LES ASSEMBLÉES NATIONALES DANS LES GAULES

avant et après la conquête romaine

Anatole de Bathélemy

 

 

Lorsque César mit le pied sur le sol gaulois, les peuples qui l’habitaient avaient, par suite d’un usage immémorial, deux sortes d’assemblées : les unes avaient pour objet les affaires religieuses et la justice ; elles étaient présidées par les druides qui, à cet effet, tenaient des assises annuelles dans un lieu spécial situé dans le pays chartrain[1]. Les autres assemblées, exclusivement politiques, étaient composées de ces personnages désignés sous le nom de principes civitatum, qui, dans chaque peuplade, formaient une aristocratie. C’est de ces dernières que je veux m’occuper dans ce travail.

Notons dès à présent que si, dans les pages qui vont suivre, on rencontre l’expression cité, équivalent de civitas, il ne faut pas oublier que ce vocable ne signifie pas une capitale, mais simplement un peuple autonome. C’est un emprunt fait à la langue latine, et sur le sens duquel il faut bien se garder de se méprendre au temps de l’indépendance, la civitas est l’ensemble des oppidum et des vicus compris dans les limites de chacune de ces nombreuses peuplades qui occupaient le territoire gaulois.

Il faut aussi s’entendre sur l’expression principes. César quelquefois emploie le mot principatus pour indiquer le pouvoir suprême attribué à un personnage dans une peuplade : il dit, par exemple, que l’éduen Dubnorix avait le principat dans sa cité, et qu’il avait su se concilier l’affection de la multitude, plebi[2]. On pourrait donc supposer que toutes les fois qu’il est question des principes civitatum, il s’agit des chefs des peuples gaulois. Il n’en est rien cependant. Les principes civitatum étaient l’aristocratie gauloise[3], aristocratie toute militaire, composée de ces hommes combattant à cheval, dont le rang élevé était soutenu par la nombreuse clientèle attachée à leurs personnes, grâce à leurs richesses[4]. Rappelons-nous que les Gaulois étaient divisés en trois castes : les druides, les chevaliers et la plèbe[5]. Si un rapprochement m’est permis, je dirai que cet état social n’était pas sans analogie avec celui qui subsista jusqu’à l’établissement de la féodalité : clergé, aristocratie armée, peuple[6]. Seulement il n’y avait de chef suprême de la Gaule que temporairement et dans les circonstances graves, et l’esclavage n’existait pas dans la plebs[7].

I

La réunion des principes formait le concilium Galliæe : cette expression, que j’emprunte à César[8], nous la retrouverons longtemps après la conquête, employée officiellement. Cet ordre de choses, d’origine antique, était tellement particulier à la race gauloise, qu’on le retrouvait non seulement dans la cité, mais encore dans ses subdivisions, le pagus et le vicus, et même dans la famille. César fait remarquer que les faibles y trouvaient une protection contre l’arbitraire[9]. Il est curieux de voir une organisation analogue, d’après les plus anciennes coutumes du pays de Galles, donner, bien des siècles plus tard, naissance à la même réflexion[10]. C’est là une critique séculaire contre la centralisation administrative, et un argument toujours nouveau en faveur de l’opinion de ceux qui pensent que les peuples n’ont une vie politique que si dans certaines limites, ils font eux-mêmes leurs affaires.

Un fait curieux à constater c’est que, transportés en Orient, les Gaulois, après avoir, pendant de longues migrations, perdu leur religion nationale, conservèrent leur idiome et l’habitude de ces réunions politiques. Rien ne laisse supposer que les Gaulois d’Orient, plus connus sous le nom de Galates, aient porté avec eux le druidisme sur les rives du Sangarius et de l’Halys : de bonne heure on les voit s’assimiler la religion du pays où ils s’établissent, et cent cinquante ans avant l’ère chrétienne briguer le pontificat de la grande déesse de Pessinunte : mais dans l’ancienne constitution rapportée par Strabon, nous trouvons une organisation civile qui est celle de la mère patrie : trois peuples ou cités distinctes dirigés par un chef portant le titre oriental de tétrarque qui est ici un non-sens : un concilium, βουλή, composé de trois cents membres réunis aux tétrarques, constituait une assemblée qui était semblable au concilium Galliæe, formé des principes de tous les peuples gaulois[11].

Loin de moi la pensée de chercher une corrélation directe entre la constitution civile et politique de la Gaule indépendante et celle de la France mérovingienne et carolingienne je me contenterai simplement de faire remarquer que les mêmes causes produisent les mêmes effets sans avoir une origine commune ; il semble que le concilium Galliæe rappelle les champs de mai tenus sous la première et sous la seconde race de nos rois.

Ce serait une grande erreur, à mon avis, de faire procéder les seconds des premiers : il est permis seulement de conclure que les confédérations aristocratiques ou démocratiques ne peuvent exister sans assemblées nationales. Si nous en croyons Tacite, la clientèle existait chez les Germains, ainsi que les assemblées générales ; mais celles-ci se faisaient par tribus, et on n’aperçoit pas, comme chez les Gaulois, de principatus entre peuples, ni de confédération formant un corps de nation[12]. C’est aux assemblées des Germains que je rattache celles des Francks, sans aucune parenté avec les anciennes assemblées gauloises, que la civilisation romaine avait profondément modifiées. Les assemblées des Francks, peuple germain, procédaient d’une coutume immémoriale, et à eux particulière : Evoluto anno, præfatus rex (Pipinus) a Kal. mart. omnes Francos, sicut Francorum mos est, Bernaco villa ad se venire præcepit, dit Frédegaire. Aimoin dit aussi : Bituricam veniens, conventum, more Francico, in campo egit. Si j’insiste sur ce point, c’est que ce qui se passait aux Champs de mai avait une telle analogie avec le concilium Galliæe que l’on pourrait être séduit par cette coïncidence : aux uns et aux autres on réunissait la nation armée, on traitait des intérêts généraux, des guerres et des traités de paix ; on jugeait aussi ceux qui étaient soupçonnés de haute trahison.

Le concilium Galliæe, c’est-à-dire la réunion, à jour fixé à l’avance, des principes, avait lieu dans les circonstances importantes, lorsqu’il s’agissait d’un grand péril menaçant la confédération, et de l’élection d’un chef suprême[13], Dans ces assemblées, convoquées à son de trompe[14], des mesures sévères étaient prises pour empêcher le tumulte et obtenir le silence[15] ; l’exactitude était un devoir dont l’observation pouvait entraîner la peine capitale[16].

César nous a consacré le souvenir de plusieurs assemblées nationales gauloises ; lui-même en convoqua[17].

Il y avait des assemblées générales des principes de la Belgique, de la Celtique et de l’Aquitaine ; il y avait aussi des assemblées restreintes qui se composaient des principes de chacune de ces divisions territoriales, ou de quelques cités.

Les cités, en effet, comme les particuliers, avaient leur clientèle[18] : elles exerçaient le principatus sur un nombre plus ou moins considérable de peuples limitrophes ; cette tendance à dominer fut une des principales causes des divisions qui amenèrent les Romains au delà des Alpes, et causèrent la ruine de la nationalité gauloise. Aussi loin que nous pouvons remonter dans les récits des anciens historiens, nous trouvons les Bituriges entourés de clients[19] ; puis les Arverni[20], puis les Ædui[21] ; à ceux-ci succèdent les Sequani[22], qui, pour maintenir leur prééminence, appellent les Germains et Arioviste. Ceci concerne particulièrement la Celtique.

