Anatole de Barthélemy
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Lorsque le directeur de Depuis cette époque, cependant, il s’est encore révélé plusieurs Alésia. Si je m’enhardis à satisfaire au voeu formulé par le directeur de cette Revue, c’est que, si je ne m’abuse étrangement, nous sommes enfin arrivés au moment où la discussion peut et doit être close. Il n’y a plus de textes à découvrir ni à traduire; les archéologues ont fouillé le sol antique : ils l’ont forcé à restituer les témoignages palpables d’un autre temps qu’il recélait depuis plusieurs siècles ; on s’est attaqué et défendu, en oubliant trop souvent la modération qui doit régner dans tout débat académique. Le combat a fini, non pas faute de combattants, mais, s’il m’est permis de le dire, faute de munitions. Chez les acteurs, je ne crois pas qu’il ait en de modifications dans les convictions prises comme point de départ; chez les spectateurs de cette joute, il y a en peut être un peu plus de doutes; le public ne se préoccupe plus de ce qui est déjà devenu de l’histoire ancienne, et le champ est resté libre à la science. Il est donc temps de récapituler ce que celle-ci a gagné à tout ce bruit ; d’examiner rapidement chacun des systèmes proposés ; de conclure enfin en faveur de celui qui semble réunir la plus respectable somme de probabilités. Je vais essayer de le faire impartialement. Peu m’importe, en effet, personnellement, où fut jadis Alésia. Si quelque chose pouvait me passionner dans ce débat, ce ne serait certes pas la satisfaction d’amour-propre de déterminer le lieu où César réduisit Vercingétorix à se dévouer, volontairement, à l’inhumanité de son vainqueur pour racheter ses compatriotes ; ce serait plutôt la solennité de ce dernier épisode d’une lutte dans laquelle s’écroulait une grande nationalité. Dernièrement, dans ce recueil même, je confessais très
franchement ne formuler aucun voeu en faveur d’un retour vers la forme
sociale qui était Il fallut que la race franque vint régénérer le sang
gaulois de En tête de ces pages, dont l’ensemble forme notre livre d’or national, apparaît Vercingétorix Au moment suprême, il ferme l’oreille aux promesses séduisantes qui l’avaient d’abord tenté, et devient le chef d’une nation armée[3] pour défendre ses foyers contre l’étranger, contre les Romains guidés par César, à qui il faut, avec de l’or, la gloire militaire, c’est-à-dire le prestige indispensable à la réalisation des grands projets qu’il médite pour dominer dans sa propre patrie Vercingétorix succombe, moins encore par le fait d’armées rompues aux opérations militaires, que par la division adroitement mise parmi ses compagnons d’armes. Il ne faut pas avoir feuilleté l’histoire pour reconnaître que la diplomatie fut toujours l’indispensable auxiliaire des légions romaines. Vercingétorix tomba noblement, se sacrifiant à la dernière heure, confiant dans la générosité de son vainqueur qui, on ne sait trop pourquoi, ternit sa gloire en le faisant froidement mourir après une longue captivité. Mais revenons au sujet que je dois traiter, à la question d’Alésia. La personnalité de Vercingétorix n’est ici, par le fait, qu’un détail sur lequel j e n’ai pas à insister. De la polémique scientifique dont je parlais plus haut ; il ressort une vérité et une leçon. — La vérité, la voici: C’est qu’il est très difficile, même pour les érudits qui
habitent le pays, de déterminer avec certitude l’emplacement de la plupart
des localités antiques signalées par les historiens. Voyez Gernabum, Uxellodunum, cet
oppidum dont le siége et la position topographique sont décrits
minutieusement[4]
; voyez Bibracte, dont Quant à la leçon, chacun la connaît ; mais un petit nombre en profite. C’est que l’histoire et l’archéologie sont des sciences parfaitement inutiles, lorsque ceux qui s’y adonnent ne prennent pas, avec leur conscience, un strict et double engagement : en premier lieu, de revenir franchement sur une opinion adoptée d’abord de bonne foi ; ensuite de reconnaître loyalement son erreur si, ce qui arrive trop souvent, on a confondu un moment l’apparence avec la réalité. J’ajouterai que, en pareille matière, l’amour-propre de clocher est un écueil à éviter quand il est assez violent pour influencer le jugement. Les efforts que j’ai vu faire quelquefois pour enrichir, per fas et nefas, une province d’un souvenir historique, me semblent être aussi puérils que la maladie morale de certains individus qui cherchent à se faire descendre d’hommes illustres parfaitement étrangers à leur sang. Je diviserai mon étude en deux parties : dans la première, je donnerai in extenso et par ordre chronologique tous les textes dans lesquels il est question des Mandubii et d’Alésia leur capitale[5]. Je proposerai, de ces textes, une traduction que je m’efforcerai de rendre plutôt fidèle qu’élégante, et j’examinerai leur valeur au point de vue historique. Dans la seconde partie, après avoir donné une idée de chacun des systèmes relatifs à l’emplacement d’Alésia, je discuterai les points qui me paraissent offrir des éléments pour la solution du problème, et je conclurai. J’ose espérer qu’ainsi, ceux qui auront la patience et la bienveillance de lire ces pages pourront se faire une opinion, sans avoir à compulser des ouvrages qui ne sont pas dans toutes les bibliothèques particulières, sans perdre un temps qui peut être mieux employé, en feuilletant ces innombrables brochures publiées depuis dix années, et dont la simple énumération bibliographique occuperait plusieurs pages. A ce sujet, je dois avouer que je ne prétends nullement analyser chacun des trop nombreux fascicules que j’ai dû lire, et dont plus de la moitié auraient pu, sans grand inconvénient, rester inédits. Si nous en croyons Diodore de Sicile, le langage de nos ancêtres était concis et figuré. Le Gaulois de nos jours est bien différent : il est ainsi fait qu’aussitôt une discussion est entamée, il lui est impossible de garder le silence. Sans étude préalable, sans expérience scientifique, poussé par le désir impérieux de donner son avis, on voit le premier venu intervenir de la voix ou de la plume. Le besoin de parler de ce que l’on ne sait guère et quelquefois de ce que l’on ne sait pas du tout, permet de répéter à satiété des arguments déjà présentés et réfutés, de traduire des textes de manière à faire regretter que les examens du baccalauréat ès lettres ne soient pas plus sévères. Les militaires deviennent philologues ; les professeurs font de la stratégie. Le public finit par ne plus rien comprendre à cette confusion des langues ; il se fatigue, et se détourne en souriant de ce qu’il croyait être la science. II Le plus ancien auteur qui ait parlé d’Alésia est César : je ne crois pas utile d’exposer longuement toute l’autorité qui s’attache à son récit. Si on peut lui faire un reproche, c’est d’avoir été parfois trop avare de détails. La guerre des Gaules n’est pas, à mon avis, une oeuvre composée au jour le jour, pendant les campagnes qui en font le sujet. Ce sont des mémoires rédigés, plusieurs années après les événements, sur des notes et des souvenirs. C’est ce qui explique les lacunes qui parfois peuvent y être signalées, le vague qui règne dans les transitions entre certains événements; les précautions prises par l’auteur pour dissimuler des fautes ou des échecs dans un livre qu’il léguait à la postérité. J’ai emprunté largement, au point de vue du texte latin et de la traduction, à l’édition de MM. le général Creuly et Alexandre Bertrand[6] : il m’a semblé que je ne pouvais espérer mieux faire que ces savants, comme exactitude et correction. Sa cavalerie mise en déroute, Vercingétorix retira l’armée des positions qu’il lui avait fait prendre sur le