La persécution de Dioclétien et le triomphe de l’Église

Paul Allard 1903

 

 

INTRODUCTION — LES SOURCES DE L’HISTOIRE DES PERSÉCUTIONS

 

CHAPITRE PREMIER. — LES CHRÉTIENS SOUS DIOCLÉTIEN ET MAXIMIEN HERCULE (285-292).

I. — Persécutions partielles à Rome et en Gaule.

Dioclétien empereur - Séjour probable à Rome au commencement de son règne - Vexations contre les chrétiens - Le pape Caïus réfugié dans le cimetière de Calliste - Martyre du mime saint Genès - Dioclétien fixe sa résidence à Nicomédie - Il partage l’Empire avec Maximien - Caractère de celui-ci - Dioclétien prend le nom de Jupiter et lui donne celui d’Hercule - Révolte de paysans dans les Gaules - Maximien quitte Nicomédie pour les combattre - Son passage en Italie : martyrs d’Aquilée - Martyrs à Rome - Martyre, à Agaune, de la légion Thébéenne - Martyrs dans les Gaules sous Fescenninus et Rictiovarus - Martyrs dans la Grande-Bretagne - Maximien à Marseille : martyre de saint Victor - Maximien s’établit à Trèves : apaisement de la persécution en Occident..

II. — Les Églises, le néopaganisme et la philosophie.

Prospérité de l’Église en Orient - Grand nombre des chrétiens asiatiques - Dioclétien prend des sentiments favorables aux fidèles - Influence de sa femme Prisea et de sa fille Valeria - Serviteurs chrétiens du palais - Tolérance pour les magistrats chrétiens - Fonctions municipales exercées par les fidèles - Grande situation des évêques - Nombreuses constructions d’églises - Ce mouvement est suivi avec plus de timidité à Rome - Les papes profitent de la paix pour agrandir les cimetières  - Relâchement des mœurs chrétiennes : concile d’Illiberis - Dissensions dans les Églises d’Orient - Tentatives des païens pour amener les fidèles aux idées syncrétistes - Efforts du néoplatonisme contre la doctrine chrétienne - Écrits et influence de Porphyre..

 

CHAPITRE II. — L’ÉTABLISSEMENT DE LA TÉTRARCHIE ET LA PERSÉCUTION DANS L’ARMÉE (292-302).

I. — L’établissement de la tétrarchie.

Conférence des deux Augustes à Milan - Ils décident de s’adjoindre deux Césars - Conséquences politiques et religieuses de cette décision - Élection de Constance Chlore et de Maximien Galère - Nouveau partage de l’Empire - Vices et fanatisme païen de Galère - Douceur et tolérance de Constance - Activité guerrière des quatre empereurs - Activité législative : édit sur les mariages - Édit contre les manichéens - souffrances du peuple - Édit de maximum - Réorganisation administrative.

II. — La persécution dans l’armée.

Grand nombre des soldats chrétiens - Répugnance de quelques chrétiens d’Afrique pour le service militaire - Influence sur eux des idées montanistes - Le conscrit Maximilien refuse de servir - Il est condamné à mort - Pour quel motif il mérite le titre de martyr - Commencement des vexations contre les soldats chrétiens - On leur donne le choix entre un congé ignominieux et l’apostasie - Quelques-uns sont mis à mort - Soldats martyrisés après l’expédition de Galère contre les Perses - Veturius chargé de l’épuration de l’armée dans les États de Galère - Soldats martyrs en Mésie : Pasicrate et Valention - Le vétéran Jules  - Nicandre et Marcien - La persécution dans les États d’Hercule : soldats martyrisés à Rome - Les quatre cornicularii - Saint Sébastien - Autres martyrs militaires en Italie - Le centurion Marcel à Tanger - Le greffier militaire Cassien - Emeterius et Chelidonius en Tarraconaise - Dioclétien se décide tardivement à molester les soldats chrétiens d’Asie - Il les met en demeure de quitter l’armée ou de sacrifier - Mais il s’abstient encore de verser le sang..

 

CHAPITRE III. — LE PREMIER ÉDIT DE PERSÉCUTION GÉNÉRALE (303).

I. — La promulgation de l’édit et les événements de Nicomédie.

Galère à Nicomédie - Ses efforts pour décider Dioclétien à la persécution - Conseil privé - Consultation de l’oracle de Milet - Dioclétien se résout à persécuter - Destruction de l’église de Nicomédie - Affichage de l’édit de persécution - Articles de l’édit ordonnant la destruction des églises et des livres saints, interdisant les assemblées, dégradant ou privant de liberté les chrétiens - Exemplaire de l’édit déchiré par un fidèle - Supplice de celui-ci - Premier incendie du palais impérial - Galère en accuse les chrétiens - Second incendie - Probablement imputable à Galère - Peur et colère de Dioclétien - Chrétiens de Nicomédie mis en demeure de sacrifier - Apostasie des impératrices - Martyre d’eunuques et de chambellans - Exécution de l’évêque Anthime et de membres du clergé - Laïques mis à mort - Sacrifice préalable exigé des plaideurs.

II. — L’exécution de l’édit.

Date de sa mise en vigueur dans les provinces orientales - Cyrille, évêque d’Antioche, envoyé aux mines - Défections parmi les chrétiens de cette ville - Héroïsme du diacre Romain - Églises abattues en Asie - Leur destruction retardée en Galatie et en Thrace - Bassus, gouverneur de Thrace, favorable aux chrétiens - Des femmes, à Thessalonique, cachent les Écritures - Martyre d’Agathopode et de Théodule - La persécution en Occident - Constance Chlore fait abattre quelques églises - Il n’inquiète pas autrement les chrétiens - Piquante leçon donnée à ses courtisans - Maximien Hercule exécute rigoureusement l’édit - Destruction des livres sacrés en Espagne - Destruction, à Rome, de la bibliothèque et des archives pontificales - Confiscation des biens de l’Église romaine - Efforts des chrétiens pour sauver de la profanation les tombes des martyrs - Parties de catacombes enterrées - Destruction d’édifices au-dessus des cimetières..

