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Pendant que les orateurs que nous venons de passer en revue renonçaient à leur art pour embrasser soit la jurisprudence, soit la poésie, ou s’abandonnaient aux plaisirs d’une vie voluptueuse, d’autres, plus fermes dans leurs goûts, restaient fidèles à l’éloquence, et, après avoir été mêlés à la vie politique, revenaient aux études de leur jeunesse. Le plus illustre d’entre eux est C. ASINIUS POLLION. Il était né, l’an 75 avant notre ère, d’une famille qui appartenait à l’ordre équestre, mais non à la noblesse, à ce que l’on peut conjecturer d’un passage de Velleius Paterculus[1]. Il avait annoncé de bonne heure du talent et d’heureuses dispositions. Gomme tous les jeunes gens du dernier siècle de la République, il chercha à se faire connaître au barreau, en intentant, à son début, des accusations contre clos personnages considérables de l’État. C’était un usage que les plus grands orateurs avaient suivi. Cicéron ne l’avait pas pratiqué, peut-être par suite des circonstances politiques et des guerres civiles au milieu desquelles sa jeunesse s’était écoulée. Il ne l’aimait pas, mais il n’osait pas le proscrire, à cause des illustres exemples qui l’avaient consacré : Il permettait seulement d’y recourir une fois. Pollion entreprit, très jeune, beaucoup d’accusations difficiles, et traduisit en justice plusieurs grands citoyens[2]. Le plus célèbre est Caton d’Utique. Pollion avait alors vingt-deux ans, et s’était déjà attaché au parti de Jules César. C’était le moment où le futur dictateur, uni en apparence à Pompée, cherchait à miner son pouvoir, et faisait attaquer sous main ses principaux partisans. Pompée., du reste, usait de la même manœuvre, et opposait Milon à Clodius. Pollion accusa, l’an 53, C. Caton qui, tribun deux ans auparavant, avait favorisé l’élection de Pompée et de Crassus au consulat. Pollion reprochait à Caton d’avoir violé deux lois. L’une, la loi Junia Licinia, défendait de faire passer aucune loi sans l’avoir auparavant exposée en public pendant trois nundines consécutives. L’autre, la loi Fufia, interdisait de soumettre aucune affaire au peuple en de certains jours où ces propositions étaient primitivement autorisées. Ces griefs étaient peu sérieux à une époque où les lois les plus révérées étaient si souvent violées. Caton fit cependant appel à l’éloquence de C. Licinius Calvus et de M. Severus. Il fut absous sur les deux chefs[3]. Mais Pollion avait atteint son but : il s’était signalé par un talent précoce qui avait fait impression sur ses contemporains. Une épigramme de Catulle en est la preuve. Le poète reproche à Asinius Marrucinus de lui avoir dérobé une serviette dans un repas. Il oppose à ce mauvais plaisant la conduite 6 son frère Asinius Pollion, qu’il appelle le père éloquent de la grâce et de la bonne plaisanterie[4]. Le discours de Pollion contre Caton était encore lu avec admiration au temps de Tacite[5]. Pollion avait terminé par ce coup d’éclat son éducation du barreau. Il entra dès lors dans la vie active. Il partit pour la Gaule, où il servit sous les ordres de César, pendant les dernières années qui complétèrent la conquête de cette belliqueuse province. Il suivit ensuite son parti dans la guerre civile, et, grâce à son influence, il arriva au tribunat l’an 48. L’année suivante, il se trouvait en Espagne, occupé à combattre les lieutenants de Pompée. A ce moment, le bruit courut à home qu’en poursuivant la flotte pompéienne, il avait été assailli par une violente tempête ; que son collègue Statius Marcus, lieutenant de César, avait péri dans le naufrage, et que lui-même avait été fait prisonnier par les soldats de Pompée et emmené à Utique[6]. Heureusement le bruit était faux pour tous les deux, et, l’année suivante, en 46, Pollion était promu à la préture. Une circonstance pénible pour Cicéron le mit, à cette époque, en rapport avec l’illustre orateur. Le propre neveu de Cicéron, le fils de son frère Quintus, jeune homme aux mauvais instincts et au cœur dépravé, s’était déclaré à la fois contre son père et son oncle, et avait poussé l’infamie jusqu’à venir en Espagne demander au dictateur la mort de son oncle. Pollion écrivit à ce propos à Cicéron pour le prévenir de la lâche trahison de son neveu ; d’autres lettres adressées par des amis la lui avaient fait déjà vaguement connaître[7]. Pollion fut confirmé par César dans le commandement de l’Espagne Ultérieure, au moment où celui-ci se préparait à entreprendre sa grande expédition contre les Parthes[8]. Il y fut surpris, bientôt après, par la nouvelle de la mort du dictateur, et par le commencement de la guerre civile qui en fut la conséquence. Il se tint d’abord sur la réserve, s’appliquant à gouverner sa province, et à maintenir la discipline dans ses légions. Il ramassa des vivres et de l’argent, observant la neutralité et attendant la tournure que prendraient les événements. Il écrivit même à Cicéron trois lettres[9] où il protestait de son dévouement à la République, et se déclarait prêt à se tourner contre celui, quel qu’il fût, qui prétendrait s’emparer du pouvoir et aspirerait à la tyrannie. Il terminait la dernière par ces mots plus éloquents que sincères : Je ne veux ni manquer à la République ni lui survivre. La seconde de ces lettres n’a pas seulement. trait aux événements politiques, elle contient des détails curieux sur les abus de pouvoir auxquels s’était livré son questeur Balbus, avant de se sauver avec le fruit de ses rapines auprès de Bogude, roi de la Maurétanie Tingitane. C’était un questeur à la façon de Verrès. Comme celui-ci, Balbus avait pillé la province, retenu la solde des troupes, vendu les charges, et commis tous les excès. Ces exactions étaient habituelles aux questeurs, surtout à ces époques tourmentées. Mais Pollion cite, entre autres, deux faits qui rappellent dignement le triste héros du discours Sur les supplices. Dans le combat des gladiateurs, dit-il, un certain Fadius, soldat pompéien, avait déjà combattu deux fois gratis. Il refusa de recommencer une troisième pour plaire au questeur, et se réfugia dans les rangs du peuple. Balbus lança, sur la foule qui lui avait jeté des pierres, ses cavaliers gaulois, arrêta le gladiateur, ordonna de l’enterrer à demi dans une fosse et le fît brûler vif. Quant à lui, sortant de table, il se promenait pieds nus ; la robe traînante, les mains derrière le dos. Le malheureux répétant : Je suis né citoyen romain, il lui répondait : Va donc, implore à présent la protection du peuple ! Mais, continue Pollion, n’a-t-il pas déjà exposé aux bêtes plusieurs citoyens, entre autres un marchand forain très connu de la ville d’Hispalis, sous prétexte qu’il était laid ? Voilà le monstre auquel j’avais affaire. Mais Je vous en dirai plus à mon retour[10]. C’est sans doute à cause du souvenir de Verrès et de Gavius que Pollion donne ces détails à