Dans la Belgique, nous voyons des faits analogues : le principatus, qui semble avoir appartenu d’abord aux Bellovaci, passa ensuite aux Suessiones[23]. A l’arrivée de César, les Remi en étaient investis[24]. Sur ce point je prendrai la liberté de faire une excursion dans le domaine de la numismatique.

Il existe une monnaie gauloise très commune dans l’est de la France, et principalement à Reims et dans le pays rémois ; jusqu’à ce jour les numismates ne se sont pas accordés sur l’interprétation de son type : voici la description de cette pièce :

Trois têtes jeunes et viriles, conjuguées, à gauche, REMOS.

REMOS, char conduit par un aurige, attelé de chevaux galopant à gauche (bronze).

Spon et le P. Sirmond ont supposé que cette monnaie, postérieure à la conquête romaine, représentait les têtes des trois Gaules. M Ch. Loriquet semble partager aussi cette Opinion. Mon savant ami M. le baron de Witte a songé au mythe de Géryon, le héros tricéphale ; sa conjecture au premier abord paraît justifiée par la découverte assez fréquente, à Reims, d’autels représentant un personnage tricéphale.

Il y a un fait incontestable, c’est que le bronze en question est antérieur à la conquête romaine : sa fabrique l’indique, et d’ailleurs on l’a retrouvé dans les travaux du siége d’Alise Sainte-Reine ; on sait que sur ce point les découvertes numismatiques ne fournissent pas de pièces postérieures à l’an 51. — Cette date étant fixée, il me semble que la pièce des Remi dont nous nous occupons en ce moment représente simplement les têtes de deux peuples qui, avec les Remi, formaient un groupe dont ceux-ci avaient le principatus. Remarquons que les têtes de trois Gaules auraient été féminines.

Nous reviendrons plus bas sur la véritable représentation symbolique des tres Galliæ, tout en notant, dès à présent, que, suivant les événements, la même idée a parfaitement pu inspirer ce dernier type.

Voici un bronze assez rare, qui se rattache à la numismatique de l’Orient, et qui, par une singulière coïncidence, rappelle le type des Remi.

Trois têtes conjuguées à gauche.

 

ΑΡΧΙΕΡΕΥΣ ΓΡΑΜΜ. ΓΑΑΥΚΘΝ ΕΦΕ. ΑΣΚΛΗΠΙΑΔΗΣ. Diane d’Éphèse.

Tous les numismates jusqu’à ce jour ont affirmé que ces trois profils étaient les effigies des triumvirs romains Octave, Lépide et Marc-Antoine. Éphèse, comme le remarque Eckhel, serait la seule ville du monde antique qui aurait représenté ces personnages sur la monnaie. Rien ne vient expliquer ni prouver cette conjecture. J’avoue que je préférerais à Éphèse comme à Reims, voir la représentation de trois peuples ; j’examinerai plus tard ce problème numismatique, dans un travail spécial : aujourd’hui je me contente de proposer cette conjecture sous toutes réserves.

De ce qui précède il résulte jusqu’à l’évidence que les Gaulois avaient des assemblées politiques ; que ces assemblées étaient composées des principaux de chaque peuple ; enfin qu’elles étaient désignés par la dénomination de concilium Galliæe. Cette expression, que les textes nous révèlent à plusieurs reprises avant la conquête, nous allons lit retrouver encore après la soumission de la Gaule aux Romains.

Le concilium Galliæe était alors une réunion de députés qui se tenait non loin de la colonie de Lugdunum, auprès de l’autel élevé en l’honneur de Rome et d’Auguste au confluent du Rhône et de la Saône[25].

Je vais rappeler tout ce que j’ai pu retrouver au sujet de ce monument et des assemblées dont il était le centre. L’autel de Rome et d’Auguste a déjà été le sujet de bien des dissertations, mais il ne me semble pas que l’on ait épuisé la question.

II

La fondation de l’autel de Rome et d’Auguste par les peuples des trois Gaules n’est pas un fait isolé : je chercherai donc par ce que l’on sait de faits analogues accomplis dans d’autres régions, à compléter ce qui concerne cet établissement, qui tient une si large place dans l’histoire gallo-romaine.

Douze ans avant l’ère chrétienne, un autel, consacré à la divinité de Rome et à celle d’Auguste, fut élevé sur le territoire ségusiave par les peuples de la Belgique, de la Celtique ou Lyonnaise, et d’Aquitaine, au nombre de soixante[26]. A cet autel était préposé un prêtre, élu par les délégués des peuples fondateurs, et qui semble avoir exercé ce sacerdoce sinon à vie, du moins pendant une période qui n’était pas annuelle[27]. Chaque peuple avait plusieurs délégués, mais nous ignorons quel en était le nombre, et sur quelles bases il était arrêté. Il est permis de croire que ces délégués se réunissaient périodiquement, à l’occasion de jeux institués pour célébrer l’anniversaire de la fondation[28].

Longtemps on a supposé que chacun des soixante peuples fondateurs avait un prêtre à l’autel du confluent, et que, par conséquent, un collège sacerdotal y résidait. Je crois être le premier à avoir fait remarquer qu’il ne devait y avoir qu’un seul pontife, de qui relevaient les prêtres augustaux disséminés dans les diverses cités des trois Gaules. Les textes et les inscriptions ne disent rien qui puisse faire supposer l’existence d’un collège de prêtres : bien plus, le seul souvenir de la dédicace du temple n’indique qu’un pontife : Ara D. Cæsaris ad confluentem Araris et Rhodani dedicata, sacerdote C. Julio Verecundaridubio Æduo[29]. il y a aussi une inscription, rapportée par Muratori, qui, en donnant à un personnage le titre de prêtre des trois Gaules, vient incidemment à l’appui d’une opinion que j’ai déjà proposée ailleurs[30].

LATINIO POMPT.

A LATINI FIL. CATA

PANO AEDUO SA

CERD III PROVIN

CIARVM GALLIAR

OFFICIS ET HONO

RIBVS OMNIBVS

FVNCTO. SEQ

ANI PVBLICE[31]

Voici le moment d’examiner ce qui s’est passé ailleurs : car l’établissement de l’autel gaulois du confluent n’est pas, je l’ai dit, un fait unique dans l’histoire romaine.

Les monnaies d’Emerita de Lusitanie, et de Tarraco de Tarraconaise, prouvent qu’en Espagne ces villes avaient fondé des temples en l’honneur d’Auguste ; en ce qui touche à la seconde, un texte de Tacite vient confirmer le témoignage de la numismatique, en nous apprenant que, sous Tibère, les Espagnols obtinrent la permission d’élever un temple à Auguste dans la colonie de Tarraco, et que cet exemple fut suivi par toutes les provinces[32]. Ce temple, que les monnaies nous représentent à huit colonnes, fut restauré par Hadrien, puis par Septime Sévère, d’après Spartien. Une inscription signale à Pola, en Istrie, un temple dédié à Rome et à Auguste ; Hérode en éleva un à Césarée de Palestine, aujourd’hui Kaisarieh ; il y en avait aussi à Cyme d’Eolide, à Mylasa de Carie, à Nicomédie de Bithynie. Enfin il y avait à Pergame et à Ancyre de Galatie, des temples, également consacrés aux divinités de Rome et d’Auguste, sur lesquels je dois donner quelques détails.

