HISTOIRE L’ÉLOQUENCE ROMAINE

 

CHAPITRE XIII — LES DÉLATEURS SOUS TIBÈRE

 

 

Un caractère commun à la législation de Rome et à celle d’Athènes est l’absence de ministère public. C’est, à la partie lésée à poursuivre le redressement de son offense. Si elle ne traduit pas le coupable en justice, le crime ou le délit reste impuni. Chacun est seul chargé du soin d’assurer sa propre vengeance. Mais au moins, à Rome, l’offensé pouvait, à défaut de talent dans la parole, s’adresser à des avocats ou accusateurs de profession qui prenaient en main sa cause, et, en son lieu et place, dénonçaient l’offenseur à la vindicte des lois. Le bien de l’État et celui des particuliers voulaient donc qu’il y eût à Rome un grand nombre d’orateurs prêts à citer les délinquants en justice ; et à faire châtier les coupables. Il est utile dans un État, dit Cicéron, qu’il y ait beaucoup d’accusateurs, afin que l’audace soit contenue par la crainte. Ils ne manquèrent jamais à Rome. Longtemps avant que Caton l’Ancien, tout jeune encore, allât devant les tribunaux des petits municipes défendre les droits et les intérêts des paysans ses voisins, l’exercice de l’éloquence et la profession d’avocat passaient pour l’occupation la plus méritoire et le premier devoir d’es jeunes gens qui aspiraient aux fonctions publiques. C’était en outre la voie la plus rapide pour faire connaître son nom et sa capacité. Aussi voyait-on les plus grands orateurs débuter dès leur jeunesse par des accusations importantes, par des procès intentés à des magistrats et à des gouverneurs de province prévaricateurs. Crassus avait dix-neuf ans quand il accusa Carbon ; César, à vingt et un ans, poursuivit Dolabella ; Asinius Pollion et Calvus avaient vingt-deux ans quand ils traduisirent en justice l’un, Caton, l’autre, Vatinius. Quand l’accusateur obtenait gain de cause, il arrivait du même coup à la renommée ; et il conquérait un rang considérable dans le parti sous la bannière duquel il se rangeait.

Mais l’exercice d’un droit légitime et nécessaire devait tourner facilement à l’abus, surtout aux époques de trouble et d’agitation. Athènes eut ses sycophantes qui firent de l’accusation un métier, soit pour effrayer leurs ennemis politiques, soit pour extorquer de l’argent aux citoyens pusillanimes. A Rome, les accusateurs de profession méritèrent de bonne heure, eux aussi, le mépris, public. Mais leur industrie daté principalement des : guerres civiles de Marius et de Sylla. Lorsque les violentes des proscripteurs commencèrent à se ralentir, lorsqu’il devint plus difficile de faire inscrire sur les listes de mort les noms de ceux dont on convoitait les biens, on les poursuivit en justice, pour obtenir légale ment les dépouilles qu’on n’osait plus enlever de vive force. Le nom d’accusateur devint alors odieux. Les orateurs qui se respectaient n’intentèrent plus d’accusation que dans les affaires politiques, et s’abstinrent même, après avoir frappé un grand coup, de recommencer ces sortes de poursuites. Encore étaient-elles désintéressées, ou du moins était-ce l’ambition de se distinguer et non un sentiment de cupidité qui les inspirait. Mais la tourbe des parleurs n’éprouvait pas ces scrupules. Mise en goût par les profits que la délation rapportait au temps des proscriptions, elle persévéra dans ses pratiques. Elle continua d’accuser moins souvent encore le coupable qui avait les moyens de se défendre, que l’innocent, lorsque celui-ci paraissait une proie plus riche et plus facile. La loi, malheureusement, encourageait leur industrie, en accordant aux accusateurs le quart de l’amende ou de la confiscation prononcée contre le condamné. Aussi les avait-on surnommés quadruplatores.

Cicéron eut affaire à eux, lorsqu’à son début. dans lai carrière oratoire il défendit le jeune Roscius d’Amérie, accusé de parricide par ceux-là mêmes qui avaient tué son père, et s’étaient fait, adjuger ses dépouilles. L’orateur, après avoir rendu justice aux accusateurs, gardiens fidèles de la République et de leurs concitoyens, qui se font les organes de la loi muette et tiennent en respect les audacieux, flétrit énergiquement les accusateurs de bas étage qui n’obéissent qu’à des motifs intéressés. Il en trace un portrait piquant et qui s’applique à tous ceux qui exercèrent le même métier jusqu’à là chute de là République.

Nous admettons tous volontiers, dit-il, qu’il y ait un grand nombre d’accusateurs. En effet, si l’on accuse un innocent, il peut être absous, tandis qu’un coupable, si on ne l’accuse pas, ne peut pas être condamné. Il vaut donc mieux que l’innocence soit réduite parfois à se justifier ; que de voir le crime n’être pas poursuivi. Des oies sont entretenues dans le Capitole au frais de l’État, des chiens y sont nourris, afin qu’ils avertissent de l’approche des voleurs. Ces animaux ne connaissent pas les voleurs ; ils signalent cependant ceux qui viennent de nuit dans le Capitole. Comme une telle démarche est suspecte, leur erreur même, quand ils se trompent, est utile à la sécurité du temple. Si les chiens aboyaient aussi, dans le jour ; contre ceux qui viennent offrir leurs hommages aux dieux, ils mériteraient, sans doute, qu’on leur rompît les cuisses, pour avoir montré de la défiance hors de propos. Il en est de nième des accusateurs. Parmi vous ; les uns sont les oies, qui crient sans faire de mal : les autres sont les chiens, capables de mordre aussi bien que d’aboyer. Nous savons qu’on a soin de vous nourrir, mais vous devez, avant toutes choses, vous jeter sur ceux qui le méritent ; votre zèle, alors, sera bien vu du peuple. Ensuite, si vous voulez, lorsqu’il y a apparence de crime, aboyez au premier soupçon ; on peut encore vous le permettre. Mais si vous venez accuser un fils d’avoir tué son père, sans pouvoir dire ni pourquoi ni comment il l’a tué ; si vous aboyez sans même l’apparence d’un soupçon, l’on ne vous rompra point les cuisses ; mais, si je connais bien les juges qui nous écoutent, cette lettre K qui vous est tellement odieuse que vous avez toutes les lettres en aversion, vous sera imprimée sur le front avec tant de force que, désormais ; vous ne pourrez plus accuser que votre mauvaise fortune[1].

Les accusateurs que Cicéron réprouve avec cette énergie survécurent à sa flétrissure. On les retrouve sous l’empire : ils s’appellent délateurs. Mais, avec le temps, leur industrie a changé, et elle a pris un caractère plus odieux. Durant la République, ils étaient aux gages de tout le monde, ils aboyaient au nom de qui les payait ; et le mal se corrigeait par le mal. Sous l’empire, les délateurs ne mordent plus que pour le maître : ils deviennent un instrument de règne. Ils font la chasse aux victimes que leur indique un signe de l’empereur : ils préviennent même souvent ses volontés, et lui amènent, sans attendre son ordre, la proie qu’il a oubliée ou dédaignée. En récompense de tant de zèle, l’empereur leur abandonne une portion des dépouilles. Bientôt même, mis en appétit à son tour, il partage avec eux la curée, et, plus d’une fois, les historiens remarquèrent que, suivant l’état du. Trésor impérial, le nombre des délations augmentait ou diminuait.

