Bérénice

 

par Clavier

 

 

BÉRÉNICE, fille d’Agrippa Ier, roi de la Judée, et de Cypre son épouse, naquit l’an 28 de J.-C. Elle fut d’abord fiancée à Marc, fils d’Alexandre ; mais ce. jeune homme étant mort, Agrippa la donna en mariage à Hérode, son frère, roi de Chalcis, dont elle eut deux fils, Bérénicien et Hyrcan. Demeurée veuve à l’âge de vingt ans elle alla demeurer avec Agrippa son frère, ce qui donna lieu à des bruits injurieux sur sa conduite et sur ses mœurs. Pour les fait cesser, elle fit proposer à Polémon, roi de la Cilicie, de se faire juif pour se marier avec lui ; il y consentit ; mais elle le quitta bientôt, et retourna probablement avec son frère ; car elle était avec lui lorsque St. Paul lut arrêté à Jérusalem, l’an 63 de J.-C. ; leur commerce fut si public, qu’il fit du bruit jusqu’à Rome ; et Juvénal en parle dans sa sixième satire. Après avoir fait de vains efforts pour engager Florus, gouverneur de la Judée, à employer les voies de la douceur pour contenir les Juifs, et pour empêcher ceux-ci de se révolter, elle suivit Agrippa lorsqu’il alla se joindre à Vespasien, que Néron avait chargé de faire rentrer les Juifs dans le devoir. Elle joue alors un grand rôle, si toutefois c’est d’elle qu’il faut entendre ce que les historiens romains racontent des amours de Titus et de Bérénice, qui sont devenus célèbres par la tragédie de Racine. Tacite dit que, lorsque Vespasien quitta la Judée pour aller prendre l’empire, Titus son fils, après s’être mis en marche pour le rejoindre, retourna sur ses pas. On supposa, ajoute Tacite, qu’il était rappelé dans la Judée par les charmes de la reine Bérénice, qui était alors, selon le même historien, florissante de jeunesse et de beauté. Lorsque Vespasien fut établi sur le trône, et que Titus fut de retour à Rome, après avoir terminé la guerre de Judée, elle s’y rendit avec Agrippa son frère, l’an 73 de J.-C., y vécut publiquement avec Titus, et logea dans le palais des empereurs ; ce que nous apprend Xiphilin, qui dit également qu’elle était à la fleur de l’âge. Il paraît qu’on la traitait en reine ; car Quintilien nous apprend qu’il plaida devant elle. On la regardait effectivement comme l’épouse de Titus, qui lui avait promis de faire approuver son mariage ; mais le peuple romain ayant trouvé mauvais qu’il épousât une femme barbare, il fut obligé de la renvoyer ; ce qu’il fit malgré lui, suivant les expressions de Suétone, Berenicen statim ab urbe dimisit, invitus invitam. Il dit positivement que ce fut peu après son avènement au trône. Suétone est plus croyable que Xiphilin, qui prétend qu’il la renvoya sous le règne de Vespasien, et qu’elle revint à Rome lorsqu’il fut empereur, mais ne put rien obtenir. Il faut convenir que toute cette histoire est bien difficile à concilier avec l’âge de notre Bérénice, qui avait au moins quarante-deux ans lorsqu’elle put connaître Titus, et cinquante et un ans à l’époque de la célèbre scène qui est le sujet de la tragédie de Racine. Je crois donc que la Bérénice dont Titus fut amoureux était la fille de Marianne, sœur de notre Bérénice ; elle avait environ vingt-cinq ans lorsque Titus vint dans la Judée, et pouvait donc fort bien inspirer une passion. Elle avait également un frère nommé Agrippinus ou Agrippa, et il est probable qu’Agrippa II leur onde, qui n’avait jamais été marié, les avait adoptés tous deux : ce qui expliquerait comment on donna le titre de reine à Bérénice.

 

D’autres Bérénice

BÉRÉNICE, petite-fille de Cassandre, frère d’Antipater, par Antigone sa mère, épousa en premières noces Philippe Macédonien, qui était sans doute l’un des officiers d’Alexandre, et en eut plusieurs enfants, entre autres Magas, roi de Cyrène, et Antigone, qu’elle maria à Pyrrhus, roi d’Épire. Elle suivit en Égypte Eurydice, fille d’Antipater, qui allait rejoindre Ptolémée, son époux, et elle sut inspirer une telle passion à ce prince, que, quoiqu’il eût des enfants d’Eurydice, il l’abandonna pour épouser Bérénice. Il lui érigea un temple de son vivant, la fit représenter sur ses médailles, et plaça sur le trône Ptolémée, son fils, au préjudice de ses autres enfants.