Cicéron au milieu d’une lettre politique. Mais, sauf le mot le monstre, portentum hujusce modi, on ne voit pas qu’il soit très ému des actes odieux qu’il raconte. Les protestations de dévouement à la République que Pollion adressait à Cicéron n’étaient pas bien sérieuses. Au fond il était resté césarien. Aussi il ne tarda pas à quitter son attitude de neutralité, et au mois de septembre 43 il remit son armée à Antoine. Il reçut de lui en récompense le gouvernement de la Gaule Cisalpine ; où il eut l’occasion de lui rendre de grands services, grâce à son habileté militaire, grâce surtout à l’armée considérable qu’il commandait[11]. Pollion resta trois ans à la tête de cette province. C’est la plus belle partie de sa vie. Il protégea Virgile, encouragea ses premiers essais, l’engagea à composer ses Bucoliques, et enfin le présenta à Octave. Le poète lui témoigna sa reconnaissance par ces vers de l’Églogue III où il dit : Pollion aime notre muse bien que rustique : Muses, faites paître une génisse pour celui qui vous lit ; Pollion, lui aussi, fait des vers excellents : faites paître en son honneur un taureau qui déjà menace de la corne, et dont le pied fasse voler la poussière. Lorsque Pollion fut nommé consul l’an 40, Virgile composa en son honneur l’Églogue IV, où se trouve ce vers si célèbre : Si nous chantons les forêts, que les forêts soient dignes d’un consul ! Sous ton consulat, dit-il encore, ô Pollion, naîtra cet enfant, ornement du siècle. De ton consulat dateront les années de gloire ; devant toi s’effaceront, s’il en reste, les derniers vestiges de notre crime ; et le monde secouera enfin son invincible terreur. Quel est cet enfant dont la naissance, sous le consulat de Pollion, devait amener le retour de l’âge d’or ? On sait les discussions sans nombre auxquelles ont donné lieu les vers mystérieux de Virgile. Dès le IVe siècle de l’ère chrétienne on y voyait l’annonce de la naissance du Christ. Selon Asconius Pedanius, Virgile avait voulu désigner Asinius Gallus, fils de Pollion, qui naquit cette année même. L’explication n’est guère admissible : quelle que fût la reconnaissance de Virgile et la haute position de Pollion, la flatterie aurait dépassé toute mesure. Les anciens supposaient avec plus de vraisemblance qu’il était question soit du jeune Marcellus dont Octavie était alors enceinte, soit plutôt encore de l’enfant que Scribonia, femme d’Octave, portait dans son sein, et qui fut la fameuse Julie. Le poète avait été mauvais prophète. L’année qui suivit son consulat, Pollion fut envoyé contre les Parthes, peuplade d’Illyrie. Il remporta sur eux de brillants succès, auxquels Virgile fait allusion dans la VIIIe Églogue. Mais toi qui franchis en ce moment les sommets élevés du Timave, ou qui côtoies les rivages de la terre illyrienne, oh ! quand viendra ce jour où il me sera donné de chanter tes hauts faits ? Quand pourrai-je faire connaître de l’univers entier ces poèmes, qui seuls rappellent dignement le cothurne de Sophocle. Mes chants ont commencé, mes chants finiront par toi. Reçois les vers entrepris par tes ordres, et permets que le lierre du poète s’unisse sur ta tête au laurier du vainqueur ! Virgile aurait pu ajouter : au laurier du triomphateur. En effet, Pollion, en récompense de ses exploits, obtint les honneurs du triomphe, aux calendes du mois de novembre 39[12]. Il fit un noble usage des dépouilles de l’ennemi. Il s’en servit pour créer la première bibliothèque publique que l’on ait vue à Rome, dix ans avant qu’Auguste fondât la bibliothèque d’Apollon Palatin[13]. Il établit la sienne près de l’Atrium de la Liberté, sur le mont Aventin, et par cette libéralité, dit Pline, il fit du génie des écrivains une propriété publique. Il décora sa bibliothèque des bustes d’airain, d’argent et même d’or des grands écrivains ; et fit sculpter d’imagination ceux, comme Homère, dont les traits étaient inconnus. Il ne voulut pas y placer les images des auteurs contemporains. Seul Varron, en considération de son immense savoir, reçut cet honneur par anticipation[14]. Jusqu’à cette époque, Pollion était resté attaché à la cause d’Antoine, mais sans s’aveugler sur les imprudences et les folies de sa conduite. Aussi lorsque le triumvir voulut l’emmener avec lui en Asie, il refusa de le suivre, et demeura en Italie. Il assista dès lors en spectateur désintéressé aux luttes sourdes qui préparèrent la rupture définitive d’Octave et d’Antoine. Une telle neutralité était si contraire à l’esprit de l’époque, qu’Octave, partant pour la guerre d’Actium, sollicita Pollion de l’accompagner contre Antoine. Pollion répondit : J’ai rendu trop de services à Antoine, et j’en ai reçu des bienfaits trop éclatants. Je nie tiendrai donc à l’écart de la lutte, et je serai la proie du vainqueur[15]. Cette réponse honore Pollion, mais c’était une véritable abdication. Il ne reparut plus aux affaires. Auguste, cependant, ne cessa de lui témoigner, jusqu’à sa mort, de l’estime et de l’amitié. Rendu à la vie privée, Pollion se livra tout entier à. la culture des lettres et de l’éloquence. Il revint au barreau ou il avait débuté jadis avec tant d’éclat, et mit au service des nombreux clients qui s’adressèrent à lui, un talent consommé, mûri encore parla pratique des affaires. Malheureusement nous avons peu de fragments de son éloquence. Nous sommes donc réduits, pour l’apprécier, à nous en rapporter aux jugements portés par les écrivains anciens sur ses discours. Ln les comparant, en les opposant les uns aux autres, on peut arriver à se faire une opinion assez exacte de l’éloquence de Pollion. Voici l’idée générale que Quintilien en donne : Pollion, dit-il, a beaucoup d’invention. Il apporte un soin si grand à traiter ses causes, que quelques-uns y trouvent de l’excès. Il y joint de l’habileté et de la vigueur. Quant à l’éclat et à l’agrément de Cicéron, il en est si éloigné qu’on pourrait le croire plus ancien d’un siècle[16]. Ailleurs il dit encore de Pollion que, par ses discours longuement élaborés, il est le modèle des écrivains renfrognés et stériles[17]. Mais la prédilection de Quintilien pour Cicéron le rend peut-être injuste pour l’orateur qui se posait en rival de celui-ci. Toutefois. Tacite trouve aussi le style de Pollion trop archaïque. C’est, il est vrai, dans la bouche d’Aper, le partisan déclaré des modernes, qu’il place cette appréciation : Asinius, quoique né dans des temps plus rapprochés de nous, me semble avoir étudié parmi les Menenius et les Appius. Il est certain, du moins, qu’il fait revivre Pacuvius et Attius, non seulement dans ses tragédies, mais encore dans ses discours, tant il est sec et dur[18]. L’adversaire d’Aper, Messala, est plus favorable à Pollion. Il le met au nombre des plus grands orateurs, des Calvus, César, Calius, Brutus et Cicéron. Il reconnaît chez tous, malgré des talents divers, un goût et des principes semblables, et