Le temple de Pergame fut fondé avec l’assentiment d’Auguste. Tacite nous dit[33] que, lorsque l’Espagne Ultérieure envoya des députés au sénat pour demander la permission d’élever, à l’exemple de l’Asie, un temple à Auguste, Tibère prit la parole et dit entre autres choses : Pères conscrits, je sais que plusieurs m’ont reproché ma faiblesse lorsque, récemment, je n’ai pas combattu la proposition semblable faite par les villes d’Asie : je viens donc expliquer mon silence antérieur, et mes volontés pour l’avenir. Le divin Auguste ne s’était pas opposé à ce qu’on lui élevât et à la ville de Rome, un temple à Pergame : considérant ses actions et ses pensées comme des lois sacrées, je me suis empressé de suivre son exemple, d’autant plus qu’à mon culte on joignait celui du sénat. Mais s’il est excusable d’avoir consenti une fois, il y aurait orgueil et vanité à multiplier ce culte dans toutes les provinces ; l’honneur rendu à Auguste s’avilirait par une prodigalité inspirée par la flatterie ; etc. — Dion Cassius confirme ce témoignage en rappelant qu’Auguste autorisa à Éphèse et à Nicée l’établissement de temples dédiés à César et à Rome, et qu’il en permit autant, mais en son propre nom, à Pergame pour l’Asie, et à Nicomédie pour la Bithynie[34].

La fondation du temple de Rome et d’Auguste à Pergame motiva la création d’un souverain pontificat, sur lequel les inscriptions et les textes nous donnent quelques détails précieux, puisque nous avons le droit de penser que chacun des temples fondés dans les mêmes conditions avait une organisation analogue.

Le souverain pontife de Pergame, άρχιερεύς Άσίας, était revêtu d’une dignité d’un ordre très élevé exclusivement conférée à des personnes que leur opulence mettait en évidence. Bien que ce pontificat ne fût pas héréditaire, et que la durée en fût limitée, le sacerdoce restait dans une famille, tant que cette famille comptait des membres assez riches pour en supporter le lourd honneur ; on cherchait parfois à s’y soustraire, et sous Septime Sévère le père de cinq enfants en était légalement dispensé

Le souverain pontife d’Asie était choisi par le proconsul sur une liste dressée par les suffrages du συνέδριον τό χοινόν ou χοίνόν Άσίας ; qui se réunissait tantôt dans une ville, tantôt dans une autre. Cette assemblée se composait des députés de chaque ville de la province d’Asie, et celle-ci comprenait la petite Phrygie, la Mysie, l’Eolide, la Lydie, l’Ionie, la Doride, la Carie.

Le χοινόν Άσίας y éleva des temples à Smyrne, à Ephèse, à Cyzique, à Sardes ; les dépenses de ces sanctuaires, comme celles du temple de Pergame, étaient supportées par les villes qui envoyaient des députés à l’assemblée ; chaque temple avait un άρχιερεύς, et ce sacerdoce local était un titre pour arriver ensuite au souverain pontificat de la province[35].

Le grand prêtre de Rome et d’Auguste, à Pergame, avait sur les prêtres des temples des autres villes une autorité qui n’était pas sans analogie avec celle qu’eurent plus tard les métropolitains et les patriarches chrétiens. Je ne puis mieux faire, sur ce point, que de renvoyer mes lecteurs à la lettre écrite vers 361 par l’empereur Julien à Théodore, souverain pontife d’Asie : il lui dit clairement qu’il le charge de l’intendance générale de tout ce qui concerne la religion en Asie, de la direction des prêtres de la campagne et des villes, du droit de juger les actes de chacun.  En lui donnant des conseils relatifs à sa charge, il lui recommande vivement le culte des dieux, et met en regard la tiédeur des païens et la ferveur des Galiléens, qu’il qualifie tout simplement de lèpre de la société humaine[36].

Si nous tournons maintenant les yeux de nouveau vers la Galatie, nous trouvons là aussi un temple élevé en l’honneur de Rome et d’Auguste, et dans des conditions parfaitement analogues à celles du temple gaulois et du temple de Pergame.

A la fin du règne d’Auguste, ou dans les premières années de Tibère, les trois peuples qui formaient la Galatie élevaient à grands frais, à Ancyre, un temple Φεώ Σεβαρτω xαί θεά Ρώμη : il reste des ruines remarquables de cet édifice, ruines qui ont été étudiées et reproduites dans le grand ouvrage publié par mon savant confrère M. Perrot[37] : de nombreuses inscriptions recueillies par le même archéologue donnent des détails sur lesquels les textes sont muets.

Le temple d’Ancyre fut, comme celui de la Gaule, construit aux dépens du commune Galatiæ : les plus riches des Galates tinrent à honneur, par des dons particuliers, de concourir à la splendeur de l’édifice ; le commune Galatiæ  avait aussi à Ancyre des jeux qui étaient présidés par un Galatarcha. Enfin, à la tête du temple était un pontife άρχιερεύς τοΰ χοινοΰ τών Γαλατών qui me semble avoir été revêtu du même sacerdoce que le Sacardos trium provinciarum Galliæ[38].

Le souverain pontife de la Galatie, comme celui d’Asie, avait une haute juridiction sur les prêtres de la province ; c’est encore Julien qui nous fournit des renseignements à ce sujet. Dans sa lettre à Arsacius, revêtu de ce sacerdoce vers l’an 362, il rend justice à sa vertu, mais ajoute que tous les prêtres de la Galatie devraient être comme lui : il l’autorise à chasser tous ceux qui lui désobéiraient ; il lui trace une ligne de conduite dans laquelle, pour empêcher les progrès du christianisme, pour arrêter la ruine du paganisme et faire revivre le culte de la grande déesse de Pessinunte, il emprunte aux Galiléens eux-mêmes les idées nouvelles révélées par les prédicateurs apostoliques : il parle d’hospices à fonder dans toutes les villes, de secours à donner aux pauvres : Il serait honteux, quand les Juifs n’ont pas un mendiant, quand les impies Galiléens nourrissent tout ensemble les leurs et les nôtres ; que les nôtres fussent dépourvus des secours que nous leur devons. Enfin Julien promet des secours, et rappelle au grand prêtre que, dans le temple, il n’y a que lui qui commande à tout ce qui est dans l’intérieur[39].

Il serait très important pour notre histoire nationale de connaître au juste quelles étaient toutes les attributions, dans les Gaules, de ces assemblées qui nommaient les souverains pontifes : malheureusement, nous avons peu de données. Il ne faut pas néanmoins négliger de grouper ce qui nous est parvenu.

Et d’abord, en principe, à dater d’Auguste, le concilium Galliæe n’avait plus à s’occuper d’affaires politiques. En avançant ce fait, je sais que je suis en contradiction avec mon ami et confrère, M. Auguste Bernard, qui soutient la proposition opposée, et voit dans le temple de Rome et d’Auguste, de Lyon, le berceau de la nationalité gauloise[40]. Pour moi, à partir de l’an 27 de l’ère chrétienne, il n’y eut plus de nationalité gauloise : c’est le commencement de l’ère gallo-romaine, pendant laquelle, excepté dans les moments de révoltes, la Gaule ne fut qu’une grande province de l’empire, administrée et exploitée par l’administration romaine.

