CIVILISATION, RELIGION ET MONUMENTS DE L'ASSYRIE ET DE LA CHALDÉE

 

CHAPITRE III — LA RELIGION.

Texte numérisé par Marc Szwajcer

 

 

§ 1. — THÉOGONIE ET COSMOGONIE

La religion de l’Assyrie et de la Chaldée était, dans ses principes essentiels et dans l’esprit général qui présidait à ses conceptions, une religion de même nature que celle de l’Égypte, et qu’en général toutes les religions du paganisme antique. Elle était double, et il faut savoir distinguer, en l’étudiant, sa forme extérieure et vulgaire, des doctrines ésotériques exclusivement réservées aux adeptes de la science, c’est-à-dire à la caste sacerdotale. Lorsqu’on pénétrait au delà de l’écorce extérieure de polythéisme grossier qu’elle avait revêtue dans les superstitions populaires, et qu’on s’élevait jusqu’aux conceptions d’un ordre supérieur qui en avaient été le point de départ, on y retrouvait la notion fondamentale de l’unité divine, dernier reste de la révélation primitive, mais défigurée par les monstrueuses rêveries du panthéisme, qui confond la créature avec le Créateur et transforme l’être divin en un dieu-monde, dont tous les phénomènes de la nature sont les manifestations. Dieu est à la fois un et multiple : un parce que tout ce qui existe émane de lui et qu’il est le grand Tout dans lequel toutes choses se confondent et s’absorbent ; multiple, parce que tous ses attributs sont considérés comme autant de divinités personnelles qui agissent individuellement chacune pour son compte. Ces perfections du grand Tout sont échelonnées dans un ordre d’émanation qui correspond à leur ordre d’importance, et forment tout un peuple de dieux secondaires, tirés de sa substance. C’est dans ces personnages divins et dans leur nature réciproque que se marquent surtout les différences entre les diverses religions païennes, dont le principe primordial est toujours le même. Ainsi que nous l’avons fait voir, l’imagination des Égyptiens avait été surtout frappée par les péripéties successives de la course journalière et annuelle du soleil ; ils y avaient vu la manifestation la plus imposante de la divinité, celle qui révélait le mieux les lois de l’ordre du monde, et ils y avaient cherché leurs personnifications divines. Les Chaldéo-assyriens, au contraire, adonnés d’une manière toute spéciale à l’astronomie, lurent dans l’ensemble du système sidéral, et surtout planétaire, la révélation de l’être divin. Ils considérèrent les astres comme ses vraies manifestations extérieures, et ils en firent, dans leur système religieux, l’apparence visible des hypostases divines émanées de la substance de l’être absolu, qu’ils identifiaient avec le monde, son ouvrage. Aussi, la religion assyro-chaldéenne est, avant tout, une religion sidérale, épurée par la science chez les classes élevées, mais rabaissée jusqu’à un grossier sabéisme pour le vulgaire.

Les anciens eux-mêmes s’étaient bien rendus compte de ce caractère particulier de la religion assyro-chaldéenne. Après avoir parlé de l’habileté des prêtres de Babylone à construire des thèmes généthliaques, le philosophe juif Philon[1], ajoute : En rattachant ainsi les choses terrestres aux choses d’en haut, et le ciel au monde inférieur, ils out montré dans celte sympathie mutuelle des parties de l’univers, séparées quant aux lieux mais non pas eu elles-mêmes, l’harmonie qui les unit par une sorte d’accord musical. Cherchant à résumer le firmament et la régularité éternelle des mouvements dont il est le théâtre, dans une conception philosophique et une formule synthétique, les Chaldéens conclurent logiquement à l’existence d’une intelligence ordonnatrice du monde et des mouvements célestes, d’une force suprême et unique qui réglait la marche invariable des planètes et des étoiles. Ils attribuent, raconte Diodore de Sicile[2], l’ordre et la beauté qui règnent dans l’univers, à une Providence divine, et ils prétendent que, pendant l’âge actuel, les phénomènes, quels qu’ils soient, qui se passent aux cieux, s’accomplissent, non pas au hasard ni spontanément, mais en vertu d’une décision des dieux, fixée d’avance et fermement arrêtée. Cette loi universelle, c’était ce que toute l’antiquité appelait la destinée, l’inéluctable fatalité, gouvernant les dieux eux-mêmes, impuissants comme les hommes, à se soustraire à sa dévorante action.

Tel fut donc le résultat général de la science astronomique des Chaldéens : elle les conduisit à admettre l’existence d’un Dieu unique, supérieur à tous les dieux de leur panthéon, mais qu’ils ne purent toutefois qu’entrevoir d’une manière vague et incomplète, comme à travers un nuage ou un tourbillon ; les observations sidérales des savants de Ninive et de Babylone les amenèrent à s’écrire comme le psalmiste d’Israël Cœli ennarant gloriam Dei. Aussi, la donnée essentielle des spéculations théogoniques des savants chaldéens peut-elle se résumer de la manière suivante : un premier principe immatériel, encore confus, d’où dérivent tous les autres dieux ; c’est Illu, dont le nom signifie le dieu par excellence. Sa conception était, trop compréhensive, trop vaste, pour recevoir une forme extérieure bien déterminée et, par conséquent ; les adorations habituelles du peuple ; à ce point de vue les Grecs lui trouvaient une certaine analogie avec leur Cronos. A une époque assez tardive, on le confondit avec ses principales émanations : à Ninive, on finit par l’identifier avec le dieu Assur, et à Babylone avec Bel-Marduk. Alors et à ce titre seulement, on l’invoque et on sculpte son symbole formé d’un disque ailé, ou son image composée ordinairement d’un buste humain coiffé de la tiare royale, émergeant d’un cercle porté sur deux grandes ailes d’aigle et la queue du même oiseau. C’est le El sémitique, assimilé au dieu protecteur national de Ninive ou de Babylone, de même que pour les Juifs, il devient identique à Jéhovah.

De ce premier principe dont l’essence est indéterminée et dont les théologiens n’osant sonder la nature, ne parlent presque pas, émanent un principe mâle, l’Abîme (apsu) et un principe femelle qui en est la forme passive et le reflet, c’est la mer Chaotique (mummu tiamat). Ce couple engendre une autre dualité de mâle et de femelle, La’hamu et Lu’hmu, les deux formes active et passive de la substance, qui elles-mêmes produisent Sar ou Assur et Kisar ou Seruya. Enfin, au moment où l’univers se détermine sous sa forme ordonnée, sort une triade de Dieux cosmiques, Anu, Bel et Êa, c’est-à-dire le père, la mère et le fils, comme dans les familles humaines. Voici, à l’appui de cette théorie, le début de la narration cosmogonique trouvée dans les ruines du palais d’Assurbanipal :

Du temps où, en haut, le ciel n’était pas encore nommé et, en bas, la terre restait sans nom, l’Abîme (Apsu) sans limites fut leur générateur

et la mer chaotique (Mummu Tiamat) celle qui enfanta leur ensemble.

Leurs eaux confluaient en un,

aucune troupe d’animaux n’était encore rassemblée, aucune plante n’avait poussé.

Du temps où aucun des dieux n’avait encore été produit, où ils n’étaient pas désignés par un nom, où aucun destin n’était encore fixé,

les grands dieux furent ensuite formés.

Lu’hmu et La’hamu furent produits les premiers, et ils grandirent dans la solitude.