comme un air de famille. Tout en regardant Pollion comme inférieur à Cicéron, il le trouve plus nombreux que tous les autres, numerosior[19]. Cette expression inattendue s’applique sans doute aux vers, surtout aux ïambiques trimètres, que Pollion laissait échapper, ou aux citations poétiques dont il ornait son style à l’exemple de Cicéron, ce dont Quintilien les loue tous les deux[20]. Mais le mot de Messala laisse subsister l’appréciation d’Aper et celle de Quintilien. On peut donc les regarder comme vraies. Elles sont d’ailleurs confirmées par ce que Sénèque dit du style de Pollion : Lis Cicéron, écrit-il à Lucilius. Sa phrase est uniforme : l’allure en est lente et pleine de mollesse, sans être efféminée. Au contraire, la phrase de Pollion est saccadée ; elle a des soubresauts, et, au moment où on s’y attend le moins, elle s’arrête brusquement. En un mot, chez Cicéron elle se termine : chez Pollion elle tombe[21]. De ces appréciations on peut conclure qu’Asinius Pollion avait de grandes qualités d’orateur. Il était de la bonne époque, il avait entendu les maîtres de l’éloquence, et il en était le cligne continuateur. La comparaison constante qu’on établit entre lui et Cicéron, même pour donner à celui-ci la supériorité, est la meilleure preuve de sa valeur. Quintilien lui accorde l’invention, le soin, l’habileté, la vigueur. Seulement, soit effet d’un goût particulier, soit par le long commerce qu’il entretenait avec les vieux poètes de Rome, il avait de la sécheresse dans le style, et employait avec trop de complaisance des tournures et des termes vieillis. Les grammairiens anciens relèvent, çà et là, chez lui, des mots archaïques qui sont de véritables solécismes au siècle de Cicéron. Ainsi, entre autres expressions, Pollion disait vectigaliorum pour vectigalium[22] ; et employait avec un .sens passif les expressions consolabar et experta[23]. Ce sont là les défauts de style, les archaïsmes qui choquaient surtout Aper, et lui faisaient renvoyer, par boutade, Pollion aux âges antiques de Menenius et d’Appius Cœcus. Au XVIIe siècle, il eût dit de lui avec Bélise : Il pue étrangement son ancienneté. Le théâtre où s’exerçait l’éloquence de Pollion n’était plus celui où il avait fait ses premières armes : contre Caton d’Utique. Du temps de la République, les causes plaidées en justice se divisaient en causes publiques et en causes privées. C’était pour les premières que les grands orateurs réservaient tous leurs efforts ; c’était par elles qu’ils acquéraient de la réputation et du crédit et parvenaient aux honneurs. Ils ne descendaient guère aux causes privées que par exception, pour obliger leurs amis ou leurs clients. Sous Auguste, au contraire, les causes publiques furent retirées aux tribunaux et réservées, pour la plupart, au sénat. Il ne resta donc plus aux avocats que les causes privées. On les plaidait devant-le tribunal des centumvirs. La mesure d’Auguste avait pour but de tuer la grande éloquence ; les anciens ne s’y trompèrent pas. Les orateurs anciens, dit Tacite, avaient pour eux la grandeur des événements et l’importance des causes, sources si fécondes d’inspiration. La différence est grande, en effet, de parler sur un vol, une formule, un interdit ou sur les brigues des comices, les rapines des provinces, le massacre des citoyens... La force de l’esprit grandit avec les sujets, et l’on ne peut faire un discours éclatant et supérieur, si l’on n’a pas une cause importante à soutenir. L’ancien barreau exerçait davantage l’éloquence. On n’était pas obligé de restreindre sa plaidoirie à quelques heures ; les remises étaient libres. Chacun prenait le temps qui lui convenait, et il n’y avait de limite ni au nombre des jours ni à celui des avocats... Aujourd’hui les causes centumvirales ont le premier rang. Elles étaient alors si écrasées par l’importance des autres qu’on ne trouve ni dans Cicéron, César, Brutus, Cælius, Calvus, en un mot dans les grands orateurs, aucun discours prononcé devant les centumvirs, à l’exception des plaidoyers d’Asinius Pollion pour les héritiers d’Urbinia. Encore ont-ils été prononcés vers le milieu du règne d’Auguste, lorsque le gouvernement d’un grand prince avait pacifié l’éloquence comme tout le reste[24]. Il reste quelques débris de l’éloquence de Pollion. Un jour qu’il plaidait devant Auguste, à quelle occasion, on l’ignore, il commençait ainsi son discours : Si, ô César, entre tous les mortels qui sont ou qui ont été, il nous avait été permis de choisir l’arbitre de cette cause, nous n’aurions pu certainement en choisir un de préférence à toi-même[25]. Celsus regardait cet exorde comme un modèle achevé. Il admirait l’agencement des brèves et des longues, et surtout l’adresse de cette entrée en matière : Quintilien en reconnaissait aussi le mérite. Mais, moins enthousiaste que Celsus, il ne voulait pas que tous les exordes fussent calqués sur celui-là. Il demandait que chacun d’eux variât suivant la cause, le juge, et l’impression à produire. L’observation de Quintilien est juste, mais il ne relève pas plus que Celsus l’expression entre tous les mortels, qui n’appartient pas à la prose. Faut-il voir dans ce mot, qui est du domaine de la poésie, l’explication du terme numerosior, par lequel Messala caractérisait l’éloquence de Pollion ? Un autre fragment, aussi court, montre que Pollion prit la défense de M. Scaurus ; le fils de celui pour lequel Cicéron avait plaidé. Ce personnage était le petit-fils de Scaurus, le prince du sénat, et, par sa mère mariée à Pompée, le frère utérin de Sextus Pompée. Il portait un des plus grands noms de Rome, et devait, par lui-même et par ses alliances, trouver auprès de ses juges des sentiments de faveur et de sympathie. Pollion n’eut garde d’omettre aucun de ces titres, et, dans son exorde, il s’exprimait ainsi : Je n’aurais jamais pensé que Scaurus serait un jour traduit en justice, et que, dans son procès, j’aurais à demander aux luges de ne point donner place, contre lui, à la faveur[26]. Après la bataille d’Actium, Octave voulut faire périr Scaurus. Il l’épargna en considération de sa mère Mucia[27]. Est-ce à cette occasion qu’il fut défendu par Pollion ? Le personnage contre le crédit duquel l’orateur veut prémunir les juges, est-ce Auguste ? On aimerait à le penser. Pollion plaida devant les centumvirs plusieurs procès d’héritages. Dans l’un il soutenait la cause d’une mère que son fils avait déshéritée au profit d’un étranger. Le testament laissé par le fils était conçu en ces termes : En reconnaissance des obligations que j’ai à P. Novanius Gallion, en considération de sa tendre amitié pour moi, je l’institue mon héritier. Pollion laissait l’avocat de la partie adverse lire le testament et en démontrer la validité. Il le prenait ensuite, et le lisait à sa façon en lui restituant sa véritable portée : En reconnaissance de la tendresse que ma mère m’a toujours témoignée, et