valerius Flaccus, Argonautiques, I, 11.

[31] Il fait allusion à un mot de Domitien. Celui-ci prétendait qu’il avait été le premier et le vrai maître de l’empire, en l’absence de Vespasien, et qu’il en avait fait don à son père d’abord, et ensuite à son frère.

[32] Institution oratoire, X, I, 31 ; Virgile, Églogues, VIII, 13.

[33] Institution oratoire, IV, I, 4.

[34] Suétone, Domitien, 18.

[35] Priscien, liv. VI, 7, p. 241.

[36] Suétone, Domitien, 11.

[37] Suétone, Domitien, 21 ; V. Gallicanus, Vie d’Avidius Cassius, 2.

[38] Suétone, Domitien, 21 ; Iliade, XXI, 108.

[39] Suétone, Domitien, 20.

[40] Suétone, Domitien, 8.

[41] Censorinus, Du jour natal, 18.

[42] Suétone, Domitien, 4 ; Dion Cassius (Xiphilin), LXVII, 1.

[43] Suétone, Domitien, 13.

[44] Suétone, Domitien, 10 ; Aulu-Gelle, XV, 11 ; Tacite, Agricola, 2 ; Dion Cassius, LXVII, 13.

[45] Pline le Jeune, Lettres, III, 11.

[46] Martial, Épigrammes, VIII, 82.