III. — Les traditeurs.

Violence de la persécution en Afrique - Profanation des areæ sépulcrales - Les Écritures livrées par de nombreux traditeurs - Procès-verbal de la perquisition faite dans l’église de Cirta - Faiblesse du clergé de Cirta, mêlée de quelque courage - Stratagème de Mensurius, évêque de Carthage, pour sauver la bibliothèque et les archives de son église - Blâme dirigé par lui contre les exagérés qui provoquaient inutilement les persécuteurs - Héroïsme douteux de Secundus de Tigisis - Sage prudence de Félix d’Aptonge - Martyre de Félix de Tibiuca - Laïques martyrisés en Numidie - Conversion du rhéteur Arnobe..

 

CHAPITRE IV. — LE DEUXIÈME ET LE TROISIÈME ÉDITS (303-304).

I. — Les nouveaux édits.

Conversion de Lactance à Nicomédie - Écrit contre les chrétiens - Portrait de son auteur - Pamphlet d’Hiéroclès - Caractère de sa polémique - Révolte de soldats à Antioche - Sympathies des fidèles de Cappadoce pour le royaume chrétien d’Arménie - Un d’eux refuse le service militaire - Martyre d’Hiéron et de trente et un chrétiens - Inquiétudes de Dioclétien habilement excitées - Promulgation de deux édits contre les ecclésiastiques.

II. — L’application des édits avant l’amnistie des vicennales (303).

Le confesseur Donat - Quelques membres du clergé font défection en Palestine - Martyre du lecteur Procope - Courageuse résistance de nombreux captifs absous malgré eux - Martyre d’Alphée et de Zachée - Les chrétiens maltraités en Galatie - Datianus persécute les chrétiens de toute l’Espagne - Osius de Cordoue confesse la foi - Arrestation de Valerius, évéque de Saragosse, et du diacre Vincent - Ils sont transférés à Valence - Exil de Valerius - Vincent est mis à la torture - Dioclétien célébre à Rome ses vicennales - Amnistie - Elle est étendue aux chrétiens - Exception pour Romain, étranglé à Antioche - Et Vincent, retenu dans la prison de Valence - Dioclétien, malade, quitte Rome en décembre.

III. — Reprise de la persécution après l’amnistie des vicennales (304).

Dioclétien fait route lentement vers l’Asie - Martyre de Vincent - Datianus essaie en vain d’anéantir ses reliques - Vénération pour les instruments de son martyre - La maladie de Dioclétien laisse toute puissance à Galère et à Hercule - Les édits continuent à étre appliqués - Bassus, préfet de Thrace, obligé de les mettre à exécution - Fermeture de l’église d’Héraclée - L’évêque Philippe abandonne les vases sacrés, mais non les livres - Le diacre Hermès conduit l’assesseur du préfet au lieu où les uns et les autres sont cachés - Différences entre les sentiments des chrétiens d’Orient et d’Afrique - Philippe et Hermès refusent de sacrifier - Adoucissements apportés à leur captivité - Nombreux chrétiens arrêtés à Abitène et conduits à Carthage pour avoir tenu des assemblées - Date exacte de leur procès - Interrogatoire et tortures - Thelica - Dativus - Le prêtre Saturnin - Le lecteur Emeritus - Félix et plusieurs autres - Saturnin le jeune - Victoire - Hilarien - Mort de ces chrétiens en prison - Autres fidèles d’Afrique arrêtés pour avoir célébré le culte.

 

CHAPITRE V. — LE QUATRIÈME ÉDIT EN ORIENT (304).

I. — Les martyrs de la Macédoine, de la Pannonie, de la Norique et de la Mésie.

Galère, véritable auteur du quatrième édit - Texte d’Eusèbe - Exécution de l’édit à Thessalonique - Interrogatoire d’Agathon, Agape, Irène, Cassia et Philippa - Eutychia gardée en prison à cause de sa grossesse - Suite de l’interrogatoire : Agape, Chionia - Agape et Chionia condamnées au feu - Nouvel interrogatoire d’Irène - Elle est condamnée au déshonneur - Sauvée, elle meurt sur le bûcher - Silence de l’auteur des Actes sur le sort des autres accusés - Martyre du prêtre Montan à Sirmium - Arrestation d’Irénée, évêque de cette ville - Vaines supplications de sa famille et de ses amis - Son interrogatoire - Son martyre - Interrogatoire et supplice du lecteur Pollion, à Cibalis - Martyre de l’officialis Florianus, à Lauriacum - Martyre du soldat, Dasius, à Dorostore - Pénurie de documents sur l’exécution du quatrième édit dans les États de Galère..

II. — Les martyrs de la Cilicie et de la Thrace.

Maxime, gouverneur de Cilicie - Calliope crucifié à Pompeiopolis - Tarachus, Probus et Andronicus - Attitude nouvelle des accusés chrétiens - Premier interrogatoire à Tarse - Second interrogatoire à Mopsueste - Troisième interrogatoire à Anazarbe - Les trois martyrs épargnés par les bêtes de l’amphithéâtre - Puis égorgés - Les chrétiens recueillent leurs reliques - Reprise du procès de Philippe et d’Hermès, à Héraclée, devant un nouveau gouverneur - Leur interrogatoire - Interrogatoire du prêtre Sévère - Le procès est continué à Andrinople - Observations sur le langage de l’évêque Philippe, différent de celui de Tarachus et de ses compagnons - Philippe et Hermès brûlés vifs - Même supplice infligé à Sévère.

III. — Les martyrs de la Galatie et de la Cappadoce.

Arrestation de Victor à Ancyre - Il est exhorté par Théodote - il meurt en prison, laissant une mémoire douteuse - Services rendus à l’Église par le cabaretier Théodote - Il retire de l’Halys les reliques du martyr Valens - Rencontre de chrétiens fugitifs - Arrestation de sept vierges à Ancyre - Elles échappent au déshonneur - Le bain de Diane et de Minerve - Honteuse procession - Les chrétiennes noyées dans l’étang - Théodote et ses compagnons recueillent leurs corps - Théodote arrêté et interrogé - Il meurt décapité - Stratagème du prêtre Fronton pour enlever ses reliques - Une chrétienne frappée de mort civile - Martyre de Julitta à Césarée de Cappadoce.