front de ses camps, et se dirigea aussitôt vers Alésia, oppidum des Mandubii, en laissant l’ordre aux bagages de décamper et de le suivre promptement. César, après avoir établi son convoi sur une hauteur voisine, avec deux légions de garde, poursuivit l’armée gauloise tant que dura le jour, lui tua environ trois mille hommes de l’arrière-garde, et campa le lendemain sous Alésia. Ayant reconnu le site de la ville, et voyant les ennemis démoralisés par l’échec de leur cavalerie, la partie de leur armée sur laquelle ils comptaient le plus, il exhorta ses troupes au travail et fit commencer la contrevallation[7]. Alésia était située sur le sommet d’une colline tellement élevée qu’il ne semblait pas possible de prendre cette place autrement que par un blocus. Deux rivières, une de chaque côté, baignaient le pied de la colline. Devant la ville s’étendait une plaine d’environ trois mille pas de long; sur ses autres faces, des collines de pareille hauteur l’entouraient h petite distance. L’armée gauloise couvrait sous les murs de la place, tout le versant oriental, qu’elle avait fortifié d’un mur en pierres sèches de six pieds de haut, avec fossé. La contrevallation entreprise par l’armée romaine avait onze mille pas de circuit. Les camps étaient placés aux points favorables et accompagnés de vingt rois redoutés, ou, en prévision de brusques sorties, se tenaient des postes pendant le jour, et, la nuit, de forts détachements et des sentinelles[8]. Pendant les premiers travaux de siége, il y eut un combat de cavalerie dans la plaine qui, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, interrompait la ceinture des collines sur une étendue de trois mille pas. La lutte fut vaillamment soutenue des deux côtés ; à la fin, les nôtres ayant le dessous, César lança les Germains et rangea les légions devant les camps, de crainte que l'infanterie gauloise ne tentât une attaque subite. La vue des légions ranima l’ardeur de nos cavaliers ; l'ennemi est enfin forcé de fuir vers son camp, et ne pouvant en passer les étroites portes encombrées par la foule, il se masse en dehors. Les Germains qui l’ont suivi jusque-là, l'épée dans les reins, en font un grand carnage : quelques Gaulois, abandonnant leurs chevaux, s'efforcent de franchir le fossé et le mur. En même temps César faisait avancer un peu les légions qu'il avait rangées devant ses retranchements. Ce mouvement porte le trouble jusque dans le camp des Gaulois; ils croient qu'on marche immédiatement à eux et crient aux armes. Il y en eut même qui, saisis d'effroi, se jetèrent dans la ville, mais Vercingétorix en fit fermer les portes, pour empêcher l'abandon du camp. Les Germains, après avoir tué nombre d'ennemis, rentrèrent dans nos lignes avec les chevaux pris dans l'affaire[9]. Vercingétorix avant que nos lignes ne soient fermées, prit le parti de renvoyer les cavaliers dès la nuit suivante. Il leur dit de retourner chacun dans son pays et d'appeler aux armes tous les hommes en âge de combattre ; il leur rappela ses services, les conjura de ne pas l'abandonner, de ne pas livrer à la vengeance des ennemis celui qui avait tant fait pour la liberté commune ; il excita leur zèle en montrant qu'avec lui périraient quatre-vingt mille hommes d'élite, et qu'il avait seulement pour trente jours de vivres, ou un peu plus en les ménageant. Ces instructions données, il fit sortir sans bruit sa cavalerie, à la seconde veille, par la trouée de nos ouvrages. Ensuite il ordonna que tout le blé lui fût remis, sous peine de mort ; il distribua, par homme, le nombreux bétail ramassé par les Mandubii ; il établit pour le blé, des distributions à ration réduite; enfin il fit rentrer dans la place toutes les troupes qu'il avait au dehors. C'est ainsi qu'il se mit en mesure de résister jusqu'à l'arrivée des secours[10]. Informé de ces faits par les déserteurs et les prisonniers, César organisa comme il suit ses retranchements. On fit d'abord un fossé de vingt pieds, à parois droites, c'est-à-dire ayant la même largeur au fond qu'à l'ouverture, et tracé à quatre cents pieds en avant de tous les autres ouvrages, dans le but d'empêcher que des lignes si étendues et si difficiles à garnir de soldats sur tout leur développement, ne fussent attaquées de nuit à l'improviste, ou que le jour, nos travailleurs n'y fussent exposés aux projectiles ennemis. Les ouvrages en arrière se composaient de deux fossés de quinze pieds de large et d'égale profondeur, ouverts dans les terrains bas de la plaine, dont le plus en dedans fut rempli d'eau amenée de la rivière voisine, et derrière lesquels on éleva un rempart de douze pieds d'escarpe. Celui-ci fut surmonté d'un parapet crénelé, projetant, à sa jonction avec le terre-plein, de grands rameaux fourchus, propres à gêner l’escalade. Enfin tout le retranchement fut renforcé de trous espacés de quatre-vingts pieds[11]. Comme il fallait en même temps envoyer au loin pour le bois et les vivres, et trouver, malgré l'absence des troupes ainsi occupées, les bras nécessaires à de Si vastes travaux, sans cesser de faire tête aux Gaulois qui souvent venaient tâter nos ouvrages en faisant de vigoureuses sorties par plusieurs portes de la ville, César crut devoir ajouter encore à la force de la contrevallation, afin de pouvoir la défendre avec moins de monde. On prit donc des troncs d'arbres garnis de fortes branches, dont les bouts furent écorcés et taillés en pointe aiguë ; puis l'on ouvrit des tranchées continues de cinq pieds en profondeur, où ces bois furent plantés, les branches en saillie, et assez solidement fixés à la base pour ne pouvoir être arrachés ; ils formaient cinq rangs, étaient contigus, entrelacés, et c'était un obstacle tel qu'on ne pouvait essayer de le franchir sans s'y enferrer on appelait cela des cippes. En avant, disposés par rangs obliques en quinconce, des trous furent creusés sur trois pieds de profondeur et sur un diamètre successivement réduit de haut en bas. Dans chacun d'eux, un pieu rond de la grosseur de la cuisse, le bout aiguisé et durci au feu était descendu de manière à ne pas montrer sa pointe de plus de quatre doigts au-dessus du sol; on le fixait solidement en l'entourant de terre battue, sur un pied de hauteur a partir du fond, et, pour cacher ce piége, le reste de l'excavation était recouvert de broussailles. Ces trous formaient huit lignes consécutives à trois pieds de distance on les appelait des lis, d'après leur ressemblance de forme avec la fleur de ce nom. En avant encore, on sema tout le terrain, à petits intervalles, de piquets d'un pied de long, entièrement enfoncés en terre, et armés de pointes en fer barbelées qu'on appelait aiguillons[12]. Après l'achèvement de ces ouvrages[13], César, traçant une ligne de quatorze milles sur les terrains les plus favorables eu égard à la nature des lieux, y fit exécuter un retranchement de même genre, mais tourné contre l'ennemi extérieur, afin que nos campements ne puissent pas être pris à revers, même par une grande armée, s'il en arrivait une par suite du départ de la cavalerie gauloise. Voulant, d'ailleurs, éviter des excursions qui pourraient devenir dangereuses, il ordonna de s'approvisionner partout d'un mois de fourrages et de grain. Pendant que ces choses se passaient devant Alésia[14], le conseil des chefs gaulois résolut de ne prendre dans chaque pays qu'un contingent limité, au lieu d'appeler, comme le voulait Vercingétorix, la totalité des hommes en état de porter les armes, et cela par crainte de ne pouvoir établir l'ordre et la discipline dans une telle foule, ni lui procurer des vivres. Il fut commandé aux Hædui et à leurs clients les Ségusiavi, les Ambivareti, les Aulerci Brannovices et les Blannovii, trente-cinq mille