de l’attachement que j’ai eu pour elle ; en considération de ce fait qu’elle a toujours vécu pour moi, et qu’elle m’a donné la vie deux fois en un même jour, je la déshérite[28]. Quintilien trouve avec raison ce trait heureux et éloquent. N’y peut-on pas voir plus encore ? c’est-à-dire la recherche de l’effet, préoccupation constante de la nouvelle école d’orateurs, et la trace de cette invention que Quintilien signale parmi les caractères de l’éloquence de -Pollion ? Un autre procès d’héritage soutenu par Pollion a déjà été mentionné par Tacite. Pollion parlait cette fois pour les héritiers d’Urbinia. Il s’agissait d’une question d’identité de personne. L’héritage était contesté par Clusinius Figulus, qui se donnait comme le fils d’Urbinia et prenait son nom. Pour justifier son intervention tardive et inopinée, il se présentait comme tale victime des guerres civiles, et racontait un long roman. Voyant, disait-il, l’armée dont il faisait partie vaincue, il avait pris la fuite. Après diverses aventures, après avoir été retenu prisonnier par un roi, il avait enfin réussi à revenir en Italie et dans son pays natal, à Margines, où il avait été reconnu par les siens. A ce roman, Pollion en opposait un autre, peut-être aussi peu fondé. Il soutenait que son adversaire était un imposteur, qu’il avait pour nom Sosipater, et qu’il avait servi à Pisaure sous deux maîtres. Il y avait exercé la médecine ; puis, affranchi, il s’était mêlé à une troupe d’esclaves. Il avait demandé à servir avec eux et avait été acheté[29]. Ce genre de causes, où il s’agit d’établir une identité contestée, a toujours le privilège de passionner les esprits. Nul n’est certain de la vérité, et les preuves avancées par les deux parties se contredisent sans se détruire. Lé procès pour les héritiers d’Urbinia eut donc un grand retentissement à Rome à cause dé son caractère romanesque. Les allusions des écrivains contemporains en font foi. Il en reste malheureusement peu de chose. L’avocat opposé à Pollion était l’historien Labienus, parent de l’ancien lieutenant de César, et qui appartenait à une famille de Pompéiens. Aussi Pollion disait-il, en faisant allusion au parti jadis servi ou du moins préféré par son adversaire, qu’il suffisait de sa personne pour montrer que sa cause était mauvaise[30]. Ceci n’est qu’un mot auquel les circonstances politiques seules donnaient quelque valeur. Mais un trait plus heureux, intraduisible en français, était celui où Pollion jouant sur le nom du client de Labienus, Figulus, et sur la supercherie qu’il lui attribuait, ne l’appelait plus Figulus, celui qui façonne, mais figulatus, celui qui est façonné[31]. Ces plaidoyers sont les seuls sur lesquels nous ayons quelques détails. Pollion- en prononça beaucoup d’autres. Avaient-ils tous un égal mérite ? Cela est peu probable. Ils présentaient au moins un ensemble de qualités sérieuses. Mais leur répétition trop fréquente chez un orateur qui avait besoin de beaucoup travailler ses œuvres, pour n’être pas inférieur à lui-même, devait entraîner de nombreuses négligences. Un mot de Pollion semble le reconnaître. Il prouve au moins une modestie qu’il est rare de rencontrer chez les avocats célèbres : Plaidant bien, cela me valut de plaider souvent : plaidant souvent, cela me valut de plaider moins bien[32]. Ces défaillances, toutefois, n’empêchèrent pas Sénèque, qui avait lu toutes ses œuvres, de le compter au nombre des plus grands orateurs de Rome, et de le placer entre Cicéron et Tite-Live[33]. L’éloquence de Pollion n’est pas tout entière dans ses plaidoyers. Il avait écrit en dix-sept livres une Histoire des guerres civiles. Horace y fait allusion par ce passage si connu de l’ode Ire du livre II : La discorde civile éclatant sous le consulat de Metellus, les causes de la guerre, ses crimes et ses vicissitudes, les jeux de la Fortune, l’accord des chefs non moins funeste ; les armes teintes d’un sang qui n’est pas expié, voilà, malgré les chances et les périls d’une telle œuvre, ce que tu racontes, et tu marches sur des feus recouverts d’une cendre trompeuse. Cette Histoire allait jusqu’à la bataille de Pharsale, et probablement jusqu’à celle de Philippes. Pollion y racontait, entre autres choses, que César avait été poussé à franchir le Rubicon par les menées de ses adversaires, qui attendaient son retour à Rome pour le citer en justice. Il en donnait comme preuve le mot de César sur le champ de bataille de Pharsale, à la vue des cadavres de ses ennemis : C’est eux qui l’ont voulu. Après tant d’exploits, moi César, j’eusse été condamné, si je n’avais pas demandé secours à mon armée[34]. Ce n’est pas là une justification, c’est à peine une circonstance atténuante. César n’avait-il pas, par ses manœuvres antérieures, rendu sa condamnation nécessaire ? Malgré son attachement au parti de César, Pollion s’était
piqué d’impartialité dans son Histoire. Il rendait justice aux chefs
du parti opposé. Tacite le loue de la manière dont il avait parlé de Brutus
et de Cassius[35].
Pollion y réparait l’injustice commise par lui de longues années auparavant à
l’égard de Cicéron. Lorsque les triumvirs rentrèrent à Rome, précédés par la
terreur des proscriptions qu’ils avaient ordonnées, au milieu du silence
universel qui livrait sans défense au poignard des assassins les victimes
désignées, Pollion seul avait osé élever une voix de protestation, et
défendre un proscrit, Lamia, amide Cicéron. Mais, dans un développement de
son plaidoyer, il avait avancé que Cicéron, pour sauver ses jours, s’était
abaissé à un acte d’insigne lâcheté. Cicéron,
disait-il, n’a jamais balancé à promettre qu’il
désavouerait ces discours contre Antoine où sa passion s’en donne à cœur
joie, et qu’il en publierait, dans le sens contraire, de plus nombreux et de
mieux écrits : il s engageait même à les prononcer en pleine assemblée.
Sénèque le Père, en reproduisant cette phrase, ajoute même un détail plus
étrange. D’après lui, Pollion n’avait pas
prononcé ces paroles, car il n’aurait pas osé mentir à ce point, en face des
triumvirs, mais il les avait introduites en écrivant son plaidoyer[36]. L’imputation
dirigée par Pollion contre la mémoire de Cicéron est invraisemblable, et se
réfute par son absurdité même, mais Sénèque, à son tour, va trop loin. Il est
possible qu’entrains par l’improvisation, ou recourant à un argument
désespéré pour sauver son client, Pollion ait prononcé les paroles qu’on lui
prête. Mais il est inadmissible que, ne les ayant pas prononcées, il les ait
ajoutées de sang-froid et avec préméditation. En tout cas, Pollion désavoua
son discours parlé ou écrit par la manière éloquente dont il fit l’éloge de
Cicéron dans son Histoire. Sénèque le reconnaît : Pollion, dit-il, qui
nous fait voir Verrès, l’accusé de Cicéron, mourant avec courage, est le seul
de tous les historiens qui ait jeté de la défaveur sur la mort de Cicéron.
