HISTOIRE ANCIENNE DE L'AFRIQUE DU NORD

TOME I — LES CONDITIONS DU DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE - LES TEMPS PRIMITIFS - LA COLONISATION PHÉNICIENNE ET L’EMPIRE DE CARTHAGE

LIVRE PREMIER — LES CONDITIONS DU DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE

CHAPITRE IV — FAUNE ET FLORE DE L’AFRIQUE DU NORD DANS L’ANTIQUITÉ

 

 

— I —

Nous n’avons pas l’intention de faire ici une revue complète de ce que les restes fossiles, les documents archéologiques, les textes des auteurs peuvent nous apprendre sur la faune et la flore de l’Afrique septentrionale, avant la fin des temps antiques. Nous désirons surtout indiquer, d’une manière rapide, les relations de celle faune et de cette flore avec les hommes, les ressources qu’ils en pouvaient tirer, les obstacles qu’elles leur opposaient.

Parmi les animaux qui vivaient dans le pays à l’époque pleintocène, ou quaternaire, et dont les ossements se trouvent mêlés aux plus anciens témoignages de l’industrie humaine, on a reconnu[1] :

Un éléphant, de grande taille et pourvu d’énormes défenses, qualifié d’Elephas atlanticus, espèce éteinte[2] ;

L’hippopotame, espèce actuelle[3] ;

Le rhinocéros, sans doute le rhinocéros camus, qui vit actuellement en Afrique[4] ;

Le lion[5], la panthère[6], le caracal[7], l’hyène[8] ;

L’ours[9] ;

Le sanglier[10] ; le phacochère, qu’on retrouve encore au Soudan[11].

Des zèbres, dont une espèce au moins parait être le dauw actuel de l’Afrique australe[12] ;

Un chameau[13] ;

La girafe, espèce actuelle de l’Afrique centrale[14] ;

Des cervidés[15] ;

Des gazelles[16] ;

L’antilope bubale, ou alcélaphe[17] ;

Le gnou, espèce actuelle du Sud de l’Afrique[18] ;

Des restes d’ovidés[19] ;

Un bœuf, appelé par Pomel Bos opisthonontus[20], de grande taille, dont les cornes, longues et fortes, se recourbent en avant des yeux[21] : espèce éteinte, selon Pomel, mais plus probablement variété du Bos primigenius d’Europe et d’Asie[22] ;

Un autre bœuf, plus petit ; mal connu, que Pomel qualifie de Bos curvidens[23] ;

Peut-être d’autres bovidés[24].

Les débris d’œufs d’autruche abondent dans les stations paléolithiques récentes[25].

Il y a dans cette faune des animaux identiques ou apparentés à un certain nombre de ceux qui habitèrent l’Europe aux temps quaternaires[26] : hippopotame, rhinocéros, lion, panthère, hyène, sanglier, phacochère, ours, cerf[27] ; les deux continents, certainement unis à l’époque pliocène, communiquèrent peut-être encore pendant une partie de l’époque suivante. D’autres espaces, qui manquent dans les pays européens, offrent au contraire une étroite parenté avec des espèces actuelles du centre et du Sud de l’Afrique[28], soit qu’elles aient pu traverser la Sahara, soit que les communications aient eu lieu par ailleurs.

Plus tard, la Berbérie, isolée par la mer et par le désert, possède une faune d’une physionomie particulière[29], qui présente cependant des affinités avec celle de l’Europe méridionale et, pour les régions sèches, avec celle de l’Égypte et de la Nubie[30]. Elle conserve des animaux qui disparaissent de l’Europe ; elle en perd d’autres qui, sauf quelques exceptions, se maintiennent au delà du Sahara.

L’Elephas atlanticus s’éteignit d’abord, peut-être par suite du refroidissement et de l’assèchement du climat ; puis ce fut le tour de l’hippopotame et du rhinocéros.