La date que je viens de citer est celle de la réunion à Narbonne, sous la présidence d’Auguste en personne, des députés de toute la Gaule ; cette assemblée fut le dernier concilium Galliæe national : la Gaule y fut modifiée dans ses circonscriptions territoriales ; les peuples qui se partageaient son territoire furent réduits à soixante ; ils n’eurent plus d’autonomie. Quinze ans après, ces soixante peuples fondaient le temple du Confluent, qui était par le fait une solennelle abjuration du culte national : le sacerdos trium Galliarum remplaçait, jusqu’à un certain point, l’archidruide ; les principes, en venant assister aux jeux et délibérer sur l’administration du temple où l’on adorait Rome et l’Empereur, n’étaient plus qu’une pâle copie de ces anciens concilium où se traitait le gouvernement du pays.

Nous verrons cependant que ce faible souvenir fit, par instant, revivre l’ancien usage gaulois.

L’éloignement des affaires, imposé au nouveau concilium Galliæe par la politique d’Auguste, ressort de plusieurs faits. Et d’abord, la Lyonnaise, la Belgique et l’Aquitaine étaient directement administrées par un légat impérial ; elles étaient par conséquent indépendantes au point de vue civil, et la réunion des principes n’avait plus à s’occuper d’élire les chefs, qui étaient nommés directement par le gouvernement[41] ; elle n’avait pas non plus à se permettre de doléances sur les abus commis par des fonctionnaires : ceci résulte implicitement de l’inscription de Thorigny, que j’ai déjà plusieurs fois invoquée[42]. Bien plus, à un moment alors que se manifestaient de tous côtés des indices d’un mécontentement général, Drusus profita, pour se mettre en rapport avec eux, de ce que les notables de la Gaule étaient réunis pour les fêtes de Rome et d’Auguste : ils étaient donc venus à Lyon, non pas pour former une assemblée politique, mais simplement pour assister aux fêtes périodiques[43].

Le principal mandat des députés des peuples gaulois était sans doute d’élire leur pontife, et de veiller à l’administration du temple de Rome et d’Auguste. Cette administration comptait plusieurs fonctionnaires, et il y avait une caisse qui recevait la part afférente à chaque peuple. Les inscriptions nous font connaître cette caisse, ainsi que ses judices, l’un cadurque, l’autre carnute :

Ses allectores, l’un venète, l’autre viromand :

Ses inquisitores, l’un turon, l’autre picton, le troisième séquane, et le quatrième suession :

Comme le sacerdos, ces fonctionnaires appartenaient aux principaux de chaque cité ; les inscriptions ont grand soin de rappeler qu’ils avaient rempli chez leurs concitoyens les fonctions les plus élevées. Évidemment les députés les choisissaient parmi eux, et ces personnages qui, sous le Bas-Empire, devaient être les honorati, les senatores et les nobiles que nous signalent les textes, représentaient les anciens principes gaulois.

L’assemblée des Trois Gaules avait cependant deux autres attributions exceptionnelles que je n’ai pas constatées ailleurs. La première était le droit de voter des monuments à ceux de ses fonctionnaires qui avaient mérité cet honneur, ainsi qu’aux pontifes [44] ; plus tard, comme je l’établirai, à des légats impériaux qui avaient administré la Gaule[45]. Généralement, Ces monuments étaient élevés sur le terrain qui dépendait du temple ; cependant nous connaissons une exception que le marbre de Thorigny signale nettement : le viducasse Tibénus Sennins Solemnis, fils de Solemninus, fut le premier qui eut dans sa patrie une statue et une inscription votées par les Trois Gaules[46].

Le second privilège attribué à l’autel de Rome et d’Auguste, et à la représentation des Tres Galliæ, était le droit de frapper monnaie, qui se continua jusqu’au règne de Néron inclusivement. Je ne crois pas que personne, jusqu’ici, ait soupçonné ce détail, important au double point de vue historique et archéologique.

César avait laissé aux peuples gaulois une autonomie à peu près complète : sauf le lourd tribut militaire qu’elles avaient à acquitter, ces peuplades s’administraient à leur guise. Elles frappèrent des monnaies, au moins jusqu’à l’an 27 avant J.-C., et cette série numismatique, pour laquelle on a déjà des jalons certains, ne sera pas la moins intéressante à étudier et à fixer.

D’un autre côté, les colonies romaines établies dans les Gaules frappaient aussi monnaie : par exemple, Nîmes, Vienne, Lyon. Le monnayage de la colonie de Lugdunum, est représenté par des quinaires de Marc-Antoine et par des bronzes d’Auguste, bien connus, et dont le simple aspect ne laisse aucun doute sur leur Origine municipale et sur la date de leur émission[47]. L’an 27, Auguste, par l’organisation dont il avait arrêté les bases dans le concilium de Narbonne, fit cesser ce monnayage pour les colonies comme pour les peuples : un atelier impérial fut établi dans la colonie de Lugdunum qui, au témoignage de Strabon, émettait des espèces d’or et d’argent[48], et qui, malgré quelques interruptions accidentelles, peut être considéré comme ayant été eu activité jusqu a nos jours ; seulement on n’y frappait plus de monnaies coloniales, mais bien des monnaies impériales, comme à Rome.

Cependant on comprend qu’un simple décret ne pouvait faire cesser le monnayage autonome gaulois, qui existait depuis plusieurs siècles, et qui même avait été reconnu par des gouverneurs romains, dont les noms sont parfois gravés. J’estime que plusieurs peuples gaulois continuèrent à monnayer jusqu’à l’an 12, date de la fondation de l’autel de Rome et d’Auguste, et que la réunion des députés des Trois Gaules fut alors autorisée à émettre une monnaie de bronze. C’est celle qui porte au droit la tête de l’empereur, et au revers, avec la légende rom. et avg., la représentation de l’autel du Confluent[49].

Ces bronzes ont été émis en très grand nombre, surtout sous les règnes d’Auguste et de Tibère  on en trouve des copies tellement barbares, et leur présence est Si fréquente sur tous les points du sol gaulois, qu’il est impossible de ne pas croire qu’ils ont été imités un peu partout, durant les premières années. Des petits bronzes ont même été coulés, en métal grossier, de manière à rappeler d’une manière frappante les informes potins gaulois émis durant la dernière époque de monnayage national[50].

Je suis donc convaincu que les sesterces, les dupondii et les as, les semis et les quadrans [51] au type de l’autel de Rome et d’Auguste, furent frappés sur le territoire gaulois des Tres Galliæ, pendant que les gouverneurs romains faisaient fabriquer dans la colonie, devenue métropole, les monnaies d’or et d’argent aux types officiels que l’on peut aujourd’hui distinguer, grâce aux savantes recherches de M. le Comte de Salis.

Nous verrons plus loin comment il arriva que ce monnayage quasi autonome cessa.

Je me résume, avant de reprendre l’étude des événements importants que je vais faire passer sous les yeux de mes lecteurs.