BÉRÉNICE II était fille de Ptolémée Philadelphe et d’Arsinoé, fille de Lysimaque ; elle suivit, à ce qu’il paraît, sa mère dans son exil, et se retira avec elle auprès de Magas, roi de Cyrène, qui épousa Arsinoé, et adopta Bérénice ; ce qui explique comment Polybe et Justin disent qu’elle était fille de Magas, tandis que, suivant Callimaque, qui vivait à sa cour, elle était fille de Ptolémée Philadelphe et d’Arsinoé. Magas ayant fait la paix avec Ptolémée Philadelphe, on convint, pour la cimenter, d’un mariage entre Bérénice et Ptolémée, son frère de père et de mère, mais qui avait été adopté par Arsinoé, sœur et seconde épouse de son père. Magas étant mort sur ces entrefaites, Arsinoé, sa veuve, rompit ce mariage, qui lui déplaisait, et fit venir de la Macédoine, Démétrius, fils de Démétrius Poliorcètes, pour lui faire épouser sa fille. Ce jeune homme étant arrivé, elle le prit elle-même pour amant, et, comme il se conduisit avec beaucoup d’insolence, il se forma contre lui une conspiration à la tête de laquelle était Bérénice, qui le fit tuer dans le lit même de sa mère, en recommandant qu’on ne fit aucun mal à celle-ci. C’est sans doute à cette action que Callimaque faisait allusion dans le vers ainsi traduit par Catulle :

Cognoram a parva virgine magnanimam.

Elle épousa ensuite Ptolémée Évergète, son frère. Elle était à peine mariée, que Ptolémée fut obligé de partir pour une expédition dans l’Assyrie ; elle fit vœu de couper sa chevelure, et de la consacrer à Vénus, s’il revenait victorieux ; et, à son retour, elle la déposa effectivement dans le temple de Vénus Arsinoé Zéphyritis. Ptolémée paraissant fâché qu’elle se fût privée d’un si bel ornement, Conon de Somos, célèbre astronome, annonça à Ptolémée qu’il avait découvert au ciel une nouvelle constellation, qui était la chevelure de Bérénice que les dieux avaient enlevée, et Callimaque dit, à ce sujet, un charmant petit poème, que nous avons perdu, mais dont il nous reste la traduction latine par Catulle. Bérénice fut tuée par les ordres de Ptolémée Philopator, son fils, l’an 216 avant J.-C.

BÉRÉNICE III était aussi fille de Ptolémée Philadelphe, qui, pour sceller la paix qu’il venait de conclure avec Antiochus Théos, la lui donna en mariage, avec une dot très considérable, l’an 252 avant J.-C. Il l’aimait beaucoup, et eut soin, tant qu’il vécut, de lui envoyer de l’eau du Nil pour sa boisson ; mais à peine fut-il mort (voy. ANTIOCHUS II), qu’Antiochus la renvoya, et rappela Laodicé, sa première épouse qui, l’ayant empoisonné lui-même, chercha à faire périr Bérénice et son fils. Elle avait chargé de ce crime un certain Cænée, qui s’empara d’abord de l’enfant par surprise ; Bérénice, courut à sa poursuite, le tua d’un coup de pierre, et, après avoir fait passer son char sur son corps, elle se rendit dans l’endroit où elle croyait qu’on gardait son fils. Ceux qui l’avaient tué firent paraître un enfant entouré de gardes, comme étant le fils de Bérénice, et offrirent à celle-ci de le lui rendre si elle voulait faire la paix avec eux ; elle y consentit, et, au moment où elle ne se doutait de rien, ils se jetèrent sur elle et la massacrèrent, l’an 246 avant J.-C. Ses femmes cachèrent sa mort, ce qui contint le peuple dans le devoir, jusqu’à ce que Ptolémée son frère fut arrivé pour venger cet assassinat. (voy. LAODICÉ)

BÉRÉNICE, que quelques auteurs nomment CLEOPÂTRE, était l’unique enfant légitime de Ptolémée Lathure ; elle monta sur le trône après la mort de son père, l’an 81 avant J.-C. Sylla, qui était alors dictateur, l’obligea d’épouser et d’associer au trône Alexandre, son cousin, qui prit le nom de Ptolémée Alexandre. Il n’y avait pas plus de dix-neuf jours qu’ils étaient mariés, lorsque ce monstre la fit mourir pour régner seul.

BÉRÉNICE était fille de Ptolémée Aulétès. Le peuple d’Alexandrie s’étant révolté contre ce prince, l’an 58 avant J.-C., le chassa, et plaça sur le trône Tryphéna et Bérénice, ses deux filles. L’aînée mourut peu de temps après ; on maria Bérénice avec Séleucus, surnommé Cybiosactès. La difformité de son coups, et son caractère vicieux, le rendirent bientôt si odieux à la reine, qu’elle le fit étrangler. Elle épousa ensuite Archélaos ; mais Ptolémée Aulétès ayant été rétabli dans ses États par Gabinius, le premier usage qu’il fit de son pouvoir fut de faire tuer sa fille, l’an 55 avant J.-C.

BÉRÉNICE, l’une des femmes de Mithridate. Voyez MITHRIDATE.