IV. — Les martyrs de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine, de l’Égypte, de la Thébaïde et du Pont.

Chrétiens exposés aux bêtes à Tyr - Récit d’Eusèbe, témoin oculaire - Chrétiens immolés à Gaza - Martyre de Cyprien et de Justine - La persécution en Égypte - Texte d’Eusèbe - Histoire de Didyme et de Théodora - Pitié des païens - Souffrances des chrétiens en Thébaïde - Condamnations prononcées parle gouverneur Arrien - Martyre de Timothée et Maura - Cruautés exercées contre les fidèles du Pont - Les aïeux de saint Basile s’enfuient dans les montagnes - Chrétiens fugitifs bien accueillis des Barbares.

 

CHAPITRE VI. — LE QUATRIÈME ÉDIT EN OCCIDENT (304).

I. — Les martyrs de Rome.

Manifestation populaire du 17 avril 301 - Réunion du sénat et ordonnance de Maximien Hercule - Rescrits aux gouverneurs - Sacrifices exigés de ceux qui fréquentaient les marchés ou les fontaines - Martyre de Marc et Marcellien - Martyre de Castulus - Tiburtius - Gorgonius, Genuinus, trente soldats - Pierre et Marcellin - Artemius, Candide, Pauline - Sotère - Noyades - Simplicius et Faustinus jetés dans le Tibre - Enterrés par Viatrix dans la catacombe de Generosa - Sépulture de Vialrix, de Rufus ou Rufinianus dans la même catacombe - Groupe de chrétiens du Latium décapités sur la voie Salaria - Martyre de leur prêtre Abundius et de leur diacre Abundantius - Martyre de Basilla - Mort du pape Marcellin, sa sépulture au cimetière de Priscille - Vacance du siège apostolique - Martyre de Cyriaque, Saturninus, Sisinnius, Apronianus, Smaragdus, Largus, Crescentianus, Papias, Maurus, etc. - Martyre de Timothée - Sainte Agnès - Son procès - Sa virginité miraculeusement préservée - Martyre d’Agnès - Dévotion des Romains pour elle - Son tombeau et son cimetière - Martyre et sépulture d’Éméreutienne - Le sceau de Turrania Lutina - Sainte Lucine..

II. — Les martyrs de l’Italie et de la Rhétie.

Jules et Montanianus, à Piperno - Valentin et Hilaire, à Surrena - Eutychius, confesseur, à Corneto - Secundus, Firmina, Félix, Grégoire, Fidence, Térence, en Ombrie - Martyre de Sabin, évêque d’Assise - Martyrs de la Campanie et de la Lucanie - Euplus, à Catane - Lucie, à Syracuse - Martyrs du Picenum et de l’Émilie - Vital et Agricola, à Milan - Cassien, à Imola - Martyrs de la Vénétie et de la Transpadane - Martyrs de la Sardaigne - Martyrs de Corse - La persécution en Rhétie : sainte Afra.

III. — Les martyrs de l’Afrique et de l’Espagne.

Cruauté de Florus, président de Numidie - Les dies turificationis - Martyrs enterrés à Mastar - Cippes des martyrs Nivalis, Matrona, Salvus, entre Kalama et Cirta - Inscription de Sétif en l’honneur des martyrs Justus et Decurio - La martyre Digna, à Husicade - Les martyrs de Mauritanie : le vétéran Typasius - Le porte-drapeau Fabius - Les martyrs de la province proconsulaire : Maxima, Donatilla et Secunda, à Thuburbo - Crispine, à Théveste - L’hymne quatrième du Peri Stephanôn - Martyrs anonymes à Saragosse - Caius, Crementius, la vierge Encratis, confesseurs dans la même ville - Martyrs de Girone, Barcelone, Alcala, Cordoue - Sainte Eulalie, à Mérida.

 

CHAPITRE VII — LES CHRÉTIENS DEPUIS L’ADDICATION DE DIOCLÉTIEN ET DE MAXIMIEN JUSQU’À L’USURPATION DE MAXENCE (305-306).

I. — Abdication de Dioclétien et de Maximien. Fin de la persécution en Occident (305).

Dioclétien malade à Nicomédie - La persécution se poursuit dans ses États - Procédés différents des gouverneurs - Incendie d’une ville chrétienne de Phrygie - Martyre de huit chrétiens à Césarée - Galère arrive à Nicomédie - Il obtient l’abdication de Dioclétien et de Maximien Hercule - Formation d’une nouvelle tétrarchie - Élévation de Galère et de Constance au rang d’Augustes - Choix de deux nouveaux Césars - Maximin Daia proclamé en cette qualité à Nicomédie, au mépris de Constantin, fils de Constance - Sévère proclamé en la même qualité à Milan, au mépris de Maxence, fils d’Hercule - Nouveau partage territorial - La persécution cesse en Espagne, devenue partie de l’apanage de Constance - Sévère la fait cesser en Italie et en Afrique - Cependant les biens ecclésiastiques ne sont pas rendus, ni les rapports officiels rétablis - Réflexions d’Eusèbe.

II. — Nouveaux édits de persécution en Orient (306).

Martyre de cinq sculpteurs chrétiens en Pannonie - Maximin Daia accorde une amnistie aux chrétiens - Ses illusions sur la puissance du paganisme - Les Églises orientales commencent à se réorganiser - Canons pénitentiaux de Pierre d’Alexandrie - Prompte fin de l’amnistie - Nouveaux édits de persécution - Leur promulgation dans les États de Maximin et dans ceux de Galère - Martyre d’Hadrien et de Natalie, à Nicomédie - Martyre de Théodore, à Amasée - Autres soldats martyrisés dans la même ville - Martyre de sainte Julitla et de saint Cyr, à Tarse - Martyre d’Aphien, à Césarée - Prodige attesté par Eusèbe - Martyre d’Ulpien à Tyr - Martyre d’Edesius, à Alexandrie - Pierre, évêque de cette ville, se tient caché - Origine du schisme de Mélèce - Lettre écrite contre Mélèce par quatre évêques captifs  - Philéas, évêque de Thmuis, et le haut magistrat Philorome, dans la prison d’Alexandrie - Souffrances des prisonniers chrétiens décrites par Philéas - Martyrs de la Thébaïde – Apollonius - Le joueur de flûte Polémon - Conversion du gouverneur Arrien - Les convertis de la Thébaïde amenés à Alexandrie et noyés par l’ordre d’Hiéroclès.