La fondation de l’autel de Rome et d’Auguste, au confluent du Rhône et de la Saône, eut un double but : d’abord, de fonder un centre religieux romain pour ruiner le druidisme qui, lui aussi, avait eu son centre religieux et son souverain pontife ; ensuite, d’occuper l’activité des Gaulois soumis, et de leur laisser un souvenir inoffensif de leurs antiques assemblées nationales. Les anciens principes étaient devenus ces personnages omnibus honoribus apud suos functi, arrivés à une position notable à laquelle l’influence romaine ne pouvait pas être étrangère. L’antique concilium était la réunion de ces nouveaux avec les qui n’avaient probablement pas plus d’analogie anciens, qu’un duc de création moderne avec un duc et pair du xviiie siècle. Cette assemblée nommait le souverain pontife du temple de Rome et d’Auguste, de qui relevaient les prêtres augustaux des Trois Gaules ; elle s’occupait de l’administration du culte, et peut-être des jeux qui se célébraient en l’honneur d’Auguste ; elle votait des monuments à certains personnages, et émettait une monnaie particulière. La dénomination officielle du concilium était alors Tres Galliæ, en souvenir de la nouvelle circonscription administrative créée par Auguste[52].

III

Il arriva un moment ou l’assemblée qui siégeait à Lyon usurpa un rôle politique  Ce fut à l’avènement de Galba.

Eu Gaule, commença le mouvement insurrectionnel qui, Continué en Espagne, amena la chute de Néron, et, avec elle, la fin de la dynastie dont César était le chef. Ce serait une grave erreur de chercher un réveil du sentiment national dans cette révolte, qui eut un Si grand retentissement dans le monde antique : pour retrouver un mouvement gaulois, on plutôt gallo-germain, il faut descendre un peu plus tard, jusqu’à Civilis.

Les peuples gaulois, dans les dernières années du règne de Néron étaient absorbés par la centralisation administrative, et engourdis par la civilisation des conquérants : ils ne songèrent pas, dans ce moment, à reconstituer leur autonomie. Si un Gaulois ambitieux fut le chef et l’âme du complot, il ne faut pas oublier qu’il ne chercha en aucune façon le pouvoir pour lui-même ; il fit proclamer un patricien romain. Tout se résuma en une guerre civile, à laquelle prirent part les légions romaines les unes contre les autres ; les peuples gaulois partagèrent leurs sympathies entre les différents candidats, tous romains. Ce fut, par le fait, une révolution militaire, dans laquelle nos ancêtres jouèrent un rôle secondaire.

Un Aquitain dont les ancêtres, avant la conquête, avaient compté au nombre des principes, et dont le père était devenu sénateur romain, avait alors des fonctions qui, bien qu’élevées, ne satisfaisaient pas encore son ambition : c’était C. Julius Vindex.

Il était propréteur suivant Suétone, στρατηός suivant Plutarque et Xiphilin, cités par Dion Cassius[53]. D’une taille élevée, et doué d’un esprit supérieur, Vindex joignait à un désir immodéré de s’élever, une audace à toute épreuve, une connaissance profonde de l’art de la guerre, et l’amour de la liberté.

Profitant du mécontentement général excité par les lourds impôts dont Néron accablait les provinces, Vindex convoqua des assemblées où se réunissaient, comme au temps de l’indépendance, les principes gaulois[54]. Ses discours violents trouvèrent de nombreux adhérents. La Narbonnaise entra tout d’abord dans le complot : bientôt les Sequani, les Ædui, les Helvetii, les Arverni, l’Aquitaine, et d’autres peuples vinrent augmenter le nombre des rebelles.

A la nouvelle de cette levée de boucliers, Néron, étant à Naples, écrivit au sénat pour l’exhorter à le venger, lui et la république ; il concentra à Rome les contingents qu’il avait appelés de Germanie, de Bretagne et d’Illyrie pour une expédition projetée en Albanie, et se disposa à les envoyer en Gaules : il savait qu’il pouvait compter sur les légions de Germanie. En même temps, il faisait mettre à prix la tête du chef du complot qui l’avait personnellement outragé en le désignant, dans ses harangues par son nom de famille, Ænobarbus, et par le sobriquet de mauvais joueur de luth, citharædum malum. En vrai gaulois, Vindex offrit sa tête à celui qui lui apporterait celle de Néron.

Je viens d’énumérer quelques-uns des peuples qui se laissèrent entraîner par Vindex. Dans le parti opposé étaient les peuples au milieu desquels se trouvaient cantonnées les légions de Germanie, les Segusiavi, et principalement la colonie de Lugdunum, animée d’une antique animosité contre Vienne, et attachée d’ailleurs à Néron par la reconnaissance.

La haine des habitants de Lugdunum contre ceux de Vienna est facile à expliquer : pendant les luttes de César contre Pompée, deux partis s’étaient formés à Vienne ; l’un des deux avait exilé l’autre, et les réfugiés s’étaient établis sur le territoire ségusiave, non loin de l’endroit où la Saône se jette dans le Rhône. En 710 (45 av. J. -C.), le sénat ordonna à L. Munacius Plancus, qui avait alors un commandement dans cette partie de la Gaule, de construire une ville où habiteraient les proscrits, et d’y établir une colonie. Les Lugdunenses étaient donc les ennemis héréditaires des Viennenses, et ceux-ci ne voyaient pas sans envie la splendeur rapide de leurs rivaux. D’un autre côté, en l’an 14, un incendie terrible avait fait de Lugdunum un monceau de ruines et de cendres. L’empereur Néron avait accordé une forte somme qui permit de réparer en partie le désastre.

Le concilium Galliæ, qui réunissait annuellement sous les murs de Lugdunum les principes de la Gaule chevelue, ne pouvait servir aux projets de Vindex. Et cependant nous avons la preuve certaine qu’il présidait des assemblées de principes, bien plus, que ces assemblées se qualifiaient Tres Galliæ, comme le concilium du temple de Rome et d’Auguste. C’est la numismatique qui vient nous fournir des renseignements sur ce fait historique. — Mais auparavant, résumons ce que fit Vindex pour en finir avec Néron.

Il y avait à ce moment, en Espagne, un personnage auquel sa naissance et ses services militaires donnaient un certain renom : c’était Sergius Sulpicius Galba, gouverneur de Tarraconaise. Il était de famille patricienne, et, comme certains hommes qui aiment à donner une illustration fabuleuse et inutile à leurs familles, il prétendait descendre de Jupiter par son père et de Pasiphaé par sa mère. Galba avait commandé en Germanie, en Afrique et en Aquitaine : il passait pour sévère au point de vue de la discipline militaire, et son antipathie pour les prodigalités inutiles lui avait donné une réputation d’avarice. Longtemps après sa mort, on lui reprochait encore amèrement ces deux vertus civiles, inconnues au temps où il vivait. Sous Néron, l’insubordination était une plaie qui ravageait l’armée, et le trésor était sans cesse épuisé par les libéralités qui servaient à acheter les soldats et la populace.

Galba était à Carthagène lorsqu’il reçut simultanément deux messages : l’un du légat d’Aquitaine, qui lui demandait du secours pour comprimer la révolte des Gaulois ; l’autre de Vindex, qui lui annonçait qu’il était proclamé empereur, et lui offrait plus de cent mille hommes.