hommes ; pareil nombre aux Arverni, en y joignant les Cadurci-Eleutheri, les Gabali et les Vellavi, qui sont ordinairement sous leur dépendance ; aux Sequani, aux Senones, aux Bituriges, aux Santones, aux Ruteni, aux Carnutes, douze mille ; aux Bellovaci, dix mille; autant aux Lemovici ; huit mille aux Pictones, aux Turones, aux Pansu et aux Helvetii ; cinq mille aux Eburones, aux Ambiani, aux Mediomatrici, aux Petrocorii, aux Nervii, aux Morini, aux Nitiobriges ; autant aux Aulerci-Cenomani ; quatre mille aux Atrébates ; trois mille aux Veliocassi, aux Lexovii et aux Aulerci-Eburovices ; trois mille aux Rauraci et aux Boii réunis ; six mille aux peuples des côtes de l'Océan, connus sous le nom d'Armoricani, et au nombre desquels sont les Curiosolites, les Redones, les Ambibares, les Caletes, les Osismii, les Lémovices, les Venetes, les Unelli. Les Bellovaci seuls ne complétèrent pas leur nombre, voulant, disaient-ils, faire la guerre aux Romains pour leur compte, à leur bon plaisir, et n'entendant se mettre sous les ordres de personne. Toutefois, à la prière de Commius, leur hôte, ils envoyèrent deux mille hommes avec ses troupes. Ce Commius[15], les années précédentes, ainsi qu'il a été rapporté plus haut, avait utilement et fidèlement servi César en Bretagne : en récompense, celui-ci avait affranchi sa civitas, lui avait rendu ses lois, et lui avait adjoint les Morini mais l'empressement de tous les Gaulois à reconquérir leur liberté et leur ancien renom militaire était si grand, en cette circonstance, que ni la reconnaissance ni l'amitié ne pouvaient plus rien sur eux. Vouant au succès de cette guerre leurs bras et leurs fortunes, ils parvinrent ainsi à réunir environ deux cent quarante mille hommes d'infanterie et huit mille cavaliers. Le rendez-vous général était sur le territoire des Hædui, où ces forces furent dénombrées et soumises à des chefs. L'Atrébate Commius, les Eduens Eporedorix et Viridomare, l'Arverne Vercassivelaunus, cousin de Vercingétorix, furent revêtus du commandement supérieur, avec un conseil composé des représentants des civitates. Cette armée partit pour Alésia pleine d'ardeur et de confiance ; chacun était convaincu que les Romains ne pourraient tenir devant de telles masses, surtout lorsque, déjà engagés dans un combat avec la garnison, ils verraient paraître sur leurs derrières toute cette cavalerie et cette infanterie. Les assiégés d'Alésia[16], de leur côté, voyant que l'époque à laquelle ils attendaient les secours était passée, ayant d'ailleurs consommé leur provision de blé, et ne sachant ce qui se passait chez les Hædui, se rassemblèrent en conseil pour délibérer sur le parti à prendre. Parmi les opinions qui furent émises, les unes pour se rendre, les autres pour essayer une sortie pendant qu'on en avait encore la force, le discours de Critognatus, Arverne d'une haute naissance, et fort considéré dans son pays, mérite d'être rapporté à cause de son exécrable conclusion… Les opinions recueillies, on décida de renvoyer les individus que leur santé ou leur âge rendaient impropres à la guerre, et d'essayer de tout avant d'en venir au moyen proposé par Critognatus, se réservant de suivre cet avis, dans le cas où le retard des secours y obligerait, plutôt que de se rendre et de subir la paix. Les Mandubii qui avaient reçu les Gaulois dans leur oppidum furent forcés d'en sortir avec femmes et enfants. Ces malheureux en approchant de nos lignes, nous suppliaient en pleurant de les recevoir comme esclaves et de leur donner à manger, mais César fit mettre des gardes sur le rempart pour empêcher qu'on ne les accueillit[17]. Cependant l'armée de secours[18], commandée par Commius et les autres chefs, arrive devant Alésia et s'établit sur l'une des collines extérieures, à mille pas au plus de nos ouvrages. Le lendemain leur cavalerie sortit du camp et vint occuper, dans toute son étendue, la plaine de trois mille pas dont nous avons parlé, pendant que leur infanterie se tenait un peu plus loin sur les hauteurs. D'Alésia on découvrait la plaine en voyant ces secours, les assiégés se rassemblent, se félicitent mutuellement, se livrent à la joie; bientôt ils vont prendre position en avant de la place, masquent de claies l'avant-fossé et le remplissent de terre, en un mot font leurs préparatifs pour forcer les lignes ou pour toute autre opération qui se présentera. Quant à César[19], il disposa
toute son armée vers l'une et l'autre des deux lignes d'ouvrages, de manière
qu'au besoin chacun connût bien s i place de combat, puis il envoya la
cavalerie hors des lignes avec ordre d'attaquer. De divers camps romains, qui
tenaient partout les sommets des collines, la vue plongeait sur la plaine, et
les troupes suivaient avec anxiété les phases du combat. L'ennemi avait jeté
dans les rangs de sa cavalerie, une ligne d'archers agiles, armés à la
légère, pour l’aider, au besoin, à soutenir les efforts de la nôtre. Beaucoup
de nos cavaliers atteints à l'improviste par les armes de ces fantassins,
étaient obligés de quitter les rangs. Les Gaulois tant ceux de la place que
de l'armée de secours, persuadés d'après cela que la cavalerie était
supérieure par la tactique comme elle l'emportait par le nombre, lui jetaient
de toutes parts des mots approbatifs et des hourras d'excitation. Heureusement
l'action se passait au vu de tous, sans qu'aucun fait honorable ou honteux
pût passer inaperçu, de sorte que l'amour de la gloire et la crainte du
déshonneur n'excitaient pas moins le courage de nos soldats, que celui des
ennemis. On s'était battu ainsi sans résultat depuis Après un jour de repos[20], pendant lequel les Gaulois préparèrent un grand nombre de claies, d'échelles, de harpons, ils sortirent à mi-nuit de leur camp, et se dirigèrent en silence sur les retranchements de la plaine. A leur arrivée, poussant un cri pour avertir ceux de la place, ils posent leurs claies en avant, attaquent le rempart à coups de frondes, de flèches et de pierres afin d'en éloigner les défenseurs, en un mot, font tous les préludes d'un assaut. Averti par le signal, Vercingétorix fait à l'instant sonner la marche et sort de la place. Nos troupes, qui connaissaient d'avance leurs postes de combat, coururent aux retranchements, et répondirent vigoureusement à l'ennemi, en lançant avec la fronde, des boulets de pierre et des épieux, dont le rempart était approvisionné, et des balles métalliques; les balistes ne restèrent pas non plus inactives, et, malgré l'obscurité de la nuit, nombre d'hommes furent atteints de part et d'autre. Quand nos gens faiblissaient sur quelque point, M. Antonins et L. Trébonius, légats préposés à la défense de ce côté, leur envoyaient des secours tirés des redoutes de la ligne intérieure. Tant[21] que les Gaulois se tinrent à distance du retranchement, ils eurent l'avantage par la masse de leurs projectiles; mais, en avançant, ils s'accrochaient sans le prévoir à nos aiguillons, ou s'enferraient aux pieux de nos trous de loups, ou tombaient percés par les javelots de place qui partaient du rempart et des tours. Perdant beaucoup de monde et n'ayant encore forcé, quand le jour parut, aucune partie des retranchements, ils craignirent d'être pris de flanc par une sortie des camps supérieurs et battirent en retraite. Quant aux assiégés, ayant perdu trop de temps à transporter le matériel préparé pour la sortie ordonnée par Vercingétorix, et à combler l'avant-fossé, ils s'aperçurent de la retraite des autres avant d'être arrivés près de nos lignes; ils rentrèrent donc dans la place sans les avoir attaquées. Deux fois repoussés[22] aux portes, les
Gaulois du dehors se consultent sur ce qu'ils ont à faire ; ils s'abouchent
avec des gens qui connaissent les lieux, et sont informés par ceux-ci sur le