Sar (Assur) et Kisar (Seruya) furent produits ensuite.

Puis il s’écoula une longue suite de jours

et Anu, Bel et Êa

naquirent d’Assur et de Seruya.

Chose bien singulière, Damascius a conservé intact et sans altération le dépôt de cet enseignement religieux que nous venons de retrouver dans les documents cunéiformes et qui remonte à l’époque proto-chaldéenne. On dirait presque que l’auteur grec a traduit le document même que nous venons de rapporter : Parmi les barbares, dit-il, les Babyloniens paraissent passer sous silence le premier de tous les principes, et ils en imaginent ensuite deux, Taothé (Tiamat) et Apasôn (Apsu), faisant d’Apasôn l’époux de Taothé, qu’ils appellent la mère des dieux. Ils font naître de leur union un fils unique, Moymis (Mummu) qui me paraît être le monde intelligible, issu des deux premiers principes. Des mêmes, sort ensuite une autre génération, Doché et Dachos (corrigez Lachmê, et Lachmos = La’hamu et Lu’hmu). Succède une troisième, des mêmes parents, Kissarê (Zî-Sar) et Assôros (Assur = Sar), de qui naissent trois dieux : Anos (Ana = Anu), Minos (corrigez : Illimos, Elim = Bel) et Aos (Êa) ; enfin le fils d’Aos (Êa) et de Daokê (Daokina) est Bêlos (Bel-Marduk), qu’ils disent avoir été le démiurge[3].

Les trois dieux de la triade suprême reçoivent, en suméro-accadien, les appellations caractéristiques qui suivent : E-Sar ou demeure du firmament ; E-Kur ou demeure de la terre ; enfin E-a, demeure des eaux. Ces dieux représentent donc les trois grandes zones cosmiques qu’avaient imaginées les savants chaldéens : le ciel, la terre et l’océan.

Le plus fréquemment mis en scène est Êa qui, dans les textes religieux, joue le rôle de créateur, de démiurge et de gouverneur de l’humanité. La est l’Oannès des fragments de Bérose, l’Euahanès d’Hygin, et l’Oes d’Helladius ; il est le pendant du dieu Thoth de l’Égypte, et du Taout de la Phénicie, et, comme eux, auteur de toute science et de toute civilisation. Il reçoit, dans les inscriptions, les qualifications d’antique, de père des dieux ; de seigneur du monde inférieur, seigneur des ténèbres, maître des trésors cachés, celui qui fait parcourir au soleil les quatre régions du ciel. Il est le révélateur de l’astronomie, l’inventeur de l’écriture et de tous les arts ; c’est lui qui apprit aux hommes comment le monde avait été formé ; il est l’auteur de la genèse chaldéenne. La forme grécisée de son nom Oannès, est une légère déformation du nom assyrien Êa-nunu Êa poisson, de même que la forme transcrite par Hygin, Euahanès, en a conservé la dénomination suméro-accadienne ÊA-HAN, qui signifie aussi Êa-poisson. Cette étymologie est en harmonie parfaite avec la description que Bérose nous a transmise de cette divinité : Ce monstre, dit-il, avait tout le corps d’un poisson, mais au-dessous de sa tête de poisson, une seconde tête qui était celle d’un homme, des pieds d’homme sortant de sa queue, et une parole humaine ; son image se conserve jusqu’à ce jour. Nous la retrouvons, en effet, conforme au dire de l’historien de la Chaldée, dans les sculptures des palais assyriens, sur les cylindres en pierre dure et dans certaines figurines de terre cuite qui proviennent de la Babylonie. Il a la figure étrange d’un homme muni d’une queue d’aigle et couvert d’une énorme peau de poisson dont la gueule béante se dresse au-dessus de sa tête et dont le corps descend sur ses épaules. D’autres fois, sous la forme d’un buste humain coiffé, de la Tiare et terminé en queue de poisson, ce dieu ichthyomorphe est figuré nageant à la tête de la flotte des Assyriens. Sous cet aspect, il se confond avec une de ses émanations secondaires, le dieu Bel-Dagan. Êa est la lumière divine, l’intelligence qui dirige l’univers, et, envisagé a ce point de vue, ses qualifications les plus hautes sont : le guide intelligent, le dieu de la vie pure, le seigneur du monde visible, le seigneur des connaissances, de la gloire, de la vie, de l’espèce humaine. C’est lui qui est devenu le Iaô des sectes gnostiques, et c’est son nom qu’on retrouve dans le nom du dieu des Juifs, Jehovab ou plus exactement peut-être Jahveh ; il est représenté comme ayant formé de ses mains la race des hommes.

Bérose ajoute à la description que nous venons de rapporter, que le monstre Oannès s’élança tout à coup de la mer Erythrée (le golfe Persique) sur la plage de la Chaldée, afin de venir civiliser les hommes qui vivaient à la manière des brutes, sans mœurs et sans lois. Il passait le jour au milieu des hommes, sans jamais prendre de nourriture, enseignant aux humains, les lettres, les sciences et tous les arts utiles, la manière de bâtir des, villes, d’élever des temples, les lois, la géométrie, le secret de semer et de récolter, enfin tout ce qui constitue la civilisation, à tel point que depuis lors on n’a rien inventé de plus. Au coucher du soleil, cet Oannès rentrait dans la mer et y passait la nuit, car il était amphibie. Oannès écrivit un livre sur la genèse du monde et sur les règles de la civilisation, qu’il laissa aux hommes. Il n’est peut-être pas téméraire de rapprocher de la représentation de ce dieu, moitié homme moitié poisson, qui flotte à la surface des eaux du chaos, le texte de Sanchonniaton où il est rapporté, d’après les traditions phéniciennes, que le Souffle du vent ténébreux régnait sur le chaos à l’origine des choses, de même que le verset de la Genèse hébraïque qui raconte qu’avant la création le Souffle de Dieu nageait sur les eaux. Le dieu-poisson a donné son nom à Ninus, le héros éponyme de la légende de Sémiramis, et à ‘la ville de Ninive elle-même, en assyrien Ninua ; aussi, le nom de Ninive est-il exprimé idéographiquement, dans l’écriture cunéiforme, par le signe, du poisson renfermé dans un étang sacré. On s’explique par là le jeu de mots consigné dans un passage de Nahum, quand le prophète juif dit de Ninive qu’elle est un étang rempli d’eau. On a aussi voulu rapprocher le nom Êa de celui de Nouah (Noé) le patriarche biblique : assimilation corroborée par un hymne magique en l’honneur du vaisseau mystique de Êa que garnissent sept fois sept lions du désert, et où naviguent, Êa, qui fixe les destinées, Damkina dont la parole vivifie, Silik-mulu-hi, qui prophétise le renom favorable, Mun-abge (bienfaisant sur les vagues), qui conduit le seigneur de la terre, et Nin-Gar (maître du gouvernail ?) le grand pilote du ciel. » Cet hymne énumère toutes les parties du vaisseau, en indique la signification conjuratoire et se termine par ce vœu : Que le vaisseau devant toi vogue sur les canaux ! Que le vaisseau derrière toi navigue sur la surface des eaux ! En toi que la joie du cœur se développe dans sa plénitude ! Le vaisseau de Êa navigue sur le grand océan (zu-ab) qui environne la terre, comme le vaisseau construit par Noé est jeté pendant quarante jours sur l’Océan sans limites.