Ce n’est pas du vivant de Tibère que l’institution des délateurs fut le plus florissante, mais c’est sous son règne qu’elle commença à fonctionner régulièrement ; et déjà l’on pouvait prévoir jusqu’où elle devait aller. L’historien Tacite placé au commencement même du règne de Tibère le moment où le métier de délateur devient en quelque sorte une magistrature, et désigne Cæpio Crispinus comme le premier qui l’ait exercée. Peu après, dit-il, Granius Marcellus, gouverneur de Bithynie, fut accusé de lèse-majesté par son propre questeur, Cæpio Crispinus, auquel se joignit Romanus Hispo. Le premier, Crispinus inventa une industrie que le malheur des temps et l’effronterie des hommes n’ont rendue que trop commune. Bientôt il s’attaqua aux plus grands noms, et, puissant auprès d’un seul, détesté de tous, il donna un exemple suivi par des hommes qui, devenus riches et redoutables d’indigents et méprisés qu’ils étaient d’abord, causèrent la perte des autres, et, en dernier lieu, se perdirent eux-mêmes[2].

C’est l’amour des richesses, c’est l’ambition qui font naître et qui multiplient les délateurs. Il suffit d’une accusation portée contre un citoyen illustre pour s’assurer du même coup la notoriété et la fortune. On se désigne ainsi soi-même à la confiance du, prince, et l’on arrive aux plus hautes dignités. Combien de Romains qui, en d’autres temps, seraient restés purs et estimables, succombèrent à la tentation d’accuser, et se perdirent d’honneur et de réputation ! Brutidius Niger, dit Tacite, se recommandait par les plus belles qualités. Il pouvait, en suivant le droit chemin, arriver à, la situation la plus brillante. Emporté par son ambition, il voulut dépasser d’abord ses égaux, puis ceux d’un rang supérieur, et enfin ses propres espérances. La- même cause a entraîné la ruine d’un grand nombre d’hommes, d’ailleurs estimables, qui, dédaignant une élévation lente et satins péril, poursuivirent, au risque de se perdre des succès prématurés[3].

Mais quoique les gens avides et les ambitieux sans .scrupules ne fassent défaut sous aucun régime, Tibère ne se contente pas de ces instruments si dociles. Il va plus loin ; il n’attend pas les accusations, il les ordonne et il est obéi. Q. Servius et Minucius Thermus comparurent ensuite. Tous deux avaient usé avec modération de l’amitié de Séjan, et excitaient pour cette raison une pitié plus vive. Tibère, après leur avoir reproché d’être les principaux auteurs du crime, ordonna à C. Cestius, le Père, de lire au sénat ce qu’il avait écrit au prince, et Cestius se chargea de l’accusation. Ce fut le fléau le plus déplorable de ces temps malheureux de voir les premiers membres du sénat pratiquer les plus basses délations. Les uns accusaient en public, et le plus grand nombre en secret, sans distinction d’étrangers ou de parents, d’amis ou d’inconnus, de faits récents ou de faits oubliés. Quoi que l’on eût dit, au forum, clans un repas ; sur n’importe quel sujet, tout devenait crime. Chacun se hâtait de prendre l’avance et de trouver un coupable ; quelques-uns pour assurer leur propre sûreté, le plus grand nombre comme saisis de vertige et d’une fièvre contagieuse. Minucius et Servius, condamnés, se joignirent aux délateurs, et firent éprouver le même sort à Julius Africanus, né en Saintonge dans les Gaules, et à Seius Quadratus, dont je n’ai pas découvert l’origine[4].

Ces trois classes de délateurs ont, chacune, des mobiles on des passions qui dictent leur conduite, et qui l’expliquent sans la justifier. Mais que dire de ceux qui, sans motif apparent, par fantaisie ou intempérance de parole, intentent des accusations dont ils ne peuvent ignorer les dangereuses conséquences ? Est-ce un désir secret de flatter le prince qui les pousse ? Sont-ils seulement atteints de cette contagion de délation dont parle Tacite ? Les deux explications ne se contredisent pas et peuvent s’admettre à la fois, à moins qu’il ne faille recourir à celle qui justifie, aux yeux du Dandin de Racine, son goût pour la torture ?

Bah ! cela fait toujours passer une heure ou deux.

Sur ces entrefaites, dit Tacite, Haterius Agrippa attaqua les consuls de l’année précédente : Pourquoi, leur demanda-t-il, après s’être poursuivis d’accusations réciproques, gardaient-ils maintenant le silence ? Sans doute, la communauté de craintes et de remords les avait réconciliés, mais le sénat devait-il taire ce qu’il avait entendu ? Regulus répondit que le temps restait à sa vengeance, et qu’il la poursuivrait en présence de l’empereur. Trio soutint qu’il valait mieux oublier ces rivalités entre collègues, et les mots blessants échappés à la colère. Haterius insistait, quand le consulaire Sanquinius Maximus engagea le sénat à ne point aggraver les soucis du prince par de nouvelles amertumes. César suffirait lui-même pour remédier au anal. C’est ainsi que Regulus fut sauvé et que Trio vit sa perte différée. Haterius en devint plus odieux. On s’indignait qu’un homme, abruti par le sommeil ou des veilles honteuses, et rassuré par sa lâcheté même contre la cruauté de Tibère, conspirât au milieu de l’ivresse et de la débauche, la perte des citoyens illustres[5].

Les imprudences des victimes facilitaient d’abord l’œuvre des délateurs. Ceux-ci n’avaient à l’origine qu’à recueillir les plaintes, les mécontentements que la mauvaise humeur laissait, échapper. Plus tard, quand une réserve légitime arrêta les épanchements les plus secrets, les éléments d’une accusation menaçaient de leur échapper. Ils y suppléèrent parla ruse, et tendirent des pièges aux moins méfiants. Tacite raconte en détail l’embûche où l’on fit tomber Libo Drusus de la maison Scribonia, pour pouvoir l’accuser de complot contre l’ordre établi : Je rapporterai en détail, dit l’historien, le commencement, la suite et la fin de cette affaire, parce qu’elle fut le point de départ de ces intrigues qui, pendant tant d’années, ont miné l’État[6]. Firmius Catus, sénateur, intime ami de Libo, se mit en tète de perdre ce jeune homme. Il le poussa au luxe, aux dépenses, l’engagea à consulter les mages et les Chaldéens, lui rappelant sans cesse les souvenirs de son bisaïeul Pompée, de sa tante Scribonia, autrefois épouse d’Auguste, et essayant d’exciter ainsi son ambition. Il le dénonça ensuite à l’empereur par l’intermédiaire d’un chevalier Flaccus Vescularius qui avait accès auprès de Tibère. Celui-ci, tout en refusant de voir Firmius Catus, l’encourage à continuer, et, en attendant, pour mieux dissimuler, nomme Libo préteur et l’admet à sa table.

Enfin, quand celui-ci, circonvenu, se décide à évoquer les morts par des enchantements, Fulcinius Trio accourt, et dénonce Libo au sénat. Catus se joint à Trio, et tous deux voient Fonteius Agrippa et C. Vibius Serenus leur disputer. la gloire de perdre l’infortuné. Il n’était pas besoin de tant d’efforts réunis pour l’accabler. On savait en outre que Tibère le détestait et le craignait, puisque sacrifiant, un jour, avec lui et les pontifes, il lui avait, par méfiance, remis un couteau de plomb à la place du couteau ordinaire[7]. C’était donc une riche proie sur laquelle on pouvait compter et assez abondante pour satisfaire tous les appétits. Tibère ne trompa pas ces espérances. Les biens de Libo furent partagés entre ses quatre accusateurs, et des prétures extraordinaires fuient données à ceux qui étaient membres du sénat.