site et les défenses des camps supérieurs. Au nord s'élevait une colline que
nous n'avions pu, à cause de son étendue, envelopper dans nos ouvrages, en
sorte qu'il avait fallu y placer le camp sur un terrain légèrement incliné et
presque commandé. Ce camp était occupé par deux légions, sous les ordres des
légats L. Antistius Réginus et C. Caninius Rébilus. Après avoir fait
reconnaître le terrain, et choisi 60.000 hommes appartenant aux populations
qui passaient pour les plus braves, les chefs gaulois arrêtèrent secrètement
entre eux le plan de l'attaque, dont ils fixèrent l'heure à Vercingétorix[23], qui, de la citadelle d'Alésia, vit ce mouvement, sortit de la place emportant avec lui des perches, muscules, faux et autres objets qu'il avait préparés dans le camp pour une attaque. L'affaire s'engagea donc de divers côtés, simultanément ; partout l'ennemi nous sonde, en portant ses efforts sur les points qui lui semblent les plus faibles. Paralysée par la grande étendue de lignes qu'elle devait garder, la petite armée romaine ne pouvait facilement opposer à plusieurs attaques simultanées des forces suffisantes. Nos combattants d'ailleurs, au bruit de l'action qui avait lieu derrière eux, s'inquiétaient de voir que leur vie dépendait de la vigueur d'autrui, tant il est vrai que l'idée du danger est souvent plus effrayante quand on ne l'aperçoit pas. César[24] placé sur un point favorable voyait tout ce qui se passait et pouvait diriger les secours ou ils étaient nécessaires. On comprenait des deux côtés, que le moment des efforts suprêmes était arrivé : les Gaulois, parce qu'ils sentaient que tout était perdu pour eux s'ils ne forçaient nos retranchements ; les Romains, parce qu'ils voyaient, dans le succès de la défense, le terme de toutes leurs fatigues. C'est aux retranchements supérieurs, attaqués, comme nous l'avons dit, par Vercassivelaunus que l'affaire était la plus chaude. La crête qui dominait le camp établi sur la pente avait, pour les assaillants, une importance capitale. Pendant que les uns tiraillent, les autres s'approchent en faisant la tortue ; des troupes fraîches viennent successivement remplacer les troupes fatiguées. Enfin, le remblai, que tous ont travaillé à faire sur nos ouvrages, couvre les piéges cachés et permet aux Gaulois de gravir le retranchement les armes et les forces font défaut à nos soldats. A la vue de ce danger[25], César envoie six cohortes de soutien avec Labienus, auquel il ordonne, dans le cas où il ne pourrait soutenir l'assaut, de sortir pour attaquer l'ennemi, et toutefois de ne le faire qu'à la dernière extrémité. Lui-même se porte sur les autres points, et il exhorte ses troupes a mettre toute leur énergie dans ce combat suprême où ils vont recueillir en un instant le fruit de toutes leurs fatigues passées. Pendant ce temps les assiégés, voyant l'inutilité de leurs efforts contre les solides retranchements de la plaine, tentent l'escalade des hauteurs. Ils y portent leur matériel, paralysent par une grêle de projectiles la défense des tours, comblent les fossés à l'aide de claies, et coupent avec leurs faux l'escarpe et le parapet. César envoie successivement[26] de ce côté, le jeune Brutus avec six cohortes et le légat C. Fabius avec sept ; enfin voyant la situation s'aggraver, il y amène lui-même une réserve de troupes fraîches : l’affaire rétablie et l'ennemi repoussé, il se porte vers le point où il avait envoyé Labienus. Il prend quatre cohortes à la plus voisine redoute, et se fait suivre par une partie de la cavalerie, pendant que le reste tournera les fortifications extérieures pour prendre l'ennemi à dos. Celui-ci venait de franchir et fossés et remparts : Labienus, ayant réuni trente-neuf cohortes qu'il avait prises au hasard dans les postes voisins, envoya prévenir César de ce qu'il comptait faire. César hâte sa marche pour prendre part au combat. L'ennemi[27], des hauteurs qu'il occupait, plongeait sur les pentes et le fond de la vallée par lesquels arrivait César; le reconnaissant à la couleur de son costume de bataille, il se hâta d'attaquer Labienus. Les deux partis poussent un cri qui se répète sur tous les points des ouvrages. Nos troupes laissent les armes de jet, mettent l'épée à la main. Tout à coup le corps de cavalerie tournant parait sur les derrières de l'ennemi qui voit en même temps arriver les autres cohortes; alors il prend la fuite et va donner dans notre cavalerie qui en fait un grand carnage. Sédullus, chef et prince des Lemovici est tué, l'arverne Vercassivelaunus est pris vivant dans la poursuite; soixante-quatorze enseignes sont apportées à César. Enfin de cette multitude, un petit nombre seulement regagna son camp sain et sauf. Les assiégés ayant vu de l'oppidum le massacre et la déroute des leurs, perdirent tout espoir et rappelèrent leurs troupes de nos retranchements. Dès que les Gaulois du dehors s'en aperçurent, ils abandonnèrent leur camp, et si nos soldats n'eussent été fatigués des marches fréquentes et des combats de toute cette journée, ils auraient pu anéantir l'armée ennemie. Au milieu de la nuit notre cavalerie fut lancée sur leur arrière-garde dont elle prit et tua une partie. Les autres prirent la fuite et se réfugièrent dans leurs foyers. Le lendemain[28], Vercingétorix réunit le conseil et dit qu'il n'aVait pas entrepris cette guerre dans un intérêt privé, mais pour la liberté commune; que la fortune le trahissant, il se remettait entre leurs mains, soit pour apaiser le proconsul par sa mort, soit pour lui être livré vivant à leur volonté. On envoya vers César qui prescrivit de livrer les armes et d'amener les chefs. Il se plaça sur le rempart devant son camp, et là, les chefs furent conduits, Vercingétorix livré, les armes déposées. Ensuite il donna à titre de butin, un prisonnier à chaque soldat de son armée, en réservant les Hædui et les Arverni dont il voulait se servir pour regagner leurs cités à son alliance. Cette affaire réglée, César se rendit chez les Hædui et reçut leur soumission. II Diodore de Sicile, contemporain de César et d'Auguste, parle d'Alésia simplement pour raconter des légendes qui n'apportent aucune lumière dans la question qui nous occupe. A deux reprises il revient sur ce sujet, de manière à laisser deviner qu'il a consulté deux auteurs différents, sans chercher à comparer et à contrôler la valeur de leurs assertions. Bien que Diodore fût au fait du siége d'Alésia par le récit de César, il ne donne aucun détail. Voici d'abord ce que nous lisons au quatrième livre[29] : Après avoir, en Ibérie,
abandonné le pouvoir aux hommes les plus distingués du pays, Hercule lève une
armée, s'avance dans Constatons tout de suite un fait qui permet de juger de la valeur du récit de Diodore de Sicile, au point de vue de la critique historique : c'est la primauté attribuée à Alésia au temps où le chroniqueur vivait encore. Lui seul signale cette particularité dont nous devrions trouver des traces ailleurs, et naturellement dans César, qui n’y fait pas la moindre allusion. Diodore, d'après des renseignements erronés, attribue à l'oppidum des Mandubii ce qui, à Rome, se disait de quelque autre localité, peut-être de la capitale des Averni, auxquels se rattachaient des souvenirs de domination que Strabon nous a conservés. — Passons maintenant à l'autre forme légendaire qui se trouve dans le cinquième livre de Diodore[30]. Il y avait, dit-on,
jadis en Celtique, un chef illustre dont la fille était d'une taille
remarquable, et d'une beauté supérieure à celle de toutes les autres ;
fière de sa force et de ses attraits que l'on admirait, elle refusait tous
ceux qui prétendaient à sa main, n'en trouvant aucun qui fût digne d'elle.