Galba, qui avait déjà refusé l’empire à la mort de Caligula, hésita peu cette fois : il savait que Néron en voulait à ses jours. Othon, qui gouvernait la Lusitanie, s’empressa de le reconnaître : il espérait se faire adopter par ce vieil empereur qui n’avait pas d’héritier. Quelques mois plus tard, ce même Othon, déçu dans son ambition, faisait assassiner Galba, et lui succédait.

Le nouvel empereur s’achemina vers les Gaules, prenant simplement le titre de légat du sénat et du peuple romain, et reçut à Narbonne les députés du sénat, qui venaient saluer le successeur de Néron. Avant de voir ce qui se passait dans l’ouest de la Gaule, demandons à la numismatique ce qu’elle peut nous apprendre.

 

Voici un précieux denier, dont j’emprunte le dessin à la collection de M. de Saulcy, justement parce qu’il est gravé dans un style purement gaulois :

 

 

Trois têtes de femmes à droite ; devant chacune un épi, à l’exergue, tres galliæ.

Galba à cheval, à droite (ser. galba imp. avg[55]).

 

Il y a une variété de ce denier, sur laquelle on ne voit pas d’épi, mais il y a une boule sous chaque buste. Il est à remarquer que le droit de ces deniers a été emprunté à une monnaie romaine : on voit trois têtes disposées dans un ordre analogue sur une pièce frappée par le triumvir G Manus Trogus en 746 ; elles représentent Julie, fille d’Auguste, et les césars Gaïus et Lucius[56].

Ce denier n’a pas besoin de longs commentaires. Il fait allusion à la proclamation de Galba comme empereur ; il est frappé au nom des Tres Galliæ : donc Galba fut proclamé par les Tres Galliæ, c’est-à-dire par une assemblée des principes gaulois, réunie à l’instar de celle du temple de Rome et d’Auguste, et ayant usurpé des pouvoirs politiques. Bien plus, cette assemblée ayant frappé une monnaie d’argent, s’était attribué un droit qui n’appartenait qu’à l’empereur. — Nous avons déjà fait voir plus haut que Lyon étant dévouée à Néron, cette assemblée des Trois Gaules n’a pu être tenue au confluent du Rhône et de la Saône : la monnaie en question a été émise là où Vindex avait convoqué les principes, peut-être à Autun.

Il est établi que les boules placées sous les bustes indiquent un monnayage espagnol. Galba, dès qu’il eut adhéré aux projets de Vindex, s’empressa par conséquent de faire frapper en Tarraconaise des monnaies semblables à celles qui constataient la décision prise par les Gaulois. Othon en fit peut-être autant en Lusitanie.

D’autres monnaies, appartenant à la même époque, rappellent l’avènement de Galba et la part que prit la Gaule à cet événement ; mais l’absence des trois têtes, et le simple mot Gallia qu’elles portent, ne me permettent pas de les attribuer à l’initiative des Gaulois : elles ont peut-être été frappées en Espagne et en Italie : je crois devoir néanmoins en donner la description :

Verso

Recto

gallia. Buste de la Gaule, le cou orné d’un torques, derrière la trompette gauloise nommée carnyx.

fides. Deux mains jointes tenant deux épis et une enseigne militaire surmontée du sus gallicus. (Rev. num. 1862, pl. VII, 4)

gallia. Buste de la Gaule à droite entre deux hastes et deux épis : dessous un bouclier.

ser. galba imp. Galba à cheval à droite tenant une baste (Cohen, Galba, n° 7). Une pièce à peu près identique a été frappée par l’Espagne : hispania. Buste de l’Espagne, à droite deux lances et un bouclier ; devant deux épis et deux palmes.

galba imp. Galba à cheval tantôt à droite, tantôt à gauche. (Cohen, Galba, n° 1 et 2)

galba imperator. Tête laurée de l’empereur à droite, dessous un globe.

gallia hispania. La Gaule et l’Espagne se donnant la main. (Cohen, Galba, n° 35).

Je disais, quelques lignes plus haut, qu’en frappant une monnaie d’argent, l’assemblée des Trois Gaules avait usurpé un droit qui appartenait exclusivement à l’empereur : en effet, depuis l’an 15 avant Jésus-Christ (738 de Rome), l’empereur avait exclusivement le droit de frapper l’or et l’argent, et le bronze était réservé au sénat. Nous avons vu que l’atelier de Lyon n’émettait que des monnaies d’or et d’argent ; le concilium Galliæ n’émettait que du bronze.

Mais à la mort de Néron, il y avait eu un moment pendant lequel la prérogative impériale fut oubliée ; le sénat s’empressa même de s’emparer du privilège que lui avait enlevé Auguste. Je n’ai pas à m’appesantir sur ce fait, qui a été mis en lumière par le duc de Blacas, mon savant et regretté confrère[57]. Rien de plus naturel, dès lors, que le concilium Galliæ, comme le sénat romain, se soit empressé de faire frapper des monnaies d’argent ; je m’étonne même qu’il n’en ait pas émis d’or.

Cette licence paraît avoir duré jusqu’à Vespasien ; sous son règne eut lieu le rétablissement de l’autorité impériale ; et, comme les réactions sont toujours d’autant plus sévères que la liberté a été plus étendue, je suis disposé à croire que, à cette époque, la réunion des députés des Trois Gaules au confluent du Rhône et de la Saône, cessa d’avoir le privilège de battre monnaie même en bronze : c’est ce qui explique que l’on ne retrouve plus de pièces au type de l’autel du Confluent, après le règne de Néron.

Revenons maintenant en arrière, et jetons un coup d’oeil sur les suites de la révolte de Vindex dans l’est de la Gaule.

Depuis le règne d’Auguste, la partie des Gaules qui était limitée par le Rhin formait deux gouvernements militaires qui ne modifiaient pas les circonscriptions administratives. Les légions chargées de s’opposer aux invasions germaines étaient comprises dans deux commandements qui, bien qu’établis en Belgique, étaient néanmoins désignés sous le nom de Haute et de Basse Germanie. Parfois ces deux commandements, dans les circonstances graves, étaient sous les ordres d’un personnage qui appartenait à la famille impériale. Au temps dont nous nous occupons ou ce moment, l’armée de la Haute Germanie se composait de la quatrième légion macédonienne, de la quatorzième qemina et de la vingt-deuxième primigenia ; dans ce commandement se trouvaient les Treviri, les Vangiones, les Nemetes, les Tribocci, ainsi que les populations situées parallèlement au delà du Rhône.

L’armée de la Basse Germanie comprenait la première légion germanique, la cinquième alaudæ, la quinzième primigenia, la seizième gauloise et la vingt et unième rapax : ces troupes se trouvaient au milieu des Batavi, des Menapii, des Aduatuci, des Gugerni, des Nervii, des Condrusi, des Eburones et des Ubii, où était Cologne. Ceux-ci étaient tenus en respect par les légions, dévouées à Néron ; ils étaient donc opposés à Vindex, ainsi que quelques peuples limitrophes qui subissaient leur influence : je citerai les Lingones, les Mediomatrici, les Leuci.