III. — Avènement de Constantin et de Maxence (306).

Constantin à la cour de Galère - Il est rappelé en Gaule par Constance - Ruse employée pour déjouer les poursuites - Son voyage - Il accompagne Constance en Bretagne - Mort de Constance à York - Constantin proclamé Auguste par les soldats - Il envoie son portrait aux autres empereurs  Galère se décide avec peine à reconnaître son élection, mais le fait descendre au rang de César - Exaspération de Galère - Les païens traités aussi cruellement que les chrétiens - Nouveau supplice du feu, inventé pour ces derniers - Martyre de Claude, Astère, Néon, Domnina et Theonilla, en Cilicie - Martyre d’Agapius, à Césarée - Débauches de Maximin - Chrétiennes sauvant leur vertu par une mort volontaire - Sainte Pélagie, à Antioche - Autres martyres de cette ville - Domnina, Bernice et Prosdosces se noient pour échapper aux persécuteurs - Maximin confisque les biens d’une chrétienne d’Alexandrie, qui a résisté à sa passion - Chrétiennes punies par le martyre de leur résistance aux propositions infâmes des gouverneurs - Réflexions de saint Augustin sur celles qui ont été outragées par violence - Ambition de Maxence - Mécontentement du peuple de Rome et des prétoriens - Maxence proclamé par eux empereur - Extinction de la seconde tétrarchie - Six empereurs en présence.

 

CHAPITRE VIII. — LES CHRÉTIENS DEPUIS L’USURPATION DE MAXENCE JUSQU’À LA MORT DE MAXIMIN HERCULE (306-310).

I. — La persécution en 307.

Confusion politique - Mort de Sévère - Échec de Galère en Italie - Rupture entre Hercule et Maxence - Hercule se réfugie en Gaule - Congrès de souverains en Pannonie - Licinius proclamé Auguste - Maxence, à Rome, favorable aux chrétiens - La persécution continue en Orient - Martyre du jardinier Serenus, à Sirmium - Martyre d’Euphémie, à Chalcédoine - Martyre de Théodosie, à Césarée - Mutilation des confesseurs envoyés aux mines - Trois chrétiens condamnés à être gladiateurs - Le docteur Pamphile - Ses travaux exégétiques - Il les continue en prison - Disgrâce et mort d’Urbain, gouverneur de Palestine - Phileas et Philorome comparaissent à Alexandrie devant Culcien - Intervention des avocats en faveur de Phileas - Son interrogatoire - Condamnation de Phileas et de Philorome - Phileas refuse de faire appel - Leur supplice.

II. — La persécution en 308.

Nouvelles intrigues politiques - Maximin oblige Galère à le faire Auguste - Souffrances des chrétiens condamnés aux mines - Des frères les secourent au péril de leurs vies - Martyre de deux chrétiennes à Gaza - Martyre de Paul et de ses compagnons - Nouvel édit de Maximin forçant les chrétiens à sacrifier - Martyre, à Césarée, d’Antonin, Zebinas et Germain - Martyre de la vierge Eunathas - Cadavres de chrétiens laissés sans sépulture - Lacrymæ rerum - Tranquillité de l’église romaine - Élection du pape Marcel - Réorganisation paroissiale - Dissensions au sujet des tombés - Marcel meurt en exil.

III. — La persécution en 309 et 310.

Élection du pape Eusèbe - Heraclius suscite de nouveaux troubles au sujet des tombés - Maxence exile Heraclius et Eusèbe - Eusèbe meurt en Sicile – Suite de la persécution en Orient - Martyre de Pierre Abselamus - Cinq pèlerins d’Égypte arrêtés à Césarée - Leurs réponses au gouverneur Firmilien - Ils sont mis à mort - Martyre du docteur Pamphile, de Valens et de Paul - Protestation du jeune Porphyre - Son martyre - Martyre du vétéran Seleucus - Martyre de l’esclave Théodule - Martyre du voyageur Julien - Les animaux refusent de toucher aux cadavres des saints - Martyre d’Hadrien et d’Eubulus - Le gouverneur Firmilien meurt disgracié - Désordres subsistant, malgré la persécution, dans les Églises orientales - Martyre d’Hermyle et de Stratonique en Mésie - Martyre de Quirinus, évêque de Siscia, en Pannonie - Adoucissement du sort des chrétiens condamnés aux mines - Leurs réunions pieuses - Nouvelles sévérités à leur égard - Martyre de Nil, Pélée et Patermuthius - Martyre de trente-neuf forçats chrétiens - Mort de Maximien Hercule - Douleur de Dioclétien.

 

CHAPITRE IX — LES CHRÉTIENS DEPUIS L’ÉDIT DE TOLÉRANCE DE GALÈRE JUSQU’À LA GUERRE DE MAXIMIN CONTRE L’ARMÉNIE (311-312).

I. — L’édit de tolérance et la mort de Galère.

Galère tombe malade - La maladie des persécuteurs - Parole d’un de ses médecins - Tardif repentir de Galère - Singulier édit de tolérance - Caractère de cet édit - On le publié dans les États de Galère, de Licinius et de Constantin - Maximin ne le promulgua pas, mais ordonne verbalement de cesser la persécution - Circulaire du préfet du prétoire Sabinus - Vraie portée de cette circulaire - Joie des chrétiens - Retour des confesseurs - Reprise de la vie religieuse - Mort de Galère.