Hercule étant venu en Celtique à l'époque de son expédition contre Géryon, et
y ayant fondé Alésia, la jeune fille séduite par son courage et sa belle
stature, s'éprit vivement du héros, et l'épousa avec l'assentiment même de
ses parents. De cette union naquit un fils nommé Galatés, qui surpassait de
beaucoup les indigènes en énergie morale et en vigueur du corps. Arrivé à
l'âge d'homme. il hérita des états paternels, conquit une grande partie des
pays voisins, et accomplit de glorieux exploits à la guerre. Son courage lui
ayant acquis une renommée universelle, il appela, de son nom, Galates ceux
qui lui étaient soumis, et ce fut d'eux que le pays entier fut nommé Galatie. Nous trouvons une troisième forme de cette légende dans
Parthénius de Nicée : suivant cet auteur qui vivait à peu près à la même
époque que Diodore de Sicile, ou peu après, et qui ne dit pas un mot de la
fondation d'Alésia, Hercule
ramenait d'Érythie les boeufs de Géryon et passait par III Voici encore un auteur contemporain de Diodore de Sicile
et de Parthénius de Nicée, et qui, en Orient, écrivait sur des documents
récents alors. Il parle du siége d'Alésia, mais paraît avoir eu sur les
Gaules des notions peu exactes. Il est à remarquer que Strabon, lorsqu'il
décrit Les Arverni sont
établis sur les bords de IV Les campagnes de Jules César dans les Gaules ne tiennent que quelques lignes dans le résumé historique compose par Velleius Paterculus, et terminé vers l'an 30 de Jésus-Christ. Nous devons regretter le laconisme de cet auteur, qui ne peut nous fournir rien d'utile pour éclairer la question qui nous occupe. Préfet de la cavalerie sous Auguste, puis questeur, Velleius Paterculus accompagna Tibère dans ses expéditions de Germanie, de Pannonie et de Dalmatie : il devint prêteur, puis légat, et paraît avoir été mis à mort avec les amis de Séjan, son protecteur. Cet auteur se contente de dire : Les grandes choses que
César accomplit devant Alésia sont de celles qu'un homme ose à peine
entreprendre, et qu'un Dieu seul peut accomplir[31]. V Il est admis que Tite-Live, mort la quatrième année du règne de Tibère, composa son histoire romaine entre la date de la bataille d'Actium, et la mort de Drusus (31 à 11 av. J.-C.). Il avait consacré deux chapitres à la lutte de César contre Vercingétorix : malheureusement cette partie de l'ouvrage est perdue, et nous n'en connaissons que le trop court sommaire, dont l'auteur n'est pas déterminé avec certitude : on ne sait trop, en effet, si ces résumés sont dus à Tite-Live lui-même, ou à un Florus qu'il ne faut pas confondre avec L. Annæus Florus, dont nous parlerons plus loin. Viennent ensuite les exploits de C. César contre les Gaulois qui, sous la conduite de l’arverne Vercingétorix, s'étaient presque tous soulevés, et les siéges importants de villes, parmi lesquelles on peut citer Avaricum des Bituriges, et Gergovia des Arverni[32]. C. César vainquit les
Gaulois à Alésia, et reçut la soumission de toutes les cités de VI Tacite, dans ses Annales, composées sous le règne de Vespasien au plus tôt, mentionne une seule fois le nom d'Alésia. Voici à quelle occasion. Au moment où il était question, l'an 48 de l'ère
chrétienne, de compléter le Sénat, plusieurs personnages notables de Au premier abord, il semble que l'au 48 en avait, à Rome,
des souvenirs peu exacts de la lutte de César contre Vercingétorix. Peut-être
faut-il penser que l'on faisait allusion à l'armée de secours qui, formé d'un
contingent appelé de toute VII Pline le jeune, contemporain de Tacite, auquel nous devons
tant de renseignements géographiques, ne fait mention ni d'Alésia ni des Mandubii dans les énumérations des populations gauloises : à
cette époque, la ville n'avait pas été relevée de ses ruines, et le peuple,
dont elle avait été la capitale, avait disparu, absorbé probablement par les
nations limitrophes. Néanmoins Pline cite le nom d'Alésia, à propos d'une
invention particulière à L'étain est appliqué à chaud sur les objets de cuivre, de manière à ne pouvoir le distinguer de l'argent, c'est une invention faite dans les Gaules, on appela alors ces objets incoctilia. Plus tard, dans l'oppidum d'Alésia, on se mit à appliquer de même l'argent à chaud, principalement sur les harnais de chevaux, et les jougs des bêtes de somme : l'honneur de l'invention appartient aux Bituriges[36]. VIII Le récit de Plutarque diffère de ce que l'on trouve dans les autres historiens: on peut s'étonner que cet auteur, qui avait à sa disposition les documents les plus complets pour écrire la vie de César, soit aussi peu exact. Il s'occupe uniquement du siège d'Alésia, et passe sous silence les détails de la campagne de l'an 51 qui précéda cet événement. Peut-être ne se souciait-il pas de parler des faits de guerre dans lesquels la fortune fut défavorable à César. Plutarque avance que les Sequani étaient dévoués aux Romains : cette allégation paraît être parfaitement erronée. En effet, César ne dit pas un mot des Sequani lorsqu'il parle des peuples gaulois qui lui étaient restés fidèles ; mais il les note au nombre de ceux qui fournirent un contingent à l'armée de secours[37]. — Parmi les détails donnés par le même auteur sur le siège d'Alésia, je remarque que, selon lui, les assiégés ne purent rien voir de la défaite de l'armée de secours. César affirme le contraire[38], Ces observations suffisent, je crois, pour établir que le témoignage de Plutarque ne doit être admis que sous toutes réserves. Un grand nombre de peuplades s'étalent soulevées, et à la tête
du mouvement étaient les Arverni et les Carnutes[39]. Le commandement
suprême fut donné â Vercingétorix dont le père, soupçonné d'avoir aspiré à la
tyrannie, avait été assassiné par les Gaulois. Vercingétorix ayant divisé ses
forces en un grand nombre de corps commandés chacun par un chef, rattacha à
sa cause tous les peuples circonvoisins jusques à ceux qui sont sur La plupart des fuyards se réfugièrent alors, avec leur chef
dans la ville d'Alésia[40]. César vint
l'assiéger. Cette place semblait inexpugnable par la hauteur de ses murs et
le nombre de ses défenseurs, lorsqu'un danger plus grave qu'on ne saurait
l'exprimer vint menacer les Romains. Tout ce qu'il y avait de plus vaillant chez
les divers peuples de IX L. Annæus Julius Florus, sous Trajan et Hadrien, résumait en une page la campagne de Vercingétorix contre César il paraît s'être servi de mémoires qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous; s'il donne quelques détails que l'on chercherait inutilement dans César, au sujet de la soumission de Vercingétorix, il commet en revanche plusieurs erreurs, et confond, par exemple, le siége d'Alésia avec celui d'Avaricum. Il semble même que Florus considère la révolte des Gaulois comme ayant eu lieu après la prise de l'oppidum des Arvernes[41]. La dernière confédération des Gaules fut celle des Arverni et des Bituriges, des Carnutes
et des Sequani, simultanément
entraînés par Vercingétorix, cet homme dont la prestance, les armes,