Dans le sud-est, Vindex avait rallié à sa cause tous les peuples, à l’exception des Segusiavi. Les Arverni et les Ædui étaient ceux qui avaient prêté au chef de la révolte le concours le plus efficace, en lui donnant des troupes : c’est ce que l’on rappelait plus tard, lors de la révolte de Vitellius contre Othon[58] ; et à cette époque, l’armée de Vitellius fit payer cher à Augustodunum le dévouement des Ædui à Galba[59]. Je puis encore citer, parmi les peuples dévoués à Vindex, les Vascones[60], les Allobroges, les Vocontii[61], les Helvetii[62].

La Basse Germanie était sous le commandement militaire de L. Verginius Rufus : il prit l’initiative, entraînant ainsi la Haute Germanie, plus voisine du foyer de l’insurrection, mais commandée par un chef moins décidé. - Le lecteur me permettra, je l’espère, une courte digression : mais je ne puis m’empêcher de consacrer quelques lignes à ce personnage, dont le caractère mérite d’être mis en relief.

Né d’une famille obscure, Verginius appartenait à l’ordre équestre[63], c’est-à-dire à cette classe intermédiaire entre le sénat et le peuple qui devait son crédit à de grandes richesses, acquises par des opérations financières. A l’époque dont nous nons occupons, les chevaliers romains étaient ce qu’au siècle dernier on appelait encore les traitants. Verginius fat consul en 63 avec C. Memmins Régulus, puis il reçut le commandement des légions de la Basse Germanie, dont le chef était toujours un consulaire ; nous verrons tout à l’heure son attitude lors de l’insurrection de Vindex.

Après la défaite et la mort de celui-ci, Verginius montra quelque hésitation à reconnaître Galba, et ce fait fut exploité contre lui par Valens, qui commandait l’une des légions de Germanie[64]. Un moment Verginius aurait pu devenir empereur. Il était très aimé des soldats, et sa notoriété dans l’armée était telle que les légions appelées d’Illyrie par Néron et cantonnées en Italie, lui envoyèrent une députation. Plus tard, lorsque l’indiscipline et la corruption eurent fait de plus profonds ravages dans l’armée, on admirait encore son caractère honorable et sa gloire militaire ; mais au fond, on avait une certaine répulsion pour cet homme, dont la probité politique était une critique vivante de ce qui se passait autour de lui[65]. Rallié à Galba, Verginius vint avec lui en Italie ; sous Othon, en 69, il fut consul substitué : en l’appelant une seconde fois à cette dignité, Othon espérait flatter les légions de Germanie, de même que pour plaire aux habitants de Vienne, il lui donnait pour collègue Vopiscus Pompeius Sylvanus[66].

A la mort d’Othon, Verginius dut fuir sa propre maison, assiégée par les soldats qui voulaient de nouveau le forcer à accepter l’empire ; puis, par suite de ces revirements si fréquents à toute époque dans les affections populaires, lors d’un festin auquel assistait Vitellius, à Ticinum, la soldatesque en voulait aux jours de Verginius, soupçonné à tort d’avoir voulu faire assassiner l’empereur[67]. Verginius fut une troisième fois consul en 97 avec l’empereur Nerva.

Revenons en Gaule.

Suivant probablement la grande voie qui, de Cologne, passait en Séquanie par l’Alsace, Verginius se dirige en toute hâte vers Besançon pour s’emparer de cette place. Vindex arrive aussitôt à la tête des Ædui et des Arverni, et campant à peu de distance de l’ennemi, demande à Verginius un entretien sans témoins. On ignore ce qui se passa dans cette conférence. Il me semble évident que Vindex proposa à Verginius d’unir ses efforts aux siens contre Néron, et que Verginius chercha à gagner du temps, et à se débarrasser du chef de la révolte, qui pouvait devenir dangereux pour l’empire. Remarquons, en effet, que Verginius fut soupçonné d’avoir acquiescé aux projets de Vindex ; qu’il devint le favori de Galba ; qu’à plusieurs reprises il refusa l’Empire, enfin que Vindex périt d’une façon mystérieuse.

En effet, comme l’armée gauloise faisait un mouvement qui permettait de supposer qu’elle voulait entrer dans Besançon, la cavalerie batave se jeta sur elle, les légions suivirent, et une mêlée générale et sanglante s’engagea : Vindex y périt. Les uns disent qu’il se suicida, les autres qu’il succomba à de nombreuses blessures, et que Verginius déplora son trépas.

Galba, cependant, n’était pas sans appréhension sur l’attitude incertaine de Verginius, qui cessa lorsque le Sénat eut reconnu le nouvel empereur. Verginius abandonnant le commandement de la Basse Germanie, vint à Rome avec Galba.

Celui-ci commit une grave imprudence en négligeant de donner un chef à ces légions, puis en leur envoyant ensuite Vitellins : les soldats avaient d’autant plus besoin d’être conduits par un homme ferme et dévoué, qu’ils étaient cantonnés au milieu de populations hostiles an nouvel empereur.

Telles étaient, en effet, les cités de l’est de la Belgique elles avaient été durement punies de leur dévouement à Néron ; et la rancune des représailles dont on avait usé envers elles était encore envenimée par les insinuations malveillantes dont le centre était à Lyon.

Galba avait récompensé les cités gauloises qui s’étaient montrées promptes à l’acclamer ; il avait diminué leurs impôts et étendu à tous leurs habitants le droit de cité, accordé jusque-là aux principes. En revanche les cités qui avaient hésité, et celles qui avaient pris part au mouvement de résistance se virent frappées de charges plus lourdes : leurs territoires avaient même été diminués au profit de leurs voisins. Parmi les fonctionnaires, plusieurs payèrent de leurs têtes et de la vie de leurs familles la fidélité gardée à Néron : on cite un certain Betuus.

Je n’ai pas à m’occuper davantage du règne de Galba et de ses successeurs immédiats ; je vais maintenant rechercher les traces des assemblées nationales des Gaulois, aux époques postérieures.

IV

Comme lorsqu’il s’agissait du concilium Galliæ de Lyon, nous allons encore retrouver l’expression Galliæ, alors que par le fait, les Trois Gaules, Belgique, Lyonnaise et Aquitaine, avaient subi de graves modifications. Seulement l’assemblée du Confluent du Rhône et de la Saône a perdu définitivement son importance, et ce fait s’explique naturellement les députés des Trois Gaules ne frappaient plus monnaie. Vienne, pendant quelque temps, effaça sa rivale, la métropole des Gaules ; au Confluent on ne s’occupait plus que du culte de Rome et d’Auguste, ainsi que des jeux.

Un an à peine s’était écoulé depuis la mort de Vindex ; Rome avait salué trois empereurs, et un quatrième, favorisé en Orient par la fortune, allait bientôt succéder à Vitellius : c’était Vespasien. A cette heure éclata une nouvelle insurrection, dans laquelle un sentiment national se révéla ; il me semble que jusqu’à présent cet épisode n’a pas été apprécié sous son vrai jour là où le génie germain essaya de se substituer à la domination romaine, on a eu le grand tort de chercher une tentative sérieuse des Gaulois pour reconquérir leur indépendance.

Le foyer de la révolte fut chez les Batavi, peuple d’origine germaine établi sur le sol gaulois ; le mouvement se manifesta à peu près exclusivement en Germanie, et, en dehors des projets ambitieux du chef du complot, le but des révoltés était de faire tomber la barrière armée que les légions romaines formaient le long du Rhin.