Des débris d’œufs d’autruche se rencontrant en abondance dans les stations néolithiques[31]. On y trouve des restes de félins — lion, panthère, etc.[32] —, l’hyène[33], le chacal[34], le renard[35], le sanglier[36], le phacochère[37], le zèbre, qui semble devenir rare[38], le dromadaire, rare aussi[39], le cerf[40], des gazelles[41] et d’autres antilopes[42], l’alcélaphe[43], le gnou[44], le mouflon[45], le bœuf dit Bos opisthonomus[46], d’autres bovidés[47]. Un buffle, dit Bubalus antiquus, qui est peu fréquent[48], devait atteindre 3 mètres de longueur, 1 m. 81 de hauteur du garrot et 1 m. 70 à la croupe[49]. Pomel croit qu’il s’agit d’une espèce propre à l’Afrique septentrionale, aujourd’hui disparue[50] ; d’autres l’identifient avec le Bubalus palaeindicus, qui vécut en Inde, dans l’Asie antérieure, et même en Europe, et qui existe encore dans le Nord de l’Inde, sous le nom d’arni[51]. Ce fut alors, sans doute, que les Africains commencèrent à avoir des animaux domestiques ; mais il est difficile d’indiquer dans quelle mesure ceux-ci se rattachent à des espèces sauvages indigènes et de faire la part dés importations.

Le lion, le chacal, le sanglier, la gazelle, l’autruche apparaissent sur des dessins rupestres de la région de Guelma[52], qui ne semblent pas dater d’un autre âge que les gravures préhistoriques du Sud de l’Algérie. Ces dernières[53], du moins en partie, sont, croyons-nous, contemporaines de l’industrie néolithique récente. Elles nous montrent souvent des éléphants[54], qui, selon Pomel, auraient appartenus à l’espèce dite Elephas atlanticus[55], mais qu’il est plus vraisemblable de regarder comme les descendants de l’Elephas africanus et les ancêtres directs des éléphants signalés dans le Nord de l’Afrique à l’époque historique[56]. Le Bubalus antiquus est aussi très fréquent[57]. On reconnaît encore le lion, la panthère, le cerf[58], des gazelles, d’autres antilopes[59], le mouflon[60], des bœufs[61], l’autruche. La girafe est figurée, mais rarement[62].

— II —

On sait que l’éléphant a vécu dans l’Afrique du Nord jusqu’aux premiers siècles de notre ère. Nous n’avons aucune preuve certaine de l’existence, aux temps historiques, du grand buffle (Bubalus antiquus)[63]. Il n’est pas impossible que la girafe se soit maintenue çà et là, en Tripolitaine[64] et même dans le Sud de l’Algérie[65].

Les animaux que mentionnent les auteurs grecs et latins, ou que reproduisent des monuments des époques carthaginoise et romaine, vivent encore, pour la plupart, en Berbérie. D’autres ont disparu ou ont émigré depuis peu. Nous ne parlerons pas ici de la faune domestique, que nous étudierons ailleurs[66].

Les singes, signalés assez souvent[67], étaient, sans aucun doute, des magots : on en rencontre aujourd’hui sur plusieurs points de l’Algérie et au Maroc (dans le massif de l’Andjera, entre Tétouan et Ceuta)[68], mais non plus en Tunisie, où il y en avait autrefois, d’après le témoignage des textes[69].

L’Afrique était pour les anciens la terre classique des bêtes féroces[70]. Avant la domination romaine, elles abondaient tellement dans certaines régions qu’elles empêchaient les hommes d’y vivre et d’y travailler en sécurité[71]. Mais, avec le temps, leur nombre diminua[72]. On les chassa avec ardeur (c’était une occupation favorite des habitants du pays[73]), soit pour se débarrasser d’elles[74] et se procurer du gibier, soit pour fournir à la capitale du monde[75] et à bien d’autres villes[76] des animaux destinés à figurer dans les spectacles. Ainsi, Auguste indique qui environ 3 500 bêtes africaines furent tuées dans vingt-six fêtes qu’il donna au peuple[77]. On en expédia à Rome dès le commencement du IIe siècle avant notre ère[78], et ces envois continuèrent jusque, sous le règne de Théodoric[79]. Des mentions de ferae libycae[80], de ferae ou bestiae africanae[81], on même simplement d’africanae[82] (terme qui désignait principalement les panthères) se rencontrent dans les auteurs et parfois aussi dans les inscriptions. A l’époque de Pline l’Ancien, c’était surtout la Numidie qui les fournissait[83].