l'entrain et le nom même inspiraient une certaine terreur. Dans les jours de
fêtes et dans les assemblées qui réunissaient des foules dans les forêts, il
exhortait avec enthousiasme à reconquérir l'ancienne indépendance. César
était alors absent, recrutant des soldats à Ravenne, et l'hiver avait rendu
les Alpes inaccessibles : on en supposait le passage impraticable. A
cette nouvelle, César, avec son audace que favorisait X Dion Cassius, successivement gouverneur en Afrique, en Pannonie, à Pergame et à Smyrne, composa dans le premier tiers du troisième siècle une histoire romaine à la rédaction de laquelle il consacra douze années, après en avoir préparé les matériaux pendant dix ans. Le récit fait par cet auteur de la campagne, qui se termina par le siége d'Alésia paraît être une compilation empruntée à plusieurs récits, dans lesquels les faits sont souvent confondus ou reproduits inexactement. Les Romains[42], à cause de
l'absence de César, ayant échoué devant Gergovia s'éloignèrent. La peur
saisit alors ceux des Gaulois qui avaient poussé à la sédition et qui ne
pensaient qu'à faire des troubles; c'est pourquoi, sans perdre de temps, ils
organisèrent un soulèvement. A cette nouvelle ceux de leurs compatriotes qui
combattaient avec César demandèrent à retourner dans leurs foyers, promettant
de tout apaiser. Dès qu'ils eurent été licenciés, ils se rendent à Noviodunum où les Romains avaient
déposé leur caisse, leur blé et un grand nombre d'otages ; avec l'aide
des habitants ils massacrent à l'improviste ceux qui gardaient ces réserves
et s'emparent de tout. Comme cette ville était une position importante, ils
l'incendient afin que les Romains ne puissent en faire un centre d'opérations
de guerre, et parviennent à attirer le reste du pays Eduen dans les rangs des
révoltés. César tenta aussitôt une expédition contre eux, mais n ayant pu
réussir à cause de César, qui n'avait pas assez de vivres pour nourrir des étrangers, repoussa tous ces malheureux, espérant que leurs compatriotes les laisseraient rentrer, et que la famine n'en deviendrait ainsi que plus pressante pour l'ennemi. Repoussée de part et d'autre, cette multitude erra entre les remparts et le camp et périt de misère. Cependant les secours demandés par les cavaliers licenciés ne tardèrent pas à arriver, mais ces renforts furent vaincus avec l'aide de la cavalerie germaine. Ils tentèrent ensuite de pénétrer de nuit dans la ville, à travers les ouvrages des Romains, et subirent de grandes pertes. Partout, en effet, ou la cavalerie pouvait passer, les Romains avaient pratiqué des fosses dissimulées, dans lesquelles ils avaient planté des pieux aigus; l'abord de ces fosses était égalisé avec le terrain, et les hommes ainsi que les chevaux, sans voir le danger, tombaient dans ces piéges et y périssaient. Les Gaulois ne cédèrent que lorsque l'armée de secours et les assiégés eurent échoué dans une attaque simultanée sur les retranchements même. Après ce désastre, Vercingétorix, ni pris ni blessé, pouvait se soustraire au péril; mais il espéra que le souvenir de son ancienne amitié l'aiderait à profiter de la clémence de César. Il se rendit vers lui, sans s'être fait annoncer, et parut tout à coup au moment où César siégeait sur son tribunal; quelques-uns des assistants furent effrayés, car Vercingétorix était d'une haute stature, et d'une prestance imposante sous son armure. Il se fit un silence général ; le Gaulois ne proféra pas une parole, mit un genou en terre, et pressant les mains de César, il le suppliait. Ce spectacle était saisissant pour les spectateurs qui se rappelaient l'ancienne fortune de cet homme, et le voyaient, ce jour, accablé d'un si grand malheur. César rappelant cette amitié même sur laquelle Vercingétorix fondait l'espoir de son salut, fit ressortir combien sa conduite en était plus odieuse; puis, sans même manifester une pitié passagère pour le suppliant, il le fit aussitôt enchaîner, et plus tard après l'avoir traîné à son triomphe, il le fit mettre à mort. XI Le grec Polyent sous Marc-Aurèle, compila des récits pris un peu partout, et composa ainsi un livre qui relate des stratagèmes de guerre. Nous trouvons parmi ses extraits un passage où il est parlé de la dernière défaite des troupes confédérées accourues au secours d'Alésia. César assiégeait Alésia[43], ville de XII Voyons maintenant ce qu'a dit Paul Orose, au commencement du Ve siècle, dans l'histoire qu'il composa à la demande de saint Augustin[44]. César étant revenu en Italie, XIII Vers la fin du Ve siècle, Constance, prêtre lyonnais,
cédant aux demandes réitérées de Patient, évêque de Lyon, composa une vie de
saint Germain d'Auxerre qui est le plus connu de ses ouvrages. Cet auteur
raconte que le pieux évêque se rendit à Arles, résidence d'Auxiliaris, préfet
des Gaules, afin d'obtenir pour ses diocésains un dégrèvement des charges qui
pesaient sur eux; partant d'Auxerre, il alla s'embarquer sur XIV Ce fut Aunaire, évêque d'Auxerre vers 575, qui engagea Étienne à écrire la vie de saint Amatre (Amator), mort en 418, document dans lequel nous trouvons encore une mention d'Alise. Etienne, surnommé l'Africain, probablement à cause de son origine, faisait partie du clergé auxerrois : il écrivit en vers la vie de saint Germain, et en prose la vie de saint Amatre. Avant que le premier n'embrassât la vie religieuse où il devait succéder au second, saint Amatre, qui craignait la vengeance de saint Germain, vivant alors dans le siècle, et qu'il avait irrité, se réfugia à Autun. Comme il se rendait dans cette ville, il rencontra Suffronius, personnage considérable, qui venait d'Alise[46], et se désolait d'avoir été dépouillé de son argenterie. Suffronius fit route avec le prélat, qui le consola en lui donnant l'espérance d'une prompte restitution : les voleurs furent rencontrés à trois mille plus loin; la restitution eut lieu, et saint Amatre obtint de Suffronius le pardon des coupables, à la condition qu'ils jureraient sur le tombeau des saints Andoche et Thyrse de changer de vie. XV Nous allons transcrire maintenant un diplôme qui n'a pas encore été publié et dont la date est facile à déterminer. Nous lisons que cet acte fut donné le 2 des nones de décembre, qui tombait un jeudi l'an 21 du règne de Lothaire en Italie. Or, l'an 838, le 2 des nones de décembre remplissait cette condition : si de 838 nous retranchons 21, nous remontons à l'an 817, année où Louis le Débonnaire associa son fils aîné, Lothaire, à l'Empire, et fit un premier partage de ses États. La date est complétée par l'indication de l'an 1er du règne de Lothaire en France. Un texte de Nithard, que je donne en note, et qui se rapporte aussi à l'an 838, paraît expliquer ce détail chronologique[47]. — Jusques à présent, on a daté de 841 ce diplôme, mais il faut remarquer qu'en 841, le 2 des nones de décembre ne tombait pas un jeudi, mais un lundi. Le diplôme de l'empereur Lothaire[48] n'est que la confirmation d'un accord fait précédemment par Louis le Débonnaire.