Le dieu Bel auquel une tablette mythologique donne, sous forme d’invocation ou de litanie, jusqu’à trente et un titres différents, est généralement qualifié de « fondateur, seigneur du monde, seigneur de toutes les contrées, roi des esprits. Sous sa forme suprême, c’est-à-dire quand il est appelé simplement .Bel, sans aucun surnom, il est représenté assis sur un trône, avec une figure entièrement humaine, en costume de roi, la tiare munie de cornes de taureau, symbole de puissance. Bel se confond plus tard, à Babylone, avec sa principale émanation, Marduk, le dieu de la planète Jupiter, et à ce titre il peut, lui aussi, être considéré aussi bien que Ira, comme le démiurge et l’organisateur du monde.

La triade suprême, Anu, Bel et ha, est représentée sur un cylindre, par l’emblème traditionnel de la divinité abstraite, surmonté de trois têtes, pour indiquer que ces trois dieux ne forment en réalité qu’un seul Dieu. Leurs formes passives ou leurs épouses sont Anatu, Beltu et Damkina. Anu et Anatu engendrent Isu, Istar et Raman ; Bel et Beltu ont pour enfants Sin, Belit Rabitu, Adar ou Sandan, Rabtum, Nergal et Las ; enfin Êa et Damkina produisent Marduk et Zarpanit. Il faut encore ajouter, comme fils de Sin et de Belit, le dieu Samas ; et comme enfants de Marduk et de Zarpanit, le dieu Nabu et la déesse Tasmitu. Au-dessous enfin, se rangent, dans des générations successives et impossibles à classer encore aujourd’hui, les nombreuses légions des dieux inférieurs, de sorte que tout le panthéon chaldéo-assyrien est issu des trois premières triades cosmiques : Anu-Anatu, Bel-Beltu, Êa-Damkina. Afin de rendre plus saisissable cette systématisation scientifique qui comporte pourtant quelques variantes dans le détail desquelles il serait superflu d’entrer, nous la reproduisons ci-contre en un tableau généalogique, en mettant entre parenthèses les noms suméro-accadiens que reçoivent les dieux dans les textes religieux.

Cette science de la filiation des dieux et de leur caractère cosmique dont nous retrouvons l’expression dans les textes mythologiques, ne franchit jamais le seuil de l’école ; elle conserva toujours son caractère hiératique et mystérieux comme tout ce qu’enseignait la caste sacerdotale des Chaldéens. Peut-on dire qu’il y eut, dans la suite des siècles, des réformes engendrées par ces querelles théologiques dont les Orientaux ont toujours eu plus particulièrement le monopole ? C’est probable. Toujours est-il que de nombreux documents donnent à la grande triade Anu, Bel et Êa, un caractère qui, de prime abord, ne paraît guère se concilier avec son rôle cosmique, car elle personnifie l’abîme, le chaos, les ténèbres et la confusion. Voici dans quel ordre d’idées rentre cette conception. Anu, Bel et Êa, dieux de l’origine des choses avant la création des mondes, dieux présidant au chaos primordial des éléments, avant que le démiurge eût mis chaque chose à sa place et créé les êtres, sont par conséquent les puissances des ténèbres et de la confusion, et ils gardent ce caractère même après que le monde est organisé. Personnifiant le chaos, ils deviennent les dieux du mal, les antagonistes des dieux, émanés d’eux pourtant, qui ont organisé l’univers et président au maintien de l’ordre qui le régit. Remarquez que des doctrines cosmogoniques semblables pour le fond à celles-ci, forment la base de la mythologie hellénique : Jupiter, le roi du monde organisé, fait la guerre à Saturne son père, qui personnifie le chaos, les éléments avant la création ; il le chasse du trône et il foudroie les Titans qui composent son armée. Ainsi, ce n’est que jusqu’au moment où les grands luminaires du soleil (Sauras), de la lune (Sin) et de la planète Vénus (Istar), commencent leur marche régulière à travers les espaces, qu’Anu règne seul en maître absolu sur le ciel : dès que le monde est créé, le chaos reste son domaine ; il est l’ennemi de l’univers organisé et des dieux qui président à l’harmonie des mouvements sidéraux. Un fragment épique sur les premières générations monstrueuses développées au sein du monde encore chaotique, décrit comme il suit l’empire d’Anu et de Mummu-Tiamat :

Sur une stèle on n’écrivait pas encore, rien n’était ouvert,

les corps et les productions sur la surface de la terre n’avaient pas encore commencé à pousser.

Rien ne s’élevait de la terre ; et je ne m’en approchais pas.

Des guerriers aux corps d’oiseaux du désert, des êtres humains

avec des faces de corbeaux,

les grands dieux les avaient créés,

et sur la terre les dieux avaient créé pour eux une demeure.

Tiamat leur donnait leur force,

la dame des dieux avait élevé leur vie.

Au milieu de la terre ils avaient crû et étaient devenus grand

et leur nombre s’était accru.

sept rois frères, de la même famille,

et six mille en nombre était leur peuple.

Banini leur père était roi, leur mère

était la reine Melili ;

le frère aîné parmi eux, qui marchait devant eux, Menamgab était son nom ;

le second frère parmi eux, Medudu était son nom ;

le troisième frère parmi eux, ...pah était son nom ;

le quatrième frère parmi eux, ...dada était son nom ;

le cinquième frère parmi eux, ...takli était son nom ;

le sixième frère parmi eux, ...ruru était son nom ;

le septième frère parmi eux, ...rara était son nom.

Pour mieux saisir la portée cosmogonique de ce document, il faut en rapprocher le fragment de Bérose qui relate les mêmes doctrines cosmogoniques :

Il y eut un temps où tout était ténèbres et eau, et dans ce milieu s’engendrèrent spontanément des animaux monstrueux et des figures particulières : des hommes à deux ailes, et quelques-uns avec quatre, à deux faces, à deux têtes, l’une d’homme et l’autre de femme, sur un seul corps, et avec les deux sexes en même temps ; des hommes avec clos jambes et des cornes de chèvres ou des pieds de cheval ; d’autres avec les membres postérieurs d’un cheval et ceux de devant d’un homme, semblables aux hippocentaures. Il y avait aussi des taureaux à tête humaine, des chiens à quatre corps et à queue de poisson, des chevaux à tête de chien, des hommes également à tête de chien, des animaux à tête et à corps de cheval et à queue de poisson, d’autres quadrupèdes où toutes les formes animales étaient confondues, des poissons, des reptiles, des serpents, et toutes sortes de monstres merveilleux présentant la plus grande variété dans leurs formes, dont on voit les images dans les peintures du temple de Bêlos (Ê-Sakil). Une femme nommée Omoroca (Um-Uruk, la mère d’Uruk), présidait à cette création ; elle porte dans la langue des Chaldéens le nom de Thavath (Tiamat), qui signifie en grec la mer ; on l’identifie aussi à la lune. Les choses étant en cet état, Bêlos (Bel-Marduk) survint et coupa la femme en deux ; de la moitié inférieure de son corps il fit la terre, et de la moitié supérieure le ciel, et tous les êtres qui étaient en elle disparurent. Ceci est une manière figurée d’exprimer la production de l’univers et des êtres animés, de la matière humide. Bêlos alors se trancha sa propre tête, et les autres dieux, ayant pétri le sang qui en coulait avec la terre, formèrent les hommes, qui pour cela sont doués d’intelligence et participent de la pensée divine. C’est ainsi que Bêlos, que les Grecs interprètent par Zeus, ayant divisé les ténèbres, sépara le ciel et la terre, et ordonna le monde ; et tous les êtres animés qui ne pouvaient pas supporter l’action de la lumière périrent. Bêlos, voyant que la terre était déserte, quoique fertile, commanda 1 l’un des dieux de lui couper la tête, et pétrissant le sang qui coulait avec la terre, il façonna les hommes, ainsi que les animaux qui peuvent vivre au contact de l’air. Ensuite Bêlos forma aussi les étoiles, le soleil, la lune et les cinq planètes[4].