II. — Attaques insidieuses de Maximin contre le christianisme.

Partage des États de Galère entre Maximin et Licinius - Écroulement de l’œuvre politique de Dioclétien - Sa fille Valérie, veuve de Galère, persécutée par Maximin - Maximin prohibe de nouveau les assemblées chrétiennes - Voyage de Maximin dans les provinces - Théotecne,   curateur d’Antioche, organise un pétitionnement des villes contre les chrétiens -Complicité de Maximin dans ce mouvement - Texte de la pétition de la ville d’Aricanda - Réponse de Maximin à la ville de Nicomédie - Réponse de Maximin à la ville d’Aricanda - Son message aux habitants de Tyr - Véritable sermon païen - Texte du message - Théotecne institue le culte et l’oracle de Jupiter l’Ami - L’oracle demande l’expulsion des chrétiens - Elle est ordonnée par de nombreux arrêtés municipaux - Persécution hypocrite et non sanglante - Maximin précurseur de Julien - Il cherche à créer un clergé païen - Organisation de ce clergé - On lui donne des pouvoirs de police contre les chrétiens.

III. — Dernières calomnies et persécution ouverte.

Maximin essaie de noircir les chrétiens - Publication de faux Actes de Pilate - Ils sont partout affichés ou lus publiquement - On les rend obligatoires dans les écoles - Des femmes de mauvaise vie sont contraintes par la menace à calomnier les mœurs chrétiennes - Maximin recommence ouvertement la persécution - Il attaque surtout les évêques et les docteurs - Martyre de Pierre d’Alexandrie, de Faustus et d’Ankmonius, des évêques égyptiens Hesychius, Pachumius et Théodore, de Méthode, évêque de Tyr ou de Patare, de Lucien, prêtre d’Antioche, de Basilisque, évêque de Comane, de Silvain, évêque d’Éphèse, de Cyr, Jean et plusieurs femmes - Saint Antoine encourage les fidèles d’Alexandrie - L’empire de Maximin est ravagé par la famine et dévasté par la peste - Charité des chrétiens - Changement de l’opinion en leur faveur - Guerre de Maximin contre l’Arménie chrétienne - Défaite du persécuteur.

 

CHAPITRE X. — LA BATAILLE DU PONT MILVIUS ET L’ÉDIT DE MILAN (312-313).

I. — La bataille du pont Milvius (312).

Rapports de Maxence avec les chrétiens d’Afrique - Les propriétés de l’Église romaine sont restituées au pape Miltiade - Le corps du pape Eusèbe est rapporté de l’exil - Sa crypte au cimetière de Calliste - Autre martyr transporté dans ce cimetière – Cependant des chrétiens souffrent des grossières passions de Maxence - Mort héroïque de Sophronie - Maxence jaloux de son beau-frère Constantin - Il lui déclare la guerre, sous prétexte de venger Hercule - Constantin s’allie à Licinius - Superstitieuses terreurs de ses soldats au moment de marcher contre Rome - Idées religieuses de Constantin - Réflexions plus profondes - Prière au vrai Dieu - Sincérité du récit d’Eusèbe - Vision de Constantin - Version païenne de cet événement, qui en confirme la réalité - Le labarum - Cet étendard peut être accepté de tous - Campagne de Constantin en Italie - Mauvaise manœuvre de Maxence - Bataille du pont Milvius - Défaite et mort de Maxence - Entrée triomphale de Constantin dans Rome - Modération de sa conduite - Faveur montrée aux chrétiens - Réjouissances officielles - L’arc de triomphe et son inscription - Enthousiasme des particuliers et des provinces - Joie des Africains - Constantin se fait représenter tenant la croix - Hommages discrets des chrétiens de Rome - Le monogramme constantinien dans les catacombes.

II. — L’édit de Milan (313).

Constantin oblige Maximin à cesser la persécution - Maussade rescrit de Maximin - il ne trompe ni les chrétiens ni Constantin - Rencontre de Constantin et de Licinius à Milan - Mariage de la sœur de Constantin avec Licinius - Dioclétien refuse d’y assister - Lettre menaçante de Constantin - Mort de Dioclétien - Constantin et Licinius s’occupent d’établir la paix religieuse - Raisons de substituer un nouvel édit à celui de Galère - La première partie de l’édit de Milan - Liberté de conscience accordée à tous, mais profitable surtout aux chrétiens - La seconde partie de l’édit de Milan - Restitution des biens ecclésiastiques, mêmes aliénés - L’Église reconnue par l’État comme société indépendante.

III. — La fin de Maximin.

Maximin menace les États de Licinius - Il se fait le champion du polythéisme - Prière monothéiste dictée par Licinius à ses soldats - Défaite de Maximin près d’Héraclée - Licinius affiche à Nicomédie l’édit de Milan - Maximin, réfugié en Cilicie, se décide à faire un édit en faveur des chrétiens - Texte de l’édit - Réflexions d’Eusèbe - Marche de Licinius vers Tarse - Maximin s’empoisonne - Cruelles représailles de Licinius - Exécution de la femme, des enfants, des principaux officiers de Maximin.

 

CHAPITRE XI. — CONSTANTIN ET LICINIUS (313-323).

I. — La politique religieuse de Constantin.

Renaissance chrétienne - Basiliques nouvelles - Nécessité de poser des règles pour la rentrée des tombés dans l’Église - Canons du concile d’Ancyre - État des esprits en Afrique - Cécilien succède à Mensurius sur le siège de Carthage - Félix, son consécrateur, accusé d’avoir été traditeur – Schisme des donatistes - Faveurs accordées par Constantin au clergé catholique - Ses lettres reconnaissent la légitimité de Cécilien - Cette légitimité proclamée par le concile de Rome - L’innocence de Félix prouvée par une enquête judiciaire - Nouvelles protestations des donatistes - Impatience de Constantin - Il convoque le concile d’Arles - Jugement d’Arles conforme à celui de Rome - Canons transmis au pape Silvestre pour être promulgués - Questions d’ordre civil et social résolues par les canons - Suite de l’histoire des donatistes - Les évêques catholiques ne demandent pas le châtiment de leurs adversaires - Même douceur des évêques pour les païens - Progrès de la législation romaine sous l’influence des conseillers ecclésiastiques de Constantin - Plaintes des païens - Rien n’est changé cependant à la situation légale du paganisme - Constantin garde le titre de Pontifex Maximus - Ses motifs - Ce titre lui permet de faire la police du culte païen - Lois en interdisant l’exercice secret, en autorisant l’exercice public - Destruction d’un petit nombre de temples, où la morale était outragée. - Suppression des sacrifices offerts officiellement par les magistrats et les généraux - La politique de Constantin à l’égard du culte païen peut se résumer par ces mots : tolérance et publicité - Les païens et les chrétiens : martyre de sainte Salsa.