Le piège où Libo tomba était grossier et bon pour un jeune homme vain et inexpérimenté. Les délateurs étaient hommes d’imagination : ils trouvèrent mieux pour perdre Titius Sabinus, chevalier romain du premier rang. Dernier ami de la famille de Germanicus, Sabinus était le seul qui eût encore le courage de visiter Agrippine. Il n’en fallut pas davantage pour le désigner aux attaques des délateurs : Tibère, du reste, le détestait et différait depuis quatre ans (23-27) le moment d’assouvir sa haine. Quatre anciens préteurs, Latinius Latiaris, Porcius Caton, Petilius Rufus, M. Opsius se firent les instruments de sa vengeance. Ils ambitionnaient le consulat auquel on ne pouvait arriver que par Séjan, et on ne pouvait se concilier Séjan que Isar un crime. Ils se partagèrent les rôles. Latiaris qui avait quelques relations avec Sabinus, se mit à le visiter d’une manière régulière, à déplorer le malheur qui accablait Agrippine et la famille de Germanicus, à s’emporter contre la cruauté de Séjan et de Tibère. Sabinus se laissait aller à des larmes d’attendrissement ; il rendait à Latiaris ses visites, et proférait à son tour des propos contre l’empereur et son ministre. Quand Latiaris crut le moment venu, il cacha ses trois complices entre la voûte et le plafond de sa chambre, y attira Sabinus, et provoqua habilement des confidences que les complices recueillirent, et dénoncèrent immédiatement à l’empereur, en dévoilant à la fois les détails de leur ruse et de leur propre honte. Jamais, ajoute Tacite, Rome ne fut plus inquiète et plus effrayée qu’à cette nouvelle. On tremble devant ses proches, on évite les réunions, les entretiens. On fuit ses connaissances, aussi bien que les étrangers. On interroge du regard les objets muets et inanimés, les toits et les murailles. Ce fut pis encore, le jour où l’on conduisit Sabinus au supplice, le premier de l’an 28. Partout où l’infortuné portait ses regards, où arrivaient ses paroles, ce n’était plus que fuite et solitude ; on abandonnait les rues, les places. Quelques-uns cependant revenaient sur leurs pas, se montraient de nouveau, et redoutaient même d’avoir paru effrayés[8].

Un seul crime manque encore à cette série d’infamies, à cette liste de victimes trahies par ceux dans lesquels elles devaient avoir confiance, c’est une délation portée par un accusateur contre un membre de sa famille. Ce spectacle fut offert aux Romains ; ils purent voir et entendre un fils accuser son- propre père. Tibère eut la satisfaction de repaître ses yeux de la scène odieuse qui se passa au sénat. Vibius Serenus accusa son père, ramené de l’exil pour cette circonstance, d’avoir formé un complot contre Tibère, et d’avoir envoyé des émissaires en Gaule pour y souffler la révolte. L’ancien préteur, Cæcilius Cornutus, disait-il, avait fourni l’argent : Tacite représente, d’un côté, le fils élégamment paré, le visage rayonnant, entassant les calomnies, et de l’autre, le vieux Vibius, la figuré pâle, les vêtements sordides, secouant ses chaînes avec énergie, et invoquant les dieux vengeurs contre ce fils dénaturé. Cæcilius Cornutus se tua pour abréger ses inquiétudes. Vibius protesta de son innocence et de celle de Cornutus, et exigea le nom des autres complices. Vibius le fils nomma alors Cn. Lentulus et Seius Tubero, amis du prince, l’un vieillard, l’autre maladif. L’accusation était évidemment fausse, elle retomba sur le dénonciateur.

Perdant la tête, égaré par le délire, poursuivi par les clameurs du peuple qui le menace du supplice des parricides, il s’enfuit à Ravenne. Mais Tibère le fit ramener et lui ordonna de continuer son accusation, car il détestait le vieillard et voulait sa perte. Cependant la conduite du fils avait soulevé une telle indignation que l’empereur fut obligé de se contenter d’un demi-châtiment, et que Vibius Serenus fut reconduit en exil dans l’île d’Amorgos. Le résultat du procès déconcerta les accusateurs. En outre, enhardis par l’émotion que cette odieuse affaire avait provoquée, les honnêtes gens du sénat proposèrent de supprimer les récompenses promises aux dénonciateurs, toutes les fois qu’in citoyen poursuivi pour crime de lèse-majesté préviendrait le, sentence par sa mort. On allait voter cette résolution, lorsque Tibère vint au secours de ses délateurs. Furieux de l’issue du débat, il se plaignit avec dureté que les lois fussent sans force, ajoutant que la République se trouvait sur le bord du précipice. Il valait mieux renverser tous les droits que d’éloigner ceux qui en étaient les gardiens. Ainsi, continue Tacite, il encourageait les délateurs, et cette race d’hommes née pour la ruine publique, et que des châtiments mérités ne réprimèrent jamais suffisamment, était encore excitée, au mal par des récompenses[9].

Il fallait, en effet, entretenir par l’appât des dépouilles des victimes, le zèle des dénonciateurs. Si les accusateurs un peu redoutables, comme Vibius Serenus le Fils, devenaient en quelque sorte une personne sacrée[10], la tourbe des délateurs se prenait souvent dans ses propres filets. Tibère se lassait de recourir aux mêmes instruments, et il finissait tôt ou tard par les briser à la grande joie des Romains. Tacite enregistre avec complaisance les noms de tous ceux qui furent punis en dernier lieu des machinations qu’ils avaient tramées contre des innocents. Ainsi le sénateur Catus Firmius, qui avait causé la perte de Libo, fut condamné à être relégué dans une île pour avoir intenté faussement à sa sœur une accusation de lèse-majesté. Tibère lui épargna les horreurs de l’exil, mais le laissa exclure du sénat[11]. Flaccus Vescularius Atticus, qui avait trempé dans le même complot, ancien ami de Tibère qu’il avait suivi à Rhodes, fut condamné à mort sur la dénonciation de Julius Marinus, et celui-ci à son tour, fut entraîné dans la perte de Séjan[12]. Considius Æquus, Cœlius Cursor, chevaliers romains et accusateurs du préteur Magius Cæcilianus, sont punis sur la demande de Tibère même[13]. Sextus Paconianus, instrument de Séjan, est condamné W être étranglé en prison, et dénoncé avant de mourir Latiaris, le principal auteur de la perte de Sabinus, et qui est aussi le premier à en porter la peine[14]. D’autres délateurs plus obscurs, Cécilianus, Aruseius, Sanquinius, Abudius Ruso, ancien édile, Cornelius, Servilius, Lælius Balbus, Calpurnius Salvianus, etc., sont condamnés à diverses peines pour les dénonciations dont ils se sont rendus coupables[15]. C’est là une satisfaction que Tibère accorde de temps en temps à l’opinion publique. Mais comme il ne cesse d’encourager par des récompenses les dénonciations nouvelles, la race des délateurs se perpétue. Ils oublient ceux d’entre eux qui ont succombé, ils ne regardent que les Cestius le Père, Ancharius Priscus, Gellius Publicola, Q. Granius, Pinarius Natta, Satrius Secun dus, Porcius Caton, C. Gracelius, etc., à qui leurs délations ont valu des richesses et des dignités. Ils brûlent de les imiter et de s’élever comme eux, et ils travaillent sans relâche, comme sans remords, à perdre de nouvelles victimes.