Parmi les fauves, ceux que les textes signalent le plus souvent sont les lions[84], qui n’ont disparu de l’Algérie et de la Tunisie qu’à la fin du XIXe siècle et qui existent encore au Maroc. Le lion apparaît sur des monnaies indigènes[85] et il est donné pour compagnon à l’Afrique personnifiée sur des monnaies impériales romaines[86]. Ces animaux étaient très redoutés. Élien[87] parle, peut-être d’après le roi Juba, d’une tribu entière qu’ils détruisirent, dans une région riche en pâturages. Ils osaient même s’approcher des villes : Polybe en vit qu’on avait mis en croix, pour écarter les autres par la crainte d’un pareil supplice[88]. On eut beau leur donner la chasse[89] ; ils restèrent un des fléaux du pays[90]. Nous trouvons cependant quelques mentions de lions apprivoisés[91].

Les panthères, qui commencent à devenir rares dans l’Afrique du Nord, y étaient fort nombreuses autrefois[92]. Les auteurs les appellent παρδάλεις[93], pardi[94], pantherae[95], leopardi[96]. Les mots παρδάλεις et pardi, a dû servir aussi à désigner les guépards, qui, plus petits que les panthères, ont à peu près la même robe[97]. Le terme africanae a pu s’appliquer, non seulement aux panthères, mais aussi à d’autres félins (guépards, servals, caracals), et peut-être aux hyènes[98]. Plusieurs textes[99] et des mosaïques[100] nous renseignent sur la chasse à la panthère. Les pardi apprivoisés, qu’un poète africain nous montre chassant avec des chiens[101], étaient sans doute des guépards, qui, de nos jours encore, sont dressés par les Arabes à forcer la gazelle.

On doit reconnaître le caracal dans le lynx qu’Élien[102] signale chez les Maures : animal qui ressemble, dit-il, à la panthère, avec des poils à l’extrémité des oreilles[103] et qui est excellent sauteur[104].

Diodore de Sicile (XX, 58), racontant une expédition faite à l’intérieur des terres par des Grecs, à la fin du IVe siècle avant J.-C., parle d’une haute chaîne de montagnes, longue de deux cents stades (37 kilomètres), qui était pleine de chats ; aucun oiseau n’y faisait son nid, à cause de l’inimitié qui existe entre ces animaux. Il s’agit soit du chat ganté, espèce répandue dans toute la Berbérie[105], soit peut-être du serval, appelé vulgairement chat-tigre africain[106].

L’hyène[107] et le renard[108] sont mentionnés. C’est sans doute le chacal qu’Hérodote (IV, 192) indique chez les Libyens nomades sous le  nom de θώς[109], et, l’absence du loup étant à peu près certaine dans l’Afrique septentrionale, on peut supposer que les lupi de quelques auteurs latins[110] étaient en réalité des chacals. Tels étaient probablement aussi les λύχοι qui arrachèrent, affirma-t-on, les bornes-limites de la colonie fondée à Carthage par C. Gracchus[111]. Les loups d’Afrique et d’Égypte, dit Pline (VIII, 80), sont lâches et de petite taille : observation qui s’applique bien aux chacals[112].

L’ichneumon (la mangouste) est signalé par Vitruve (VIII, 2, 7) dans le Maroc actuel. Strabon (XVII, 3, 4.) mentionne, dans la même contrée, un animal qu’il appelle γαλή, semblable au chat, si ce n’est que son museau est plus proéminent : ce détail fait penser à la genette.  Il parle ailleurs d’animaux sauvages africains du même nom[113], dont les habitants du Sud de l’Espagne se servent pour forcer les lapins dans leurs terriers. Les auxiliaires que les Espagnols employaient ainsi étaient sans doute des furets[114] ; cependant il faut observer qu’il n’y en a pas aujourd’hui en Afrique. Hérodote (IV, 102) indique aussi des γαλαΐ chez les Libyens nomades, dans la région qui produit le silphium (à l’Est de la grande Syrte) ; elles ressemblent beaucoup, dit-il, à celles de Tartessos (Sud de l’Espagne)[115]. S’agit-il ici de genettes ? ou dit quelque mustélidé ?