II. — La persécution de Licinius.

Courte rupture et réconciliation des deux empereurs - Leur accord jusqu’en 324 - Changement dans la politique religieuse de Licinius - Conduite tortueuse à l’égard des chrétiens - Interdiction aux évêques de sortir de leurs diocèses et de se réunir - Interdiction aux hommes et aux femmes de se trouver en même temps dans les églises - Interdiction aux évêques et aux prêtres de donner l’enseignement religieux aux femmes - Défense aux chrétiens de célébrer leur culte autrement qu’en plein air - Expulsion des chrétiens du palais - Épuration de la magistrature - Tous les employés des tribunaux et des préfectures obligés de sacrifier sous peine de révocation - Nouvelle confiscation du patrimoine ecclésiastique - Chrétiens condamnés à l’exil à la relégation aux mines, à la servitude pénale, au soin des ménageries impériales - Confiscation de leurs biens - Chrétiens inscrits parmi les curiales - Les évêques soupçonnés d’être favorables à Constantin - Horrible supplice infligé à plusieurs prélats - Martyre de Basile, évêque d’Amasée - Les confesseurs Paul, évêque de Néocésarée, et Théodote, évêque de Ceraunia - Martyre des diacres Ammon et Abibe - L’idolâtrie imposée aux soldats - Réponse d’Hadrien - Martyre de Théogène - Martyre de Sévérien, Eudoxe, Agape - Les quarante martyrs de Sébaste - Dureté envers les prisonniers – Apostasies - Martyre de saint Gordius - Guerre entre Constantin et Licinius - Contraste des deux armées - Discours païen de Licinius - Il est défait à Andrinople - Tentative de réconciliation, puis reprise d’hostilités - Nouvelle défaite à Chrysopolis - Mort de Licinius.

III. — Les derniers édits de paix religieuse.

Édit de 323, effaçant les traces de la persécution de Licinius - Lettre de Constantin accordant des subsides aux évêques - inquiétudes des païens - Proclamation de Constantin à ses sujets - Récit autobiographique – Prière - Tolérance promise aux païens - Second passage répétant cette promesse – Conclusion.

 

APPENDICE — Le martyre de la Légion Thébéenne

 

 

INTRODUCTION — LES SOURCES DE L’HISTOIRE DES PERSÉCUTIONS.

Ces deux volumes terminent la série des études que j’ai consacrées aux persécutions souffertes par là primitive Église. lis vont de l’année 285, date de l’avènement de Dioclétien, jusqu’à l’année 323, où, après avoir consommé par la défaite du persécuteur Licinius la victoire politique du christianisme, Constantin commença de régner seul.

Plus que toute autre période de, l’histoire des persécutions, ces quarante années sont remplies d’événements. C’est la crise suprême, pendant laquelle l’Empire païen, ennemi séculaire de l’Église, semble avoir réuni toutes ses forces pour l’accabler. Celle-ci n’a pas à faire face à un empereur seulement, mais à quatre empereurs, unis pour légiférer contre elle, séparés ensuite afin de la mieux envelopper et de l’attaquer de toutes parts. Telle est du moins la conséquence naturelle du système politique fondé par Dioclétien. Mais, comme on le verra, par une disposition miséricordieuse de la Providence, cette conséquence ne se produisit pas tout entière. Bien que les édits de persécution fussent publiés au nom de là tétrarchie, les empereurs ne se montrèrent pas unanimes à les exécuter. Pendant que deux au moins dirigeaient la persécution avec le plus cruel fanatisme, un autre, tout en suivant leur exemple, laissait voir quelque lenteur ou quelque regret dans l’exécution, un quatrième enfin se tenait à l’écart, et, dans la mesure du possible, épargnait le sang de ses sujets chrétiens. Bientôt la tétrarchie elle-même tombe en ruines ; l’abdication volontaire ou forcée des uns, l’avènement de nouveaux souverains, les rivalités, les alliances et les guerres intestines, les tragédies domestiques, renversent l’édifice laborieusement élevé par Dioclétien. Tantôt six empereurs sont en présence, tantôt trois, ou deux seulement. Dès lors, la lutte contre l’Église échappe à toute direction. De générale, la persécution devient locale. Les fidèles sont en paix dans l’Occident, tandis que les souffrances de leurs frères se prolongent en Orient. Cependant, la fin de la crise s’annonce à des signes certains. Frappés, par la maladie ou contraints par des nécessités politiques, les persécuteurs signent de premiers édits de tolérance. Un acte de réparation plus solennel et plus complet marque la victoire de Constantin en Italie, et fait sentir ses effets jusqu’aux extrémités de l’Orient. Dès lors la guerre est finie : le christianisme l’emporte. L’édit de Milan devient la charte de ses libertés futures. Lorsque, quelques années après y avoir concouru, Licinius tentera de le déchirer, Constantin châtiera comme un rebelle ce dernier ennemi de l’Église, et promulguera un nouvel édit de tolérance, non plus en faveur de celle-ci, mais en faveur des païens vaincus. Il ne pouvait proclamer plus clairement le triomphe du christianisme, ni mieux s’inspirer de son esprit.