Cependant, quoique malgré lui, il lui rend un plein témoignage. Voici ce
qu’il en dit : Quand il s’agit d’un tel homme que tant et de si grandes œuvres feront vivre à jamais, il est inutile de vanter son talent et son activité. Il eut également à se louer de la nature et de la fortune ; car son visage resta beau, sa santé resta florissante jusqu’à la vieillesse, et, possédant tous les arts de la paix, il vécut à une époque paisible. Les jugements de son temps, s’exerçant encore avec l’antique sévérité, les accusés étaient nombreux. Il en défendit beaucoup, les sauva presque tous, et s’en fit autant d’amis. Heureux à demander le consulat, heureux à gérer les grandes charges, avec l’inspiration des dieux et son propre génie, que n’a-t-il montré plus de modération dans la prospérité, plus de courage dans le malheur ? De l’une ou de l’autre fortune il ne croyait jamais voir la fin ; delà de grands orages suscités contre lui par l’envie ; de là, chez ses ennemis, une plus grande confiance à l’attaquer : car il mettait plus d’audace à provoquer les inimitiés qu’à les soutenir. Mais puisque aucun des mortels n’a eu la vertu parfaite, c’est par la plus longue partie de sa vie, c’est parle plus fréquent emploi de son génie, qu’il faut juger d’un homme. Sa mort même ne me paraîtrait pas si malheureuse, si lui-même n’avait pas regardé toute espèce de mort comme un grand malheur. Je puis vous affirmer, reprend Sénèque, que de toute l’Histoire de Pollion, le passage que je viens de citer est le plus éloquent. On dirait que l’auteur ne loue pas Cicéron, mais qu’il lutte avec lui. Je ne vous dis pas cela pour vous dégoûter du reste, et vous ôter l’envie de lire l’Histoire entière. Ayez cette envie, et ce sera une satisfaction donnée à Cicéron[37]. Mais le mot de Basile sur la calomnie est vrai de tous les temps. Il en reste toujours quelque chose. Cicéron dut à la phrase malheureuse de Pollion de devenir, suivant l’expression de Juvénal, un sujet de déclamation pour les enfants. Les rhéteurs s’emparèrent de ses derniers instants pour en tirer des motifs de suasoriæ : Cicéron délibère s’il demandera la vie à Antoine. Cicéron délibère s’il brillera les Philippiques, Antoine, à ce pris, lui promettant la vie. Sujet stupide ! dit Sénèque en parlant du dernier dont il attribue l’origine au discours de Pollion pour Lamia. L’exclamation de Sénèque est dure, mais ne pourrait-on pas l’appliquer aussi à d’autres sujets qu’il rapporte avec complaisance ? Outre cette Histoire de la guerre civile, Pollion avait composé de nombreuses poésies et des tragédies. On a vu l’éloge que Virgile adresse dans ses Églogues aux tragédies de Pollion. Il les compare à celles de Sophocle. Horace, de son côté, y fait plusieurs allusions : Que la Muse de l’austère tragédie déserte quelque temps le théâtre ; une fois les affaires, rétablies, elle reprendra le cothurne et ses nobles fonctions[38]. Pollion, dit-il ailleurs, chante en vers ïambiques les hauts faits des rois[39]. Ces tragédies étaient représentées sur le théâtre, comme on peut l’inférer des vers d’Horace. On n’en connaît ni les sujets ni les titres. C’étaient, sans cloute, comme l’ont été toutes les tragédies latines, des imitations grecques. Tacite, par la bouche d’Aper, accuse Pollion d’y avoir introduit le style de Pacuvius et d’Accius. Pollion avait peut-être fait plus encore. Il n’est pas impossible qu’il ait emprunté à, ces vieux auteurs leurs sujets comme leur style. Quant à la comparaison enthousiaste de Pollion avec Sophocle, il n’y faut voir qu’une exagération poétique, un acte de reconnaissance de Virgile envers son protecteur. Ce poète, cet orateur si occupé au barreau qu’il était obligé de négliger ses plaidoyers, avait encore trouvé le temps d’écrire sur la philosophie, s’il faut en croire un passage de Sénèque[40]. Il avait, en outre, composé contre L. Munatius Plancus une sorte d’ouvrage que Pline l’Ancien qualifie de discours, et Aulu-Gelle de lettres. Ces discours devaient être, suivant Pline, publiés, par Pollion ou par ses enfants après la mort de Plancus, pour que ce dernier n’y pût répondre. Plancus en disait, spirituellement : Il n’y a que les fantômes qui fassent la guerre aux morts. Pline ajoute que ce mot avait frappé d’un tel discrédit les discours de Pollion, que les savants les regardaient comme ce qu’il y avait de plus impudent[41]. Quel était le thème de ces discours ? Les expressions de Pline ne permettent pas de le deviner. S’il y était question des palinodies de Plancus, de cet homme qui avait la maladie de la trahison, la matière était riche, et l’impudent n’était pas celui qui les lui reprochait. Aulu-Gelle ne nous fournit guère plus de renseignements. Il se borne à défendre contre Pollion plusieurs mots de Salluste, que celui-ci avait critiqués dans ses lettres à Plancus. C’était peut-être dans cet ouvrage que se trouvaient divers jugements littéraires, énoncés par Pollion, que les anciens relèvent et discutent avec vivacité, sans indiquer la source à laquelle ils les empruntent. Le terme employé par Pline, les savants, eruditos, est favorable à cette supposition. Quant à l’accusation d’impudence, elle s’explique très bien par certains jugements irrévérencieux, et d’autant plus intéressants pour nous, que Pollion portait sur les écrivains ses contemporains. Cicéron était un de ceux qu’il attaquait avec le plus d’aigreur. S’il lui rendait justice dans son Histoire, il n’avait pas pour son style l’admiration que professaient Sénèque le Père et Quintilien. Déjà, du vivant de Cicéron, Brutus et Calvus avaient reproché à son éloquence d’avoir un caractère asiatique. Pollion, qui avait, comme eux, des prétentions à l’atticisme, reproduisait leurs jugements ; et accusait Cicéron de pécher par excès d’abondance[42]. L’auteur du De suppliciis, il faut le reconnaître, mérite quelquefois cette critique. Mais Pollion, par la nature même de son talent, sec et nu, devait être plus sensible qu’un autre à un défaut qui était l’opposé des siens. En outre, l’habitude de s’entendre sans cesse comparer à Cicéron, pourvoir accorder constamment la supériorité à son rival, excitait son impatience. Sa mauvaise humeur, assez légitime, se traduisit un jour d’une façon plaisante. Messala Corvinus l’avait convoqué dans sa demeure pour écouter une pièce de vers de Sextilius Hena sur la mort de Cicéron. Le poète disait au début de la pièce : Deflendus Cicero est latiæque silentia linguæ, Pleurons Cicéron et le silence de l’éloquence latine. Tout le monde applaudit ; seul Pollion impatienté se leva : Messala, dit-il, tu peux faire dans ta maison ce qui te convient ; pour moi, je n’écouterai pas plus, longtemps un homme qui me regarde comme un muet. Et il s’en alla. Le poète, Cornelius Severus assistait à la lecture ; le vers lui parut bon et il l’imita dans la pièce si