Ainsi qu’on peut aisément le constater, la théorie cosmogonique enseignée traditionnellement dans les écoles sacerdotales de Babylone et conservée par Bérose, avait la plus grande analogie avec celle qui est ex-posée au commencement de la Genèse hébraïque. Comme celte dernière, elle admettait que l’homme est, non pas né par émanation de la terre qui le porte, mais créé par l’opération toute-puissante d’un dieu personnel distinct de la matière primordiale et supérieur à elle. Les prêtres chaldéens enseignaient, d’après Bérose, que l’homme fut façonné par les dieux avec du limon, comme une statue d’argile.

Malheureusement la genèse assyro-babylonienne dont le texte original a été retrouvé dans les décombres de la bibliothèque d’Assurbanipal, est si mutilée que le récit de la création de l’homme n’y est pas compris : il n’en est pas question dans tout ce que l’on en possède, ou plutôt un seul passage, dans ce qui nous reste de ce précieux texte, semble faire allusion à un dieu créateur ayant façonné l’homme de ses mains : La vue des hommes que ses deux mains ont créé, y est-il dit en parlant de Êa, le dieu qui ressuscite les morts[5].

Il existe encore d’autres rapports non moins significatifs entre le récit de la création de l’homme dans la Genèse hébraïque et le même récit clans la cosmogonie chaldéenne. Pour désigner l’homme dans ses rapports avec son créateur, le texte cunéiforme emploie quelquefois le mot admu, qui est bien le même mot que l’Adam du texte biblique. C’était probablement le nom donné par le texte cunéiforme au premier ancêtre de l’humanité ; toutefois, Bérose l’appelle Adoros, nom dans lequel il n’est pas possible de méconnaître l’original Adiuru, retrouvé dans des textes cunéiformes où il est cité pour indiquer l’origine même de notre race[6].

Mais n’insistons pas trop sur la création de l’homme et l’organisation du monde d’après les traditions chaldéennes, pour ne pas revenir sur un sujet déjà traité dans le premier volume de cet ouvrage. Nous ferons seulement, en dernier lieu, remarquer que les Mendaïtes ont recueilli dans leurs livres sacrés les spéculations théologiques des savants chaldéens, soit pour les générations divines, soit pour la création de l’homme et l’organisation du monde. Le Sidra rabba enseigne l’existence d’un dieu suprême, éternel et pur esprit, dont le nom est Aloho, c’est-à-dire le dieu assyrien ilu, expression d’ailleurs universellement en usage dans les langues sémitique pour désigner l’Être suprême. Aloho ne fait rien et n’agit point ; il se confond avec ses propres émanations, parmi lesquelles les deus premières sont, comme chez les Chaldéens, le principe mâle et le principe femelle, Firho et Ayar, l’un qui est l’élément actif et fécondant, l’autre, l’élément passif et fécondé. De ces deux êtres divins émanent trois outras ou génies, appelés la première, la seconde et la troisième Vies, la matière, le verbe et la providence, correspondant â Anu, Bel, Êa. L’homme, appelé Adam, est créé par une de ces trois Vies, Êa, qui lui communique l’utile et la vie, comme dans la Genèse biblique et la tradition bérosienne, aussi bien que dans l’enseignement, de la Cabale et de la plupart des sectes gnostiques des premiers siècles de notre ère[7].

 

§ 2. — LES DOUZE GRANDS DIEUX

Lisant, dans le ciel comme clans le grand livre de la destinée humaine, les Chaldéens ne pouvaient manquer d’appliquer leurs dieux aux astres et de tomber dans le sabéisme. C’est ce qui arriva de bonne heure, et le vulgaire ne retint que ce coté matériel et concret de leur enseignement. Jamais la science des générations divines ne sortit du domaine de la spéculation abstraite, jamais elle ne franchit le seuil de l’école. La religion officielle, ouverte et populaire, n’est qu’un vaste panthéisme sidérique, sans mastères, sans doctrines ésotériques, sans théologie profonde, sans métaphysique. Prise sur le fait et en action dans les textes historiques depuis Teglath-pal-asar Ier jusqu’à Cyrus, elle a exclusivement et essentiellement un caractère sidéral. C’est au soleil, il la lune, aux planètes, aux constellations zodiacales que les rois de Ninive et de Babylone s’adressent dans leurs prières et dont ils appellent la protection de tous leurs vœux. Douze grands dieux constituent le véritable Olympe de la religion officielle : ce sont ceux que Diodore de Sicile appelle κύριοι θεών, et qu’il dit avoir présidé aux douze mois de l’année et aux douze signes du zodiaque : constituant sous les ordres du maître absolu des dieux et des hommes, Ilu, le conseil supérieur de la hiérarchie céleste, eux seuls sont invoqués dans les préambules des inscriptions historiques.

Voici, par exemple, comment les énumère le protocole de la grande inscription historique d’Assur-nazir-pal :

Assur, le grand dieu, le roi de l’assemblée des grands dieux ;

Anu, le dieu impénétrable, le maître qui règle les destinées ;

Salman-Nisruk, le roi de l’atmosphère, seigneur des mystères.

Sin, le savant, le seigneur des sphères, celui qui abreuve les plaines ;

Marduk, ..., le sage, le maître des oracles ;

Raman, l’impénétrable ... le seigneur suprême ;

Adar-Sandan, le héros des combats divins, qui réduit les ennemis ;

Nabu, le dieu qui transmet le sceptre, le dieu qui surveille ;

Belit, épouse de Bel, mère des grands dieux ;

Nergal, le ... le maitre des combats ;

Bel-Dagan, le père suprême des dieux, l’architecte, le créateur ;

Samas, l’arbitre du ciel et de la terre, le mandataire de l’assemblée des dieux ;

Istar, la souveraine du ciel et de la terre, celle qui juge les héros :

tels sont les grands dieux qui règlent les destinées du pays et qui agrandissent la royauté.

Dans d’autres inscriptions, les grands dieux sont invoqués avec d’autres qualificatifs, et souvent dans un ordre différent ; parfois même la liste est incomplète. On peut ainsi s’assurer que le culte officiel et populaire n’avait rien de bien défini en ce qui concerne la hiérarchie divine, et qu’il n’était que fort imparfaitement en harmonie avec la savante théorie théogonique qui constituait la religion occulte et spéciale aux opérations théurgiques.