Telle est, résumée dans ses grandes lignes, la période que j’entreprends de raconter. A travers ces indications générales, on aperçoit sans peine la multitude des détails. A aucune époque de l’Empire romain, pas même à ce moment du troisième siècle auquel reste attaché le nom des trente tyrans, les mouvements politiques ne furent aussi nombreux, aussi rapides, aussi fertiles en péripéties imprévues. J’ajoute qu’à aucune époque de la vie de l’Église primitive le contrecoup de ces mouvements ne se fit autant sentir. Ainsi s’expliquera la grande place que l’histoire politique va tenir dans nos récits. Elle n’y sera nulle part un hors-d’œuvre, parce que les incidents qui la composent ont sans cesse influé sur le sort des chrétiens, sur la vivacité ou le ralentissement de la dernière guerre entreprise contre eux. Plus encore qu’aux époques précédentes, l’histoire de l’Église se confond avec l’histoire de l’Empire romain : elle en est inséparable pendant la lutte, et ne s’en distinguera plus après la victoire ; car les rôles alors se trouveront renversés, et le souverain qui aura été si étroitement associé au triomphe du christianisme ne pourra plus être qu’un empereur chrétien.

Cette nécessité d’une allusion continuelle aux événements politiques fait comprendre l’étendue que j’ai dû donner à la dernière partie de mes études sur les persécutions. Tant que l’Église vécut à demi ignorée de l’État, comme aux deux premiers siècles, son histoire particulière, peu mêlée (en apparence) aux mouvements de l’histoire générale, a pu être racontée brièvement. Au troisième siècle, déjà, il n’en est plus de même : sur la scène où s’agitent les destinées du monde, l’Église est passée au premier plan ; la conduite à tenir vis-à-vis d’elle est devenue l’une des plus graves et des plus actives préoccupations des souverains, et chacun des incidents de la vie politique, si troublée à cette époque, a eu de l’influence sur les alternatives de paix et de persécution entre lesquelles ont été ballottés les chrétiens. A plus forte raison en est-il ainsi dans la période où nous entrons. Pendant les premières années du quatrième siècle la question religieuse n’est pas seulement la plus importante, elle est presque la seule. Il semble que, sur la scène devenue vide de tous autres acteurs, il n’y ait plus en présence que l’Empire païen, et l’Église. L’Empire a pris celle-ci corps à corps, comme dans un duel : dès lors aucun de ses mouvements n’est indifférent ; chacun peut infliger une blessure ou révéler une faiblesse. Ainsi s’expliquera l’attention de l’historien à ne négliger aucun détail, à s’étendre longuement sur le caractère des princes, à noter les variations les plus fugitives de leur politique, et jusqu’aux accidents de leur santé : rien de tout cela, dans ce combat suprême, ne fut sans effet sur le sort des chrétiens.

Mais je n’ai donné qu’une des raisons du développement qu’a dû recevoir cette étude, ou plutôt du défaut de proportion qu’elle offrira si l’on compare ces deux volumes, destinés à raconter à peine un demi-siècle, avec les trois volumes dans lesquels ont été déjà retracées les épreuves de l’Église chrétienne pendant deux siècles et demi. La principale cause - et sans doute la meilleure excuse - de ce péché contre le bon équilibre de la composition historique est l’abondance des sources qui s’offrent maintenant à nous.

On me permettra de parler de celles-ci avec quelque détail, et de faire de leur examen l’introduction de ce livre. Peut-être même l’indulgence du lecteur m’autorisera-t-elle à donner plus d’ampleur à ce travail préalable, en rappelant d’abord le nombre et la nature des documents qui aidèrent à retracer l’histoire des persécutions précédentes. Le rapide résumé de notions déjà en partie connues lui rendra plus aisé de comprendre, ensuite, le caractère propre et la richesse exceptionnelle des matériaux qui nous restent à mettre en œuvre. J’ai même l’illusion de penser que plusieurs de ceux qui ont bien voulu m’accepter jusqu’ici pour guide retrouveront avec quelque intérêt les principaux jalons qui marquèrent d’abord notre route et nous aidèrent à nous diriger, à travers une multitude de noms et au milieu de traditions souvent confuses, jusqu’à ce seuil de la dernière persécution, où nous sommes arrivés aujourd’hui.

— I —

Si l’on n’a pas tout à fait oublié le récit des persécutions qui sévirent aux deux premiers siècles, on se rappellera que les sources de leur histoire sont relativement peu nombreuses. En dehors des livres inspirés du Nouveau Testament, et de quelques écrits exceptionnels, comme la Didaché récemment découverte, ou le Pasteur, la littérature ecclésiastique était à peine née : l’effort de la pensée chrétienne se portait surtout vers l’enseignement oral, par la prédication ou la catéchèse ; quand ses représentants les plus illustres prenaient la plume, c’était pour composer des ouvrages de circonstance, comme les épîtres de Clément, d’Ignace, de Polycarpe, ou les mémoires adressés aux empereurs par les apologistes. Ces derniers écrits ne prouvent pas seulement la persécution, contre laquelle ils élèvent une plainte éloquente : ils font plus, ils en donnent la vive image, l’impression douloureuse ; leurs pages semblent parfois mouillées de sang. Mais (à part un passage de la seconde Apologie de saint Justin) ils ne s’arrêtent point aux incidents particuliers, et ne nomment aucun des héros chrétiens qui, payèrent leur foi de leur .vie. Cette discrétion des persécutés se retrouve plus grande encore, et pour des motifs assurément moins louables, chez les persécuteurs. Même dans les deus lettres célèbres échangées entre Pline et Trajan au sujet des chrétiens, et qui supposent l’existence de nombreux martyrs, aucun nom n’est relaté. Le reste de la littérature profane ne supplée pas au silence de ce document capital : un alinéa de Tacite, quelques mots obscurs de Dion Cassius et de Suétone, une allusion railleuse du satirique Lucien, laissent seuls voir que les grands écrivains de l’antiquité romaine ont entendu parler des souffrances des fidèles.

Si l’on veut obtenir sur ceux-ci des renseignements détaillés, il faut ouvrir les Actes ou Passions des martyrs. Mais, aux deux premiers siècles, ceux de ces documents, qui paraissent authentiques et contemporains sont bien rares : à peine en pourrait-on compter cinq ou six. Pour le plus grand nombre des chrétiens dont’ les martyrologes ont enregistré les noms entre les règnes de Néron et de Commode, on est, semble-t-il, réduit aux renseignements tirés d’Actes de foi douteuse dans les détails ou de rédaction vague dans l’ensemble. Heureusement ces sources troublées elles-mêmes, charrient un peu d’or sous une multitude de scories. Les diverses sciences auxiliaires de l’histoire, et en particulier l’archéologie, servent de pierre de touche pour le reconnaître.