L’ours, qui existait en Berbérie à l’époque quaternaire[116], vit peut-être encore au Maroc[117], et il est vraisemblable qu’il ne s’est  éteint en Algérie qu’à une époque assez récente[118]. Pline (VIII, 131 et 228) soutient cependant qu’il n’y a pas d’ours en Afrique. Mais cette assertion est contredite par Hérodote (IV, 191), Virgile[119], Strabon[120]. Martial (I, 104, 5), Juvénal (IV, 99-100), Némésien (Cyneg., 336), Solin[121]. Ce dernier nous apprend que les ours de Numidie l’emportaient sur les autres par leur férocité et la longueur de leur poil. Les images d’ours sont fréquentes sur les mosaïques africaines[122]. Des ours de Numidie parurent plus  d’une fois dans les spectacles de Rome[123] et ce furent sans doute des animaux du pays qui figurèrent dans les amphithéâtres de Carthage[124] et d’autres villes de l’Afrique du Nord[125].

C’est à tort que plusieurs auteurs[126] ont nié l’existence dans  cette contrée du sanglier, qui y vit depuis l’époque quaternaire, qui y abonde encore, qui, du reste, est signalé par des textes anciens[127] et fréquemment représenté sur les monuments[128], en particulier sur les mosaïques[129].

Les ânes qui errent aujourd’hui dans le Sahara sont des ânes marron, d’origine domestique, laissés en liberté[130]. Nous n’avons pas de raisons de croire qu’il en ait été de même des ânes sauvages, des onagres que les anciens mentionnent dans l’Afrique septentrionale[131]. Ils vivaient en bandes, formées d’un mâle, qui commandait, et d’un certain nombre de femelles[132] ; on prétendait que le mâle était jaloux au point de châtrer ses petits à leur naissance[133]. Les Africains chassaient volontiers à  cheval ces animaux très rapides ; pour les capturer, ils se servaient souvent de lassos[134]. La chair des poulains était très estimée[135]. On pourrait se demander si certains de ces équidés n’étaient pas des zèbres. Nous savons, en effet, que ceux-ci ont été qualifiés quelquefois d’ânes sauvages par les Grecs[136] et que le zèbre a été rencontré dans des stations préhistoriques : il ne serait pas inadmissible qu’il eût subsisté dans quelques régions. Cependant l’hypothèse n’est pas valable pour les ânes sauvages dont parle Oppien, puisque cet auteur affirme qu’ils sont de couleur d’argent[137], c’est-à-dire gris cendré, comme les onagres actuels de Nubie.

Le cerf, dont l’existence est certaine à l’époque préhistorique, qui se rencontre encore aux confins de l’Algérie et de la Tunisie et dans l’extrême Sud tunisien[138] vivait en Berbérie pendant l’antiquité historique[139], malgré les affirmations contraires d’Hérodote (IV, 192), d’Aristote[140], de Pline (VIII, 120 et 228) et d’Élien[141]. Il est indiqué par Virgile[142], Arrien[143], Oppien[144], Némésien[145], saint Augustin[146], et même par Élien[147] ; des chasses au cerf sont représentées sur des mosaïques africaines[148]. Il n’y a pas lieu, croyons-nous, de supposer qui il ait disparu durant un certain nombre de siècles et qu’il ait été introduit de nouveau sous la domination romaine, après Pline[149].

On trouve quelquefois des daims près de la frontière de l’Algérie et de la Tunisie, dans la région de la Calle[150]. Ces animaux ne sont pas signalés par les anciens[151], car les dammae, aux cornes droites, qu’un poète de l’époque vandale, Dracontius, attribue à l’Afrique[152], paraissent avoir été des antilopes.