 

Parmi ces délateurs vulgaires ou infâmes, qui périssent enlacés dans leurs propres embûches, ou réussissent à échapper à la punition méritée parleurs crimes, DOMITIUS AFER occupe une place à part. Son talent oratoire était incontesté. Quintilien, qui avait entendu Domitius, en fait le plus grand cas : De tous les orateurs que j’ai connus, dit-il, les plus remarquables, sans contredit, sont Domitius Afar et Julius Africanus. Le premier est à préférer pour l’art et les qualités du style en général. Je n’hésite pas à le mettre sur la ligne des anciens[16]. En outre, si Domitius, poussé par une ambition malsaine, imita la conduite des avocats subalternes, et se chargea, à son début, d’accusations vraiment odieuses, il sut S’arrêter à temps. Averti par la prudence, ou reconnaissant un peu tard l’ignominie clé sa conduite première, il renonça à la politique, se renferma dans ses occupations du barreau, et leur dut de finir sa carrière plus honorablement qu’il ne l’avait commencée.

Domitius était né à Nîmes, sous Auguste, d’une famille romaine qu’on a essayé vainement de rattacher à la gens Domitia et qui était attirée probablement dans la première Narbonnaise pas les fonctions publiques de son chef. Il fit ses études à Rome, et s’adonna au barreau avec assez de succès pour s’ouvrir facilement l’entrée des magistratures. Cependant ses plaidoyers ne lui attirèrent pas toute la notoriété qu’il ambitionnait. Soit par la faute des temps ou des causes qu’il avait à soutenir, soit par l’insouciance du public, il était déjà arrivé à la forcé de l’âge, qu’il n’était pas apprécié à sa juste valeur. On’ le trouvait un avocat habile, éloquent ; il ne passait pas encore pour le plus brillant orateur de son temps. Il voulut brusquer la célébrité. L’an 26, il sortait de la préture avec peu de considération, dit Tacite, et prêt à tout faire pour acquérir une prompte renommée[17]. On lui confia l’accusation de Claudia Pulchra, cousine germaine d’Agrippine. Tibère poursuivait l’exécution du plan odieux conçu contre la veuve de Germanicus. Il enlevait successivement à celle-ci, chacun de ceux en qui elle mettait sa confiance, ou qui lui étaient unis par les liens du sang et de l’affection. On a vu plus haut à quelle machination Sabinus succomba, sans autre crime que d’être dévoué à la famille de Germanicus. Claudia Pulchra, parente et amie d’Agrippine, avait ainsi un double titre à être persécutée. Domitius lui reprocha une vie déréglée, un commercé adultère avec Furnius, des maléfices et des enchantements dirigés contre l’empereur.

A la nouvelle du danger que courait sa parente, Agrippine, toujours violente et incapable de se maîtriser, court au palais de Tibère, et le trouve occupé à offrir un sacrifice à Auguste. Elle tire de ce spectacle le sujet d’une invective amère : Il n’appartient pas, dit-elle, d’offrir des victimes à la divinité d’Auguste, quand on persécute ses descendants. Ce n’est pas dans de muettes images que son âme divine a passé, mais dans sa véritable image, née de son sang céleste. Elle comprend le danger qui la menace, et s’est revêtue d’un habit de deuil. On accuse Pulchra de crimes imaginaires : la seule cause de sa perte est d’avoir follement choisi Agrippine pour objet de son culte, sans songer qu’une même faute a perdu Sosia. Ces paroles arrachèrent à Tibère un de ces mots que sa dissimulation laissait si rarement échapper. Il lui répondit sévèrement par un vers grec que ses droits n’étaient point lésés de ce qu’elle ne régnait point. La démarche d’Agrippine fut l’arrêt de mort de Claudia Pulchra et de Furnius. Les deux accusés auraient succombé sous les coups de n’importe quel adversaire. Mais Domitius Afer se surpassa, et se plaça du même coup au rang des premiers orateurs. Tibère mit le sceau à sa réputation en disant que le titre d’orateur lui appartenait de plein droit[18].

Domitius était arrivé au but de son ambition, il était célèbre, et, de plus, il s’était enrichi des dépouilles de sa victime. Il continua dès lors à accuser et à défendre, faisant plus admirer son talent qu’estimer son caractère. Il sentait, cependant, l’indignité de sa conduite. Le hasard, qui a de ces surprises, le mit, quelque temps après le procès clé Claudia Pulchra, en présence d’Agrippine. Il chercha à éviter l’infortunée princesse. La tête basse, les yeux tournés d’un autre côté, il s’éloignait, Mais Agrippine le rappela, et lui appliqua, en le modifiant légèrement, le vers qu’Achille adresse aux hérauts envoyés vers lui par Agamemnon, et qui tremblent à sa vue. Rassure-toi, Domitius, dit-elle tristement, le coupable ce n’est pas toi, mais Agamemnon[19]. Cette parole est admirable de douceur et de résignation. Tout autre qu’un délateur en eût été touché. Cependant un an  à peine s’était écoulé depuis la mort de Claudia Pulchra, que Domitius Afer accusait son fils, Quintilius Varus, parent de Tibère, fils ou petit-fils du trop célèbre Varus, battu et tué dans la forêt de Teuteberg. Personne, dit Tacite, ne fut étonné que Domitius, longtemps pauvre, et qui avait dissipé follement le salaire de son dernier crime, se préparât à de nouveaux forfaits. Mais ce qui prouve la profonde. démoralisation de cette époque, c’est que l’on vit le descendant d’une illustre famille, un garent de Varus, P. Dolabella se joindre à l’accusation. Le sénat résista cependant aux efforts- réunis des accusateurs, et remit le prononcé de la sentence au retour de Tibère à Rome. C’était une fin de non-recevoir, la seule qui existât à cette triste époque[20].

On pouvait croire qu’après avoir si brillamment débuté dans la carrière de l’infamie, Domitius Afer allait continuer ses accusations et courir à de nouveaux triomphes. Il démentit toutes les prévisions. Il semble renoncer dès lors à intenter des poursuites criminelles ; du moins, dans ce qui nous reste de Tacite, on ne voit plus Domitius Afer reparaître comme délateur. Peut-être n’avait-il voulu, par cet odieux procès de Pulchra et de son fils, selon le mot de Tacite, que hâter sa renommée[21]. Peut-être s’arrêta-t-il en voyant que le parti le plus sûr était de se tenir à l’écart. Le persécuteur d’Agrippine, Séjan, venait de tomber, et l’on massacrait ceux qui avaient été les amis du puissant favori. Les délateurs subalternes tombaient sous les coups du sénat altéré de vengeance, et quelques-uns des principaux étaient entraînés avec eux dans la ruine. Quoi qu’il en soit, Domitius s’abstint d’intervenir dans ces procès iniques que Tibère ordonnait et surveillait de Caprée. Il se renferma dans ses fonctions d’avocat, consolida sa réputation et sa fortune par ses succès au barreau, et vécut tranquille, sinon respecté, jusqu’à la fin du règne de Tibère.