Le premier des douze grands dieux, celui qui correspond au Jupiter des Grecs et des Romains, et qui gouverne le monde, c’est Marduk, ou Maruduk, le dieu spécial et tutélaire de Babylone. Divinité locale à l’origine et envisagé comme une des multiples manifestations du soleil, ainsi que l’indique la forme étymologique de son nom Amar-utuki éclat du soleil, il devint le chef du panthéon chaldéo-assyrien et prit le pas sur les autres divinités poliades, à partir du jour où la prépondérance politique de Babylone fut définitivement reconnue. Sa personnalité se confond dès lors avec celle de Bel, le fils aîné d’Êa ; c’est pourquoi on le nomme souvent Bel-Marduk, et il préside à la plus grosse et à la plus brillante des planètes, Jupiter. On l’appelle le dieu qui mesure la marche du soleil, le prince des légions stellaires ; il est qualifié de juge, soutien de la royauté, dieu des légions, celui qui marche devant Êa. On l’invoque comme il suit dans un hymne en son honneur :

Roi de la surface de la terre, roi des contrées,

Fils aîné d’Êa, qui ramènes le ciel et la terre (dans leurs mouvements périodiques),

Grand seigneur de la surface de la terre, roi des contrées, dieu des dieux

du ciel et de la terre, qui n’as pas d’égal, serviteur d’Anu et de Bel,

miséricordieux entre les dieux,

miséricordieux qui rappelles les morts à la vie, Marduk, roi du ciel et de la terre,

roi de Babylone, seigneur du E-Sagil

Seigneur du E-Zida, seigneur du E-Mah-bilat ; à toi sont le ciel et la terre,

à toi sont ensemble le ciel et la terre,

à toi est le charme de vie,

à toi est le philtre de vie,

à toi est la clôture brillante de l’ouverture de l’Océan !

L’ensemble des hommes,

Tous les êtres vivants, désignés par un nom, qui existent à la surface de la terre,

les quatre régions célestes dans leur totalité,

les Archanges des légions du ciel et de la terre, tous tant qu’ils sont.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ô Marduk ! roi du ciel et de la terre,

j’ai invoqué ton nom, j’ai invoqué ton cœur ; que les dieux glorifient ton nom !

qu’ils bénissent celui qui t’est soumis ![8]

Sous le nom mystique de Silik-mulu-hi, Bel-Marduk est, nous l’avons vu, l’une des principales divinités invoquées dans les incantations magiques. Son rôle est non moins important dans l’épopée cosmogonique où il lutte pour défendre le monde organisé, contre les puissances du chaos, Anu, Tiamat et leurs agents subalternes.

Le combat de Marduk et de Tiamat forme un des plus importants chapitres de la grande épopée chaldéenne. Jouant le rôle du serpent tentateur dans la Genèse, et prenant la figure d’un animal monstrueux, Tiamat, la source du péché, induit l’homme à désobéir aux règles établies par La, l’intelligence divine. Alors, les dieux arment, de la foudre et de la harpè, Marduk qui précipite Tiamat dans les enfers. Le dithyrambe qui suit est placé dans la bouche de Marduk, au moment oit les dieux célestes viennent de l’équiper pour ce grand combat.

Devant la terreur de ma force immense, puissante comme celle d’Anu, qui oserait résister ?

Je suis le maître ; les montagnes escarpées qui élèvent leurs tètes jusqu’au ciel, tremblent devant moi ;

La montagne d’albâtre, de lapis et d’onyx, je la tiens dans ma main.

Archange de la terre, comme un oiseau de proie fond sur les passereaux,

Dans la montagne, par ma vaillance héroïque, je décide la querelle.

Dans ma main droite, je tiens le disque de feu ;

Dans ma main gauche, je tiens le disque de carnage.

Le soleil à cinquante faces, arme de ma divinité, je le porte ;

Le vaillant, qui brise les montagnes, le soleil dont l’action ne cesse pas, je le porte.

L’arme qui, comme l’ogre, agit merveilleusement tout autour d’elle, je la porte.

Celle qui brise les montagnes, l’arme puissante d’Anu, je la porte.

Celui qui courbe les montagnes, le poisson aux sept nageoires, je le porte.

La lame flamboyante de la bataille, qui dévaste et désole le pays rebelle, je la porte.

La harpè qui bouleverse les rangs, glaive de ma divinité, je la porte,

Celle aux atteintes de qui la montagne n’échappe pas, la main du mâle puissant de la bataille, je la porte.

La joie des vaillants, la lance qui fait la force dans la bataille, je la porte.

Le lacet qui s’attache à l’homme, et l’arc de la foudre, je les porte.

La massue qui écrase les demeures du pays rebelle, et le bouclier de la bataille, je les porte.

La trombe de la bataille, l’arme aux cinquante têtes, je la porte.

Pareil à l’énorme serpent à sept tètes, ayant le ... à sept têtes, je le porte.

Pareil au serpent qui bat les flots de la mer, attaquant l’ennemi en face,

Dévastatrice dans la violence des batailles, dominatrice du ciel et de la terre, l’arme aux sept têtes, je la porte.

Faisant jaillir son éclat comme celui du jour, le dieu qui échauffe l’Orient, je le porte.

Créateur du ciel et de la terre, le dieu dont la main ne rencontre pas d’adversaire, je le porte.

L’arme qui remplit le pays de la terreur de sa force immense,

Dans ma main droite puissamment, le projectile d’or et d’onyx[9].

On se souvient que dans le récit des premiers chapitres de la Genèse biblique, Jéhovah placé à la porte de l’Eden pour garder le chemin de l’arbre de vie, avec les Kérubim, une arme qualifiée la lame flamboyante du glaive qui tourne. Il s’agit probablement d’un instrument analogue au tchakra des Indiens, disque aux bords tranchants, au centre évidé, que l’on projette horizontalement après l’avoir fait tournoyer autour des doigts, de manière à lui imprimer une rotation rapide sur lui-même. Ce disque tranchant, pareil, sans doute, aux roues qu’Ezéchiel décrit à côté des Kérubim de sa vision de la Merkabah, nous en avons la description complète dans le dithyrambe en l’honneur de Marduk, que nous venons de rapporter. Marduk est muni d’une panoplie complète, harpè, lance, lasso, arc, massue et bouclier ; il tient sur chacune de ses mains un disque tournoyant. C’est là son arme la plus formidable, celle qui assure le mieux sa victoire, celle qu’il décrit avec le plus de complaisance et avec abondance de métaphores.

Ainsi armé, Marduk s’avance contre Tiamat qui est à la tête des légions des démons et des divinités infernales ; l’épopée chaldéenne poursuit comme il suit, le récit de ce dramatique épisode

Il prit l’instrument dans sa main droite,

et] il suspendit [l’arc] et le carquois.

Il lança un éclair devant lui,

et [une fureur] impétueuse remplit son corps.

Il prit aussi le cimeterre qui devait pénétrer le corps de Tiamat.

Il retint les quatre vents pour que les attaques de celle-ci ne passent pas se produire au dehors,

le vent de sud, le vent de nord, le vent d’est et le vent d’ouest.

Sa main plaça le cimeterre à côté de l’arc de son père Anu.

Il créa le vent mauvais, le vent hostile, la trombe, l’ouragan ;

quatre vents, sept vents, le vent dévastateur, le vent sans trêve ;

et il lécha les vents qu’il avait créés, sept en nombre,

pour porter le bouleversement dans le corps de Tiamat en se précipitant à sa suite. Il souleva aussi, en maître, le tourbillon, sa grande arme.

Il monta dans un char solide, sans rival, qui aplanit tout devant lui,

il s’y tint debout et sa main attacha les quatre paires de rênes,

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Tu t’es précipité [sur moi] .... et .... tu as dirigé ton hostilité contre moi.