Pline dit avec raison qu’il n’y a pas de chevreuils dans cette contrée[153]. Un poète, qui écrivait sans doute sous la domination  des Vandales, en mentionne (capreae)[154] : on les avait peut-être introduits pour avoir le plaisir de les chasser.

Les ruminants de la famille des antilopidés, fréquents même sur le littoral aux temps préhistoriques, sont aujourd’hui de plus en plus rares au Nord de l’Atlas saharien[155], mais ils abondent encore dans le désert. Ce sont : plusieurs espèces de gazelles, dont les plus connues sont la gazelle ordinaire (Gazella dorcas) et la corinne, ou gazelle de montagne (Gazella dorcas hevella) ; l’antilope addax, l’antilope mohor, ou nanguer, l’antilope bubale (Alcelaphus bubalis ou Bubalis boselaphus)[156]. Nous rencontrons dans les auteurs anciens différents termes pour désigner ceux de ces animaux qui existaient dans l’Afrique du Nord à l’époque historique ; il est souvent difficile de dire de quelles espèces il s’agit.

La gazelle est mentionnée sous le nom de dorcas par Hérodote[157], chez les Libyens nomades ; par Théophraste[158], dans la partie de la Libye où il ne pleut pas ; par Diodore de Sicile (III, 50), dans le désert, au Sud de la Cyrénaïque ; par Strabon (XVII, 3, 4), dans le Maroc actuel ; par Arrien[159], qui indique que les Libyens la chassent à cheval ; par Élien[160], qui la décrit et parle aussi des chasses que les cavaliers libyens lui livrent. Le mot dorcas a été employé en latin par Martial (X, 65, 13 ; XIII, 98).

Hérodote (IV, 102) signale, chez les Libyens nomades, des όρυες,  qui sont de la grandeur des bœufs et dont les cornes servent à faire des lyres phéniciennes : on a corrigé, avec vraisemblance, όρυες en εόρυγες. L’oryx, au dire de Pline (X, 201), vit dans les parties de l’Afrique, dépourvues d’eau, que parcourent les Gélules ; il se passe de boire. Juvénal[161] mentionne aussi l’oryx gétule, dont la chair était appréciée des gourmets. Pline dit encore, à propos des oryx, qu’ils ont le poil tourné vers la tête (VIII, 214), et qu’ils n’ont qu’une corne (XI, 255), indication qu’il a empruntée à Aristote[162]. Il n’est pas sûr que, dans ces divers textes, le terme όρυξ, oryx désigne l’antilope appelée aujourd’hui par les zoologistes Oryx leucoryx, qui vit en Nubie et dans le Soudan, mais dont l’existence dans le Nord-Ouest de l’Afrique n’a pas été constatée avec certitude. Un ce qui concerne l’animal dont parle Hérodote, je croirais volontiers qu’il s’agit de l’addax[163].

L’addax est mentionné par Pline (XI, 124) : Le strepsiceros (strepsicerales), que l’Afrique appelle addax, a des cornes dressées, autour desquelles tournent des cannelures et qui se terminent par une petite pointe ; elles conviendraient pour faire des lyres[164]. A la fin du IVe siècle, Symmaque[165] était en quête d’addaces, destinés à paraître dans des spectacles. On peut admettre que ce strepsiceros, ou addax, est bien l’antilope à laquelle le nom d’addax a été donné par les modernes.

Hérodote (IV, 192) indique le πύγαργος (cul-blanc) dans le pays des Libyens nomades. Le même nom, pygargus, se retrouve dans des auteurs latins, Pline (VIII, 214). Juvénal (XI, 138), Symmaque (l. c.) : ce dernier réclamait des pygargi en même temps que des addaces.

Nous avons parlé des dammae, aux cornes dressées, du poète Dracontius. Némésien de Carthage mentionne aussi ces animaux[166]. Pline dit qu’ils habitent de l’autre côté de la mer (par rapport à l’Italie)[167] ; il observe qu’ils ont les cornes recourbées en avant (XI, 124)