L’avènement de Caligula fut le signal d’une réaction contre le parti qui triomphait la veille. Les victimes de Tibère, qui attendaient la mort dans les cachots, revinrent à la liberté, au pouvoir, et commencèrent à persécuter, à leur tour, ceux à qui ils devaient leur condamnation ou celle de leurs proches. Domitius Afer fut un des premiers accusés traduits devant le sénat. N’avait-il pas causé la mort de Claudia Pulchra, et accusé Quintilius Varus malgré le généreux pardon d’Agrippine ? Lesbiens dont-il se parait insolemment n’étaient-ils pas les dépouilles des amis de la mère du nouvel empereur ? Il se trouvait donc naturellement désigné aux représailles. Ce fut peut-être ce qui le sauva. Si sanguinaire que soit un prince, il n’aime pas à inaugurer son règne par des mesures de rigueur, fussent-elles légitimes. Il pardonne volontiers même aux criminels avérés ; jusqu’à ce que, l’habitude du pouvoir l’endurcissant, il en arrive à condamner les fautes les plus légères des peines les plus cruelles. Domitius sortit sain et sauf de l’accusation dirigée contre lui.

On ne connaît de ce procès qu’un trait rapporté et vanté par Quintilien. Incriminé par le sénat de Caligula pour un acte qui, la veille, était un titre à la faveur de Tibère, Domitius n’en accepta pas la responsabilité, il la rejeta sur le sénat lui-même. On lui reprochait la mort de sa victime, mais qui donc l’avait ordonnée ? C’est moi qui ai accusé, dit-il au sénat, mais c’est vous qui avez condamné ![22] C’est là, en effet, un argument ad hominem excellent, mais ce n’est pas une justification. Si le sénat n’a pas eu le courage d’absoudre les accusés que le délateur, sous l’œil du prince ; amenait à son tribunal, le rôle le plus odieux appartient à celui qui, spontanément, les traduisait à sa barre. C’est lui qui est responsable du sang versé. Le sénat, cependant, fut troublé de cette apostrophe impudente, et donna gain de cause au délateur.

Domitius Afer avait eu peur. Il sentit le besoin de se concilier les bonnes grâces de Caligula, et chercha le moyen d’y parvenir. Il s’avisa d’une flatterie qui jusqu’alors avait réussi. Il éleva à Caligula une statue dont l’inscription disait que Caligula avait vingt-sept ans et était consul pour la seconde fois. Le prince se fâcha de l’inscription pour un motif inattendu. Il prétendit qu’Afer avait voulu par ces mots lui reprocher d’exercer les magistratures avant l’âge légal. Interprétation subtile et scrupule peu fondé ! Il y avait longtemps, en effet, que, République et légalité, tout avait péri. Mais l’empereur avait coutume de prendre les choses du mauvais côté. Déjà l’année précédente, en 37, sa sœur Drusilla, pour qui il avait une vive passion, étant morte, il avait reproché aux uns de la pleurer, puisqu’elle était déesse, et aux autres de ne pas la pleurer, puisqu’elle était femme. Aussi La Fontaine, en racontant comment le lion punit tour à tour le singe, fade adulateur, et l’ours, le parleur trop sincère, ajoute avec raison :

Ce monseigneur du lion-là,

fut parent de Caligula[23].

 

Domitius fut donc cité par l’empereur à comparaître devant le sénat, et Caligula se chargea de porter l’accusation contre lui. Ce prince avait de hautes prétentions à l’éloquence. Il se croyait le premier dés orateurs ; et, comme il en était le plus puissant, il voulut entrer en lutte avec l’avocat qui avait la plus grande réputation de son temps. C’était là le motif secret de l’assignation adressée à Domitius Afer. Au jour dit, Caligula parut devant le sénat ; et pour être à la hauteur de son rival, et par défiance des hasards de l’improvisation, il lut un long discours qu’il avait longuement travaillé et médité. Les applaudissements répétés du sénat lui apprirent bientôt qu’il s’était surpassé. Déjà l’on considérait Domitius comme perdu. Que pouvait une plaidoirie, si brillante et si habile qu’elle fût, contre un accusateur doué d’une éloquence impériale ?

Domitius comprit la situation. Il se tira de ce mauvais pas en homme d’esprit, et en fin courtisan. S’il avait accepté la lutte, dit Dion Cassius, il était perdu. Mais loin de répondre et de se justifier, il s’extasia d’abord sur le talent du prince, et reprit une à une, non pas comme un accusé qui discute, mais comme un auditeur qui loue, chaque partie du discours de Caligula. Sommé enfin de répondre, il recourut aux prières, aux gémissements ; il se prosterna et demanda grâce, non au prince mais à l’orateur. Caïus enchanté, tout fier d’avoir entendu Domitius confesser sa défaite, sollicité d’ailleurs par son affranchi Calliste qui voulait du bien à Domitius, ne se montra pas inflexible. A quelque temps de là, Calliste demanda au prince pourquoi il avait eu l’idée d’accuser Domitius : Eh quoi ! répondit Caïus, devais-je perdre un si beau discours ?[24] Caligula avait voulu un triomphe oratoire ; Domitius le lui avait procuré aussi complet que possible. Il joua la comédie et fut sauvé. Que dire ? sauvé ! Caïus, au sortir même du sénat, envoya aux consuls l’ordre d’abdiquer immédiatement leur magistrature, et nomma au consulat le rival que les foudres de son éloquence avaient terrassé ! Aussi, c’est à Domitius Afer comme à Quintilien que Juvénal pensait en écrivant le vers si connu :

Si fortuna volet, fies de rhetore consul[25].

Mais la bienveillance de Caligula était capricieuse. Les favoris de la veille étaient souvent les victimes du lendemain. Heureusement pour Domitius, le règne de Caïus fut court, et au souverain fantasque et cruel succéda le faible et débonnaire Claude. La parole fut plus libre, et des procès purent être intentés, même à des personnes qui touchaient à l’empereur. C’est ainsi que l’on voit Domitius prendre part à des attaques dirigées contre des affranchis de Claude. Dans l’un de ces débats, il prononça cette maxime rapportée par Quintilien : Un prince qui veut tout savoir doit s’attendre à beaucoup pardonner[26]. La pensée est profonde : elle n’est certes pas du délateur qui s’était mis aux gages de Tibère, et visait avant tout à faire fortune. Elle appartient à l’orateur mûri par l’expérience, désabusé de l’ambition, et éclairé par les vicissitudes de sa propre existence. Mais la tâche vulgaire que Domitius s’était donnée avait aussi ses difficultés. En poursuivant les affranchis de l’empereur, il s’attaquait à trop forte partie.

Déjà sous Auguste et Tibère, les affranchis avaient été très puissants, quoique ces deux princes, par un sentiment d’orgueil aristocratique, n’eussent jamais voulu leur laisser jouer un rôle public. Sous Claude, au contraire, les affranchis devinrent des personnages considérables. Ils surent profiter de la faiblesse d’esprit de Claude rot de la sympathie que l’empereur, si mal partagé de. la nature, et par suite exposé à maintes humiliations,- avait naturellement pour les hommes d’une origine infime. Comme ses favoris, Claude avait souffert, et avait été longtemps le jouet de son entourage. De là sa bienveillance pour Pallas, pour Narcisse, esclaves d’abord, affranchis ensuite,- et enfin ministres tout-puissants. Afer entreprenait donc une œuvre au-dessus de ses forces, en traduisant en justice de tels adversaires. Aussi voyait-il sans étonnement les juges lui donner tort. Un jour, dit Quintilien, qu’il plaidait contre un affranchi de Claude, un homme de cette condition s’étant écrié des bancs de la partie adverse : Quoi ! tu plaides toujours contre les affranchis de l’empereur ?Toujours, dit-il, et en vérité, je n’en suis pas plus chanceux ![27]

La hardiesse de Domitius semble n’avoir pas eu d’autre résultat fâcheux que la perte de ses procès. On le voit, quelques années après, nommé à une fonction administrative et succéder, l’an 48, à Didius Avitus Gallus dans la direction des eaux publiques[28]. C’est le dernier renseignement qu’on ait sur sa vie publique. Il survécut à Claude, occupé de ses travaux du barreau, et mourut, sous Néron, d’indigestion, à ce que prétend la Chronique d’Eusèbe, l’an 59 de notre ère. On lui éleva une statue à Nîmes.