XVI Héric, moine de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre vivait au milieu du IXe siècle : il instruisit Lothaire, fils de Charles le Chauve, et composa plusieurs Ouvrages, parmi lesquels il se trouve une vie de Saint-Germain d'Auxerre en vers, qui n'est qu'une paraphrase poétique des oeuvres de Constance et de Etienne l'Africain. Les vers de Héric sont d'une latinité qui les rend parfois obscurs : comme les érudits, ses contemporains, il cherche à être classique et à faire parade de sa connaissance des auteurs profanes. C'est justement à propos de la visite de saint Germain au prêtre Sénator, à Alise, que Héric rappela le désastre d'Alésia[49]. Je ne reconnais pas une autorité sérieuse aux allusions historiques d'Héric : il savait qu'une ville nommée Alésia avait été assiégée par César ; il connaissait Alise-Sainte-Reine, et ses ruines l'avaient entraîné probablement à écrire les vers reproduits en note, sans qu'il ait pris le soin d'apprendre au lecteur s'il était inspiré par une tradition locale ou par le souvenir de ses propres lectures. XVII Nous ne devons pas omettre L'anonyme latin, je me sers de cette expression parce que je vais parler dans un instant d'un anonyme grec, l'anonyme latin ne dit rien qui favorise l'opinion par laquelle l'attaque de Vercingétorix aurait eu lieu sur le territoire des Sequani[50] ; il ne parle des Mandubii qu'une fois c'est pour les considérer comme un peuple autonome ayant reçu Vercingétorix dans son oppidum d'Alésia[51] ; il constate une erreur commise par Florus[52]. XVIII Vient maintenant la traduction grecque des Commentaires, faite à la fin du XIIIe ou au commencement du XIVe siècle par un auteur dont on n'a pas encore déterminé définitivement l'individualité. On a pensé à Théodore Gaza, savant grec, de Thessalonique, mort en 1478, qui travailla beaucoup par les ordres du pape Nicolas V ; mais des manuscrits, beaucoup plus anciens que l'époque où vivait Théodore Gaza, ne favorisent pas cette hypothèse. On a proposé aussi Maxime Planude, qui vivait dans le premier tiers du XIVe siècle, ce moine, natif de Nicomédie, vivait sous Andronic, et il est connu par plusieurs traductions en grec. Jusqu'à de nouvelles découvertes, le plus sûr est de considérer la version grecque de la guerre des Gaules comme l'ouvrage d'un anonyme. Je me contente de relater le fameux passage in Sequanos, que l'interprète grec paraît comprendre comme Dion Cassius et Plutarque, et de noter qu'il nomme Alésia l'oppidum des Mandubii, adoptant ainsi la forme donnée par Florus seul. IILes nombreuses dissertations qui ont été publiées pour déterminer l'emplacement d'Alésia placent ce lieu dans quatre régions différentes. Les uns proposent Alise-Sainte-Reine
(Côte-d'Or), et cette opinion a été longtemps admise sans objection. D'autres
tiennent pour Alaise, petite
commune du canton d'Amancey (Doubs) c'est en 1855 que M. Delacroix,
architecte de Besançon, frappé de l'importance des vestiges antiques observés
par lui à Alaise et aux environs, fut amené à combattre l’assimilation
d'Alise-Sainte-Reine avec l'antique Alésia,
et commença cette polémique scientifique qui dure depuis douze années. Une fois l'emplacement choisi, chacun s'est mis à travailler avec passion on a abusé de la liberté de deviner des étymologies ; chacun a accommodé la description des opérations militaires de César à la topographie de son Alésia. On a cherché dans la dénomination des lieux-dits les souvenirs de la grande lutte des Gaulois contre les Romains. — A propos des lieux-dits, je saisis l'occasion toute naturelle de manifester mes scrupules. J'avoue avoir la conviction profonde du peu de profit que l'on peut retirer de l'étude des noms de lieux-dits, pour aider à fixer des événements remontant à une haute antiquité. Ou ces dénominations sont significatives dans leurs formes, ou elles n’ont de sens que grâce à une interprétation. Lorsque les noms des lieux-dits présentent un sens net et
indiscutable, c'est, je crois, avec une grande prudence qu'il y a lieu d'en
invoquer le témoignage. La plupart des camps de César n'ont jamais vu le
proconsul ; j'ajouterai que leur origine romaine est très
contestable : le curieux oppidum de C'est bien autre chose lorsque, dans un nom de lieu on cherche à découvrir un sens ici il n'y a plus que de l'arbitraire. On retrouve alors les traces des lieutenants de César et de leurs campements; des expressions employées dans les Commentaires s'appliquent à des lieux-dits : mouniots vient de munitiones, conat de conatus, etc. Je voudrais bien voir prouver qu'à Sébastopol ou à Anvers, le peuple a emprunté ainsi les noms des généraux français, ou baptisé certains points de dénominations prises dans les relations composées plusieurs années après par les vainqueurs. Donc, en règle générale, je ne me fie pas plus aux lieux-dits qu'aux traditions. Ces sources altérées à chaque siècle par l'influence de l'imagination populaire, aidée de ce que les érudits peuvent y ajouter en passant, ne peuvent que faire composer une histoire fantastique. — Je ne serais pas étonné que la discussion des partisans d'Alaise et d'Alise, n'ait, sur le plateau d'Amancey, créé des traditions qui ne datent que de douze ans, mais qui se répéteront encore dans plusieurs centaines d'années, commentées et considérablement complétées. Mais revenons aux emplacements proposés pour Alésia. Je commencerai par dire quelques mots des deux systèmes qui ne me paraissent pas pouvoir faire l'objet d'une discussion : ce sont ceux qui prétendent transporter cet oppidum en Bresse et en Savoie. M. Gravot n'arrive à proposer Chalex qu'en récusant le témoignage de César d'une façon un peu sévère[53], et en se lançant dans nue série de conjectures étymologiques très hasardées. Pour lui le nom du pays de Gex, Gé Es, signifie terre de Mercure ; les nombreuses localités de cette région dont les dénominations se terminent en ex, révèlent la présence du culte d'Esus ; le Bugey est le delta celtique mentionné par Polybe. M. Th. Fivel accepte le témoignage de César, mais il l'interprète d'une manière que la logique et la grammaire ne permettent pas d'admettre. — Je discuterai plus loin le fameux passage des commentaires qui fait mention de la marche des Romains par le pays des Lingones, vers celui des Sequani pour se mettre à