Deux Bataves, Julius Civilis et Julius Paullus, frères et issus de principes, servaient dans les armées romaines : le premier s’était élevé au grade de préfet de cohorte, position importante à cause de la renommée acquise par la cavalerie batave.

Civilis et Paullus avaient adhéré au mouvement de Vindex : l’un fut envoyé à Néron, qui le jeta en prison ; l’autre fut sommairement condamné à mort par ordre de Fonteius Capito, légat dans la Haute Germanie. Galba rendit la liberté à Civilis, et le renvoya à l’armée de Germanie ; mais les soldats, peu dévoués à l’empereur, refusèrent de le recevoir et voulurent le tuer. Vitellius le sauva en le faisant évader. Irrité contre le nom romain et surtout contre les légions du Rhin, Civilis jura de laisser croître sa chevelure jusqu’à ce que sa vengeance fût accomplie : oubliant qu’il devait la vie à Vitellius, il feignit de conspirer en faveur de Vespasien.

En même temps que les cohortes bataves étaient renvoyées d’Italie, où Vitellius, devenu empereur, avait trop d’éléments étrangers dans l’armée, une levée était ordonnée en Batavie, sans doute pour compléter les troupes destinées à aller en Bretagne. Cette mesure fut le prétexte choisi par Civilis pour lever l’étendard de la révolte. Comme jadis pendant la guerre des Gaules[68], il réunit dans une forêt sacrée les principes de son pays et ceux qui se faisaient remarquer par leur exaltation il les harangua à la suite d’un festin, et l’assemblée, électrisée, jura de secouer le joug romain, avec les serments et les cérémonies chez eux usités[69]. Néanmoins les apparences furent gardées, et jusqu’à la mort de Vitellins, Civilis et ses alliés étaient censés combattre pour Vespasien, et les légions du Rhin pour l’empereur régnant.

Lorsque Vespasien fut proclamé et reconnu, cette fiction n’avait plus de raison d’être ; Civilis se démasqua, et l’on sut qu’il était prêt à tout oser pour conquérir la liberté.

Ce fut à l’avènement de Vespasien que la révolte de Civilis, concentrée jusque-là dans le nord et l’est de la Belgique, parut avoir quelque retentissement dans les Gaules. Pendant que le parti germain rêvait la destruction des murailles de Cologne, le massacre de tous les Romains, la liberté de s’établir sur l’une et sur l’autre rive du Rhin, quelques Gaulois pensèrent à fonder un empire gaulois[70]. Les druides mettaient en jeu les présages sinistres qui, suivant eux, annonçaient la fin de la domination romaine : on se répétait que naguère, lorsque les principes Galliarum avaient pris le parti d’Othon, ils avaient juré entre eux, dans le cas où la guerre civile continuerait, de réunir leurs efforts en faveur de la liberté nationale[71]. L’insurrection avait son centre chez les Treviri et les Lingones ; les chefs étaient deux Trévirs, Julius Atticus, préfet de cohorte, nobilitate opibusque ante alios ; Julius Tutor qui avait la charge, au nom de l’empereur, de garder le passage du Rhin ; et un Lingon, Julius Sabinus, que le dévouement de sa femme Éponine a rendu plus célèbre que son ambition irréfléchie et cruellement expiée. Ces trois personnages eurent à Cologne une entrevue secrète avec Civilis : c’est eux qui méditaient l’imperium Galliarum ; tous quatre s’entendaient pour marcher sur l’Italie et sur Rome.

Classicus prit le titre et les insignes d’imperator, proclama l’imperium Galliarum, et reçut le serment de ses soldats et de ceux de Dillius Vocula : Civilis, vengé, coupa sa chevelure ; Sabinus, qui se faisait gloire d’avoir du sang du divin Jules dans les veines, prit le titre de César[72].

Classicus, Civilis et Tutor appuyaient ensemble le mouvement germain ; Sabinus seul était à la tête du mouvement gaulois : son appel ne trouva pas d’écho, et ce fut justement le concilium Galliarum qui empêcha sa tentative sinon de réussir, an moins de se propager.

Les Sequani et les Remi étaient restés fidèles aux Romains : ils préféraient la paix à la liberté conquise au prix de combats. Sabinus et les Lingones entrèrent en Séquanie ; ils furent battus, et le bâtard de César, proscrit, fut condamné à se cacher, jusqu’au moment où une lâche trahison le livra à la cruauté de Vespasien. Les Remi provoquèrent une assemblée des peuples gaulois pour délibérer sur le parti à prendre ; ils savaient que d’Italie, d’Espagne et de Bretagne, sept légions s’avançaient les hommes tièdes ou prudents réfléchissaient.

Je ne puis mieux faire ici que de laisser parler Tacite : son récit donne une idée exacte du concilium Galliarum, et montre les Gaulois toujours dominés par ces mêmes sentiments de jalousie qui les avaient livrés à César. Aujourd’hui encore, en France, nous n’assistons pas avec calme ou indifférence à l’élévation de ceux qui nous entourent ; malgré un grand penchant personnel pour les titres et les distinctions honorifiques, nous les voyons avec quelque malveillance donner à autrui. On est convenu d’interpréter ce sentiment en y retrouvant un instinct démocratique ; c’est une erreur : il est inné dans le caractère français, où il est facile de le distinguer à toute époque, sous la féodalité, pendant la Fronde, comme de nos jours ; c’est un héritage des Gaulois.

Voici ce que dit Tacite : En apprenant la marche de l’armée, les cités des Gaules qui, déjà, penchaient pour la soumission, s’assemblèrent chez les Remi. La députation des Treviri les y attendait et avec elle Tullius Valentinus, l’un des plus ardents promoteurs de la guerre. Celui-ci, dans un discours préparé, répéta tous les reproches qu’on a coutume de faire aux grands empires, chercha, par ses invectives, à exciter la haine contre le peuple romain : il savait exciter à la révolte et plaisait à la multitude par sa fougue déchaînée.

Mais Julius Auspex, e primoribus Remorum, s’appliqua à mettre en relief la puissance romaine et les avantages de la paix ; souvent la guerre, disait-il, déclarée par les lâches, est faite aux dépens des braves qui la soutiennent : déjà les légions nous menacent. — Il en imposa aux députés calmes par le rappel au devoir et à la foi jurée ; aux jeunes, par le tableau du danger à redouter. On admira l’ardeur de Valentinus, mais on fut de l’avis d’Auspex. Il est positif que l’attitude prise, lors du soulèvement de Vindex, par les Lingones et les Treviri en faveur de Verginius, leur nuisit dans l’assemblée (apud Gallias). La jalousie des cités refroidit aussi un grand nombre : qui aurait la conduite de la guerre ? Qui aurait la justice et l’auspitium ? Si on triomphait, quelle cité aurait le siége de l’empire ? La discorde régnait déjà avant la victoire les uns faisaient valoir leurs alliances, les autres leurs richesses et leur importance, les autres leur antique origine. Découragés sur l’avenir, ils préférèrent le présent. On écrivit aux Treviri, au nom de l’assemblée, nomine Galliarum, de cesser la guerre, que le pardon pouvait être obtenu pour eux, et que les intercesseurs étaient tout trouvés