Il avait légué, de son vivant, sa fortune considérable à deux jeunes gens, Lucanus et Tullus, qui, par reconnaissance et selon l’usage, ajoutèrent à leur nom celui de leur père adoptif. Quelque temps après cette adoption, Domitius poursuivit leur père en justice, obtint contre lui une sentence de condamnation, et fit vendre tous ses biens. On ignore quelle cause excita en lui cette haine inattendue. Qu’elle fût ou non légitime, Domitius ne la laissa pas retomber sur les fils qu’il avait adoptés, et maintint le testament fait en leur faveur dix-huit ans’ avant sa mort. D’après Pline le Jeune, le testament était verbal, et comme Domitius avait omis d’en écrire un autre, il laissa à son insu, son héritage, aux fils de son ennemi[29]. Cette assertion paraît erronée. D’abord, comme dit un jurisconsulte compétent[30], il est peu probable que Domitius, versé dans la science Au droit, eût fait un testament nuncupatif (verbal), parce que ce mode de testament n’était usité qu’en vue d’une mort imminente ; en second lieu, comment admettre qu’il n’eût pas songé, après la perte de son ennemi, à révoquer un testament fait depuis dix-huit ans ? Il faut donc laisser à Domitius l’honneur d’avoir légué volontairement sa fortune aux jeunes gens qu’il avait faits siens par l’adoption, et qui n’étaient point responsables des torts de leur père.

Quoiqu’il reste peu de fragments de Domitius Afer, le caractère de son éloquence est assez connu grâce aux différents témoignages de Quintilien et de Tacite. Le premier, qui l’avait entendu parler, n’hésite pas à le mettre sur la ligne des anciens, et c’est pour lui le plus grand des éloges. Jeune encore à l’époque où Domitius, vieillissant, avait renoncé aux accusations politiques et s’adonnait exclusivement au barreau, Quintilien s’était attaché à sa personne, avait suivi ses leçons et médité ses préceptes. Il resta toujours fidèle à la mémoire de son maître ; il en vante l’éloquence, et nulle part il ne laisse échapper aucun mot défavorable sur son compte[31]. Il ne parle même jamais de l’époque de sa vie où Domitius était redouté comme délateur. En outre, de telles horreurs avaient signalé les règnes de Caligula, de Claude et de Néron, que les crimes commis sous Tibère disparaissaient dans le lointain du passé. Enfin, les anciens ont toujours distingué soigneusement l’orateur de l’homme public et privé. Ils ne portent pas sur un personnage un jugement d’ensemble, comme le font les modernes : ils louent ici les dons heureux de la nature, se réservant de blâmer ailleurs l’abus qui en a .été fait. C’est ainsi que Cicéron énonce, dans le Brutus, des jugements favorables sur le talent oratoire de plusieurs de ses contemporains dont il flétrit autre part les crimes et l’immoralité. De même, Tacite est sévère jusqu’à l’injustice pour la conduite de Domitius dans ses Annales, tandis que, dans le Dialogue sur les orateurs, il ne songe qu’à rendre hommage à son éloquence. Comme Quintilien, il le proclame un orateur de premier ordre et le compare, à son tour, aux anciens[32].

Cette admiration n’a rien d’étonnant. Au milieu des Q. Haterius, des Serapion et autres orateurs débridés, Domitius Afer se faisait remarquer par son ton posé : ce qui ajoutait à l’autorité de sa parole. Son éloquence, selon Pline le Jeune, était pleine de lenteur et d’autorité[33]. Or c’était là, selon les critiques de l’époque, un des caractères de l’éloquence de Cicéron lui-même. Notre Cicéron, dit Sénèque, par qui l’éloquence romaine a pris son essor, marchait à pas mesurés[34]. L’éloquence de Domitius ne, présentait donc point d’écart, point d’effervescence : elle n’avait ni l’intempérance, ni le désordre d’une parole irréfléchie. Tout en elle était mûr, et c’est par le mot de maturité que Quintilien désigne le caractère particulier de son éloquence et la rapproche de celle des plus grands orateurs de Rome[35]. Aussi un tel orateur était digne d’écrire sur les conditions, de son art. Cependant Domitius n’osa pas aborder l’ensemble de la rhétorique. Il traita seulement d’une partie de l’éloquence. Il composa un ouvrage en deux livres sur les Témoins[36]. Quintilien l’avait lu et même il avait entendu Domitius en expliquer les préceptes.

Il y a plus la façon dont Quintilien s’exprime, permet de supposer que la fin du chapitre VII (n° 7 à 37) où le rhéteur examine quelles questions il convient d’adresser aux témoins, est un extrait du Traité de Domitius. Il présente en ces termes le précepte le plus général de son maître. Domitius, dit-il, recommande ici, avec pleine raison, et comme le premier devoir de l’orateur, de connaître la cause avec tous ses détails ce qui, du reste, est utile dans tous les cas. Comment y parvient-on ? je l’expliquerai quand le moment sera venu. Mais il est certain que cette connaissance suggère les questions qu’il faut adresser aux témoins, et vous met, pour ainsi dire dans la main, des armes préparées : elle vous montre aussi à quoi, dans le plaidoyer, vous devez préparer les esprits des juges. A une époque de sagesse et de bon goût, il n’y aurait pas lieu de féliciter Domitius d’un précepte aussi juste et aussi vrai. Mais à l’époque où il parle, il est juste de lui en tenir compte. En se séparant, sur ce terrain, des rhéteurs qui improvisent et inventent les détails, les couleurs des causes qu’ils plaident, Domitius montre qu’il prend son art au sérieux, et qu’il est le disciple des vrais orateurs.

L’éloquence de Domitius avait encore pour caractère d’être enjouée et pétillante de bons mots. L’enjouement, dit Quintilien, est une qualité des récits ; le bon mot consiste en un trait décoché : Domitius a possédé a un degré merveilleux ces deux genres d’esprit ; ses discours offrent un grand nombre de narrations amusantes, et l’on a publié des recueils de ses mots spirituels[37]. Il est fâcheux que ces narrations aient péri. Quant aux bons mots, quelques-uns ont survécu. Ceux de Galba étaient amusants, ceux de Junius Bassus, injurieux ; ceux de Cassius Severus, mordants ; ceux de Domitius  Afer étaient inoffensifs, au rapport de Quintilien.