portée de secourir les Allobroges menacés par les Gaulois révoltés. — M. Fivel conduit César en pleine Séquanie, et place du côté de Sathonay (Ain), le combat de cavalerie qui précéda l'investissement d'Alésia. Il s'occupe également du delta celtique, mais, aussi malheureux que M. Gravot, il est démenti par Polybe lui-même et par Tite-Live, qui mettent ce delta, inutile dans la question qui nous occupe, au confluent de l'Isère et du Rhône. Il serait trop long et inopportun de signaler tout ce qu'il y a de contestable dans la traduction des textes proposée par M. Fivel. Tout en rendant justice à la bonne foi de ces deux écrivains, on ne peut s'empêcher de rapprocher leurs thèses de la dissertation paradoxale que publia jadis Hours de Mandajors pour placer Alésia à Alais (Gard)[54]. Si de notre temps on a torturé les textes, Hours de Mandajors, plus hardi, avait placé de la façon la plus favorable à son système les peuplades gauloises mentionnées dans les récits de César. Les Lingones étaient à Langogne ; les Sequani à Orange ; Agedincum était Angers. Nous restons donc en présence d'Alise-Sainte-Reine et d'Alaise. Je vais examiner successivement les différents points qui me semblent fournir des éléments utiles pour arriver à la solution de la question: les deux premiers, à mon avis, touchent aux Mandubii dont Alésia était la capitale, et à la marche de César avant le siége de cette place. Un point important pour la solution de la question, serait de pouvoir fixer exactement la place que les Mandubii occupaient sur la carte des Gaules ; malheureusement nous avons à cet égard des données si vagues que là encore règne le doute. Les uns veulent que ce peuple ait été client des Ædui rien ne le prouve. Bien plus, l'expression employée par César, après la reddition d'Alésia, expression invoquée par les partisans d'Alaise, his rebus confectis, in Hæduos proficiscitur, établit assez clairement que Alésia ne devait pas se trouver sur le territoire Eduen. Je m'empresse d'ajouter que rien non plus ne permet de supposer que les Mandubii aient été clients des Sequani. Les partisans d'Alise-Sainte-Reine veulent que l'Auxois représente l’ancienne circonscription territoriale des Mandubii, ou au moins une partie de cette circonscription. Ceux qui tiennent pour Alaise, cherchent dans le nom même, Man Dhuib, l'indication d'un peuple habitant le voisinage du Doubs ; dans cette hypothèse, les Mandubii, auraient occupé, autant que l'on peut en juger par des indications assez vaguement établies, une zone limitrophe des Lingones et des Ædui, à l'ouest de Besançon[55]. Dans le système qui met Alésia en Bresse, les Mandubii auraient été dans le pays de Nantua, et leur dénomination, man dubii indiquerait leur position frontière[56]. Si Alésia est à Novalaise en Savoie, les Mandubii forment un pagus des Allobroges, situé entre le Rhône, l’Isère et le Guiers. De ces différents systèmes, deux reposent sur des étymologies qui ne présentent aucun caractère sérieux ; celui de M. Fivel est parfaitement arbitraire. Voyons ce que disent les textes anciens. César et Strabon parlent de l'oppidum des Mandubii, qu'ils nomment Alésia. Le premier ajoute que ce peuple était riche en troupeaux, et le second qu'il confinait aux Arverni. Cette dernière allégation est si étrange qu'il faut craindre une erreur de la part du géographe. M. Desjardins a propose une interprétation très ingénieuse, mais qui ne favorise aucun système, puisqu'elle peut s'appliquer aux Mandubii, qu'ils soient au nord ou à l'est des Ædui. M. Desjardins pense que Strabon était préoccupé de la prépondérance exercée par
les Arverni sous Bituitus, et peut-être sous Celtillus, père de
Vercingétorix : ils dominaient alors depuis les Pyrénées et l'Océan jusqu’au
Rhin : les Ædui étant clients
des Arverni, les Mandubii, limitrophes des Ædui, sur l'autre rive de Eu résumé, nous n'avons aucune notion certaine sur la position topographique des Mandubii. César est le seul qui nous affirme leur existence, et on doit le croire puisqu'il a été chez eux ; rien ne prouve qu'ils aient été alors une tribu éduenne ou séquane. C'était probablement une population autonome : la manière dont Vercingétorix fut accueilli dans Alésia prouve implicitement que cet oppidum était le chef-lieu d'un peuple indépendant. Strabon parle encore des Mandubii dans le premier quart du premier siècle : après lui il n'en est plus question. Dans ses longues énumérations, vers le dernier tiers du même siècle, Pline, qui parle d’Alésia quelque part, ne mentionne pas les Mandubii. On serait presque en droit d'en conclure que les Mandubii disparurent comme peuple dans le courant du premier siècle de l'ère chrétienne, mais postérieurement au siége d’Alésia. J'avoue que, comme Sanson, jadis, je ne serais pas éloigné de penser que leur territoire fut démembré au profit des nations voisines, et que ce démembrement put avoir lieu à la suite des changements opérés dans les limites des anciennes populations gauloises par l'administration romaine. Je vais même plus loin, et je propose une hypothèse qui mérite, je crois, d'être étudiée. Les personnes qui se sont occupées de la géographie
antique de cette partie de Aujourd'hui encore, ces pays offrent une grande analogie, au point de vue de l'aspect topographique, des moeurs et des costumes des habitants. Je constate en outre que l'angle formé par l'ancien diocèse de Langres comprenait jadis une circonscription ecclésiastique, bien limitée, qui était l’archiprêtré de Réome ou de Montier-Saint-Jean : ne serait-il pas permis de considérer cet angle comme une annexion faite par les Lingones sur le pays des Mandubii ? Si mes conjectures sont justifiées par une étude ultérieure, il y aurait lieu, sur la carte des Gaules, d'inscrire le nom des Mandubii horizontalement, au nord du diocèse d'Autun, de manière à y comprendre l'Avallonnais, l'Auxois, l’archiprêtré de Réome et le Duesmois. On ne doit pas oublier que, dans le courant du premier
siècle, principalement dans la partie de Un fait qui me semble, sous toutes réserves, indiquer que Alise-Sainte-Reine, à l’époque gallo-romaine, fit encore partie, quelque temps, d'une circonscription ayant conserve son autonomie, c'est l'inscription trouvée dans cette localité au milieu du XVIIe siècle, et malheureusement détruite en 1813 : |