célèbre qu’il a composée sur la Mort de Cicéron[43]. Juste en somme, le jugement de Pollion sur Cicéron a d’inconvénient de n’être pas assez explicite. Celui qu’il portait sur Salluste est un peu plus détaillé. Il lui reprochait d’abord l’emploi de certains mots, par exemple celui de transgressus appliqué à la marche d’un navire. Il critiquait, d’une manière générale, l’affectation d’archaïsme qu’on relève dans la Conspiration de Catilina et dans la Guerre de Jugurtha. Il le blâmait d’avoir, entre deux expressions, choisi toujours la plus ancienne : Personne, ajoutait-il, ne l’a plus aidé dans cette besogne qu’un certain Ateius Prætextatus, grammairien latin très connu, qui fut ensuite l’aide et le maître des déclamateurs, et qui finit par se décerner à lui-même le surnom de Philologus[44]. L’observation de Pollion est fondée ; mais il est curieux de le voir critiquer dans Salluste l’emploi des mots et des tournures archaïques que ses contemporains reprochaient précisément à son style. Pollion portait des accusations plus graves contre les Commentaires de César. Ce n’était pas le style du dictateur, mais la véracité de l’historien qu’il mettait en cause. Pollion, dit Suétone[45], regarde les Commentaires de César comme écrits avec peu de soin et peu de véracité. César, d’après lui, accueillait le plus souvent, et sans les vérifier, les rapports de ses officiers sur les événements auxquels il n’avait pas pris part lui-même. Quant à ses propres actions, il altérait profondément la vérité, soit par calcul, soit par erreur de mémoire. Il pensait enfin que César avait l’intention de les revoir et de les corriger. L’assertion de Pollion né tend à rien moins qu’à infirmer l’autorité des Commentaires, généralement admise. Il est fâcheux que l’on n’ait pas l’indication exacte des passages que Pollion contestait. Sa critiqué, en effet, a de la valeur et ne peut être rejetée de prime abord. Il était amide César, il avait fait la guerre sous ses ordres, il avait vécu avec ses lieutenants. Il avait donc été bien plané pour juger par lui-même, et non par ouï dire de la fausseté de certaines allégations du conquérant des Gaules. Le dernier jugement de Pollion est relatif à Tite-Live. C’est celui qui, par sa concision et sa forme énigmatique, a soulevé le plus de controverses dans l’antiquité et dans les temps modernes. Pollion, qui avait été pendant trois ans gouverneur de la Gaule Cisalpine, et qui, à ce titre, en connaissait bien la langue, trouvait dans Tite-Live, malgré son admirable talent, quelque chose qui sentait le territoire de Padoue[46]. C’est la fameuse patavinité de Tite-Live qui a tant intrigué les commentateurs. Cette critique, dont Quintilien, tout en la mentionnant, ne conteste pas la justesse, s’appliquait, à certaines locutions insolites, à quelques expressions inattendues que l’on rencontre dans Tite-Live. Si les modernes doivent avec modestie les imputer aux copistes des manuscrits, les anciens avaient le droit de les attribuer à la patavinité de l’auteur. En tout cas, comme Quintilien cite, sans le réfuter, le jugement de Pollion, on doit le tenir pour vrai, sans savoir en quoi il consiste. Telle n’était pas l’opinion du vénérable Daniel George Morhof (1639-1691). Ce savant ne pouvait pas pardonner à Pollion d’avoir blasphémé contre Tite-Live, et dans un plaisant accès d’indignation il concluait son travail sur la patavinité de Tite-Live par ces paroles que n’eût pas désavouées Scaliger : Asinius a quelque chose de ce qu’indique son nom. On le reconnaît facilement à ce qu’il n’est jamais sans ruer ni sans braire. Car, au sujet de cette patavinité qu’il croit découvrir dans Tite-Live, c’est une véritable question de savoir s’il y a dans Tite-Live plus de patavinité ou dans Asinius plus d’asinité. Après ce que l’on a vu de Pollion, discours, histoires, tragédies, lettres, sa vie littéraire peut paraître remplie. Il en reste encore un côté à connaître. Pollion n’est pas un écrivain de profession, tout entier à son labeur. Il sait se partager entre ses devoirs publics, ses occupations favorites, et les jouissances de la société. On disait de lui qu’il était l’homme de toutes les heures[47] c’est-à-dire qu’il menait de front les affaires, les études et les plaisirs. Il consacrait la journée au travail, mais, passé la dixième heure (4 heures du soir), il ne voulait plus d’occupation sérieuse. Il ne lisait même pas ses lettres, de peur qu’elles ne fissent naître en lui quelque souci inattendu, et il se reposait ainsi de la fatigue de toute la journée[48]. Il s’adonnait alors au culte des lettres et des arts ; il achetait des tableaux, des statues, le Silène de Praxitèle, la Vénus de Céphisodore, fils de Praxitèle, les Porte-Flambeaux et les Canéphores de Scopas. Il plaçait ces œuvres d’art et bien d’autres, dont Pline l’Ancien donne la liste intéressante[49], dans ce que l’historien appelle les monuments de Pollion, vraisemblablement la bibliothèque qu’il avait fondée. C’est ainsi qu’il contribuait pour sa part aux embellissements de Rome. Pendant ces heures de loisir, Pollion réunissait autour de lui les artistes et les hommes de lettres de son temps. Virgile, quand il était à Rome, et Horace, pour ne citer que les principaux, lui soumettaient leurs œuvres et accueillaient avec déférence ses avis. A son tour, il leur lisait ses poésies, soit ses tragédies, soit, plus souvent, ces petites pièces légères, du genre sotadique, auxquelles la gravité romaine ne dédaignait pas de descendre[50]. Sa maison était ouverte à tous les hommes de mérite, même à ceux qui déplaisaient à l’empereur Auguste, comme l’historien Timagène. Celui-ci s’était permis, sur Auguste, sa femme et toute sa famille, des mots qui ne furent pas perclus ; car, dit Sénèque, un trait piquant circule et vole de bouche en bouche, d’autant plus vite qu’il est plus hardi. Auguste, après différentes observations à Timagène, finit par lui interdire l’entrée du palais. Timagène, irrité, brûla ses Histoires manuscrites et ses Mémoires sur la vie d’Auguste, où il faisait l’éloge du prince. Puis il se retira dans la maison de Pollion, et y vieillit en paix. Auguste, avec une douceur dont il faut lui savoir gré, se contenta de dire à Pollion : Tu nourris chez toi un serpent ! Et comme Pollion voulait s’excuser : Jouis, mon cher Pollion, jouis de ton hospitalité ! Pollion déconcerté offrit alors à Auguste de fermer sa porte à Timagène, s’il le désirait : Crois-tu, lui répondit spirituellement Auguste, crois-tu que je puisse le vouloir, moi qui vous ai réconciliés tous les deux. Pollion, en effet, avait été brouillé avec Timagène, et son seul motif pour le reprendre, d’après Sénèque[51], était que César l’avait disgracié. Nous n’aurions pas mentionné ce petit cénacle d’hommes éclairés, qu’à l’exemple de Mécène, Pollion réunissait auprès de