Bien que tout le sel d’un bon mot disparaisse dans une traduction, en voici, quelques-uns, ne fût-ce que pour expliquer le caractère inoffensif que Quintilien leur attribue. Les plaisanteries les plus agréables, dit-il, sont celles qui n’annoncent ni fiel, ni rancune, comme celle d’Afer à l’égard d’un plaideur ingrat qui évitait sa présence au barreau. Il lui fit dire par un de ses esclaves : Es-tu content que je ne t’aie point vu ? Telle est celle qu’il adressa, à son intendant. Celui-ci après lui avoir rendu un compte infidèle, ajoutait effrontément qu’il mangeait à peine du pain et ne buvait que de l’eau : Pauvre moineau, rends tout de même ce que tu dois... Il est aussi de bon ton d’user de ménagements quand on raille. Un candidat, briguant son suffrage, lui disait : J’ai toujours honoré ta maison. Au lieu de lui donner un démenti, comme il le pouvait : Je le crois, répondit Afer, c’est la vérité[38]. D’un de ses adversaires qui brillait plus par sa toilette que par le soin qu’il donnait à ses plaidoyers, il disait : C’est de tous les avocats, l’homme non le plus préparé, mais le mieux paré[39].

Voici encore d’autres bons mots d’Afer. L’avocat Longus Sulpicius était d’une laideur repoussante. Il plaidait un jour contre un homme qui voulait se faire déclarer libre, et il s’aventura jusqu’à dire : Il n’a pas même la figure d’un homme libre ! Domitius lui répondit : En ton âme et conscience, Longus, est-ce là ton avis ? Quiconque est laid n’est donc pas libre ? Didius Gallus avait obtenu une charge, après l’avoir vivement briguée. Puis il se plaignait qu’on lui eût fait violence pour le décider à l’accepter : Allons, lui dit Afer, un peu de courage, il faut faire quelque chose pour la République. Dans une cause qu’il plaidait, Mallius Sura se démenait beaucoup, allait, venait, gesticulait, secouait sa toge et la relevait. Domitius, pour s’en moquer, dit spirituellement, qu’il faisait peu pour son affaire, mais qu’il était bien affairénon agere sed satagere —. Le mot est spirituel en latin ; il l’est moins encore que celui de C. Julius qui, voyant Curion se démener de côté et d’autre, en plaidant, demanda plaisamment : Quel est donc cet homme qui parle dans une barque ?[40]

Quintilien cite encore, parmi les bons mots, ceux où l’on feint, c’est-à-dire où l’on exprime une pensée qu’on n’a pas. Il en donne comme exemple une interruption d’Afer, dans un procès où son adversaire invoquait sans cesse le témoignage d’une femme en crédit, Celsina. Afer fit semblant de croire qu’il s’agissait d’un homme et s’écria : Quel est donc ce Celsina dont on parle tant ? Mais où la feinte a plus de grâce, continue Quintilien, c’est quand on l’oppose à une autre feinte. Domitius Afer avait depuis longtemps fait son testament. Un homme qui était lié d’amitié avec lui depuis peu, espérait gagner quelque chose à ce qu’il le changeât, lui fit un conte, et lui demanda s’il devait conseiller à un ancien centurion qui avait déjà testé, de revenir sur ses premières dispositions : N’en fais rien, lui dit finement Afer, tu le désobliges[41]. Citons, enfin pour terminer cette liste, un mot spirituel et hardi à la fois de Domitius. L’an 52, Julius Gallicus plaidait une cause au tribunal de Claude. L’empereur, irrité de certaines paroles de l’avocat, ordonna de le jeter dans le Tibre, qui n’était pas loin. C’était, sans doute, en souvenir de l’immersion dans le Rhin que Caligula lui avait fait subir, à lui-même, un jour que le sénat l’avait député vers son terrible neveu. Quelque temps après, un plaideur repoussé par Gallicus vint trouver Afer pour le charger de sa cause : Eh quoi ! lui dit celui-ci, qui te fait croire que je sache mieux nager que Gallicus ?[42]

Parmi les qualités que Quintilien relève chez son ancien maître, il constate que tout en possédant à fond les secrets du style, il violait à dessein certaines règles, pour ôter à sa diction l’air d’être apprêtée et trop soignée. Il le loue d’avoir modifié la figure de style appelée όμοιόπτωτον, qui consiste dans la répétition des mêmes cas, sans qu’il soit besoin de conserver le même nombre de syllabes. Il en donne comme exemple la phrase suivante, où le latin seul peut indiquer le genre de mérite que le rhéteur y voit : Amisso nuper infelicis aulæ, si non præsidio inter pericula, tamen solatio inter adversa. C’est-à-dire : Cette cour malheureuse qui vient de perdre, sinon son rempart contre les dangers, du moins sa consolation dans l’adversité[43]. Quintilien lui fait encore un mérite de placer souvent ses verbes au milieu de la phrase pour donner à son style un air négligé. Il en produit comme exemple ces mots de l’exorde de son plaidoyer pour Lælia : Eis utrisque apud te judicem periclitatur LæliaVoilà les deux fautes dont Lælia est accusée devant toiAfer était tellement en garde contre ces mesures délicates et molles qui flattent l’oreille, qu’il s’appliquait à les modifier, lors même qu’elles se présentaient naturellement[44].

Nous avons rappelé ces observations de Quintilien dont le côté technique laisse les modernes indifférents, dans le seul but de montrer que Domitius Afer est un disciple indépendant, et par cela même un vrai disciple de Cicéron. A l’art vulgaire des déclamateurs, tout préoccupés de polir leur style, de balancer leurs phrases, d’opposer à chaque membre de période un membre correspondant, comprenant autant de mots, et même autant de syllabes, il préfère un art plus élevé, qui n’est pas contraire aux règles consacrées, mais qui ne s’y soumet que dans une juste mesuré, et obéit à ces règles plus hautes où les hommes supérieurs seuls peuvent atteindre. Aussi n’est-il pas étonnant de voir -Domitius professer la plus vive admiration pour Homère et pour Virgile. Tandis que les beaux esprits de l’époque critiquaient diverses expressions de Virgile, et relevaient avec satisfaction certains défauts du plan qu’il avait suivi, il le proclamait le prince des poètes latins. Je lui demandai, dans ma jeunesse, dit Quintilien, dans quel ordre il rangeait tous les poètes : Homère est le premier, me dit-il, Virgile est le second, mais il est plus près du premier que du troisième[45] ». Cependant il avait vu Caligula poursuivre d’une haine insensée Homère et Virgile, et chercher à anéantir par le feu leurs immortels ouvrages.

Malgré le grand nombre des causes que Domitius a soutenues, on a peu de détails sur ses plaidoyers. On ne connaît même les noms que de quelques-uns. Quintilien cite comme un des plus estimés celui que Domitius avait prononcé en faveur de Volusenus Catulus[46]. Mais il se borne à ce renseignement. Il est un peu plus explicite au sujet du procès de Cloantilla, défendue par Domitius dans sa vieillesse. Cloantilla était la femme d’un Romain qui avait pris part à la révolte de Scribonianus contre Claude. Malgré la défense de l’empereur, elle avait donné la sépulture au corps de son mari, trouvé mort parmi les rebelles. Traduite devant le tribunal de Claude une première fois, elle fut acquittée par lui. Elle reparut de nouveau en justice sur la d’énonciation de son frère et des amis de son père, du moins autant qu’on peut le conjecturer d’un passage de Quintilien[47]. Nous avons quelques mots décousus, extraits des diverses parties du plaidoyer de Domitius. Dans l’exorde, faisant allusion sans doute au pardon déjà accordé par Claude, l’orateur disait : Je vous rendrai grâces tout d’un trait[48]. La narration où Domitius exposait le dévouement de Cloantillia contenait ces mots : Cette femme ignorante de tout, malheureuse en tout[49]. Dans l’argumentation, Domitius, après avoir montré l’embarras de Cloantilla, ignorante, partagée entre ses devoirs d’épouse et l’obligation d’obéir aux volontés impériales, la représentait demandant conseil même à ses adversaires : Dans cet embarras, elle ignore et ce qui convient à son sexe et ce qu’exige son titre d’épouse. Supposons que le hasard vous présente à sa vue : Ô mon frère, et vous, amis de mon père, quel conseil me donnez-vous ?[50] Enfin, arrivé à la péroraison, Domitius, plein de confiance dans l’issue du premier procès qui avait donné gain de cause à sa cliente, se tournait vers les enfants de Cloantilla, et terminait par ces paroles éloquentes : Ne craignez pas cependant, enfants, quand le jour en sera venu, de rendre les derniers devoirs à votre mère ![51]