Mais ta troupe ne prévaudra pas et ce sont leurs corps qu’iront frapper les armes,

Détourne-toi, et moi et toi nous nous livrerons un combat singulier...

Tiamat, quand elle entendit cela,

fut d’abord stupéfaite et changea sa résolution.

Elle examina attentivement en haut,

et elle fortifia puissamment et complètement sa base.

Elle prépara un sortilège, elle se plaça ....

et elle fit prendre les armes aux dieux qui combattaient (avec elle).

Et Tiamat assaillit le héraut des dieux, Marduk ;

ils se précipitèrent ardemment l’un sur l’autre en combat, et ils se joignirent en bataille.

Le seigneur tira son cimeterre et la frappa ;

il lâcha en avant de lui le vent mauvais, qui prend par derrière.

Et Tiamat ouvrit sa bouche pour l’engloutir ;

mais il avait fait entrer en elle le vent mauvais, de telle façon qu’elle ne put fermer sa bouche.

La violence du vent remplit son estomac ;

son cœur défaillit et sa bouche se tordit.

Marduk porta en avant son arme tranchante, il rompit son estomac,

il la coupa par le milieu et fendit son cœur ;

il l’abattit et trancha sa vie.

Il reconnaît son trépas et se dresse superbe sur elle.

Après que Tiamat, qui marchait devant eux, fut abattue,

il dispersa ses soldats ; sa cohorte fut dissipée,

et les dieux ses auxiliaires, qui marchaient à son côté,

tremblèrent, prirent peur et retournèrent en arrière.

Ils se sauvèrent pour mettre leurs vies en sûreté,

et ils se cachèrent en fuyards, dépourvus de vaillance.

Mais [il fondit] sur eux et brisa leurs armes[10].

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

La lutte de Marduk et de Tiamat continue, après que cette dernière est vaincue, contre les débris de l’armée des démons. Ce sont particulièrement sept mauvais Esprits, les fils de Tiamat, qui cherchent à entraver la marche du dieu Sin (la lune) et à ternir son éclat. Marduk est obligé de voler au secours de Sin, son fils, et pour vaincre il lui faut avoir recours à son père Êa, l’intelligence suprême, organisatrice du monde ; voici l’épisode qui raconte la lutte victorieuse de Marduk contre les sept Esprits du mal :

Les jours qui reviennent en cycles, ce sont les dieux méchants,

les génies rebelles qui ont été formés dans la partie inférieure du ciel,

Eux, ils sont ceux qui font le mal,

complotant dans leurs têtes méchantes .... le coucher du soleil,

coulant avec les fleuves . . . . . . . . . .

Entre eux sept, le premier est ...

le second, un ogre à la bouche de qui personne n’échappe,

le troisième une, panthère qui frappe ...

le quatrième un serpent ...

le cinquième un dogue de garde qui contre ...

le sixième, une tempête soufflant violemment, qui ... contre dieu ou roi,

le septième, le messager du vent funeste qui ...

Ils sont sept, messagers d’Anu, leur roi ;

de ville en ville chaque jour ils dirigent leurs pas.

Ils sont la tempête de vent du sud qui violemment chasse en avant dans le ciel, le nuage flottant qui dans le jour obscurcit le ciel,

la tempête de vent qui souffle violemment et dans un jour brillant produit les ténèbres.

Avec les vents mauvais, en vents mauvais ils circulent ;

inondation de Raman, ils développent leurs exploits ;

à la droite de Raman, ils s’avancent ;

des fondements du ciel ils éclatent comme l’éclair ;

coulant avec les fleuves, ils marchent en avant.

Dans les vastes cieux, résidence d’Anu, leur roi, ils se sont fixés pour faire le final et n’ont pas de rivaux.

Un jour, enfin, Bel-El (Belial ?) entendit de cette affaire et fortifia sa volonté dans son cœur.

Avec Kin, il maîtrisa la sainte colère des dieux,

Et ils retinrent, pour les diriger ensuite, Sin (la lune), Samas (le soleil) et Istar (Vénus) dans la partie invisible du ciel.

Avec Anu, il renouvela pour eux la direction des légions célestes.

Et à eux trois, les dieux, ses enfants,

il relégua ces sept dieux méchants dans la partie invisible du ciel.

Il confia le renouvellement du jour et de la nuit, sans interruption,

A Nannar, il confia de nouveau la lune,

Il rendit leurs qualités aux mains de Samas, le héros, à Raman, le vaillant.

Il casa Istar avec Anu, le roi de la demeure brillante,

Et la consacra pour la royauté des cieux.

(Suit une lacune de trois lignes qui traitait probablement de la reconstitution de l’ordre céleste.)

Alors ces sept démons,

Au commencement de la période, en présence de ... (montrèrent) leur inimitié.

Pour une année (ils obscurcissent) sa face brillante (de Sin).

Sin (la lune), le roi des hommes (ne luit plus) pour gouverner les pays.

Quant au soleil, (sa splendeur) fut troublée, et il vécut en tristesse.

Le jour fut obscurci, et il ne demeura pas dans le siège de sa royauté ...

Les dieux ennemis, messagers d’Anu, leur roi,

Les représentants malfaisants s’aidaient mutuellement

Et se confirmaient dans leur méchanceté :

Du milieu du ciel vers la terre, ils se ruèrent.

Bel vit les exploits de Sin et son obscuration.

Le maître parla ainsi à son serviteur Nusku :

Nusku, mon serviteur, porte ma décision vers l’abîme,

La nouvelle concernant mon fils Sin qui, dans le ciel, est tristement obscurci,

Apporte-la à Kin (qui habite) dans l’abîme.

Nusku reçut avec respect l’ordre de son maître.

Et alla de suite vers Kin (qui habite) dans l’abîme,

Vers le maître des musli suprêmes, le maître de Nukimmut.

Nusku rapporta le message de son maître de l’autre côté.

Kin, dans l’abîme, entendit celte nouvelle,

Et se mordit les lèvres, et sa face se remplit de larmes.

Kin appela son fils Marduk et lui murmura la nouvelle :

Va, mon fils, Marduk,

Il y a une nouvelle de mon fils Sin qui est tristement obscurci dans le ciel ;

Vois mon obscuration dans le ciel ;

ce sont les sept dieux ennemis, les assassins sans vergogne,

Ce sont les sept dieux ennemis qui tombent sur le pays comme des orages,

Qui, comme les cyclones, dévastent la terre.

Ils se sont postés devant Nannar, la lune, avec succès.

Samas et Raman se sont rangés de leur côté[11].

La suite du poème, malheureusement fort mutilée, raconte les opérations magiques auxquelles Marduk dut avoir recours pour délivrer Sin : c’était là le côté pratique et édifiant du récit, car si un immortel a besoin du secours des incantations pour échapper à l’étreinte des démons, à plus forte raison l’homme devra-t-il, en pareille occurrence, faire appel à la puissance surnaturelle du magicien.

Sur un grand nombre de cylindres en pierre dure, on voit Marduk délivrant Sin de l’étreinte des sept Génies du mal. Un de ces monuments entre autres, figure le dieu Sin, à mi-corps au milieu du croissant lunaire son symbole ; il est barbu, en costume royal, coiffé de la cidaris ou tiare droite appelée agu en assyrien, Sa main gauche lient les trois fruits symboliques de grenadier sortant d’une même branche, que portent beaucoup lite divinités et dont la signification n’est pas encore bien établie. Sin, tourné du côté de Marduk, l’appelle à son secours.