lui, s’il n’avait pas donné naissance à un usage nouveau, qui fut, bientôt à la mode, et fleurit dans le Ier siècle de l’empire. Nous voulons dire les lectures publiques. Elles naquirent dans la maison de Pollion. Le premier, il lut à ses invités des déclamations composées avec l’intention d’obtenir leurs applaudissements. Toutefois, par une réserve qui ne fut pas imitée, il n’admit pas indistinctement tout le monde à l’entendre. Jamais il ne prononça de déclamations en public. De là, dit Sénèque le Père, le mot de Labienus dont l’esprit était plus aigre encore que les paroles : Ce vieux triomphateur n’admet jamais le peuple à ses lectures. Pollion n’agissait pas ainsi par défiance de ses forces, il montrait seulement qu’il ne considérait les déclamations que comme de purs exercices d’école, destinés à entretenir la facilité de la parole. Il les pratiqua en tout temps, à l’époque de la maturité de son talent, et même à l’approche de la vieillesse. Plus tard, il ne prétendit plus qu’à former son petit-fils, Marcellus Æserninus. D’abord, dit Sénèque, il écoutait la déclamation du jeune homme, et s’expliquait sur le côté de la cause que Marcellus avait soutenue, il montrait les omissions, remplissait sommairement les lacunes, critiquait les défauts ; puis il plaidait lui-même l’opinion contraire[52]. Ces exercices d’éloquence n’étaient pas une innovation. Déjà Cicéron et Hortensius les avaient pratiqués. Pollion y apportait tant d’assiduité que quatre jours après la mort de son fils Hérius, il déclama devant Sénèque le Père avec plus de véhémence que jamais. Sénèque admire beaucoup cette force d’âme, où nous verrions plutôt de l’insensibilité. Mais le stoïcisme avait mis à la mode cette ostentation de fermeté. Ainsi donc, soit dureté naturelle, soit affectation, Pollion ne changea rien à sa vie : Il voulut montrer qu’il pouvait lutter contre la fortune. Aussi lorsqu’à la mort de Caïus César, héritier présomptif de l’empire, décédé en Orient, Auguste écrivit à Pollion pour se plaindre amicalement qu’il eût, malgré ce deuil, soupé ce jour-là en grande compagnie, Pollion lui répondit qu’il avait fait de même le jour de la mort de son fils Hérius. Ô grands hommes ! ajoute emphatiquement Sénèque, incapables de succomber sous les coups de la Fortune, et dont l’adversité ne fait qu’éprouver la vertu ! Asinius Pollion déclama quatre jours après la mort de son fils. N’est-ce pas en quelque sorte, la protestation d’une grande âme qui défie ses malheurs ?[53] Cependant, malgré tout son zèle, Pollion était moins heureux dans ses déclamations que dans ses plaidoyers, au jugement même de son admirateur. Il était plus fleuri, dit-il, dans ses déclamations que dans ses plaidoyers. Ce goût si scrupuleux, si austère, et trop parfait peut-être lorsqu’il plaidait, lui faisait alors défaut à ce point que souvent il avait besoin de cette indulgence qu’il n’accorda jamais à personne. L’infériorité des déclamations de Pollion tient sans doute à ce qu’il ne les considérait que comme des exercices d’éloquence, et dédaignait d’y voir, comme Sénèque, le but suprême et dernier de la parole. Il reste quelques souvenirs de la part que Pollion prenait à ces déclamations. Malgré l’aridité des détails, il ne sera peut-être pas sans intérêt d’en faire connaître quelques-uns. On comprendra mieux en quoi consistaient ces exercices, où chacun apportait son mot, son argument ; où un plaidoyer se trouvait élaboré et complété par le concours de tous ceux qui avaient assisté à la controverse. On verra ainsi quelques-unes de ces causes romanesques qu’imaginait la subtilité des rhéteurs, et qui contribuèrent tant à la décadence de l’éloquence. Un tyran a abandonné aux esclaves les femmes et les filles des principaux citoyens qui se sont enfuis. Un seul a respecté la fille de son maître. Après la mort du tyran, les fugitifs reviennent et mettent en croix leurs esclaves. L’esclave fidèle reçoit de son maître la liberté et la main de sa fille. Mais le fils irrité accuse en justice son père de folie. Il s’agit de composer le plaidoyer prononcé parle fils. Tel est le sujet. Les différents interlocuteurs ajoutèrent chacun un détail au discours du fils. Voici le passage que Sénèque attribué à Pollion. Dans les chants Fescennins de la noce, on entendait répéter d’amères plaisanteries contre ce beau gendre. Jour affreux, je m’en souviens, celui où nous vîmes la servitude de la République ! Jour affreux encore celui où nous partîmes pour l’exil ! Mais jour non moins affreux, celui qui a vu le mariage de ma sœur ! Pauvre sœur, te voilà peut-être la belle-mère de quelques-uns de tes petits esclaves ! Mon père, je voudrais me marier ; à laquelle de tes servantes veux-tu me fiancer ?[54] Autre déclamation. Un veuf qui s’était remarié condamne un de ses fils à mort comme convaincu de parricide. Il ordonne au second, de le faire périr sur mer. Le jeune homme abandonne son frère dans un esquif privé de tout agrès. Mais il est recueilli par des pirates entre les mains desquels le père tombe plus tard. Son fils le sauve et le renvoie dans sa patrie. Le père, à son retour, déshérite le premier pour le punir de n’avoir pas exécuté son ordre, et de n’avoir pas fait tuer son frère. Parmi les raisons que le fils malheureux invoquait pour se justifier, Pollion lui prêtait ces paroles : Écoutez-moi sans prévention. Je me flatte de faire absoudre par vous celui même qui a été condamné. Mon père me dit : Ton frère est vivant. — Je n’en crois rien. — C’est lui qui m’a sauvé. — Ah ! je suis forcé de le croire. Mais reprenons l’histoire tout entière. Dans cette maison où l’on a cru si facilement à un parricide, l’un des fils n’a pas voulu tuer son frère, l’autre n’a pas voulu tuer son père ! Un peu plus loin, le fils accusait sa belle-mère et disait entre autres choses : Je me demandai ce qui était permis, ce qu’il fallait faire. Si un si grand crime a été commis, ce n’est pas, me dis-je, à moi de le châtier. Cela regarde les Triumvirs, les comices ; le bourreau ; le jugement et la punition d’un forfait aussi odieux ne relèvent pas d’un simple particulier[55]. Une autre déclamation avait un sujet moins extraordinaire, mais invraisemblable encore. Une femme meurt en couches, après avoir donné naissance à un fils qu’on envoie aussitôt à la campagne. Le père se remarie, et a un second fils qu’il fait élever avec l’aîné. Longtemps après, les deux enfants reviennent à la maison paternelle, sans que la mère puisse les distinguer l’un de l’autre et reconnaître le sien. Sur le refus de son mari de le lui indiquer, elle le traduit en justice. Que doit répondre le père ? D’après Hirpo Romanus et Silo Pompeius, il doit prendre pour thème de sa défense : Je ne sais pas, voilât pourquoi je ne te l’indique pas. D’après Latro et Cestius : Je ne sais pas, mais quand je le saurais je ne