L’insuffisance de ces extraits, leur insignifiance sauf pour le dernier, ne nous permettent pas d’apprécier la valeur de ce plaidoyer. Il était extrêmement goûté de Quintilien. Mais l’élève de Domitius oublie de nous apprendre quel en fut le résultat. Espérons pour Domitius, qui avait fait réussir tant de causes mauvaises, qu’il recueillit cette dernière et honorable palme ; que le jour où il prit en main la cause du dévouement et de la justice, il eut la satisfaction de voir ses efforts récompensés. Toutefois, à défaut de l’acquittement, objet principal de l’ambition de l’avocat, Domitius obtint les applaudissements spontanés des auditeurs. Il ne voulait, en effet, que des suffrages libres et sincères. Il n’était pas homme à se faire accompagner au prétoire de gens convoqués pour applaudir. Cependant il avait assisté aux débuts de cette institution toute romaine. Pline le Jeune, qui nous apprend ce détail, nomme même l’inventeur de ce bel usage, Largius Licinius, contemporain de Domitius. Du moins, Licinius y mettait encore quelque pudeur. Il priait les applaudisseurs de venir ; plus tard on les paya. Voici, dit Pline le Jeune, ce que je tiens de la bouche de Quintilien, mon maître : J’étais aux côtés de Domitius Afer, nous racontait-il, un jour qu’il plaidait devant les centumvirs avec sa gravité et sa lenteur habituelles. Tout à coup des clameurs insolites s’élèvent dans le tribunal voisin. Domitius étonné s’arrête. Le bruit ayant cessé, il reprend le fil de son discours. Nouvelles clameurs ; nouveau silence de Domitius. Troisième interruption : il demande cette fois le nom de l’avocat ; on lui répond : Largius Licinius. Alors, suspendant son plaidoyer : Centumvirs, dit-il, c’en est fait de l’éloquence ! Et certes, continua Pline, elle commençait à dépérir, quand Domitius la déclara morte. Mais c’est aujourd’hui qu’elle est bien réellement détruite et presque anéantie ![52]

En voyant l’éloquence tomber si bas qu’il fallait mendier et payer les applaudissements, Domitius Afer eut bien fait de renoncer complètement -au barreau et de secouer la poussière de sa toge. Il appartenait à une autre époque, et sa place n’était plus au milieu de la nouvelle génération. La vieillesse lui donnait en outre ce sage conseil. L’âge avait affaibli les forces de son esprit, et il ne s’apercevait pas qu’il se survivait à lui-même. Cependant les avertissements ne lui manquaient pas, et la brutalité romaine ne lui ménagea point les affronts. Quand il plaidait, les uns avaient l’indignité de rire, les autres rougissaient pour lui, et on disait de l’homme qui avait été jadis le premier du barreau qu’il aimait mieux manquer de souffle que cesser. Ce n’était pas, dit Quintilien, qui rappelle avec regret les défaillances de son maître, que ses discours fussent précisément mauvais, mais ils étaient au-dessous de sa réputation. Avant donc d’être pris à ces pièges de l’âge, conclut-il sagement, l’orateur doit prudemment sonner la retraite et gagner le port, tandis, que son vaisseau est encore intact[53]. Tacite constate aussi la décadence du talent d’Afer et son obstination à paraître sur une scène dont la vieillesse aurait du l’écarter. Le talent de Domitius, dit-il, perdit beaucoup dans son dernier âge, où malgré l’affaiblissement de son esprit, il ne put se résigner au silence[54]. Que d’orateurs, que d’écrivains et de poètes s’abusent de même sur leur propre compte, et oublient le conseil qu’Horace se donnait si prématurément à lui-même, et que Boileau a traduit par ces vers :

Malheureux, laisse en paix ton cheval vieillissant,

De peur que tout à coup, efflanqué, sans haleine,

Il ne laisse en tombant son maître sur l’arène !

 

 

 



[1] Cicéron, Pro Roscio, 20. La loi Remnéa condamnait les auteurs d’une accusation calomnieuse à la peine du talion et à l’infamie. On leur imprimait sur le front la lettre K, initiale du mot, kalumnia.

[2] Annales, I, 74.

[3] Annales, III, 66.

[4] Annales, VI, 7.

[5] Annales, VI, 4.

[6] Annales, II, 27, 28.

[7] Suétone, Tibère, 25.

[8] Annales, IV, 68-70.

[9] Annales, IV, 28-30.

[10] Annales, IV, 36.

[11] Annales, IV, 31.

[12] Annales, VI, 10.

[13] Annales, III, 37.

[14] Annales, VI, 3, 4, 33.

[15] Annales, VI, 7, 30, 47.

[16] Quintilien, X, 1, 118.

[17] Annales, IV, 52.

[18] Annales, IV, 52.

[19] Dion Cassius, LIX, 12 — Iliade, I, 335.

[20] Annales, IV, 66.

[21] Grellet-Dumazeau, dans son excellente Histoire du Barreau romain, nous semble trop porté à excuser Domitius Afer. Il en fait presque une victime de Tacite, et, ne pouvant nier ses crimes, il plaide avec exagération les circonstances atténuantes.

[22] Quintilien, V, 10, 78.

[23] La Cour du Lion, VII, VII.

[24] Dion Cassius, LX, 19.

[25] Juvénal, VII, 197.

[26] Quintilien, VIII, 5, 3.

[27] Quintilien, VI, 3, 81.

[28] Frontin, Aqueducs, p. 135, édit. Bipontine.

[29] Pline le Jeune, VIII, 18.

[30] Grellet-Dumazeau, Le Barreau romain, p. 353.

[31] Quintilien, V, 1, 6 ; X, 1, 24.

[32] Dialogue sur les orateurs, 15.

[33] Lettres, II, 14.

[34] Lettres à Lucilius, XL, 11.

[35] Quintilien, XII, 10, 11.

[36] Quintilien, V, 7, 6.

[37] Quintilien, VI, 3, 42.

[38] Quintilien, VI, 3, 93.

[39] Quintilien, VI, 3, 81.

[40] Cicéron, Brutus, 60.

[41] Quintilien, VI, 3, 92.

[42] Dion Cassius, LX, 33.

[43] Quintilien, IX, 3, 79.

[44] Quintilien, IX, 4, 31.

[45] Quintilien, X, 1, 86.

[46] Quintilien, VI, 7, 7.

[47] Quintilien, IX, 2, 20.

[48] Quintilien, IX, 4, 31.

[49] Quintilien, IX, 3, 66.

[50] Quintilien, IX, 2, 20.

[51] Quintilien, VIII, 5, 16.

[52] Lettres, II, 14.

[53] Inst. Orat., XII, 11, 3.

[54] Annales, IV, 52.