J’ai exposé dans l’introduction d’un des précédents volumes[1], à la suite de M. de Rossi et de M. Le Blant, le parti très fécond et très sûr que l’on peut tirer. de ces sciences dans le but soit de justifier des traditions contestées à tort, soit de dégager d’Actes suspects ou de documents mal compris les éléments anciens et les faits exacts. Pour ne rappeler qu’un petit nombre d’exemples, les données plus ou moins confuses relatives aux Flaviens chrétiens, au martyre de leurs serviteurs Nérée et Achillée, d’Hermès, d’Alexandre, de Quirinus, n’ont-elles pas été vérifiées par la reconnaissance de leurs cimetières ou de leurs sépultures ? l’histoire de sainte Symphorose n’est-elle pas appuyée par les monuments ? celle de sainte Félicité et de ses fils, de sainte Cécile et de ses compagnons, ne sont-elles pas écrites en caractères visibles dans le sol romain ? Si cette méthode avait encore besoin d’être justifiée, elle aurait reçu dans ces derniers temps une confirmation éclatante, par une découverte qui vient ajouter une nouvelle page à l’histoire des persécutions du premier siècle. En déblayant, dans la catacombe de Priscille, une crypte restée ensevelie, d’heureux coups de pioche ont mis en même temps en lumière le sens obscur de deux phrases de Dion Cassius et de Suétone, et révélé, avec une évidence presque complète, non seulement le christianisme d’une famille patricienne au temps de Domitien, mais le martyre de son chef, le célèbre consul Acilius Glabrio[2].

On le voit, même pour cette période, la pauvreté des documents n’est que relative : l’expérience du passé permet de croire que les entrailles de la terre contiennent encore des trésors enfouis. Cependant, quand l’historien des persécutions, après avoir étudié les rapports de l’Église et de l’État pendant l’époque des Césars, des Flaviens et des Antonins, touche enfin au troisième siècle, son impression est, à bien des égards, semblable à celle du voyageur qui, d’une plaine déserte, arriverait presque sans transition aux portes d’une grande cité, pleine d’hommes et de monuments. C’est que maintenant la littérature chrétienne est née : elle a appris à parler latin ; elle s’exprime, avec une égale aisance, dans la langue du peuple-roi et dans celle des Églises orientales. Ses écrits ne sont plus de courts opuscules composés pour des initiés, ou des mémoires apologétiques destinés aux seuls empereurs ; mais des ouvrages étendus, dans lesquels se reflètent, avec la doctrine chrétienne, les idées et les événements du temps. Moins contemplative en Occident que dans les pays de civilisation grecque, cette littérature est toute pratique avec Tertullien et saint Cyprien. L’œuvre apologétique tient encore une grande place dans les travaux du premier, de même que les épîtres, pastorales ou autres, dans ceux du second ; mais, sous la main du puissant polémiste, l’apologie a brisé son cadre étroit, et porte hardiment devant la foule les débats autrefois réservés aux oreilles des souverains, tandis que les lettres de saint Cyprien, si nombreuses, si variées, parlant de tant d’hommes et touchant à tant d’intérêts, semblent un miroir animé du temps où il a vécu. Les seuls écrits de ces deux docteurs latins sont, pour l’histoire des persécutions du troisième siècle en Occident, une source tellement abondante, qu’on pourrait presque écrire cette histoire sans l’aide d’autres documents. Les ouvrages des docteurs orientaux ne paraissent pas, à première vue, aussi mêlés aux affaires du monde, et se tiennent plus renfermés dans les hautes spéculations du sanctuaire et de l’école ; cependant, la présence de la persécution se fait sentir aussi dans leurs pages sereines, comme l’ombre de hideux reptiles se dessine quelquefois sous le cristal d’une eau limpide. Il est question de la conduite à tenir pendant la persécution, des souffrances des chrétiens, de la destruction des églises, dans les Stromates de Clément d’Alexandrie, dans le livre d’Origène contre Celse, et jusque dans son traité des Principes : ce dernier docteur a même écrit, à propos de l’arrestation d’un de ses amis, une Exhortation aux martyrs. Tous les ouvrages de saint Denys d’Alexandrie ont péri, ou ne sont plus représentés que par des fragments ; mais on sait qu’il avait composé, lui aussi, un traité du Martyre ; et les lettres de ce disciple d’Origène, conservées par Eusèbe avec tant de morceaux précieux du troisième siècle, donnent des épreuves des fidèles, pour l’Orient, une image presque aussi complète que les épîtres de saint Cyprien pour l’Afrique et l’Italie.

Ajoutons que l’histoire de ces grands hommes se confond avec celle des persécutions elles-mêmes. A peu d’exceptions près, nous ne connaissons guère des martyrs les plus incontestables du premier ou du second siècle que leur mort héroïque ; au contraire, nous pouvons faire la biographie des principaux docteurs du troisième. Clément d’Alexandrie émigre pendant la persécution de Septime Sévère ; fils et instituteur de martyrs, Origène souffre de la même persécution, assiste à celle de Maximin, et confesse la foi pendant celle de Dèce ; Denys voit l’émeute dirigée contre les chrétiens d’Alexandrie sous Philippe, est arrêté une première fois sous Dèce, jugé et envoyé en exil sous Valérien ; Cyprien, du fond de sa retraite, gouverne son Église persécutée par Dèce, soutient le courage des fidèles de Carthage pendant la courte tempête qui éclate sous Gallus, est arrêté et condamné à l’exil en vertu du premier édit de Valérien, arrêté de nouveau et mis à mort en vertu du second édit du môme persécuteur. J’ai dit que les écrits des docteurs du troisième siècle suffiraient à faire connaître les persécutions de cette époque ; mais la plupart de ces témoins furent aussi des acteurs, et leur biographie seule fournirait, si tout, le reste avait péri, les traits essentiels du tableau.

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