D’après les donnés de l’épopée chaldéenne, Sin, le fils de Marduk et implorant sa protection, est moins important que son père et il occupe un rang inférieur dans la hiérarchie céleste. Il n’en fut pas toujours partout ainsi, et Sin, le dieu hune, semble avoir tenu la place d’honneur dans les adorations des rois primitifs de la Chaldée, avant la suprématie de Babylone. C’était le dieu spécial et tutélaire de la ville d’Ur ; les inscriptions des rois de cette ville, qui ont sans cesse embelli et réparé son sanctuaire, le proclament le chef, le puissant, le seigneur des Esprits, le roi des dieux, l’étincelant. A l’époque de l’empire babylonien, au contraire, Sin n’est plus que le seigneur des trente jours du mois, le seigneur du signe zodiacal, l’architecte, celui qui veille sur la terre ; on lui donne souvent pour frère Adar Sandan, le dieu de la force, et nous raconterons tout à l’heure une légende recueillie par Ctésias, dans laquelle les deux frères divins se disputent le gouvernement du ciel. Toutefois, le caractère astrologique de la religion chaldéo-assyrienne fait que le dieu Lune garde toujours un rôle important, soit dans les représentations figurées où son symbole est le croissant, soit dans les prières liturgiques, comme le constate l’hymne suivant où on l’invoque :

Seigneur, prince des dieux, qui seul es sublime clans le ciel et sur la terre !

Père, illuminateur, seigneur, dieu protecteur, prince des dieux !

Père, illuminateur, seigneur, dieu grand, prince des dieux !

Père, illuminateur, seigneur, Sin, prince des dieux !

Père, illuminateur, seigneur d’Ur, prince des dieux !

Père, illuminateur, seigneur du E-Sirgal, prince des dieux !

Père, illuminateur, seigneur, créateur des couronnes, prince des dieux !

Père, illuminateur, qui fais arriver majestueusement la royauté à sa plénitude, prince des dieux !

Père, illuminateur, qui t’avances dans l’appareil de la majesté, prince des dieux !

Luminaire puissant aux cornes vigoureuses, aux membres complètement formés, à la barbe étincelante, splendide quand il remplit son orbe.

Fruit qui se produit lui-même, sortant de son domicile ; qui, dans son action propice, n’interrompt pas la gouttière par laquelle il verse l’abondance !

Miséricordieux, qui engendre tout, qui, au-dessus des êtres vivants élève sa demeure étincelante l

Père, miséricordieux et restaurateur, dont la main soutient la vie sur la terre l

Seigneur, ta divinité, comme les cieux profonds et la vaste mer, répand une terreur respectueuse !

... de la surface de la terre, développant la rectitude, proclamant sa gloire,

Père, générateur des dieux et des hommes, qui élève sa demeure et fonde tout ce qui est bon.

Qui proclame la royauté, qui donne le sceptre suprême, qui fixe les destinées pour les jours lointains ;

chef inébranlable, dont le cœur est vaste et n’oublie personne,

... dont les genoux ne se reposent pas, qui ouvre le chemin aux dieux, ses frères,

qui, des fondements au plus haut sommet des cieux s’avance, qui ouvre la porte des cieux, faisant luire la lumière sur le pays des hommes,

Père qui m’a engendré ...

Seigneur qui ordonne ses commandements au ciel et à la terre, dont personne n’enfreint la volonté ...

Dans le ciel, qui est sublime ? Toi ! toi seul us sublime.

Sur la terre, qui est sublime ? Toi ! toi seul es sublime.

Toi ! ta volonté est proclamé dans les cieux, et les Archanges célestes prosternent leur face.

Toi ! ta volonté est proclamée sur la terre, et les Archanges de la terre baisent le sol.

Toi ! ton commandement retentit en haut comme un vent dans les ténèbres, et il fait germer la terre.

Toi ! ton commandement existe à peine sur la terre, et déjà la végétation est produite.

Toi ! ton commandement s’étend sur les lieux habités et les sommets, et il multiplie les êtres vivants.

Toi ! ton commandement donne l’existence à la vérité et à la justice ; il affermit la vérité parmi les hommes.

Toi ! ton commandement, ce sont les cieux reculés et la terre qu’ils couvrent, qui n’oublient personne.

Toi ! ton commandement, qui peut l’apprendre ? qui peut l’égaler ?

Seigneur, dans les cieux est tu seigneurie, sur la terre ton principat ; parmi les dieux, tes frères, lu n’as pas de rival.

Roi des rois, qui n’a aucun juge au-dessus de lui, dont aucun dieu n’égale la divinité . . . . .

Favorise la ville d’Ur, ô dieu ! favorise-la !

que l’épouse ... heureuse, ô seigneur ! puisse implorer de toi la paix !

que l’époux ... G seigneur, puisse implorer de toi la paix !

que les Archanges célestes .. : ô seigneur, puissent implorer de toi ta paix !

que les Archanges de la terre ... ô seigneur, puissent implorer de toi la paix ![12]

Le caractère sidéral du dieu Sin qui ne cessa d’être honoré dans nombre de sanctuaires, en Mésopotamie et en Syrie, longtemps après la chute de Babylone, est particulièrement mis en relief dans ce passage de la grande épopée chaldéenne oit il est désigné sous le nom de Nannar le brillant, le lumineux :

Il fit briller Nannar (la lune), il l’attacha à la nuit,

et il lui fixa le temps de ses phases nocturnes qui déterminent les jours,

pour le mois entier sans interruption il établit quelle serait la forme de son disque.

Au commencement du mois, quand commence le soir,

Tes cornes te serviront d’annonce pour permettre de déterminer le, temps du ciel.

Le septième jour, tu seras eu train de remplir ton disque mais les . . . . . . . . . . découvriront sa partie obscure [à moitié.

Quand le soleil descend à l’horizon au moment de son lever, délimite exactement [la plénitude], l’orme son cercle.

Ensuite] tourne-toi, rapproche toi du chemin du soleil.

. . . . . . . . . . tourne-toi, et que le soleil change (le côté où l’on voit) la partie obscure.

. . . . . . . . . . marche dans son chemin.

Lève-toi] et couche-toi, soumis à la loi de cette sentence[13].

Ainsi, dès la plus haute antiquité, les savants chaldéens s’étaient rendu compte du rôle que joue le soleil dans les phases et les transformations graduelles et périodiques de l’astre des nuits.

Sin était un dieu masculin comme le dieu Mên des Grecs ; toutefois, envisagé sous certains points de vue, Sin devient féminin ou plutôt il est, androgyne et a les attributs des deux sexes. C’est ainsi qu’il arrive à se confondre avec Istar, la Vénus assyrienne qui, elle aussi, revêt parfois, comme nous le verrons tout à l’heure, les caractères d’une déesse lunaire et qu’on invoque comme telle. Sin, à l’époque romaine était encore tenu pour hermaphrodite par les Sabiens de Harrân qui l’adoraient[14] ; c’est sans cloute d’après les mêmes conceptions symboliques que le dieu Mên, si populaire dans les religions de l’Asie gréco-romaine, revêt un aspect efféminé et d’un sexe incertain. Le tulle de Sin se perpétua en Mésopotamie jusqu’à l’aurore des temps modernes : c’est en se rendant au temple de Sin à Harrân, pour y offrir un sacrifice solennel, que l’empereur romain Macrin fut assassiné.

