Les Barbares (de 117 à 395 ap. J.-C.)

 

CHAPITRE IX

 

 

DE 238 à 260. - Sapor Ier, Roi des rois. - Philippe empereur. - Goths et Carpi. - Jotapien, Pacatien, Marius et Dèce empereurs. - Le pape Victor et la célébration de la pâque : Rome, Ephèse et Lyon en désaccord. - Cniva, roi des Goths. - Gallus empereur. - Émilien. - Valérien empereur. - Barbares et Perses. - Persécution violente des Chrétiens. - Alamans. - Confédération des Francs. - Pirates. - Scythes. - Goths. - Suèves, Alains, Vandales et Saxons. - Gallien et Postume. - L’Europe contre Rome. - Valérien, prisonnier des Perses. - Palmyre : Odenath II roi. - Manès (Manichée) et Marcion. - Le pape Corneille et le prêtre Novatien. - Les Cathares. - École chrétienne d’Alexandrie. - Christianisme de Paul, juif

 

EN Perse, Sapor Ier (Chapour) avait succédé, comme Roi des rois, à Ardachir (238). Le nouvel empereur romain, Philippe l’Arabe, faisant la paix, céda la Mésopotamie à Sapor, et revint pour célébrer magnifiquement le millième anniversaire de la fondation de Rome. La paix religieuse qui caractérisa le règne de Philippe, permit à Eusèbe, plus tard, d’écrire que ce maître de l’Empire, seulement correct d’attitude en ce qui touchait le paganisme, était chrétien.

Les Goths ayant reçu des Romains un accueil qui n’avait été pour les Barbares attentifs que la preuve de la faiblesse romaine, les Carpi réclamèrent à leur tour des concessions. Philippe, accouru, les repoussa (245) ; mais il ne sut pas bénéficier de son succès, inespéré sans doute. Des Barbares, bientôt, rassurés par son inaction, franchirent le Danube (249), au moment où les armées de l’empereur se révoltaient partout contre l’impéritie, l’inutilité du prince. Jotapien en Syrie, Pacatien en Gaule et Marius en Mésie, prenaient la pourpre. Philippe envoya le sénateur Dèce, avec la mission de châtier l’usurpateur Marius et de chasser les Goths de la Pannonie. Les soldats proclamèrent Dèce empereur. Philippe partit, atteignit les rebelles près de Vérone, leur livra une bataille où il trouva la mort (septembre 249). On égorgea son fils à Rome.

Le Pannonien Dèce, pour justifier le choix des soldats, regagner la faveur des dieux, ordonna contre les Chrétiens la septième persécution. La tolérance d’Alexandre Sévère — Juif ? — et la neutralité de Philippe — chrétien ? — avaient enorgueilli les sectateurs de jésus, devenus arrogants et accapareurs ; on les accusait — avec une apparence de raison, puisqu’ils s’en faisaient un mérite, — d’avoir absorbé toutes les forces de l’Empire, politiciens, officiers, littérateurs, artistes. La civilisation antique et la civilisation naissante se disputant l’avenir, tous les soupçons étaient logiques, toutes les accusations acceptables ; la décadence de Rome avait certainement une cause, qu’il fallait dégager.

Les Chrétiens cependant éloignaient plutôt d’eux les esprits droits, par leurs contradictions, leurs discordes. Tandis que Tertullien condamnait le sacerdoce, — c’est à Dieu que nous adressons nos prières... sans ministre qui nous dicte les paroles que nous devons dire, — l’Église de Rome, au contraire, montrait un clergé omnipotent, des prêtres intermédiaires obligatoires entre les fidèles et la divinité. D’autre part, ceux que les subtilités helléniques agaçaient, et qu’attirait la simplicité des Évangiles, voyaient l’Église du Christ envahie des parasites grecs, impatientants : Les formules bizarres d’une fausse science, charlatanesque, à la fois pédante et puérile, servaient aux Pères pour expliquer naturellement des dogmes surnaturels, tel celui de l’Immaculée Conception, — Élien et Plutarque n’avaient-ils pas constaté qu’il n’y a pas de mâles dans l’espèce des vautours ? qu’il n’y a pas de femelles dans l’espèce des scarabées ? — La question de la célébration de la pâque enfin coupait en trois l’Église universelle. Les plus petites divergences se résolvaient en querelles énormes ; quelle confiance accorder aux chefs d’une religion si disputée, si turbulente ?

Le pape Victor avait fixé le jour de la célébration de la Pâque (196). Les évêques d’Asie ayant refusé de changer leur usage, le pape avait mis les Églises d’Asie au ban de la communion chrétienne : Rome contre Éphèse ! — L’évêque de Lyon, Irénée, adressa des remontrances à l’évêque de Rome : Oui, les anciens qui présidèrent avant Soter à l’Église que tu conduis maintenant... n’observèrent pas la Pâque juive et ne permirent pas à leur entourage de l’observer ; mais tout en ne l’observant pas, ils n’en gardaient pas moins la paix avec les membres des Églises qui l’observaient. L’Église des Gaules s’affirmait ainsi, presque autonome. La question resta suspendue, — le concile de Nicée la tranchera, — mais le spectacle de ces trois Églises dans l’Église universelle, et les réunions d’évêques groupés, ostensibles, qui discutaient avec l’évêque de Rome entouré de ses clercs seulement, démontraient que le Christianisme appartenait exclusivement au clergé, aux prêtres. Une aristocratie se créait donc, nouvelle, contraire au principe égalitaire de jésus. Une démoralisation profonde retenait l’Empire dans la boue et le sang ; des querelles fertiles et des ambitions passionnées retardaient l’avènement du Christianisme vrai.

L’empereur Dèce se dirigea vers le Danube. Les Goths et les Carpi, commandés par un prince goth, Cniva, occupaient Philippopolis (250-251). Plusieurs fois vainqueur de ces bandes organisées, — 70.000 guerriers, — Dèce dut cependant se cantonner et se préparer prudemment à une guerre de tactique. Il allait cerner les Barbares et comptait les affamer, lorsqu’il périt dans un combat, en Mésie (octobre 251).

Les Goths, jadis perdus au nord, ignorés aux bords de la Vistule, plus au nord encore, en Scandinavie, installés maintenant sur la frontière de l’Empire, obéissaient à un monarque, stratège conduisant une véritable armée, exécutant un plan régulier de conquête. Ces Barbares avaient envahi la Dacie, puis