te le dirais pas. Pollion blâmait les uns et les autres. Si le père, disait-il, répond je ne le sais pas, personne ne le croira. S’il ne pouvait pas le savoir lui-même, sa femme ne le lui demanderait pas. On peut en effet répondre au mari : Interrogez la nourrice, la personne qui a élevé l’enfant, il n’est pas vraisemblable que personne dans la maison ne connaisse la vérité. Si le père disait : Je ne sais pas, mais quand je le saurais je ne le dirais pas, il commettrait une maladresse, car ces mots : Quand même je le saurais feraient croire au juge qu’il connaît la vérité. Les mots je ne sais pas permettent de supposer qu’il le dirait s’il le savait. Le thème le plus simple consisterait à dire : Je le sais, mais je ne le dis pas. Cela vaut mieux pour les enfants et surtout pour ton fils. Car j’aimerai davantage celui qui paraîtra n’avoir pas de mère[56]. Tels sont, pour nous borner à ces exemples ; les sujets de déclamations qu’on discutait dans les écoles de rhéteurs au siècle d’Auguste. Il n’est pas étonnant que Pollion s’y soit montré inférieur à lui-même. Il est plutôt extraordinaire qu’il y ait pris une part aussi active. Il intervenait plus souvent, il est vrai, par ses conseils. Sénèque enregistre avec soin plusieurs avis donnés par lui dans différentes controverses, et qui font plus d’honneur à son goût et à sa critique. Ici, il disait qu’il fallait indiquer son thème dans la narration et l’épuiser dans l’argumentation. Il accusait d’imprudence ceux qui dépensaient, à propos de la narration, toutes les ressources de leur sujet, car ils mettaient dans celle-ci plus, et dans la preuve moins qu’elle ne demande[57]. Là, il soutenait avec raison qu’il ne fallait jamais, dans une cause respectable, soulever une question immorale[58]. Tantôt il approuvait les développements qui lui paraissaient justes et bons. Le plus souvent il raillait les interlocuteurs et blâmait leurs sujets comme invraisemblables et contraires à la nature[59]. Ainsi, parfois, dans une déclamation, une plaisanterie juste lui suffisait à renverser un échafaudage d’arguments subtilement entassés. En voici un exemple : Le prêtre doit jouir de tous ses membres ; or, le pontife Metellus sauve le Palladium au milieu de l’incendie du temple de Vesta, et perd la vue ; on lui refuse alors le droit d’exercer le sacerdoce. Un interlocuteur s’écriait déjà en défendant Metellus : Ton pontife t’a rendu un double service, ô Vesta, il a sauvé ton Palladium et ne l’a pas vu. — Non pas, dit Pollion en l’arrêtant, s’il avait été aveugle auparavant, il ne l’eût pas sauvé, s’il a été aveugle depuis, c’est qu’il l’a vu. Et la cause en resta là. Plus judicieux, en cette circonstance, que dans les causes précédemment citées, Pollion blâmait ce sujet, le déclarait inepte, contraire à la réalité, et le traitait dédaigneusement de question d’école[60]. Ce jour-là, son goût naturel reprenait tous ses droits. C’est au milieu de ces distractions innocentes que Pollion s’éteignit doucement dans sa villa de Tusculum, à l’âge de quatre-vingts ans l’an 5 de notre ère. Par son éloquence, ses, poésies, ses livres d’histoire et de critique, par la fondation d’une bibliothèque, par les lectures publiques qu’il a inaugurées, Pollion a joué un rôle considérable dans la société de son temps. Malgré les concessions qu’il fait à la mode en fréquentant la, réunion des déclamateurs, c’est encore un Romain de la bonne époque et de l’école de la grande éloquence. Il se plie à l’esprit nouveau, mais il appartient au siècle précédent par ses premières œuvres, comme par la nature de son esprit. C’est ce qu’Aper exprime de sa façon dédaigneuse, en le renvoyant à l’époque des Appius Cæcus. Les modernes regrettent de n’avoir ni ses tragédies, ni ses discours, ni surtout sa grande Histoire, qui serait précieuse. En tout cas, il a été homme de goût et de mérite, et au jugement de ceux qui le critiquent le plus sévèrement, orateur d’un talent supérieur, non minima pars romani styli, dit Valère Maxime[61]. C’est son nom qui se présente sur toutes les lèvres après celui de Cicéron. C’est pour Pollion un grand honneur, et comme Sénèque le Philosophe le dit d’un autre orateur, c’est encore être au premier rang que de venir après un tel maître[62]. Enfin Pollion fut un citoyen intègre, honnête, indépendant. On ne peut lui reprocher que ses paroles contre Cicéron, si éloquemment rétractées dans son Histoire. Mais il faut lui savoir gré d’avoir défendu Lamia devant les Triumvirs, d’avoir refusé de suivre Octave contre Antoine son bienfaiteur, et de s’être consolé de sa disgrâce politique par la culture des lettres. A côté de L. Munatius Plancus, Pollion est un caractère qui fait honneur à son temps et contraste avec la lâcheté d’un si grand nombre de ses contemporains. |
[1] Velleius Paterculus, II, 123.
[2] Quintilien, XII, 6, 1.
[3] Cicéron, Lettres à Atticus, IV, 15, 16 ; Dialogue des orateurs, 34.
[4] Catulle, Épigramme XII.
[5] Dialogue des orateurs, 34.
[6] Cicéron, Lettres à Atticus, XII, 2.
[7] Cicéron, Lettres à Atticus, XII, 35, 39 ; XIII, 9, 38.
[8] Dion Cassius, XLV, 10.
[9] Cicéron, Lettres familières, X, 31, 32, 33.
[10] Cicéron, Lettres familières, X, 32.
[11] Velleius Paterculus, II, 41.
[12] Dion Cassius, XLVIII, 41.
[13] Pline, Hist. nat., VII, 3 ; XXXV, 2.
[14] Pline, Hist. nat., VII, 30.
[15] Velleius Paterculus, II, 86.
[16] Quintilien, X, 1, 113 ; II, 25 ; XII, 10, 11.
[17] Quintilien, X, 2, 17.
[18] Dialogue des orateurs, 21.
[19] Dialogue des orateurs, 25.
[20] Quintilien, IX, 4, 70 ; I, 8, 10.
[21] Sénèque, Lettres à Lucilius, C, 16.
[22] Charisius, I, 19.
[23] Priscien, VIII, 4, p. 870, 372.
[24] Dialogue des orateurs, 37, 33.
[25] Quintilien, II, 4, 132.
[26] Quintilien, VI, 1, 121.
[27] Dion Cassius, LI, 2, et LVI, 33.
[28] Quintilien, IX, 2, 34.
[29] Quintilien, VII, 2, 4, 26.
[30] Quintilien, IV, 1, 11.
[31] Quintilien, VIII, 3, 32.
[32] Pline le Jeune, Lettres, VII, 29.
[33] Sénèque, Lettres, C, 8.
[34] Suétone, César, 30.
[35] Annales, IV, 34.
[36] Sénèque le Père, Suasoriæ, VI, 14
[37] Sénèque le Père, Suasoriæ, VI, 24.
[38] Horace, II, Odes, I.
[39] Horace, I, Satires, X, 42.
[40] Sénèque, Lettres à Lucilius, C, 8.
[41] Pline, Hist. nat., I, préface, XXIV ; Aulu-Gelle, X, 26.
[42] Quintilien, XII, I, 22.
[43] Sénèque le Père, Suasoriæ, VI, à la fin.
[44] Suétone, Grammairiens illustres, X ; Aulu-Gelle, X, 26.
[45] Suétone, Vie de César, 56.
[46] Quintilien, I, 5, 36 ; VIII, 1, 3.
[47] Quintilien, VI, 3, 110.
[48] Sénèque, De la tranquillité d’âme, XV, 13.
[49] Pline, Hist. nat., XXXV, 4, 11.
[50] Pline le Jeune, V, 3.
[51] Sénèque, De la colère, III, 23.
[52] Sénèque le Père, Excerpta Controv., IV, préface.
[53] Sénèque le Père, Excerpta Controv., IV, préface.
[54] Sénèque le Père, Controverses, III, 21.
[55] Sénèque le Père, Controverses, III, 16.