Samas ou le dieu Soleil, est une des divinités les plus universellement invoquées ; mais dans la hiérarchie céleste, il vient après Sin, le dieu Lune. On le qualifie hyperboliquement, dans les invocations qu’on lui adresse, d’arbitre des dieux, de grand juge du ciel et de la terre. Souvent on le représente simplement par l’image même du disque solaire ; quelquefois le buste du dieu, coiffé de la tiare, émerge du centre de ce disque. Samas avait des sanctuaires à. Babylone, à Larsa, à Sippara. Dans cette dernière ville dont il était la divinité poliade, il eut un temple resté célèbre tout le temps de la durée de l’empire assyrien on cite constamment ce sanctuaire avec celui d’Anuait, déesse qui passait, à Sippara, pour l’épouse de Samas. Dans ce temple fameux, sans cesse embelli et restauré par les rois chaldéens, brûlait comme dans les sanctuaires de la religion de Zoroastre, un feu qui ne devait jamais s’éteindre. Nous parlerons ailleurs, en traitant des cérémonies du culte, d’un bas relief trouvé à Abu-Habbu, aux ruines de l’ancienne Sippara, sur lequel on voit figuré, avec le disque solaire, l’édicule qui constituait le tabernacle de Samas. Le dieu est majestueusement assis sur un trône, avec le symbole de sa puissance a ses pieds, et il tient dans sa main le disque et le sceptre magique. Dans la Bible, le dieu de Sippara (Sepharvaïm), reçoit le nom de Adrammelek, et son épouse celui de Anammelek, de sorte qu’il paraît évident qu’Adar ou Adra était un des qualificatifs du dieu Soleil, en même temps qu’un des noms de Sandan, l’Hercule assyrien, dont nous allons nous entretenir tout à l’heure. Une longue prière en faveur d’un roi tombé gravement malade, énumère les attributs de Samas de la manière suivante

Seigneur grand, du milieu des cieux brillants, à tes levers,

Héros vaillant, Samas, du milieu des dieux brillants, à tes levers,

dans les verrous des cieux brillants, dans la porte qui ouvre le ciel, à tes ..

dans la barre de la porte des cieux brillants...

dans la grande porte des cieux brillants, lorsque tu l’ouvres,

clans les plus hauts sommets des cieux brillants, lors de ta marche rapide,

les archanges célestes en respect et en joie s’empressent autour de toi ;

les serviteurs de la daine des dieux te conduisent en fête ;

les ... pour la paix de ton cœur te fixent les jours ;

les ... des foules des pays te contemplent avidement ;

Les esprits des cieux et de la terre, te conduisent en troupe...

Le seigneur, quant à moi, m’a envoyé,

Le Seigneur grand, Êa, quant à moi, m’a envoyé.

Fixe ce qui le regarde, enseigne l’ordre qui le concerne, décide la décision qui le touche.

Toi, dans ta marche, tu diriges la race des hommes ;

fais briller sur lui un rayon de paix et qu’il guérisse sa souffrance ;

L’homme, fils de son dieu, a déposé devant toi ses manquements et ses transgressions.

Ses membres sort dans la souffrance ; il est douloureusement souillé par la maladie.

Samas, à l’élévation de mes mains, porte attention ;

mange son aliment, reçois sa victime, rends son dieu pour soutien à sa main.

Par ton ordre, que son manquement soit absous ! que sa transgression soit effacée

Que son malheur tourne à bien ! que sa maladie revienne à la vie

Rends la vie au roi !

Alors, au jour où il revivra, que ta sublimité l’enveloppe de sa protection !

Dirige le roi qui t’est soumis

Et moi, l’enchanteur, ton serviteur soumis, dirige-moi[15].

Le dieu de la force, qui présidait à la planète Saturne, et qui fut le prototype de l’Hercule grec, porte dans les textes cunéiformes un nom composé de deux éléments idéographiques NIN-IB et NIN-DAR, dont la lecture phonétique n’a pas encore été trouvée par les assyriologues. Les Grecs l’ont appelé Sandan, et l’on assimilé à Adar, le dieu de la force chez la plupart des peuples sémitiques[16]. Quoiqu’il en soit, le caractère et le rôle de ce dieu dans la mythologie assyro-chaldéenne sont bien connus ; aucune divinité n’est plus fréquemment invoquée à Ninive ; elle occupe une place moins prépondérante à Babylone. On lui donne les épithètes de terrible, seigneur des braves, maître de la force, exterminateur des rebelles, seigneur du glaive et des armées. Il se confond avec le personnage semi-légendaire de Nemrod et personnifie la force et la vaillance, à la chasse comme à la guerre. Le roi Samsi-daman III s’était mis particulièrement sous la protection de Adar-Sandan, et nous avons reproduit l’invocation qu’il lui adresse eu tête du récit de ses exploits guerriers.

Nergal, le dieu de la planète Mars, était originairement la divinité tutélaire de la ville de Cutha (Kutu). C’était le dieu lion, ilu Ariu. Son nom signifie celui qui piétine, et vient de ce que les Chaldéens avaient remarqué le mouvement rétrograde de la planète Mars. Il était adoré sous la figure d’un lion ; aussi, les lions ailés qui entraient dans la décoration symbolique des palais, sont-ils appelés des nirgalli ; on le représente souvent avec une tête de lion sur un corps d’homme, et tenant à la main un glaive. Les inscriptions le qualifient : le grand héros, le roi des mêlées, le maître des batailles, le champion des dieux, le dieu de la chasse. Ces titres ressemblent fort à ceux de Adar-Sandan ; aussi, il est parfois difficile de distinguer ces deux divinités d’après leurs attributs caractéristiques. Les Cuthéens transportés à Samarie adoraient, prétend une tradition rabbinique, le dieu Nergal, sous la figure d’un coq. Cette assertion n’est peut-être pas tout à fait une simple invention clos rabbins, car sur plusieurs cylindres chaldéo-assyriens, on voit un coq placé comme attribut à côté du dieu Nergal ; il en est, un, même, qui offre la figure d’un dieu à pieds et à queue de coll. Rappelons-nous enfin que les Yézidis de nos jours, adorent leur divinité suprême sous la forme d’un coq de bronze.

Raman, auquel les assyriologues ont longtemps donné le nom de Bin, est le dieu de l’atmosphère et du firmament ; c’est le ciel lumineux des étoiles fixes. Ses principaux titres sont le ministre du ciel et de la terre, le distributeur de l’abondance, le seigneur des canaux, dans lesquels résidait toute la fertilité du pays, le chef bienfaisant, le dieu de la fécondité. Étant le dieu de l’atmosphère, on l’appelle aussi le seigneur de la tempête, du tourbillon, l’inondateur ; on dit des rois conquérants qu’ils dévastent les contrées ennemies comme le tourbillon de Raman et on appelle ce dieu, celui qui balaie de sa tempête les rebelles et les pays ennemis. Son attribut ordinaire sur les monuments est le foudre ; sur titi bas-relief, nous voyons porter au milieu d’une procession sa statue, le front armé de quatre cornes, debout, tenant la hache et le foudre. Sur un autre monument, il est muni de quatre grandes ailes, vêtu en roi coiffé de la tiare à plusieurs paires de cornes superposées, et il poursuit de sa foudre un génie des ténèbres représenté sous les traits d’un monstre. C’est à titre de di